Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

27 octobre 2026 à 23:47:01
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Fuga

Auteur Sujet: Fuga  (Lu 137 fois)

Hors ligne Eilrahk

  • Buvard
  • Messages: 4
Fuga
« le: 23 octobre 2026 à 09:00:10 »
Bonjour,

Je tiens à vous présenter ici la dernière nouvelle que j'ai écrit. Par cette démarche, je cherche surtout un avis sur ce que j'ai écrit, pourquoi pas quelques propositions.
Ce texte est une nouvelle historique, il est volontaire de ma part de n'écrire nul part précisément l'époque ainsi que le lieu des évènements. Je cherche par mes écrits à donner une ambiance, des sensations.

Merci à vous



Fuga,

Du sable dans ma bouche. Une nouvelle vague comme un seau d’eau vint me réveiller. J’ouvris les yeux, groggy, aucun souvenir ne me permettait de savoir où j’étais. Mes oreilles sonnaient, impossible de comprendre ce qui se passait autour de moi. L’écume formait comme un ourlet qui tantôt se glissait le long de mon dos, tantôt s’éloignait me laissant à la merci du vent. Pourtant je ne tremblais pas, même si mes vêtements étaient trempés, même si l’eau était fraîche. J’étais épuisé. Impossible de me mouvoir, tous mes membres étaient douloureux. La marée devait monter car la dernière vague venait de m’engloutir le visage, me faisant boire la tasse. Pourtant même ça ne me fit pas me lever. Avais-je déjà trop goûté de cette eau ? En tout cas elle s’invitait en moi et je lui laissais pleine place. Cette mort là ne me faisait plus peur. Je fermais les yeux, me laissant aller à cet océan de ténèbres.
– ¡Ayuda, no, no!
Le cri de détresse me fit émerger et reprendre mes esprits. Je n’étais pas seul sur la plage, un autre naufragé était là, en mauvaise posture. La peur du danger me donna la force de glisser mes mains jusqu’au niveau de mes épaules et de pousser dessus pour me redresser. Je fus surpris de ne pas avoir la tête qui tourne. Entre ces mois dans la cale et ce brassage final, je m’attendais à avoir la jambe tremblante.
– Fais taire le papiste, Pòl !
Un nouveau cri, celui-ci n’était pas dans la langue de mon pays pourtant je le comprenais. Enfin j’émergeai et chercha du regard la provenance de ces apostrophes. Tout sonné que j’étais, je mis quelques secondes avant de tourner la tête dans le bon sens. Juste le temps qu’il fallait pour profiter du clou du spectacle. Un homme habillé de guenilles – je découvris plus tard que je n’avais pas vraiment de raisons de le moquer à ce sujet – se tenait face à un groupe d’hommes. L’un d'eux, bras droit tendu, l’autre plié, tenait une hache qu’il envoya dans le côté de mon compagnon naufragé. Ce dernier, étouffant un cri, s’écroula au sol. Le dénommé Pòl offrit mollement son pied à l’épaule de l’agonisant, comme une dernière démonstration de sa toute puissance. Le visage de l’assassin s’éclaircit quand un autre homme s’approcha de lui pour lui taper par derrière l’épaule en lui jetant un sourire. Difficile de dire comment un visage aussi rustre peut s’éclaircir. Il avait une mâchoire large, un front interminable et des sourcils bas. Ses cheveux informes volaient au gré du vent, rincés par les embruns, ou la pluie.
Le groupe entoura le désormais décédé, comme pour contempler son œuvre. J’imaginais aisément le sang se mêler aux filets d’eau formés par la marée, dessinant en rouge un réseau complexe. Avaient-ils seulement un regard pour cette apparition spontanée, fruit de l’acte le plus bas que l’Homme puisse produire ? Non. Affichant une grimace pour supporter le vent qui leur cinglait le visage, leurs regards étaient tournés vers l’horizon. Tremblant de fatigue je les imitais. Sur les quelques mètres de mer devant moi se trouvait une multitude de débris en tout genre. Ballotés par les flots, ils se frayaient doucement un chemin jusqu’au rivage, imitant en cela les naufragés. Un peu plus loin se dessinait le contour du pont d’un navire que je connaissais bien. Coincé dans un roc, il prenait largement l’eau. La preuve en était que sa ligne de flottaison se situait au-dessus des trappes à canon. L’angle du grand mât était un indice de plus de la fin imminente du galion. Les voiles du mât de misaine n’avaient pas été affalées à temps, elles allaient librement accompagnant les rafales passagères. Le château arrière, bien trop bas, ne sublimait plus les lignes de ce majestueux vaisseau. Perdue à jamais cette vieille coque. J’avais au moins la satisfaction qu’elle n’ait pas été mon cercueil.
Mais ce qui me terrifia le plus, c’était les mats au loin, battus par les vents. Cette invincible Armada, malmenée, qui fuyait la terreur de la tempête. L’atlantique est calme en cette saison entendait-on dire alors que nous contournions l’Écosse. Ont-ils bien fait de croire des marins n’ayant jamais navigué dans ces eaux ? Qui aurait pu prévoir cette tempête d’été d’une violence telle qu’elle nous rabattit sans merci sur ces côtes inhospitalières – du moins pour une flotte aux origines belliqueuses. Ils étaient maintenant là, à fuir cette côte qui s’offrait à leur échouage. À travers les nuées on distinguait parfois un navire qui avait réussi à fuir le péril. Mais pour bon nombre d’entre eux, dans cette danse des mâts, tout était encore à faire.
