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02 Octobre 2026 à 01:00:27
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Auteur Sujet: Il faut sauver les Zélobuls [4500 mots, première lecture]  (Lu 40 fois)

Hors ligne Rémi

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Il faut sauver les Zélobuls [4500 mots, première lecture]
« le: 30 Septembre 2026 à 22:26:58 »
Coucou !

ça fait bien longtemps que je n'ai pas proposé de texte sur le forum. J'ai bien du mal à me lancer dans de vrais projets depuis un moment. Bref, j'ai enfin réussi à finaliser ce texte et je suis content de le soumettre à votre sagacité.

Il s'agit d'un texte "première lecture", donc pour enfants à partir de 6 ans. La collection qui pourrait l'accueillir est en projet qui devrait démarrer bientôt ^^. A priori, on sera sur un format 12/18, caractère 14, quelques illustrations pleine page et quelques illustrations vignette. Les sauts de ligne dans le texte indiquent des endroits où il pourrait y avoir une illu :)

Ce que j'attends comme retour :
1/ Si vous lisiez ce texte ou aidiez à lire ce texte à un enfant de 6 ans, est-ce que ça serait un bon moment pour vous, pour elle ou lui ?
2/ Tout retour sur la forme m'intéresse (les coquilles, le rythme, les lourdeurs...)
3/ J'ai essayé de ne pas trop simplifier le vocabulaire, est-ce que la quantité de mots pas évidents pour un.e jeune vous semble correcte ? La complexité des phrases ?
4/ A-t-on un bon équilibre fille / garçon (y a un perso fille et un perso garçon) ? Est-ce trop cliché ? Le narrateur est un gars, il s'appelle Liam comme un petit garçon que j'aime beaucoup  :coeur: :ned:
5/ Les noms des persos non humains me semblent pas fou... si vous avez des idées de modification...
6/ Tout autre truc qui vous parait pertinent pour améliorer le texte :)

Voili voilou...

Bonne lecture et merci d'avance pour votre retour.




Il faut sauver les Zélobuls

Ma mère dit tout le temps que je suis dans la lune. C’est même pas vrai ! Je ne suis pas astronaute ! Je rêve un peu, des fois, mais j’habite pas sur la lune…
« Liam, t’es une tête en l’air. Liam, t’as une cervelle de moineau. Liam, tu rêves ? » Voilà ce que j’entends toute la journée. Bon, c’est vrai que parfois mon imagination me joue des tours.
Aujourd’hui, je me suis amusé toute l’après-midi au bord de l’eau. La mer était super chaude. Avec Nina, ma petite sœur, on a fait des châteaux de sable. On a cherché des crevettes, des crabes, des petits poissons et on a vu des méduses toutes bleues.
Ce qu’on adore faire, c’est raconter des histoires. Dans le seau, chaque petite bête devient un personnage. On reste des heures à les regarder. Elles jouent chacun un rôle. Nina et moi, on fait leur voix, on invente des situations rigolotes, tristes ou même effrayantes. À la fin, on remet tout ce petit monde dans la mer et l’aventure continue sans nous.
Bref, c’est vraiment trop bien les vacances. En remontant sur la digue de Wimereux, ma mère nous dit : « Les enfants, vous devriez prendre une douche. Vous êtes plein de sable, il va encore y en avoir partout à la maison ».

Je n’aime pas tellement la douche sur la digue. Souvent, elle est froide. Nina se glisse sous le jet glacé en rigolant. Du coup, je serre les dents et je la suis. Je me rince les pieds, les jambes, les épaules… et là, je me rends compte que j’ai oublié d’enlever mon sac à dos. Forcément, il se retrouve tout trempé, mon sac. Et ma mère me dit : « Liam, tu as six ans maintenant, il serait temps que tu aies la tête sur les épaules ! »
Ce soir, je repense à mon sac tout mouillé, avec les chouettes monstres que Tata a brodés dessus. Je m’enroule dans ma couette (sur elle aussi, il y a des supers monstres), la tête enfoncée dans mon oreiller. Demain, ça va être une journée géniale.

