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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Poésie (Modérateur: Claudius) » L'art, même bâillonné peut-il encore s'exprimer ?

Auteur Sujet: L'art, même bâillonné peut-il encore s'exprimer ?  (Lu 73 fois)

Hors ligne Robert-Henri D

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L'art, même bâillonné peut-il encore s'exprimer ?
« le: 22 Juillet 2026 à 14:09:49 »

Bonjour, peut-être connaissez-vous ce jeu qui consiste à écrire un poème en commençant par la fin ?

Auquel cas vous serez conciliants devant cette série de sonnets contemporains (non métrés) directement composés à partir des fins de vers imposés suivants (ce qui explique et édulcore les réminiscences) :

rare, fossile, facile, carrare / phare, volubile, mobile, cathare / rêver, langoureuse, lumineuse / aberration, imagination, endêver.


Imaginons en premier que ...


Dans l’ordre du réel, quand surgit l’ombre rare,
tout heurt qui a du sens, est un vestige fossile,
qui fait trembler l’esprit, trop prompt, trop facile,
issu du marbre pur des blocs de carrare.

Le monde alors s’apaise autour du phare,
Ses bruits s’étreignent, chagrins et volubiles,
Et le cœur se détend, de loin en loin mobile,
Cherchant la pureté d’un souffle cathare.

J’aime à certains soirs me laisser tendre rêver,
Quand la nuit se déploie, lente, langoureuse,
Et que l’ombre s’emplit d’une paix lumineuse.

Lors, l’esprit, vif, contourne  toute aberration,
il tisse en secret une nouvelle imagination
Capable de guérir, l'ire de ce qui fait endêver.


Et puis sachez que... J'y crois encore !
(On est vivant quand on est mort)


Quand l’aube se déploie dans un silence rare,
je cherche un sens enfoui comme un fossile.
Aux abords d'un chemin que je crois facile,
je meurt et rejoint les marbres de Carrare.

Dans cette paix, s'éteint mon dernier phare,
tel un vœu pieu de vérité, simple et volubile.
Mais mon esprit rejoint les sphères mobiles.
Ainsi  je fut l'hérétique aux accointances cathares.

Et dire que je n'étais qu'éperdu à trop rêver,
scrutant à l’heure tiède et langoureuse,
L'étoile qui jaillit, petite et lumineuse.

Ainsi "feu", je demeure hors de l’aberration,
au cœur des élans d’âme qui, for l’imagination,
font croire à un "après" où il n'est d'endêver.


Car j'ai la pêche !


Le vent colporte un éclat de mémoire rare,
pur souffle d’outre‑temps, presque fossile,
qui offre à l'esprit sourd, l'aloi facile,
des blanches pierres polies du vieux Carrare.

Au bord du soir s’allume un pâle phare,
guidant les voix du néant, toutes volubiles,
Mon âme suit une danse, souple et mobile,
dans l'éther dépouillé du vide cathare.

Le ciel sans nues, me semble enfin rêver,
sous la caresse d’une emprise langoureuse,
le vent solaire fait vibrer des étoiles lumineuses.

Par un sourire narquois, ultime aberration,
je salue l’âme qui nourrit l’imagination,
et refuse aux dieux le pouvoir d'endêver.


Et j'asticote l'art de rêver !


Quand vient la nuit, son ombre lente et rare,
se vêt d'un noir profond, minéral et fossile.
Elle fait trembler l’espoir, fragile et facile,
d'un rêve sculpté dans le blanc Carrare.

La mer en répond, fidèle à son vieux phare,
par des récits d’écume, sur vagues volubiles,
qui roulent dans leur flux, toujours mobiles,
des pans de mémoire, volés aux  cathares.

Ainsi se promeut, en l'instant, l'art de rêver,
quand l'image se fait tendre et langoureuse,
dans l'attente d'une journée lumineuse.

Car l’homme avance, malgré l’aberration,
Porté par ce lieu propre à l’imagination.
Il sait que son histoire, ne peut l'endêver.


Mais n'oublions pas la Quête.


Là où va l’être, en quête d’instant rare,
le spectre du vieux monde, éternel fossile,
lui offre l'exutoire, accessoirement facile,
d'un culte qui se sculpte au marbre de Carrare.

Il invente des mondes, ardents comme un phare,
qui allume des vagues de désir, vives, volubiles ;
les assemble et les disperse, légères, mobiles,
frôlant icelles, d'un immanent souffle cathare.

Alors je me surprends à doucement rêver,
d'une paix profonde, lente, langoureuse,
qu'embrasse la nuit, secrète et lumineuse.

Il en va de l'interrogation, défiant l’aberration,
soutenue par la force d’imagination,
qui rend moins lourd, le cœur prêt à endêver.

Aimez vous les Aèdes ?


Dessous leur ciel de nues, quand le sommeil se fait rare,
ils cherchent un souvenir, mais pas comme un fossile,
une phrase simple, qui se grave en douce, presque facile,
sur un marbre tendre, emprunté des mines de carrare.

C'est là que leur esprit joue le jeu, éclairé tel un phare,
dont les éclats de lumière restent prompts, volubiles,
et se déplacent sans cesse, libres la nuit, mobiles,
animant les ombres dociles de quelque ferveur cathare.