L’ensemble semblait être une petite fin du monde. Ce spectacle me rappela aux dernières heures que je venais de vivre, le contramaestre hurlant des ordres pour affaler au plus vite ; les vagues qui s’invitaient sur le pont, drossant inlassablement le navire ; le jeune Jairo projeté à la mer sans que quiconque tente de le récupérer. Chacun semblait alors lutter pour sa propre vie sachant que l’unité était le seul moyen d’en sortir vivant.
La marée me couvrit à nouveau de son sel. Je réalisais alors que ce débarquement forcé pouvait être pour moi l’échappatoire tant désiré, la raison qui m’avait fait embarquer en mai dernier alors que le soleil sublimait la tour de Belém. Foulant pour la première fois le pont de cette épave en devenir, je tournais alors le dos à ceux-là qui s’épinglaient une croix térébenthine sur le veston. Fuite qui me jetait sur une nouvelle croix, celle de Bourgogne. J’ignorais alors ce que cette dernière allait m’offrir, mais je quittais l’autre avec un vague souvenir de brigandage et de douloureux restes de dettes et de chantage.
– Il en reste un ! S’écria à nouveau quelqu’un, en anglais.
Le cri m’arracha à ma contemplation. Je tournais prestement la tête pour observer l’une de ces brutes me pointer du doigt d’un air mauvais. Je n’essayai même pas de fuir. Mes jambes étaient-elles trop lourdes ? La peur me pétrifiait-elle ? Ou était-ce simplement que j’étais arrivé au bout de ma fuite ? Toujours est-il que me voyant immobile, la troupe prit le temps pour me rejoindre. Le dénommé Pòl était en première ligne, il avançait d’un bon pas tenant sa hache toute souillée des entrailles de mon confrère. Il affichait un sourire mauvais. Juste derrière lui, sur sa gauche, un homme gracile marchait d’un pas léger, les mains dans les poches, il ne se pressait pas pour arriver. Sur la droite se déhanchait un autre, tout dérangé qu’il était par sa corpulence. Celui-ci était plus richement vêtu et se tenait légèrement à l’écart, en observation. Sa façon d’être me parut étrange, mais je n’eus pas le temps de l’étudier plus. Car la bande entière venait à ma rencontre. Ils ne faisaient aucun bruit, pourtant mes oreilles bourdonnaient d’une peur nouvelle. Quelques pas de plus et ils étaient sur moi. Ils firent cercle, et dans cette danse menaçante je n’aperçus plus aucun visage, ni rien de ces personnes. Seuls leurs regards m’apparaissaient. Je me noyais dans une nouvelle terreur en réalisant l’erreur qui avait été la mienne de ne pas tenter de fuir. Ceux-là voulaient ma mort. Ils savaient comment mes compatriotes et moi étions arrivés là. Ils ne pouvaient que se gausser de l'incongruité de la tempête qui était venue nous rabattre sur leurs côtes.
– Il est perdu l’envahisseur ? On va te montrer le chemin le plus court pour les jupes du pape.
– Attendez ! M’écriais-je tentant vainement d’effacer mon accent espagnol.
Il y eu un flottement à l’issue de mon cri. Mon auditoire ne s’attendait pas, à raison, que je parle anglais.
– Comment connais-tu notre langue ? Grinça l’un d’eux. Quand ils me parlaient j’avais cette impression incessante que la voix venait de derrière moi, ajoutant à ma confusion. Je me retournais sans cesse pour avoir un interlocuteur.
– J’ai … j’ai voyagé, dans mon ancienne vie, je suis venu sur vos côtes plus d’une fois, pendant plusieurs semaines, dans un but d’échange.
Je ne mentionnais pas que je pratiquais alors la contrebande, ne sachant pas leur proximité avec la couronne. Ces hommes semblaient préférer l’anglais au gaélique — que je ne parlais pas — je me confortais donc dans l’idée qu’ils n’étaient pas adhérent à la cause irlandaise.
– Le roi ! Son roi l’a envoyé faire du repérage !
– Abattons-le !
Tout semblait perdu, la peur me pétrifiait, celle-là même qui m’avait abandonné quelques instants auparavant, alors qu’elle aurait dû me glisser à l’oreille de prendre mes jambes à mon cou. Déjà haches et gourdins se levaient en une cathédrale funèbre. Ma liberté tant désirée aura été de courte durée. Mais ne valait-il mieux pas cette fin rapide plutôt qu’une tempête de tourments, de retour en Espagne ? Ma réflexion fut coupée par un bâton qui vint me percuter derrière l’épaule, me projetant au sol. La tête dans le sable, je ne vis pas la hache passer au-dessus de moi. Étrange de devoir sa vie à un méchant coup. Toujours est-il que la réalité de cette bourrade me donna un nouvel élan de combativité. Je me retournai vivement, juste le temps qu’il fallait pour voir arriver un nouveau coup de bâton. Cette fois-ci j’eus la présence d’esprit de rouler sur le côté. Évitant le choc, je parvins à me relever, mais ce fut pour me retrouver dans les bras d’une de ces brutes. L’homme, fort comme un taureau, me saisit. Bien que gonflé par la force du désespoir, l’énergie me manqua pour fausser compagnie à cette bien-aimée.