Les premiers trucs que j’imagine en m’endormant, ce sont les caps Gris Nez et Blanc Nez. Drôles de nom pour des falaises ! Dans mon rêve, Nina et moi, on est entre les deux, sur la plage, penchés au bord d’un grand trou plein d’eau. Sous la surface, des tas de bestioles s’agitent dans tous les sens. Elles jouent entre les algues, tournent en rond et s’enfouissent dans le sable. Une petite bête sort sa frimousse de l’eau, trop mignonne. On dirait qu’elle nous parle, qu’elle nous fait signe. On se penche alors encore plus, et voilà que l’on plonge sans le vouloir dans cette flaque.
Et d’un coup, le paysage change, comme si on était dans un aquarium gigantesque. Nina nage comme une sirène :
— T’as vu, Liam, je peux nager et parler sous l’eau !

Alors ça, c’est complètement dingue ! Nina n’a pas encore appris à nager, encore moins sous l’eau ! Et voilà qu’elle me parle, tranquillement. Elle fait des cabrioles, toute souriante. Je reste là, à l’admirer avec la bouche ouverte.
Mais moi aussi, je suis sous l’eau ! Ça fait super peur ! Je regarde vers le haut, le soleil brille au-dessus de la surface. L’air ! Le bon air que l’on peut respirer, il est déjà si loin. Je nage de toutes mes forces pour remonter.
— Hé ! Liam !
— Quoi ?
— Tu n’as pas remarqué que toi aussi, tu peux respirer sous l’eau ?
Évidemment, Nina a raison.
— Si, si, bien sûr. C’est marrant, hein ?
Je fanfaronne, mais j’ai eu la frayeur de ma vie. Nina continue de virevolter. Elle s’amuse comme jamais. Autour de nous, les algues ondulent. Je demande à ma petite sœur :
— Qu’est-ce qu’on fait là ?
— On nage, Liam !
— Oui, mais pourquoi est-ce qu’on s’est retrouvé sous l’eau ?
— Je ne sais pas… peut-être à cause de la petite bête qui nous a appelés ?
Je me souviens, maintenant. Cette petite bestiole toute rigolote qui nous faisait signe. C’était il y a quelques minutes, on dirait que c’était il y a un siècle !
— Où est-elle passée ? demande Nina.
— Bonne question !
Alors, une voix toute douce, toute ronde et mélodieuse résonne sous l’eau.
— Je suis là !

Pendant deux secondes, j’ai l’impression que mon cœur va s’arrêter. Nina me fait signe de me retourner. Et là… La petite bestiole toute mignonne nous regarde tous les deux, avec un sourire un peu triste sur le visage.
— Je m’appelle Flobulle. Je vous ai attendus longtemps ! Je suis tellement contente que vous soyez là !
— Moi, c’est Nina !
— Et moi, Liam !
Flobulle n’est pas un poisson, ni une crevette, un crabe ou un autre animal que l’on connaît qui vit dans la mer. Elle est difficile à décrire… on dirait qu’elle change de forme tout le temps. En tout cas, elle est très souple.
— Alors, vous allez vous aider ? demande-t-elle.

Je suis encore un peu effrayé d’être là, sous l’eau, au milieu de nulle part. Mais Nina n’hésite pas une seconde.
— Oui, Flobulle, nous allons t’aider !
Elle est gentille, ma petite sœur, mais on ne sait même pas quel est le problème. Je demande :
— Qu’est-ce qu’il vous arrive ?
Flobulle fait la moue. Et d’une voix toute triste, elle dit :
— Notre problème, c’est que nous n’arrivons plus à chanter.
Je suis d’accord que ce n’est pas marrant, de vivre sans pouvoir chanter. Mais je ne comprends pas.
— Et pourquoi est-ce si grave ?
— Comment manger, si on ne peut pas chanter ?
Alors là, Nina et moi, on la regarde avec des yeux ronds. C’est quoi le rapport entre chanter et manger ?
— Excuse-moi, Flobulle, dit Nina, mais c’est pas clair ton truc…
— C’est pourtant simple ! Nina, Liam, vous savez chanter ?
— Un petit peu, comme tout le monde…
— Alors suivez-moi, je vais vous montrer.
Flobulle s’enfonce vers les profondeurs et nous la suivons. J’ai l’impression de nager comme un poisson ! Et Nina semble encore plus douée que moi. Flobulle s’arrête tout près d’un rocher.
— Vous voyez cette minuscule plante ?
Oui, nous la voyons. Un tout petit bout d’algue maigrichon.
— Moi, je ne peux plus chanter, mais vous oui ! Alors allez-y et vous verrez !
Nina me fait un clin d’œil et commence à chanter « Petit escargot ». J’aime vraiment pas cette chanson. On m’a forcé à la chanter pendant la kermesse de l’année dernière, c’était horrible. J’avais une coquille sur le dos et je chantais cette chanson de bébé ! Cette fois, comme c’est pour la bonne cause, j’accompagne ma petite sœur.
« Petit escargot
Porte sur son dos
Sa maisonnette
Et puis quand il pleut
Il est tout heureux
Il sort sa tête. »
Et là, un truc incroyable se produit. Le minuscule bout d’algue se met à pousser à toute vitesse. Trois petites branches, puis des nouvelles et encore des nouvelles et plein de feuilles qui se balancent sous l’eau. Flobulle a retrouvé le sourire, elle rayonne. Elle croque un morceau d’algue, puis un autre et encore un autre. Nina et moi ne chantons plus, on la regarde se régaler.