L’apnée d'idée, il est vrai, survient quand on cesse de rêver,
et que le cœur plus ne bat, privé de cette paix langoureuse :
le vide envahit le vide, l’étoile s'étiole devint moins lumineuse.

Pourtant leur foi d'autrefois cherchait, loin de l’aberration,
la quintessence  d'une philosophie innée de l’imagination :
portée par une mélodie que nul ne saurait leur endêver.


Alerte Endêvement !


L’aberration qui s’insinue, lente et rare,
use les certitudes comme autant le fossile...
Ce qui rend de surcroît moins facile,
la pensée qui me ramène à Carrare...

Or, dans cet atelier c'est un antique phare,
qui souligne de l'artiste l'émotion volubile.
Elle vibre dans la lumière devenue mobile ;
Touche le buste ébauché d'un dissident cathare.

Mais l'orage me réveille, il m'empêche de rêver,
car la nuit s'est faite lourde, moins langoureuse :
L’éclat zébrant le ciel déchire la vue lumineuse !

Tout fuit lorsque soudain ressurgit l'aberration,
qui va troublant l’onde de mon imagination,
Clap impromptu ! Lors, je me puis qu'endêver !

Et moi de rester coi :


Le temps se fige, immobile et son énergie rare,
Comme un souffle d’outre‑terre, presque fossile,
rend le bat de la vie plus tendre, plus facile.
Image expectative devant ce blanc Carrare...

Lequel érige en moi comme un vieux phare,
dont les récits tempêtent : toujours volubiles,
et font danser les nuages, lacérés et mobiles,
dans un ciel torturé : brûlant souvenir cathare.

Je voudrais fuir, dormir, peut-être même rêver,
connaître la douceur d’une voûte langoureuse,
d'un lieu où mon étoile luit, petite et lumineuse.

Or, ma quête de lumière peut tenir de l'aberration,
Aux yeux du monde, trop hostile à l’imagination,
Alors, je reste coi, pour ne point faire endêver...

RHD

Bonne lecture !
La plume en ascèse s’élève au‑delà de ce que d’autres rapetissent par absence d’âme.

En ligne April

  • Calliopéen
  • Messages: 588
Re : L'art, même bâillonné peut-il encore s'exprimer ?
« Réponse #1 le: Hier à 10:01:01 »

Bonjour Robert,
C’est un grand plaisir de relire tous ces sonnets réunis. J'y reconnaîs votre univers et votre style d'auteur  :)
 
Sonnet n° 9

"Ce soir on vous met le feu"


À "L'Aire de jeux", ce n'est pas si rare
De retrouver un élan jugé fossile
Graver toutes les rimes, c'est pas facile
Il est rebelle, le marbre blanc de Carrare

Une pensée me traverse, comme un phare
Je vous l'exprime en ce sonnet volubile
Si vous êtes dispo et un brin mobile
Trouvez un sens même à la rime "cathare"

Tentez ce jeu aussi, laissez-vous rêver
Une douce parenthèse langoureuse
Apporte parfois une idée lumineuse

L'absurdité, est-ce une aberration
Ouvrez la porte à l'imagination
Venez jouer sans peur et sans endêver

Quoi que tu rêves d'entreprendre, commence-le. L'audace a du génie, du pouvoir, de la magie. Johann Wolfgang von Goethe

Hors ligne Robert-Henri D

  • Comète Versifiante
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Re : L'art, même bâillonné peut-il encore s'exprimer ?
« Réponse #2 le: Aujourd'hui à 00:43:34 »
Hello April,

Bravo pour la reprise de volée ! Si avec pareille argumentation on n'a pas de retombées côté jeu, c'est que même à solliciter Polymnie, muse des hymnes, des chants de Ménestrels et de la parole inspirée : étonnamment, les aèdes d'aujourd'hui se seraient fortement éloignés de la chanson populaire de type poésie orale qui se déclamait au siècle dernier dans les caveaux  de Saint‑Germain‑des‑Prés, les caves jazz, les clubs littéraires enfumés, voire, les arrière‑salles des cafés où se mêlaient chanson, satire, poésie engagée, et improvisations en tous genres.

(On y récitait volontiers du Prévert, du Queneau, du Vian, du Ferré, et même nos propres textes ! C'était le temps du slam avant le mot, du partage de textes tant populaires que politiques, et même des déclarations amoureuses ou bien absurdes.

C’était une poésie vivante, respirée, directement adressée, et où la voix comptait autant que le texte.)

Maintenant, le fait que les formes rythmiques contemporaines soient devenues plus hybrides nous arrange bien ! Car pour réaliser ce type d'exercice, il ne faut pas craindre de se fragmenter ! Mais à vouloir emprunter à la poésie urbaine, son aspect numérique, cela ne signifie pas pour autant que nous pataugeons dans la vague algorithmique de plus en plus insidieuse car silencieuse, mais le plus souvent fallacieuse... Non ! tout doit rester  vocal (je m'inspire parfois de chansons telle qu'entendues et humainement mémorisées) quitte à mêler l'activité mentale visionnaire que nous inspirent certaines mythologies nouvelles, ainsi que des cohésions poétiques adaptées à notre époque. Ce qui revient à esquisser  aussi l'image d'Urbina et Nea qui sont des muses de la ville (rien à voir donc avec le panthéon de nos lointains aïeux) !
La plume en ascèse s’élève au‑delà de ce que d’autres rapetissent par absence d’âme.

 


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