Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

07 novembre 2026 à 00:38:22
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Sous le soleil des topics » Discussions » projet de vie

Auteur Sujet: projet de vie  (Lu 166 fois)

Hors ligne Arsinor

  • Troubadour
  • Messages: 251
projet de vie
« le: 31 octobre 2026 à 22:17:36 »
Bonjour à tous,

Certains me connaissent. Vous ai-je dit que j'avais écrit 131 textes, à ce jour ? J'aimerais en écrire 66 autres, dont j'ai le synopsis et le titre.
C'est déjà un grand projet. Et j'espère vivre assez longtemps pour écrire 66 textes, sachant que j'ai déjà 51 ans. Le temps passe ! Et j'écris peu souvent finalement.
Je suis capable de passer des centaines d'heures sur un texte ; il me faudrait aller plus vite...

Mais surtout, en plus des 66, je désire écrire un chef-d'oeuvre. Pas un best-seller ou même un "seller" :-) mais un chef-d'oeuvre.
Un texte qui montre un élément philosophique essentiel, une idée miroir de la modernité, un texte unique qui révèle des vérités sur l'homme.
Je cherche depuis un an, depuis que j'en parle, une idée... je ne trouve pas.

Comme je suis schizophrène en rémission, j'ai pensé à décrire mon parcours d'un oeil extérieur : de la souffrance la plus infernale et de l'humiliation la plus abjecte, presque impensable de nos jours... à une sagesse fondée sur la compliance, l'observance et l'hygiène de vie. De psychotique je suis devenu philosophe et cela pourrait aider mes camarades d'infortune. Hélas, je n'y crois guère, car un tel livre m'obligerait à me replonger dans des trucs dont vous n'avez pas idée... et en plus ne serait pas lu par les intéressés. Il faut un degré d'éducation pour lire des livres et souvent les psychoses commencent dès l'enfance et empêche l'instruction, alors que j'ai eu ma première crise tard, à 26 ans, après mon bac+5. Comme j'ai le profil d'un pair-aidant, selon mon psychiatre, j'ai écrit un petit livre qui s'appelle "compléter et utiliser la psychiatrie" mais le Monde de l'écriture a une vocation littéraire...

Une grande vérité sur l'homme via la schizophrénie et sa "résolution", je n'y crois pas tellement. Et je ne me vois pas faire une autobiographie.
Autofiction oui mais pas autobiographie.

Alors je cherche.

Hors ligne Alan Tréard

  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 7 830
  • Optimiste, je vais chaud devant.
    • Alan Tréard, c'est moi !
Re : projet de vie
« Réponse #1 le: 01 novembre 2026 à 09:19:32 »
Bonjour Arsinor,


Alors, déjà, je trouve ça très bien que tu écrives tant, toi qui souffres au quotidien. C'est une manière de sortir de cet état des choses qui te limite jour après jour. Intéressant aussi de voir que tu t'intéresses à une démarche philosophique, la logique notamment, qui permet de remettre de la cohérence là où elle avait disparu.

En ce qui me concerne, j'ai lu Platon, Rousseau, Aristote, Hume, Montaigne, ou encore Descartes, je me suis passionné – un peu comme toi – pour cet aspect introspectif qui élève l'âme au-dessus des affres de l'instinct. Et pourtant, j'en suis arrivé à une autre conclusion : je cherche une littérature implicite, qui fasse de l'esthétique son cœur et de l'émotion son objectif. Je ne cherche pas à dire explicitement comment faire pour bien agir ou bien savoir, mais plutôt j'expose des situations complexes aux enjeux nombreux, excellent prétexte pour faire de la beauté, de la laideur ou de la nuance l'essentiel de mon ouvrage.

Alors, faut-il, comme le faisaient les philosophes, bien nommer les choses pour les identifier et les expliquer par un lien logique ? Ou bien au contraire sous-entendre, évoquer, pousser à comprendre, questionner grâce à un art et à un style poussés ? J'ai choisi la deuxième voie.

Écrire, c'est avant tout s'adresser à un lectorat élargi, aller chercher au-delà de ses propres limites. Convaincre, même en philosophie, c'est avant tout parler à celles & ceux qui ne sont pas comme nous. Je trouve que tu gagnerais à écrire pour les autres et non uniquement pour ceux qui te ressemblent. C'est la nuance que j'apporterai à ton témoignage, une forme de questionnement de ce que tu as voulu faire, ou de ce que tu voudrais faire pour l'avenir.

En espérant que ça te soit utile.


Merci à toi pour ce témoignage fort intéressant.

À bientôt sur le Monde de l'Écriture.

Hors ligne Arsinor

  • Troubadour
  • Messages: 251
Re : projet de vie
« Réponse #2 le: 01 novembre 2026 à 15:09:12 »
Bonjour Alan,
Quelques réactions au fil de ta réponse, dont je te remercie.