– Il a tellement côtoyé le poisson qu’il s’est fait gardon, le papiste !
– Je n’ai guère d’attrait pour la soutane, si c’est ce qui vous dérange.
– J’croyais que vous étiez dans des bondieuseries à vous étouffer, là bas sur votre péninsule, entendis-je sur ma gauche.
– Sûr ! Paraîtrait même qu’ils en ont fait des croisés, répondit un autre sur ma droite.
– Ça ne vaut pas notre cœur de lion, ça, ça tient à peine sur ses jambes.
– M’en vais lui briser les côtes, conclut ma dulcinée avant de raffermir sa prise.
Ces lascars jouaient avec moi comme des enfants ayant trouvé un crapaud sans défense. Sûrement se savaient-ils dans leur bon droit. Par chance, le tartarin ne parvint pas à ses fins. Il relâcha son étreinte, me laissant choir pitoyablement. Allongé, je profitais de l’accalmie pour tenter mon va-tout.
– Vous ne comprenez pas, je n’ai aucune sympathie pour le pape ou pour la couronne d’Espagne.
– Alors pourquoi es tu venu guerroyer sur nos mers ?
– Pour fuir, là bas, il n’y a que dettes et rossées qui m’attendent.
L’un d’eux plia ses jambes et approcha sa tête juste à côté de mon visage, je sentis son haleine rance d’ail avant de l’entendre demander :
– Et qu’est-ce qui t’a fait croire que tu serais mieux servi ici ?
– Parce que j’ai participé à l’embarquement, aux batailles dans la manche, et je suis tout enclin à vous donner les détails qui vous permettront de contre-attaquer.
– Il ment ! tuons le !
– Ce n’est pas à toi de le décider ! Objecta l’un d’eux d’une voix qui força au silence. Sa connaissance de notre langue pourrait bien lui acheter un vent nouveau. Menons le au lord.
La troupe se renfrogna, mais personne n’osa s’opposer. L’un d’eux me fit me lever et m’empoigna fermement le bras tandis que ses compagnons commençaient leur ascension de la butte sableuse qui nous cachait des plaines alentour. Chancelant, il me fallut quelques enjambées pour retrouver un équilibre. Enfin, je levais la tête. Le vent qui jusque-là me glaçait les os, était maintenant chaud comme une promesse de liberté. Je me disais que je n’aurais nulle difficulté à faire échange de mes informations. L’importance de celles-ci ainsi que l’avantage qu’elles donneraient ferait sans aucun doute jaillir la clémence. Je réfléchissais déjà aux chiffres que j’allais inventer pour combler les quelques lacunes inhérentes au savoir d’un marineros. Sûr du beau ruban doré que j’étais en train de fabriquer autour de mon savoir, je gravis la dune. Quand le sable finit par laisser la place à la végétation, un nouvel horizon s’offrit à moi. Des vagues d’herbes courbées par le vent semblaient s’étendre à perte de vue. S’il n’y avait eu ces murets de pierre, j’aurais cru avoir chaviré dans un nouvel océan. À moins d’une lieue j’aperçus un hameau. Les masures recrachaient une fumée douce comme des vêtements secs. J’en oubliais presque qu’un interrogatoire me séparait de ce confort. Nous parvînmes à un chemin tracé entre deux délimitations de pierre. Une terre sombre aux odeurs de tourbières s’étalait comme une invitation. Je ne m’offusquai pas quand, glissante, elle faillit m’envoyer au sol. Mon compagnon profita alors de l’occasion pour raffermir sa prise et entamer une discussion sans réel entrain :
– Pourquoi qu’t’es prêt à tourner le dos à ta terre ?
– Comme une envie de tourner le dos au pays qui m’a vu naître, répondis-je.
– Et ta famille, tes amis ? demanda-il, suspicieux, en échangeant un regard avec l’un de ses acolytes qui s’était retourné en entendant la conversation.
– Je n’ai rien de tout ça.
– Un métier ?
– Je voguais, je facilitais les transactions. Porté par la discussion, je m’épanchai : quelques déconvenues me valurent des dettes, à vrai dire. J’ai préféré fuir ces voyous plutôt que de risquer la noyade à quai.
– Des voyous ! Tu n’étais donc pas marchand ? Tu donnais dans la contrebande ?
– Ça pouvait m’arriver, oui, répondis-je sans entrain.
À ces mots, l’une des brutes s’arrêta brusquement devant moi. C’était le ventru qui m’avait paru étrange un peu plus tôt. Je compris que ce que je n’avais pas réussi à saisir alors était un sentiment de déjà vu. l’homme se tourna tandis que les autres s'arrêtaient, le regardant avec crainte.
– ¿Y cómo te llamas, compañero?
Espagnol, il parlait un espagnol parfait. Abasourdi, je dévisageais celui qui se présentait comme un compatriote. De son visage, mon regard glissa sur son veston. Là, était brodée une croix, une croix jaunâtre que je connaissais bien, térébenthine.
« Modifié: Aujourd'hui à 16:45:45 par Eilrahk »