— Continuez ! Il faut que ça pousse encore plus !
Nous reprenons notre chanson. J’en ai assez de « petit escargot », je voudrais chanter autre chose !
Tandis que l’algue continue de pousser, nous entendons des cris de joie. Et derrière Flobulle, une nuée de petites créatures de toutes les couleurs apparaissent.
— Voilà ma famille ! s’écrie Flobulle.
Les créatures organisent une farandole autour de nous.
— Je m’appelle Gloubelle et je suis la maman de Flobulle, annonce une petite bête avec un grand sourire. Nous sommes les Zélobuls.
Chacun leur tour, les Zélobuls arrachent un morceau d’algue et le dévorent en souriant. Et puis, leur danse s’arrête et Flobulle dit à sa mère :
— Maman ! Nina et Liam vont nous aider !
— Oui, je vois qu’ils savent encore chanter !
Nina se mordille la lèvre. Elle a l’air toute désolée.
— Nous n’allons pas pouvoir rester chanter ici pour toujours, dit-elle.
Flobulle baisse les yeux, je sens sa tristesse qui monte. Sa mère lui caresse la tête. Et puis, Flobulle se redresse d’un coup.
— J’ai une idée, dit-elle, vous allez nous aider à retrouver le pouvoir de chanter.
— Oui, renchérit Gloubelle, si vous réussissez à retrouver la perle de chant, nous serons sauvés !
— La perle de chant ?
Flobulle et Gloubelle nous racontent que depuis toujours, les Zélobuls chantent grâce à la perle de chant. Mais que, depuis quelques jours, elle a disparu.
— Nous avons cherché partout, se lamente Flobulle. Peut-être que vous aurez une idée ?
Je réfléchis très fort. Maman m’a déjà expliqué d’où venaient les perles. Mais impossible de m’en souvenir. Ah si ! C’était dans un livre ! On voyait une huître qui ouvrait tout grand sa coquille avec une perle dedans.
— Je sais, dis-je. Il faut demander aux huîtres !
Nina approuve. Elle aussi, elle a lu ce super livre. Les yeux de Flobulle se mettent à briller.
— Il faut descendre un peu plus profond, dit Gloubelle, si on veut trouver les huîtres.
— Allons-y ! s’écrie Nina.
Flobulle sourit et s’élance derrière Nina.

— Ça peut être dangereux, les profondeurs, dit Gloubelle. Vous autres, vous nous attendez ici.
Gloubelle et moi suivons Nina et Flobulle qui ont déjà disparu derrière un gros rocher. Le reste de la troupe des Zélobuls nous suit des yeux tandis que nous descendons. Plus nous nous enfonçons, et plus il fait sombre. Pourtant, les couleurs sont vives comme en plein soleil. Accrochée à une fissure, une drôle de bête pleine de tentacules nous regarde passer. Elle est rouge foncé et toute brillante.
— Alors, on dit pas bonjour ?
La bestiole n’a pas de bouche et pourtant elle parle !
— C’est une anémone, dit Flobulle à mon oreille. Elles sont gentilles mais susceptibles.
Je m’approche. En fait, on dirait bien qu’elle a une bouche, au milieu de tous ces tentacules.
— Liam, dis-lui bonjour, me chuchote Gloubelle.
— Bonjour madame, dis-je d’une toute petite voix.
Les tentacules se déploient. On dirait une grande fleur toute ronde.
— Si vous cherchez les huîtres, dit-elle, c’est l’étage d’en dessous.
Incroyable, elle a deviné que nous cherchons les huîtres !
— Comment a-t-elle compris qu’on veut trouver les huîtres ? je demande.
— Facile, répond Flobulle, elle sait lire dans nos pensées.
Nina n’en croit pas ses oreilles, et moi tout pareil. Nous remercions l’anémone et plongeons encore plus profondément.