Alors, déjà, je trouve ça très bien que tu écrives tant, toi qui souffres au quotidien.
Je vais très bien et je suis heureux ! Je ne souffre pas du tout. Je suis quelqu'un d'heureux dans cette société fort inquiète. Je suis toujours diagnostiqué schizophrène, et je prends mes médicaments tous les jours, cependant j'ai appris à gérer cette maladie mentale comme un chef... Je suis apprenti philosophe, je pratique un art de vivre qui me rend dire heureux. Le bonheur, qu'est-ce ? C'est, je pense, un état durable, qui correspond à une situation personnelle en relation avec les valeurs personnelles. C'est dû à la maturité : 51 ans ; mais aussi à mes trois piliers de gestion de la maladie.

Citer
Intéressant aussi de voir que tu t'intéresses à une démarche philosophique, la logique notamment, qui permet de remettre de la cohérence là où elle avait disparu.

En ce qui me concerne, j'ai lu Platon, Rousseau, Aristote, Hume, Montaigne, ou encore Descartes, je me suis passionné – un peu comme toi – pour cet aspect introspectif qui élève l'âme au-dessus des affres de l'instinct.
Je suis très loin d'avoir accumulé autant de lectures que toi. Si je me prétends philosophe, c'est que je pense par moi-même à partir de questionnements d'inspiration philosophique. Me manque-t-il la lecture d'ouvrages conseillés par l'université ? Peut-être. Je n'en vois guère l'intérêt, mais loin de moi d'exclure cette possibilité. Il faut ajouter que je crois en la philosophie diffusée par la littérature et la fiction.

Platon, Descartes, je n'ai pas pu...

Citer
Et pourtant, j'en suis arrivé à une autre conclusion : je cherche une littérature implicite, qui fasse de l'esthétique son cœur et de l'émotion son objectif. Je ne cherche pas à dire explicitement comment faire pour bien agir ou bien savoir, mais plutôt j'expose des situations complexes aux enjeux nombreux, excellent prétexte pour faire de la beauté, de la laideur ou de la nuance l'essentiel de mon ouvrage.
La complexité est difficile à gérer, il faut être intelligent, et ou ou beaucoup travailler. Le chef d'oeuvre qui me fait rêver (plutôt que celui que je "projette") ne serait pas un traité de morale de la vie heureuse mais le vecteur d'une vérité décisive pour favoriser la possibilité pour les gens de gérer la modernité.

Citer
Alors, faut-il, comme le faisaient les philosophes, bien nommer les choses pour les identifier et les expliquer par un lien logique ? Ou bien au contraire sous-entendre, évoquer, pousser à comprendre, questionner grâce à un art et à un style poussés ? J'ai choisi la deuxième voie.
As-tu déjà envoyé sur le Monde de l'écriture un texte qui sous-entend, évoque, pousse à comprendre ? Si tu donnes un lien, je veux bien le lire et m'en inspirer. Ce dont est capable la littérature est supérieur aux traités de philosophie, et je pense un peu comme toi que trop de clarté peut limiter la compréhension. L'art a plus de puissance évocatrice que son explication.

Citer
Écrire, c'est avant tout s'adresser à un lectorat élargi, aller chercher au-delà de ses propres limites. Convaincre, même en philosophie, c'est avant tout parler à celles & ceux qui ne sont pas comme nous. Je trouve que tu gagnerais à écrire pour les autres et non uniquement pour ceux qui te ressemblent. C'est la nuance que j'apporterai à ton témoignage, une forme de questionnement de ce que tu as voulu faire, ou de ce que tu voudrais faire pour l'avenir.
Oui, je sais pas, je n'ai jamais tranché. J'ai recueilli des avis divergents sur le sujet : s'adresser aux autres malades... ou bien s'adresser à l'homme universel... ou encore à un lectorat bien ciblé marketinguement... J'ai tendance à m'adresser au Lecteur Idéal, celui qui, sans concession, comprend ce que je dis.

Egalement, beaucoup de lecteurs lisent des livres qui ne leur sont pas destinés. A qui s'adressent les comédies amoureuses ? Aux femmes... pourtant il m'est arrivé d'en lire, genre Fabio Volo ou Foenkinos. A qui s'adressent les livres en faveur de la gauche française ? Aux votants de gauche, pourtant beaucoup de lecteurs de droite en lisent. Et les classiques... Molière a-t-il seulement imaginé que ses pièces seraient lues encore au XXIe siècle, mais encore jouées, analysées, commentées, encensées ?

