Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

19 Juillet 2026 à 00:24:55
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Au-delà de la coline

Auteur Sujet: Au-delà de la coline  (Lu 35 fois)

Hors ligne Encre Secrète

  • Plumelette
  • Messages: 6
  • Raconter des histoires, une page à la fois
Au-delà de la coline
« le: Hier à 13:47:53 »

La grande salle de bal du château de Val-Fleuri résonnait d'un brouhaha incessant. Sous les immenses lustres de cristal, des dizaines de courtisans en habits de soie dansaient et riaient, mais pour la princesse, cette fête ressemblait à une cage dorée. Assise à côté du trône de son père, elle fixait ses propres mains, agacée par la lourde robe de brocart violet qu'on l'avait forcée à porter. C'était le cinquième bal de l'année, et la raison était toujours la même : lui trouver un époux.

Le prince s'avança, une main posée fièrement sur le pommeau d'or de son épée, et s'inclina avec une assurance agaçante.

— Princesse, murmura-t-il d'une voix mielleuse en saisissant ses doigts sans y être invité. On m'a conté votre beauté, mais aucun mot ne saurait égaler la réalité. Faites-moi l'honneur de cette danse, et je vous promets que mon royaume deviendra le vôtre.

La princesse retira délicatement mais fermement sa main, le regard glacial.

— Votre offre est généreuse, Prince, mais je crains que la danse ne soit pas mon fort ce soir. De plus, j'attache beaucoup d'importance à ma liberté, bien plus qu'à l'étendue de vos terres.

Le prince laissa échapper un rire condescendant, balayant sa remarque d'un geste de la main.

— La liberté est un bien joli mot pour une jeune fille, mais elle ne protège pas un royaume. Laissez les affaires sérieuses aux hommes et venez danser.

La sensation d'étouffement devint trop forte. Profitant du moment où son père se tourna pour saluer un autre duc, elle se leva discrètement, se glissa derrière les lourdes tentures de la salle et s'esquiva par la porte dérobée des cuisines. Elle devait fuir, et cette fois, ce ne serait pas juste pour une promenad La forêt des ombres
Une fois la porte des cuisines franchie, la princesse courut vers les écuries, contourna les remparts et s'enfonça droit dans la forêt qui bordait le domaine. Derrière elle, la musique du bal s'estompa rapidement, remplacée par le craquement des branches sous ses pas et le sifflement du vent dans les arbres. Ses chaussures fines n'étaient pas faites pour la terre battue et les ronces déchiraient le bas de sa lourde robe violette, mais elle refusait de ralentir. Elle voulait mettre le plus de distance possible entre elle et sa cage dorée.

La lune, cachée par d'épais nuages, n'éclairait presque pas les sentiers. Très vite, la princesse réalisa qu'elle ne reconnaissait plus aucun arbre. Elle était perdue, seule au milieu des bruits inquiétants de la nuit — le hululement d'une chouette, le bruissement d'un buisson, le craquement d'une branche brisée au loin. La panique commença à lui serrer la gorge, mais la peur d'être rattrapée par les gardes de son père était encore plus forte. Elle continua de foncer à travers les fourrés, le souffle court, les larmes aux yeux, guidée par le seul instinct de fuir. C'est alors qu'au détour d'un bosquet, le paysage s'éclaircit et elle vit se dresser, tout en haut d'une colline abrupte, la silhouette sombre et massive d'un mystérieux châtea
Resserrant les débris de sa robe contre elle, la princesse gravit la colline en glissant sur l'herbe mouillée par la rosée. Arrivée devant l'immense double porte de bois noir, elle prit une grande inspiration et frappa trois coups fermes qui résonnèrent dans le silence de la nuit. Contre toute attente, la lourde porte pivota lentement sur ses gonds, sans le moindre grincement, s'ouvrant sur un hall immense éclairé par la seule lueur d'un feu de cheminée.