— Je croix qu’il faut se glisser dans cette fissure, annonce Gloubelle.
Devant nous, une espèce de crevasse. Toute sombre. Ça me fait un peu peur mais Nina s’avance à la suite de Flobulle alors je m’élance aussi.
On n’y voit bientôt presque plus rien. Je n’aime pas trop sentir que les parois sont si proches de nous. Je ne voudrais pas rester coincé. Et puis, d’un coup, ça s’élargit et on peut bouger plus à son aise. Une drôle de lumière verte baigne cette grotte où nous nous trouvons.
— Je suis rarement venue aussi loin, dit Gloubelle. Mais j’avais entendu parler de ces algues phosphorescentes.
Sur les rochers s’accrochent de minuscules algues toutes brillantes. On dirait des champignons éclairés de l’intérieur. C’est magnifique, ça ressemble au ciel plein d’étoiles en été chez Mamie. Sauf que nous sommes au fond de l’eau dans une grotte bien loin du ciel. J’ai un peu peur, mais Nina tourne sur elle-même avec les bras écartés. Quand elle nage comme ça, elle a l’air si heureuse.
— J’adore cet endroit ! dit-elle. On dirait la chambre chez Tata avec la boule à facette accrochée au plafond.
Voilà que Nina danse maintenant ! Elle ondule dans l’eau et Flobulle fait des pirouettes elle aussi. Gloubelle sourit et je me rends compte qu’on entend de la musique ! Une chouette musique, comme si quelqu’un jouait de la guitare.
Je regarde tout autour et ne voit aucun musicien. Mais quelque chose s’agite dans un trou plus sombre au fond de la grotte. Deux points bleus bougent en cadence. Je n’arrive pas à les quitter des yeux et doucement je m’approche. Ma tête bouge de droite à gauche. La mélodie est toute douce et je suis de plus en plus proche de ce trou tout noir, avec les jolis points bleus qui se balancent. Je ne contrôle plus mes bras et mes jambes qui dansent doucement, ondulent et m’amènent au plus près de la source de la musique.
Soudain, un cri énorme retentit et la musique s’arrête :
— Qu’est-ce que vous faites là ?
J’ai cru m’évanouir. La voix puissante m’a terrorisé.
— Qu’est-ce que vous venez faire chez moi ?
La tête énorme d’un homard apparaît, encadrée par deux pinces gigantesques. J’ai tellement peur !
— Alors ? Qu’est-ce que vous faites là ?
La voix grince comme une vieille porte. Une voix qui se glisse dans vos oreilles avec des sons pointus et brûlants.
— Je… Je suis désolé Monsieur…
— Madame !

