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07 novembre 2026 à 23:19:32
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Auteur Sujet: Confession  (Lu 79 fois)

Hors ligne Marcel Dorcel

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Confession
« le: 02 novembre 2026 à 21:50:54 »
Lettre de M. à MarcelDorcel

Je n'ai pas eu beaucoup d'amants dans ma vie.

Mon premier petit ami, Konrad, avait mon âge. Nous nous sommes rencontrés à quinze ans, grâce à une amie que nous avions en commun. Il était déjà une petite célébrité artistique locale. Il avait passé les examens d'entrée à l'école d'art avec les meilleurs résultats, arrivant premier. J'ai déjà mentionné mon amie Justyna, à qui j'avais confié mon désir de devenir artiste. Mais, à cause de ma mère, j'avais passé les examens d'entrée dans une école de commerce. Avec la meilleure note en mathématiques, oui, une petite surprise :-).

Mais, à peine les examens terminés, j'ai récupéré mes papiers et, comme il n'y avait plus de place dans les bonnes écoles, j'ai été acceptée dans l'une des pires. À la grande horreur de ma mère. Mais je reviendrai sur cette histoire plus tard.

Après les examens, pendant les vacances, on m'a envoyée de Silésie chez mes grands-parents. Justyna et moi avons passé le plus bel été ensemble. Nous étions du même genre de cinglées : nous parlions de Twin Peaks, lisions le magazine Not from This Earth, consacré aux extraterrestres, et nous croyions nous-mêmes en être ; nous lisions Terry Pratchett, jouions à des jeux de rôle… C'était un été merveilleux.

À la fin de cet été, une semaine ou deux avant mon retour en Silésie, j'ai confié à Justyna, dans le plus grand secret, que je voulais devenir artiste. Elle m'a alors emmenée rencontrer son camarade de classe, Konrad.

Notre premier rendez-vous eut lieu dans un cimetière, l'endroit le plus tranquille de toute cette petite ville, caché dans les bois, à la lisière d'une forêt ancienne. Nous nous sommes embrassés pour la première fois là-bas, ou plutôt juste à côté, derrière le mur du cimetière, sous un vieux chêne.

Pour moi, ce fut une expérience mystique. Je me souviens encore assez précisément de tout ce qui nous entourait : le grondement de l'orage, la pluie chaude tombant sur les feuilles, l'air humide saturé de chlorophylle, nos vêtements trempés.

C'était il y a si longtemps. Et le temps m'a appris que même l'expérience mystique la plus intense ne suffit pas à faire l'amour. Pourtant, à cette époque, c'était le plus bel amour que j'aie jamais éprouvé.

Le lendemain, je suis retournée en Silésie, chez mes parents, et j'ai porté ce baiser en moi pendant très longtemps.

Un jour, quelqu'un de ma classe m'a entendue raconter cette histoire à une amie. Je n'étais plus seulement la bizarre, l'intello : j'étais aussi devenue la « vierge ». Mais cela ne m'affectait pas. J'étais si profondément amoureuse de Konrad.

Lui, en revanche, avait rencontré de nouveaux amis dans son école d'art et m'avait oubliée pendant quelque temps.

Entre-temps, ma mère avait découvert que j'avais cessé de suivre mes cours d'anglais et que je n'avais pas payé le dernier mois. Ce fut l'enfer à la maison. Et ce fut encore pire lorsque je leur annonçai que j'avais utilisé cet argent pour suivre des cours d'art au centre culturel local.

J'entendais que je ne deviendrais jamais rien, que je ne réussirais jamais dans la vie.
Je pensais que je n'étais déjà rien.

Un an auparavant, mon père avait essayé de me violer. Honnêtement, je n'étais même pas certaine qu'il l'ait fait. Je ne me souvenais pas clairement de certaines choses. Mais depuis, je réagissais violemment, de façon presque hystérique, comme si je luttais pour mon dernier souffle, dès que je me couvrais la tête avec une couverture, des vêtements ou quoi que ce soit d'autre.