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  • Comète Versifiante
  • Messages: 4 428
Re : Fuga
« Réponse #1 le: 23 octobre 2026 à 10:25:42 »
Bonjour

en simplifiant un peu ( parfois des phrases alambiquées qui nous perdent) c'est un récit qui pourrait nous tenir en haleine.

Peut-être avais tu une version de ce récit à la troisième personne car les accords passé simple ne sont pas les bons pour le "je".

Je pose la question à tous les auteurs que je commente : te sers tu de l'IA pour l'aide à l'écriture ?

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


B

Tout a déjà été raconté, alors recommençons.

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Hors ligne Eilrahk

  • Buvard
  • Messages: 4
Re : Fuga
« Réponse #2 le: 23 octobre 2026 à 11:09:55 »
Merci d'avoir pris le temps de lire ma nouvelle. Et merci pour tes retours et corrections.

Non, je n'utilise l'IA que pour effectuer parfois des recherches internet à ma place, mais je ne prends aucun de ses mots dans mes textes.

Merci.

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  • Comète Versifiante
  • Messages: 4 428
Re : Fuga
« Réponse #3 le: 23 octobre 2026 à 16:46:38 »
C'est normal, on est sur le forum pour ça.

Tu peux corriger ton texte par le bouton "modifier" en haut à droite, histoire que les futurs lecteurs ne te fassent pas les mêmes remarques. Si tu veux garder cette version visible, tu peux ( toujours avec le bouton "modifier") la copier puis la coller à la suite pour modifier à la suite en l'intitulant version 2 par exemple.

B
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