J’ai le souffle coupé.
— Madame ! dit le homard. Je suis une dame ! Et mon nom est Rimuna.
La dame homard sort peu à peu de son trou. Sa carapace couleur bleu nuit est parsemée de pointes blanches aux contours orangés.
— Pardon Madame Rimuna. Nous ne sommes pas là pour vous déranger, nous cherchons les huîtres, parce que les Zélobuls ont faim, elles ne savent plus chanter et c’est vraiment un problème.
Madame Homard agite ses antennes.
— Je ne comprends rien à vos histoires.
Nina s’est approchée.
— Ce ne sont pas des histoires ! Si nous ne trouvons pas de perle de chant, les Zélobuls vont mourir de faim.
— Vous racontez n’importe quoi, dit Rimuna. Vous débarquez ici alors que je joue tranquillement de la musique, vous dansez comme des fantômes un peu fous et maintenant vous me parlez de chanter pour manger ?
Madame Homard a vraiment l’air en colère. Nina lui parle tout doucement.
— Vous avez l’air de souffrir, vous avez mal quelque part ?
— Non. Enfin, pas vraiment. Mais je suis tellement fatiguée…
La pauvre, Rimuna semble très malheureuse tout d’un coup. Elle baisse la tête.
— Le fond de mon trou est bouché, reprend-elle. L’eau ne s’écoule plus, et comme il n’y a plus de courant et je dois agiter mes pattes sans arrêt pour oxygéner mes œufs.
Elle se redresse. Sous son corps on voit apparaître une grappe de petites billes noires. Ses œufs sont tout ronds, tout brillants, tout mignons. Autour de ses œufs, des petites pattes pleines de poils s’agitent et remuent l’eau.
— Peut-être qu’on pourrait vous aider, dis-je. Qu’est-ce qui bouche le fond de votre trou ?
— C’est un gros bulot. Je crois qu’il s’est endormi.
Je ne me souviens plus trop de ce que c’est, un bulot. Nina écarte les mains. Je regarde les Zélobuls.
— Un bulot, dit Gloubelle, c’est comme un escargot. Il vit sur les rochers au fond de l’eau.
— Comment faire pour le faire bouger ? demande Nina.
— Je crois, répond Gloubelle, que si vous chantiez ça pourrait faire se tortiller le bulot. Ils adorent danser en général.
Nina me regarde. Oh non, pas encore « petit escargot » ! Trop tard, elle a commencé à chanter cette comptine pour bébés.
« Petit escargot
Porte sur son dos
Sa maisonnette
Et puis quand il pleut
Il est tout heureux
Il sort sa tête. »
Bien sûr, vu que Flobulle et Gloubelle me regardent avec de grands yeux suppliants, je me sens obligé de chanter avec ma sœur. J’en ai vraiment assez de cette chanson ! Mais ça fonctionne ! Le bulot sort ses antennes et commence à agiter sa coquille. Il quitte le trou au fond de la grotte et se rapproche de nous. Tout de suite, on sent un courant qui commence à couler. Rimuna pousse un long soupir.
— Enfin ! Mes œufs sont sauvés.

Tandis que nous continuons de chanter, le temps que le bulot s’écarte suffisamment en dodinant, madame homard approche ses pinces énormes de Nina et moi. Elle est extraordinairement heureuse et nous serre tout contre elle. Ça fait très peur, mais c’est plutôt doux, en fait.
— Vous êtes mes sauveurs ! Comment est-ce que je peux vous remercier ?
Je saute sur l’occasion :
— Nos amis les Zélobuls ont perdu leur perle magique. Peut-être que les huîtres pourraient nous aider à la retrouver…
On dirait que Rimuna sourit.
— Je connais bien les huîtres, elles sont mes amies. Descendez encore plus profond et demandez Mirna de ma part. Il y a un peu de courant, mais si vous nagez assez bien, ça devrait ne pas poser de problème.
Flobulle et Gloubelle se mettent à danser, on touche au but !
— Merci infiniment, madame homard, dit Gloubelle.
— C’est moi qui vous remercie ! Bonne route !
Nous suivons les Zélobuls qui s’aventurent vers les profondeurs. Mais rapidement, il devient impossible d’avancer, le courant est beaucoup trop fort. Flobulle se retourne.
— Alors, vous vous arrêtez là ?
Elle nage comme si de rien n’était. Facile pour elle.
— C’est trop difficile pour nous, dit Nina.
J’explique que moi aussi je suis épuisé par la puissance de l’eau. Alors, nos amies nous invitent à monter sur leur dos. Bien agrippés, nous plongeons vers les profondeurs. On dirait que pour elles le courant n’existe pas ! Il fait sombre mais je distingue dans l’eau des créatures étranges. Des minuscules méduses dont les filaments clignotent comme des guirlandes de noël, un mini crabe transparent, des tout petits petits poissons translucides, on voit leurs arêtes à travers leur peau. Cette farandole de bestioles à peine visibles, c’est le plancton, m’explique Flobulle. Et ça papote, tout ce joli monde emporté par le courant !
— Qu’est-ce qu’ils sont bavards, dis-je.
— Tu comprends ce qu’ils disent ? demande Flobulle.
— Ben oui, mais ils parlent tous en même temps.
— Incroyable ! Je n’avais encore jamais vu quelqu’un qui entende le bavardage de tous ces bébés !
— Il n’y a pas que des bébés, dit Gloubelle. Certains animaux parmi le plancton restent minuscules toute leur vie.

