Elle était dans la pièce tout en étant sa sortie. Elle était un aimant à regards. Elle était un aimant à pensées. Elle était simplement aimante. J'aurai tant voulu. Qu'elle me donne le temps d'un battement de cil. J'aurai accepté n'importe quoi, même une insulte ou une bousculade. J'aurai donné n'importe quoi, pour exister dans son âme. Elle était belle. Mais pas d'une beauté extravagante, pas d'une beauté renversante, elle était au contraire la raison de mes deux pieds sur terre, elle était la finesse d'un rayon de soleil oublié un jour de pluie. Elle était belle parmi les autres, elle était comme une rose au milieu des jonquilles. Elle était discrète, la fille de la bibliothèque. Elle était comme ce livre à la reliure élégante et au contenu davantage intrigant.
La fille de la bibliothèque, elle n'avait pas de temps pour moi. Il faut dire que je ne l'intéressais pas. Elle était comme ce livre compliqué qu'on emprunte seulement du regard. Ce beau livre qu'on ne comprend pas. Elle était étrange, la fille de la bibliothèque. Elle assemblait les mots dans ma tête autant qu'elle défaisait la force de mon courage. Elle me gardait prisonnier de ma chaise, son passage était comme un fardeau, elle m'ancrait au fond des abysses tout en étant la barque sur laquelle j'avais déposé mes espoirs.
La fille de la bibliothèque, elle n'avait rien de spécial. Elle était comme un poème suspendu dans l'air, elle rimait avec les étagères et mon envie de la connaitre. Elle était si agréable, elle me rendait presque malade. Je l'aimais comme on aime une lecture silencieuse. Je l'aimais comme un crépitement de page. Je l'aimais sans aucune raison valable. Je l'aimais entre les deux couvertures d'un livre. Elle titrait mes pensées d'avenir, elle résumait mes désirs. Elle prologuait ce que j'étais, épiloguait ce que je ne serai pas. Elle était les chapitres d'une vie heureuse. Elle était une fin malheureuse.