Puis ils m'ont tous les deux dit que si je choisissais l'école d'art, je ne serais rien. Une idiote, rien de plus. Une voleuse, parce que j'avais pris cet argent.
Ils me traiteraient de voleuse toute ma vie. À cause de cet argent, à cause de la nourriture dans le réfrigérateur, à cause de l'électricité que je consommais dans ma chambre lorsque je restais éveillée jusqu'au matin, à cause de tout.
Je détestais ces cours. J'étais de nouveau un peu bizarre aux yeux des autres, et je suppose que le professeur me détestait aussi.

Une nuit, ma mère nous réveilla en chuchotant qu'il y avait une tache au plafond. Nous devions nous cacher dans l'armoire et garder le silence, parce que « ils allaient nous attraper ».
Mon père et moi nous sommes installés dans l'armoire. Mais, au bout d'un moment, j'ai commencé à comprendre que quelque chose n'allait pas.

C'était le début de sa maladie : la schizophrénie paranoïaque.
Au début, sa paranoïa se concentrait sur moi.

J'étais mineure, donc je n'avais pas de papiers d'identité. Elle m'avait inscrite dans les bibliothèques locales parce qu'elle le pouvait. Elle m'avait inscrite aux cours d'art du centre culturel parce que j'étais son enfant. Elle avait brûlé mes livres parce qu'ils étaient mauvais, parce qu'ils étaient faux.
Mon père ne rentra pas pendant les deux semaines suivantes.

J'allais à l'école, je préparais les repas, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien dans le réfrigérateur. Un jour, ce fut le dernier dîner que je préparai. Il n'y avait plus de nourriture à la maison. J'ai laissé le repas sur la table et suis allée aux toilettes. Lorsque je suis revenue, tout était dans la poubelle.

Je me souviens de tous les trous dans les murs. C'était une source de calcium.
Deux jours plus tard, ma mère avait disparu. Et ce fut un soulagement.
Je suis allée voir mes professeurs d'art et je leur ai raconté ce qui se passait. Ils m'ont offert des cours gratuits et de la nourriture pendant toute cette période.
Je suis allée à la police pour demander de l'aide afin de retrouver ma mère. Ils m'ont crié dessus. Ils m'ont dit que je devais rester à la maison et la surveiller, qu'ils ne feraient rien parce qu'elle était adulte et qu'elle n'avait pas de papiers d'identité. Et que j'avais un père.

Je n'ai pas pu leur dire qu'il n'était pas à la maison à ce moment-là. J'avais peur qu'ils m'emmènent dans un orphelinat ou quelque chose de semblable. Cela aurait été insupportable pour mon âme libre.
Alors j'ai attendu.

Ils sont revenus tous les deux.
Elle parlait de notre ascendance royale. Lui prenait des pilules prescrites par un vétérinaire.
Aucun médecin ne voulait examiner ma mère parce qu'elle refusait de donner son consentement.
Une semaine plus tard, mon père nous abandonna de nouveau. J'ai alors appelé mes grands-parents.
Ils sont venus et nous ont emmenées, ma mère et moi, dans cette petite ville.

La voisine de mes grands-parents était infirmière dans un hôpital psychiatrique. Elle essaya d'organiser l'hospitalisation de ma mère sans son consentement. Mes grands-parents durent payer des médecins. Il n'y avait pas d'autre solution.
Je n'avais plus de forces. J'étais devenue son ennemie numéro un. Chaque jour était une guerre. C'était difficile à supporter.
Ils l'emmenèrent la veille de Noël. Non pas parce que nous avions payé, mais parce qu'elle avait avalé des pilules que mon père lui avait laissées.

Je me sentais libre et coupable, perdue et seule.
Et soudain, Konrad apparut.
Nous avons passé quelques jours à marcher, à parler, à nous tenir la main, à nous embrasser.

Il me proposa de passer le réveillon ensemble, dans la forêt, avec du champagne.
Je devais l'attendre sous ce chêne, celui de notre premier baiser. Je m'y suis donc assise et j'ai attendu.
Mais la jeunesse peut être cruelle.
J'ai attendu ainsi pendant deux heures. Il n'est jamais venu.