Nous continuons de descendre et Nina a les cheveux qui flottent derrière sa tête. Nous allons à toute vitesse !
— C’est encore loin ? demande-t-elle.
— Non, répond Flobulle. Nous sommes arrivés, regardez, voici les huîtres !
Nous voici dans une petite grotte, à l’abri du courant. Les huîtres sont là, avec leurs coquilles grandes ouvertes. Elles filtrent la nourriture portée par l’eau pour se nourrir. Les deux plus proches nous ont repérés.
— Tiens, regarde Léganza ! Des Zélobuls ! Ça fait des années que je n’en avais pas vu.
— Et des mini humains ! Porbia, tu en avais déjà vu, peut-être, des mini humains ?
Les deux huîtres discutent comme si on n’était pas là. C’est un peu vexant.
— Je me demande bien ce qu’ils font là, poursuit Léganza.
— Oui, répond Porbia, c’est pas une profondeur pour des humains, même tout petits.
Nina essaye d’intervenir :
— En fait, les Zélobuls ont faim…
Mais elle ne peut pas continuer, les deux huîtres bavardes l’interrompent.
— Hé ! Mais elle parle, la petite humaine ! s’écrie Porbia.
— C’est assez étrange, s’étonne Léganza.
Nina met ses mains sur ses hanches. Je sens qu’elle va s’énerver.
— Oui, je parle ! Et les Zélobuls ont faim ! Nous avons besoin de vous.
Cette fois, on dirait que les huîtres l’écoutent.
— Qu’est-ce qu’on peut faire pour aider ? demande Porbia en baillant.
— Il nous faudrait une perle de chant, répond Nina.
Et là, d’un coup, les deux huîtres se ferment. Plaquées contre les rochers, on ne les voit presque plus. Plus un son, plus une parole, plus un mouvement.
— Le huîtres tiennent beaucoup à leurs perles, nous explique Gloubelle.
— Elles ne vont plus vouloir nous parler ? je demande.
— J’en ai bien peur, répond Flobulle.
Devant nous, toutes les huîtres ont leurs coquilles bien fermées. Nous sommes là, silencieux, à nous désespérer lorsque Nina tape dans ses mains et ouvre grand les yeux.
— Hé ! Porbia ! Léganza ! s’écrie-t-elle. Nous venons de la part de Rimuna, Madame homard. Et elle nous a dit que nous pourrions demander de l’aide à Mirna !
Les deux huîtres ne bronchent pas. Mais derrières elles, une énorme coquille frémit. Dix fois plus grosse que Porbia ou Léganza ! Une coquille couverte d’algues, de petits coquillages et d’autres petites bestioles accrochées. L’huître gigantesque s’ouvre toute grande.

— Je suis Mirna. Et si cette vieille fripouille de Rimuna vous a recommandés à moi, c’est que vous devez être des gens bien. Comment va-t-elle ?
— Rimuna va bien, elle avait un problème avec ses œufs et nous l’avons aidée.
— Tant mieux ! Que puis-je faire pour vous aider ?
Nina explique tout. Avec beaucoup d’émotion. Les Zélobuls qui ne peuvent plus chanter, les algues qui ne poussent plus et la famine qui menace. Elle raconte que nous, nous pouvons encore chanter mais que les Zélobuls ont besoin d’une perle de chant. Quand elle termine l’histoire, plus personne ne dit rien et dans le silence, on voit la coquille de Mirna qui envoie des reflets colorés.
— Je peux vous aider, dit-elle. Mais avant, j’ai besoin de vous. Vous avez vu que les jeunes huîtres ont du mal à comprendre comme le monde est vaste. J’aimerais que vous leur expliquiez d’où vous venez, qu’elles comprennent la terre, le ciel et le vent. Et puis, la pluie et les animaux de la surface…
— Je veux bien vous raconter.
Alors, je parle des chiens et des chats, des arbres et des forêts, des champignons, des biches et des lapins. Nina décrit les oiseaux, les papillons et les fourmis. On leur explique que des hirondelles font leur nid tous les ans sous le toit de notre maison. Et puis, les couchers de soleil, l’eau qui s’évapore de la mer, qui grimpe et forme les nuages. Les orages…
— Parlez-nous encore des animaux de la surface, du soleil, de l’eau qui tombe du ciel…
À ce moment-là, Nina n’a pas d’autre idée que d’expliquer la pluie avec une chanson. Et c’est reparti !
Petit escargot
Porte sur son dos
Sa maisonnette
Et puis quand il pleut
Il est tout heureux
Il sort sa tête.
J’ai souffert mais j’ai chanté jusqu’au bout. Cette chanson va me rendre fou ! Mais la vieille huître est ravie et les jeunes huîtres ont écouté nos explications du début à la fin.
— Merci infiniment, Nina et Liam, dit Mirna. Regardez à l’intérieur du petit trou dans le rocher, juste en dessous de moi. J’y ai caché la plus belle de nos perles. Je suis sûre qu’elle fera l’affaire.
Nous nous approchons. Je pousse du bout des doigts les algues qui la recouvre et Nina saisit la perle. Elle est fantastique. Nacrée avec des reflets verts et rose. Toute ronde et toute douce.