Au centre de la pièce se tenait un homme d'une pâleur irréelle, vêtu d'une longue cape sombre. Ses yeux, sombres et profonds, se posèrent sur la jeune fille essoufflée. La princesse comprit instantanément, à la lueur étrange qui brillait dans son regard et à la noblesse mystérieuse qui émanait de lui, qu'elle n'avait pas affaire à un homme ordinaire, mais à un vampire. Pourtant, aucune peur ne l'envahit. Au contraire, dès ce premier regard, un sentiment de paix absolu balaya toute sa panique : elle venait de tomber éperdument amoureuse. En croisant les yeux de la princesse, le maître des lieux sentit lui aussi son cœur de pierre s'éveiller.

— Vous êtes en sécurité ici, murmura-t-il d'une voix douce et hypnotique en s'inclinant respectueusement.


Les jours suivants passèrent comme dans un rêve éveillé. Loin du protocole étouffant de la cour, la princesse découvrait un univers fascinant : le château abritait une immense bibliothèque aux grimoires séculaires, et son hôte se révélait être un esprit brillant, d'une infinie délicatesse. Ils passaient leurs nuits à discuter au coin du feu ou à contempler les étoiles depuis les remparts, partageant une complicité que la princesse n'avait jamais connue avec aucun prétendant. Elle n'avait aucun regret ; elle avait enfin trouvé sa place.

Pendant ce temps, au royaume de Val-Fleuri, la colère du roi éclatait. Furieux de la disparition de sa fille unique, il fait placarder des avis de recherche dans chaque village et promit une fortune à quiconque la ramènerait. Ses espions fouillèrent les tavernes et questionnèrent les voyageurs, jusqu'au jour où un bûcheron affirma avoir vu une silhouette vêtue de lambeaux violet gravir la colline interdite. En apprenant que sa fille s'était réfugiée dans ce lieu maudit, le roi rassembla immédiatement sa garde d'élite, bien décidé à assiéger la bâtisse.

Le sol de la colline se mit à trembler sous le galop lourd des chevaux de la garde royale. À travers les fenêtres gothiques du château, la princesse et le vampire virent une mer de torches allumées encercler la bâtisse. Le roi en personne menait la troupe, l'épée tirée, hurlant l'ordre d'enfoncer les portes pour récupérer sa fille et détruire le monstre qui l'avait enlevée.

— Ils vont briser les portes, murmura la princesse, mais sans aucune crainte dans la voix. Je ne retournerai jamais dans ma cage dorée.

Le maître des lieux lui prit doucement les mains et sourit, révélant ses canines acérées, mais son regard n'était que tendresse.

— Ils ne trouveront qu'un château vide, répondit-il en l'entraînant vers le point le plus haut du donjon. Viens, embrasse ma nature et envolons-nous loin d'ici.

Dans un ultime fracas, les soldats enfoncèrent la lourde porte de bois noir et se ruèrent à l'intérieur, les armes à la main. Ils fouillèrent frénétiquement chaque pièce, chaque recoin sombre, mais la bâtisse était totalement déserte. Entendant un léger bruit, le roi et ses gardes levèrent les yeux vers la grande fenêtre ouverte de la tour. Il n'y avait plus de princesse, plus de robe violette, ni aucun monstre à combattre. Dans le ciel nocturne, deux chauves-souris s'envolèrent ensemble, volant côte à côte, libres et unies à jamais, au-delà de la colline.
« Modifié: Hier à 22:03:20 par Encre Secrète »
« L'écriture est la peinture de la voix. » — Voltaire

Hors ligne Dian

  • Calligraphe
  • Messages: 115
Re : Au de la de la coline
« Réponse #1 le: Hier à 19:23:23 »
Bonjour, pas mal du tout, c'est enlevé et lyrique, on attend la chute avec impatience, et elle est plutôt réussie. Un mini conte fantastique. "Au de la de la coline", je pense qu'il faut lire "Au-delà de la colline" ?
Derrière les nuages, le soleil. Derrière le soleil, d'autres soleils.

Hors ligne Encre Secrète

  • Plumelette
  • Messages: 6
  • Raconter des histoires, une page à la fois
Re : Au de la de la coline
« Réponse #2 le: Hier à 22:00:59 »
Merci beaucoup Dian ! C'est très gentil, je suis ravie que ce mini-conte vous ait plu. Et merci pour la correction, je vais tout de suite modifier le titre pour écrire "Au-delà de la colline". ;)
« L'écriture est la peinture de la voix. » — Voltaire

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.011 secondes avec 16 requêtes.