J'étais seule dans cette magnifique forêt hivernale. J'avais peur qu'un homme surgisse près du cimetière. Et mon cœur était véritablement brisé.

De retour chez mes grands-parents, j'ai trouvé dans une armoire de l'alcool à 90 degrés, destiné aux préparations médicinales que ma grand-mère fabriquait elle-même.
Il n'y avait qu'une petite bouteille de cent mml. Je ne buvais jamais d'alcool. J'ai pressé quelques mandarines dans un verre, versé l'alcool et tout bu.
J'ai tracé une ligne à la craie sur le sol, pour vérifier à quel moment je ne serais plus capable de marcher droit dessus.
Je ne sais pas comment j'ai réussi à rejoindre mon lit.
Je me suis réveillée avec une gueule de bois terrible, absolument terrible. Je me suis juré de ne plus jamais recommencer.

Ma grand-mère était une âme merveilleuse. Elle ne m'a posé qu'une seule question, une fois, de la manière la plus douce qui soit, à propos de la bouteille vide dans l'évier. Jamais plus.
Je suis sortie me promener.

Les champs d'hiver ressemblaient à des paysages sibériens, austères, déchiquetés, dans toutes les nuances de gris. Cette froideur, cette rudesse, m'ont aidée à me redresser.
Je suis retournée en Silésie.

Les mois passaient. Et les troubles domestiques recommençaient.

J'entendais sans cesse que personne ne choisissait l'école d'art. Ma maison était devenue un simple endroit où dormir. Je passais mes journées dans des galeries, dans des ateliers d'artistes accueillants, dans des bibliothèques. Je ne rentrais que lorsque c'était nécessaire.
L'art semblait être mon soulagement, mon échappatoire, aussi trivial que cela puisse paraître.

Le 5 avril, je suis rentrée plus tôt que d'habitude.
Il y eut de nouveau des cris, toute cette violence verbale.
Et probablement qu'un mot de trop fut prononcé. Ou peut-être mon cœur était-il déjà trop rempli de douleur, de chagrin, de solitude. Je ne sais pas pourquoi cela s'est produit ce jour-là.
J'étais assise dans la cuisine et je peignais un paysage sombre. Peut-être celui de ce champ hivernal, après ma gueule de bois. Je ne sais pas. J'aime beaucoup ce mot archaïque, d'ailleurs !
Mon père fumait une cigarette et lisait un magazine. La lune était déjà pleine.

Quelque chose s'est passé.
Quelque chose de froid, de mécanique, d'étrange s'est glissé en moi.
J'ai ouvert les étagères où se trouvaient les médicaments de ma mère. J'ai tout pris : les pilules pour le cœur, pour dormir, pour l'estomac, pour sa paranoïa, pour la fièvre, pour le rhume. Tout.
Mon père était toujours dans la même cuisine. Il n'a rien remarqué.

Je les avais toutes avalées, puis j'ai recommencé à peindre.
Une radio jouait en arrière-plan. J'ai entendu Nirvana, puis les informations : Kurt Cobain s'était suicidé.
Grâce à lui, je me souviendrai toujours de la date de ma mort.
Je pensais être la première.
Je me suis couchée, probablement deux heures après avoir pris les pilules.

Une douleur terrible au ventre m'a réveillée. Ma mère s'est réveillée elle aussi.
Je me suis enfermée dans la salle de bains, avec les vomissements qui me remontaient dans la gorge. J'étais consciente, comme jamais auparavant, que je devais choisir.
Je pourrais le jurer : j'ai vu alors les yeux de la mort dans ma gorge.
Et j'ai choisi.