— C’est la plus belle chose que j’ai jamais vue, dit Flobulle.
— Elle est extraordinaire, ajoute Gloubelle.
— Et si on l’essayait ? demande Flobulle.
Gloubelle acquiesce et entonne une chanson dans une langue que je ne connais pas. Flobulle l’accompagne et c’est très joli. Leurs voix sont magnifiques. Et autour, les algues commencent à pousser.
— Ça marche Liam ! Ça marche !
Nina est drôlement heureuse et je sens des picotements de bonheur sur mon visage. On dirait que les huîtres sourient et se dandinent. À la fin de la chanson, Nina et moi applaudissons et les huîtres s’ouvrent et se ferment, comme pour nous accompagner. Flobulle et Gloubelle se délectent des algues, je n’avais pas vu quelqu’un se régaler autant depuis Tata dévorant son gâteau à la banane.
Une fois son ventre bien rempli, Gloubelle remercie Mirna.
— Vous nous sauvez la vie, avec cette perle merveilleuse. Nous en prendrons grand soin.
— Oui, ajoute Flobulle, et nous allons vite rejoindre tous les Zélobuls qui nous attendent. Ils ont si faim ! Ils attendent la perle avec impatience.
Nous saluons les huîtres et nous mettons en route. Le trajet de retour est beaucoup plus rapide que l’aller ! Le courant provenant des profondeurs nous pousse vers la surface et nous remontons le long des rochers à toute vitesse. Je n’ai même pas le temps de repérer l’antre de Rimuna, dommage. J’aurais aimé revoir cette madame Homard et entendre sa musique.
Lorsque nous retrouvons les Zélobuls, Flobulle leur montre la perle avec fierté et immédiatement ils se mettent tous à chanter. Les algues poussent, les Zélobuls mangent et chantent la bouche pleine. C’est un joyeux tintamarre. Lorsque les ventres sont bien remplis, Gloubelle, toute heureuse, m’annonce que les plus jeunes des Zélobuls nous ont préparé une surprise. Elle nous montre le creux d’un rocher rempli de sable.
— Liam, Nina, mettez-vous là !
Nina et moi, nous nous installons confortablement et une vingtaine de petits Zélobuls se place face à nous. J’ai un mauvais pressentiment. Je serre les dents. Ils ouvrent la bouche… Et c’est ce que je craignais : il se mettent à chanter « petit escargot » ! Ma tête va éclater. Je me force à sourire et à dodeliner de la tête, cette chanson va me rendre fou !