Citer
En espérant que ça te soit utile.
Bien sûr. Mais... tu me laisses en plan ?   :'(

Hors ligne Alan Tréard

  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 7 830
  • Optimiste, je vais chaud devant.
    • Alan Tréard, c'est moi !
Re : projet de vie
« Réponse #3 le: 01 novembre 2026 à 18:07:07 »
Bonjour Arsinor,


Tant mieux si tu es heureux, ça fait plaisir à lire. Ton expérience est enrichissante et elle invite à la considération de soi. 51 ans, c'est une beau chiffre, ça promet encore des années de vie devant toi. De quoi en profiter pleinement pour te consacrer à l'écriture.

Citer
Je suis très loin d'avoir accumulé autant de lectures que toi. Si je me prétends philosophe, c'est que je pense par moi-même à partir de questionnements d'inspiration philosophique. Me manque-t-il la lecture d'ouvrages conseillés par l'université ? Peut-être. Je n'en vois guère l'intérêt, mais loin de moi d'exclure cette possibilité. Il faut ajouter que je crois en la philosophie diffusée par la littérature et la fiction.
En fait, je te partage mon expérience personnelle. C'est une façon de te montrer que nous avons quelque chose en commun, toi et moi. Je ne suis pas farouchement accroché à mes livres, je comprendrais parfaitement que tu n'aies pas exactement les mêmes sources d'inspiration que moi. C'est une bonne chose de pouvoir s'identifier à un genre, ici le genre philosophique, et d'y retrouver ses propres aspirations.

Citer
La complexité est difficile à gérer, il faut être intelligent, et ou ou beaucoup travailler. Le chef d'oeuvre qui me fait rêver (plutôt que celui que je "projette") ne serait pas un traité de morale de la vie heureuse mais le vecteur d'une vérité décisive pour favoriser la possibilité pour les gens de gérer la modernité.
Vaste sujet... Nous sommes dans une époque tourmentée où les repères sont bousculés. C'est une bonne chose de vouloir insuffler des valeurs comme celle de la vérité. Ça permet de se raccrocher à quelque chose de significatif. De mon côté, ce sont les valeurs de la nuance qui me motivent au quotidien. Je trouve qu'on a tendance à trop contraster les opinions et à montrer des représentations du monde toujours plus univoques. La nuance est à mes yeux le meilleur moyen de chercher un juste équilibre entre les raisons des uns et celles des autres.

Citer
As-tu déjà envoyé sur le Monde de l'écriture un texte qui sous-entend, évoque, pousse à comprendre ? Si tu donnes un lien, je veux bien le lire et m'en inspirer. Ce dont est capable la littérature est supérieur aux traités de philosophie, et je pense un peu comme toi que trop de clarté peut limiter la compréhension. L'art a plus de puissance évocatrice que son explication.
Tout simplement, je considère que la philosophie s'adresse à une certaine élite, elle ne fait pas non plus le pont entre les différentes cultures. Il faut être cultivé pour bien en saisir les enjeux, ce qui est une bonne chose d'un côté (celle de motiver les lectrices & lecteurs à s'émanciper par la réflexion), mais une mauvaise chose d'un autre côté (celle de ne s'adresser qu'à des individus capables de faire ce travail sur soi).

Je ne te montrerai pas uniquement ce que je fais aujourd'hui, mais ce que je faisais hier pour que tu puisses comparer mon évolution. Avant, j'écrivais des contes merveilleux avec une morale à la fin. Mon ambition était d'évoquer des valeurs universelles explicitement de façon à les encourager. Aujourd'hui, je ne fais plus ça. J'écris avec l'intention d'être plus implicite dans les valeurs évoquées à la lecture, et tant pis si le lecteur ne comprend pas.

Avant : Le Lièvre, la Chouette et l'Ours (conte avec morale à la fin)
Maintenant :  Prologue du Jeune Rôdeur (imaginaire sans morale explicite).

Citer
Oui, je sais pas, je n'ai jamais tranché. J'ai recueilli des avis divergents sur le sujet : s'adresser aux autres malades... ou bien s'adresser à l'homme universel... ou encore à un lectorat bien ciblé marketinguement... J'ai tendance à m'adresser au Lecteur Idéal, celui qui, sans concession, comprend ce que je dis.
D'accord. Et comment définirais-tu plus précisément ton lecteur idéal ? As-tu toi-même un idéal auquel tu te raccroches ?

Citer
Bien sûr. Mais... tu me laisses en plan ?   :'(
Non, je ne te laisse pas en plan : si tu estimes que cette conversation t'est fort utile, alors je me ferai un plaisir de la poursuivre. Ce qui compte pour moi, c'est de t'encourager dans ta réflexion intérieure sur un futur écrit, pas de te déranger dans ton travail de réflexion. À toi d'estimer l'utilité d'un tel dialogue.


Il me semble avoir répondu à toutes tes sollicitations.

Au plaisir de prolonger plus en avant cette discussion.

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.012 secondes avec 15 requêtes.