J'ai remarqué le visage de ma mère. Ce fut la seule fois, la seule véritable fois de ma vie où j'ai vu son vrai visage, avec une vraie douleur.
Peut-être que, cette fois-là, il lui fut donné d'être humaine. Je ne sais pas.
Mais, au lieu d'appeler les secours, ils ont préféré me faire vomir avec du sel, de l'eau et un tube en caoutchouc.
Aujourd'hui, je sais qu'elle était probablement terrifiée par les questions qu'on aurait pu lui poser. Ou peut-être même par le fait que je commence à parler.
Après deux heures de ce tango de sel et de vomissements, elle m'a emmenée au lit.
Je me souviens lui avoir demandé de mettre l'album 1492 de Vangelis. Je me souviens qu'elle est restée assise auprès de moi toute la nuit.

Le matin, je me suis réveillée comme jamais auparavant. Et je suis allée à l'école.

J'ai d'abord rencontré les filles de ma classe et leur ai raconté cette nuit-là.

Cet après-midi-là, ma mère m'a dit pour la première fois qu'elle était malade à cause de moi. Et que, si je voulais aller à l'école d'art, je devrais trouver moi-même de l'argent pour vivre. Ils ne me donneraient plus rien pour mon éducation, ni pour les activités après l'école, ni pour les vêtements, ni pour la nourriture, ni pour quoi que ce soit.
Et ils ont tenu parole.

Nous avons recommencé à nous voir, Konrad et moi.
J'étais si aveuglément amoureuse de lui. Nous apprenions à connaître nos corps, nos premiers contacts, nos premières caresses, notre première nudité.
Pendant les vacances d'hiver suivantes, nous avons décidé d'avoir notre première relation sexuelle.
Nous voulions la sacraliser. Du moins, c'est ainsi que je le voyais.
Nous avons choisi Imbolc, et Konrad décida de ne pas me déflorer. À la place, il voulait que nous ayons une relation sexuelle anale.
Il essaya de m'expliquer que c'était mystique, que c'était contre l'Église, et que toute sorcière le désirerait.
Mais je savais déjà qu'il ne pensait qu'à sa propre sécurité.
Pourtant, accepter sa manière de voir les choses était, pour moi, une décision douloureuse.

Je portais un vieux manteau en peau de mouton que quelqu'un avait abandonné près d'une poubelle. Le chemin vers la forêt était long et froid. La beauté de la nature, dans ces nuits d'hiver, était à couper le souffle.
J'ai retiré tous mes vêtements et me suis allongée sur le ventre, sur le manteau.
Bien sûr, ce fut douloureux, rapide et décevant.

J'ai pleuré tout le long du chemin du retour.
Lui, en revanche, était si heureux.
Je me sentais comme une chose dont il s'était servi.
Mais je l'aimais.
Et, longtemps après la mort de ce premier amour, j'ai encore mythifié ma première fois.
Nous nous sommes habitués au prophète et à la forêt.
Nous faisions l'amour sur des pierres tombales. Nous faisions l'amour avec des masques.
J'étais sa muse.

À cette époque, je pensais qu'il était l'homme le plus talentueux de la terre. Aujourd'hui, je sais qu'il ne crée plus rien. Et je sais aussi qu'il a parfois été si cruel avec moi parce que j'étais toujours une meilleure artiste que lui.
C'est cruel, mais c'est ce que je suis devenue.
Nous lisions Sade, Michel, Joyce, Schulz et Witkacy. Je dois dire que ce fut une période incroyablement stimulante pour nous deux.

Une nuit, nous avons franchi une autre frontière.
Il était en moi d'une manière brutale, douloureuse, nocive. Pendant les rapports sexuels, il me demandait sans cesse :

« Est-ce que ça te fait mal ?
Comment est cette douleur ?
À quel point ?
Dis-moi. »

Et, pour la première fois, j'ai senti que j'aimais la douleur pendant le sexe.
Quelque temps auparavant, je lui avais parlé de mon père, de ce qu'il m'avait fait.
Il ne m'a pas crue.
Et tout a changé.
Pour la première fois, j'ai ressenti de la colère. Je suis devenue la tempête qui approchait.
Les rôles se sont inversés.
Il était assis à mes pieds, comme un chien fou et affamé.
Je ne pouvais plus avoir de pitié pour lui. Plus jamais.
Avec le temps, il ne pourrait plus me toucher, m'embrasser ou me tenir la main sans ma permission.
Une fois, nous avons fait l'amour. Nous étions un peu ivres. Il m'a manquée et m'a déflorée accidentellement.