*

Il fait tout noir. J’entends des bruits bizarres. Une moto qui pétarade, un coup de klaxon, les claquements des ailes d’un pigeon qui s’envole, une maman qui appelle son enfant… Je me tourne et me retourne. Je ne suis plus sous l’eau ? Non. Je suis dans mon lit. J’ouvre les yeux et je repense immédiatement aux Zélobuls. Flobulle, Gloubelle ! Où sont-elles en ce moment ? Existent-elles vraiment ?
Je repousse ma couette, j’enfile mes chaussons et je me précipite dans le couloir. Ma sœur est devant la porte de sa chambre, mal réveillée comme moi et les cheveux en bataille.
— J’ai fait un rêve extraordinaire ! dit-elle.
Elle a les yeux écarquillés. Je lui réponds :
— Moi aussi, j’étais sous l’eau.
— Les Zélobuls ? demande-t-elle.
Incroyable ! Nous aurions fait le même rêve ? Nous nous précipitons vers les escaliers.
— Maman ! Maman !
Jamais elle ne va nous croire.
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

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Hello Rémi,

C'est chouette de te lire à nouveau ! :)

Je n'ai pas d'enfants de 6 ans sous la main, déso, donc je vais juste te dire ce que j'en pense ! Tu prends ce que tu veux, comme dab !

Citer
Ma mère dit tout le temps que je suis dans la lune. C’est même pas vrai ! Je ne suis pas astronaute ! Je rêve un peu, des fois, mais j’habite pas sur la lune…
Bon j'imagine que c'est voulu cette répétition.

Citer
Aujourd’hui, je me suis amusé toute l’après-midi au bord de l’eau.
Pas sûre mais il me semble qu'après midi est féminin mais au pluriel seulement (à vérifier), tout comme amour.

Citer
Ce qu’on adore faire, c’est raconter des histoires. Dans le seau, chaque petite bête devient un personnage. On reste des heures à les regarder.
Ils se racontent des histoires ou ils restent des heures à les regarder?

Citer
Une petite bête sort sa frimousse de l’eau, trop mignonne.
J'aurais bien aimé la "voir" cette petite bête ! Mais bon, avec les illustrations, ça va passer, j'imagine !

Citer
On se penche alors encore plus, et voilà que l’on plonge sans le vouloir dans cette flaque.
qu'on plonge ?

Citer
— Qu’est-ce qu’on fait là ?
— On nage, Liam !
Je les trouve pas super nécessaires ces lignes de dialogues là.

Citer
— Alors, vous allez vous aider ? demande-t-elle.
vous aider ou nous aider ?

Citer
J’ai l’impression de nager comme un poisson ! Et Nina semble encore plus douée que moi.
Ca on le sait déjà, non ?

Citer
— Je sais, dis-je. Il faut demander aux huîtres !
Tu demandais si c'était cliché, équilibré fille / garçon, j'aurais trouvé ça chouette que l'idée vienne de Nina !

Citer
— Ça peut être dangereux, les profondeurs, dit Gloubelle. Vous autres, vous nous attendez ici.
Je me suis demandée à qui elle parlait.

Citer
Incroyable, elle a deviné que nous cherchons les huîtres !
— Comment a-t-elle compris qu’on veut trouver les huîtres ? je demande.
Je pense que tu peux supprimer une des deux phrases, le lecteur aura compris.

Citer
Ça me fait un peu peur mais Nina s’avance à la suite de Flobulle alors je m’élance aussi.
Ca c'est cool, que Nina soit plus à l'aise dans l'eau ! ;)

Citer
— Je suis rarement venue aussi loin, dit Gloubelle. Mais j’avais entendu parler de ces algues phosphorescentes.
Sur les rochers s’accrochent de minuscules algues toutes brillantes.
Pareil, ça fait un peu redite et en plus y aura des images.

Citer
Nina écarte les mains.
Je visualise pas trop, je sais pas pourquoi elle agit comme ça.

Citer
À ce moment-là, Nina n’a pas d’autre idée que d’expliquer la pluie avec une chanson. Et c’est reparti !
Petit escargot
Porte sur son dos
Sa maisonnette
Et puis quand il pleut
Il est tout heureux
Il sort sa tête.
Manque pas les guillemets ?

Citer
Mais la vieille huître est ravie et les jeunes huîtres ont écouté nos explications du début à la fin.

Hop, tout lu ! :)

J'aime bien ton histoire, je suis sûre qu'elle va plaire aux enfants ! Je trouve que tes phrases sont assez simples pour être comprises sans problème.

Merci pour ton texte ! :)

« Noone will know my name until it's on a stone » Eels, Lucky day in hell

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Bonjour cmarade,

regarde comme on t'attendait... en piaffant d'impatience

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


B
« Modifié: Hier à 09:30:00 par Basic »
Tout a déjà été raconté, alors recommençons.

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