À partir de là, j'ai développé une obsession.
Je voulais savoir ce qui m'était arrivé lorsque j'avais été abusée par mon père. Je n'avais jamais été certaine. Mes souvenirs étaient déformés, avec d'immenses trous noirs.
Je suis devenue obsédée par mon hymen. J'examinais les traces de sang. Il n'y avait qu'une toute petite trace, alors j'en ai conclu que je n'avais probablement pas été violée ces nuits-là.

J'ai rencontré un camarade de classe en Silésie et nous avons commencé à nous fréquenter, bien que je sois toujours officiellement avec Konrad.

Je suis devenue cruelle envers mon premier amour. Je pensais qu'il le méritait.
Je le gardais toujours près de moi. Depuis ce moment-là, il était mon esclave.
Entre-temps, il y eut un amour purement platonique avec un autre camarade de classe.

Nous pouvions rester assis toute la journée ensemble sans parler. Ou regarder les nuages et y deviner des peintures célèbres. Ou parcourir une exposition des centaines de fois, en parlant pendant une heure d'un seul tableau.
J'ai détruit tout cela en rencontrant Michał, mon deuxième petit ami, si différent de Paweł, mon amour platonique.
Paweł était un peintre très talentueux — il enseigne aujourd'hui à l'Académie des beaux-arts. Une personne délicate, subtile, travailleuse.
Je voulais être sa Marie-Madeleine.

Michał était un dandy.
Il avait rejoint notre classe en troisième année et, presque immédiatement, nous nous étions rapprochés.
J'étais une rebelle, avec une croix pentecôtiste autour du cou, les lèvres sombres et de lourdes bottes, toujours en contraste avec les autres.
Mais, de l'autre côté, j'étais l'élève qui obtenait les meilleures notes de l'école. Je participais à des concours de philosophie, à des concours artistiques, etc...
Et pourtant, les gens me trouvaient toujours bizarre, même à l'école d'art.

Puis Michał est apparu.
Il était donc naturel que nous nous retrouvions ensemble pendant quelque temps.
Pour moi, chaque homme était un voyage intellectuel.

Michał était très grand, très mince. Il aimait porter des robes de femme. Il n'aimait pas beaucoup le sexe.
Nous lisions Nabokov, Kafka, Hesse, Rilke.
C'était un type merveilleux.

Lorsque je lui ai parlé de mon père, il m'a proposé de vivre avec lui dans un foyer étudiant et de cesser de parler à mes parents.
Il n'était pas possible de me placer dans un foyer, mais il essayait d'être près de moi. Nous dormions ensemble, il m'achetait de la nourriture, des peintures.
Il n'aimait pas beaucoup le sexe. Je pensais qu'il n'était pas certain de son orientation, mais personne n'en avait conscience. C'était la Pologne catholique et nationaliste. Elle l'est toujours.

Il m'a quittée il y a un an.
Mais il n'a pas été aussi cruel que je l'avais été avec Konrad.

C'était la première fois que quelqu'un me quittait.
Il fut mon deuxième amant.

Mon troisième amant ne dura que trois jours.
Il s'appelait Daniel. Je l'avais rencontré à une exposition.
Il était plus jeune que moi de deux ans, et j'étais sa première femme.
Nous nous sommes rencontrés quatre fois. Pas moins, pas plus.
Nous avons fait l'amour dès notre premier rendez-vous.
C'était du sexe très ordinaire, classique.
Je voulais simplement vérifier ce que cela faisait sans amour.

Et, après le sexe, j'ai eu le sentiment d'avoir été violée. Un immense malaise.
Je lui ai demandé de ne plus venir, aussi doucement que possible.
Il m'a écrit une très longue lettre il y a dix ans.
J'étais son premier grand amour.
Mais je n'en avais pas conscience.

Après cela, j'ai rencontré mon mari actuel. Il fut mon quatrième amant.
Et le dernier, celui qui m'a rendue folle.
Pourtant, il n'a rien fait de mal. Rien du tout.

Tout ce qui n'allait pas était de ma faute. Je l'ai abandonné au milieu de nulle part, sans rien. C'était moi.
Nous n'avons partagé qu'un moment de la nuit, et quelques instants de caresses.
Mais je me souviens encore de la façon dont il entrait en moi, de ses mains sur ma tête. Je peux encore fermer les yeux et me retrouver là, avec lui.
Je me souviens de son écriture, de ses petits gestes, de la manière dont il était dégoûté par moi et par le désordre que j'avais créé.

Il a vu l'enfer de ma mère — même si je lui avais dit qu'il s'agissait de ma tante. Je n'étais pas honnête. Je n'étais pas prête à affronter ma honte.

Il a vu la saleté dans laquelle j'avais grandi.

Et cette saleté qui était encore en moi.

Il ne m'a pas fait de mal.

J'aimais son esprit extraordinaire, son intelligence, qui avait des années, des années d'avance sur la mienne.
J'aimais son front, le bout de son nez, son torse effrayant.
Je ne sais pas pourquoi cet amour impossible est venu et demeure.
Peut-être à cause de sa rupture soudaine. Peut-être à cause de ma fuite. Peut-être à cause de la culpabilité.
Peut-être à cause de ces vibrations presque platoniques qui existaient entre nous.
Peut-être à cause de nos secrets, que j'emporterai dans la tombe, à moins qu'il n'ait un jour la volonté de parler de moi.
Mais je suppose qu'il ne se souvient même pas de moi.

Comme je suis dégoûtée.

J'avais l'habitude de le retrouver chez d'autres hommes.
Une fois, l'un d'eux est venu de loin. Je ne voulais pas le rencontrer. Lorsque j'ai compris que ce n'était pas mon homme, j'ai refusé.
Une autre fois, j'ai rencontré virtuellement des hommes incroyablement bons. J'ai presque arraché le cœur de l'un d'eux parce qu'il n'était pas lui.

Puis j'ai appris à contrôler cela.
À ne plus promettre de choses.
À ne plus croire aux choses.

Chaque fois que mon esprit découvre des similitudes avec mon amour, j'essaie d'utiliser la logique et de faire taire mon cœur.

J'ai limité mes amis à ceux qui ont un prénom et un nom de famille.
Et, habituellement, lorsque quelqu'un essaie de me prendre, je lui retire son amitié.

Chaque fois que je prie, c'est lui.
Et chaque fois que je prie, ce n'est pas lui.

Parce que je sais que, s'il me disait :
« Je suis ton homme. Je suis ton homme. Regarde, c'est moi. Regarde mon visage. »
Je partirais avec lui.
Parfois, je regarde ses traces lorsque je ressens ce bsoin immense d'amour.
J'écoute sa voix. Je regarde comment il devient de mieux en mieux.
Mais j'essaie de le regarder attentivement, sans le déranger davantage.

Une fois, j'ai accidentellement appuyé sur le bouton du cœur. J'ai failli fermer mon compte à cause de cela ;-).

Tu as raison. Je sais comment faire jouir un homme en quelques minutes. Je sais ce que je suis capable de faire avec un homme. Je suis consciente de mon pouvoir.
Mais j'ai tout gelé.
Cela dort à nu.
Personne ne peut plus remplir cet espace.

Je m'excuse. Je n'ai jamais tout écrit de manière aussi honnête, ni dans un ordre aussi précis.
Mais j'ai atteint cet âge où je sais que cela devrait être écrit.
Merci de m'avoir laissé faire et  de l'avoir écrit.

Merci .
Si ceux qui disent du mal de moi savaient exactement ce que je pense d'eux,  alors ils en diraient bien davantage
Sacha Guitry

J'écris pour me taire
Philippe Léotard

Nos vrais ennemis sont en nous-mêmes.
Bossuet

 


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