Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

14 Juillet 2026 à 05:47:21
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » texte extra-court

Auteur Sujet: texte extra-court  (Lu 21 fois)

Hors ligne Arsinor

  • Aède
  • Messages: 242
texte extra-court
« le: Aujourd'hui à 02:14:24 »
Histoire vraie de bout en bout : croyez-vous que je puisse en tirer une nouvelle ?

**

C’était en août 2015, un peu avant le déjeuner. J’étais chez moi, dans mon appartement précédent, en caleçon, pour supporter la canicule. On a frappé à ma porte en criant « Police ! Ouvrez ! » et, à ma porte-fenêtre, des policiers s’organisaient pour monter chez moi à l’aide d’une échelle. Nullement impressionné, je leur ai demandé de passer par la porte. L’un des policiers a crié : « ça parle ! » Et un autre a dit « J’ai failli lui tirer dessus ! » Je me suis dirigé vers mon armoire pour enfiler des vêtements mais ils ont commencé à essayer d’enfoncer la porte, et je suis allé leur ouvrir. L’un des policiers a hurlé : « A genoux ! ». Je me suis mis à genoux et il a fait virevolter sa matraque au-dessus de moi, comme pour me signaler qu’il était sur le point de me frapper. Démonstration d’habileté, car la matraque a dansé dans tous les sens près de ma tête, sans me toucher. J’ai pensé à l’épreuve de gymnastique rythmique, avec ruban, à la télévision.

Puis la moitié se sont assis sur le bézède et la banquette du piano numérique. Celui qui semblait être le chef de la mission a pris un document et m’a dit : « Assis. » Je me suis assis. « Ville de naissance ». J’ai répondu, sans la moindre émotion, à peu près comme si j’étais à la mairie pour demander un renouvellement de la carte d’électeur : « Perpignan » et un des policiers a dit « Putain ! » comme pour marquer son admiration pour mon sang froid, à moins que ça n’ait été une façon de me tendre un piège. Puis le chef m’a fait décliner des éléments de mon identité. Sans aller jusqu’au bout du document, le chef a marqué une pause de trois secondes, et ils se sont mis à discuter de choses incompréhensibles. Une fois la discussion terminée, j’ai demandé si je pouvais leur poser une question. Le chef a crié : « Exceptionnellement… accordé ! » J’ai dit : « Qu’est-ce que vous faites ici ? » Et un autre policier a répondu, à voix relativement basse : « C’est vrai, qu’est-ce qu’on fait ici ? ». Après une pause, considérant que c’était fini, je me suis levé pour leur donner congés. Le chef a crié : « Ah parce qu’il nous donne congés en plus ! » Le policier à la matraque a pointé son revolver sur moi et le chef l’a désarmé aussitôt. Le policier a tenté une protestation et le chef l’a coupé aussitôt en disant : « On en reparlera !... »

Puis, ayant réfléchi, ou ayant laissé passer du temps pour voir si j’allais réagir, il a dit : « On l’embarque. » J’ai dit : « Est-ce que je peux m’habiller ? » « Oui. » Moi qui suis pudibond, qui fais des manières chez le médecin généraliste rien que pour déboutonner la chemise, j’étais en caleçon devant 8 policiers, et pourtant, vu l’état de stress de mes invités, cela m’était équilatéral. Je me suis habillé devant tout le monde, sans me presser, pendant qu’ils échangeaient des informations incompréhensibles. Puis, 4 devant et 4 derrière, je les ai suivis jusqu’à la camionnette. Dans le même mouvement, sans y penser, j’y suis entré, tout naturellement, et je me suis allongé sur cette sorte de lit noir avec liens de contention, qui a sûrement un nom. Le chef était occupé pendant ce temps, puis s’approchant de la camionnette a dit : « Où il est passé ? » Puis il m’a vu couché sur le lit de contention et il a dit d’une voix forte : « Qui lui a dit de monter dans la camionnette ? » Et s’adressant à un collègue que je ne voyais pas, il a dit en rigolant : « Il attend qu’on l’attache ! » Puis : « J’ai l’impression qu’il est de la maison. » A moi : « Il travaille pour la police ? — Qui ça ? » Dodelinant de la tête comiquement mais avec exaspération, il a reposé sa question en me vouvoyant : « Vous travaillez pour la police oui ou non ? » Je n’ai pas répondu. L’idée que je pouvais être un espion me flattait et je restais songeur. Puis, tentant un code permettant aux policiers de comprendre ce qui se passe, il me dit clairement quelque chose d’incompréhensible. Je n’ai pas répondu, et il a dit : « Non. » Puis : « Vous voulez aller où ? — Il ne me revient pas de décider. — Deuxième itération : Vous voulez aller où ? — J’ai déjà répondu à la question. — (A l’autre.) Il commence à… Troisième itération : vous voulez aller où ? » Je n’ai pas répondu. « Il a déjà répondu à la question. Il commence à me courir. C’est un outrage à agent… Il me revient de décider… Au trou !!! » Puis d’autres messes basses pendant trois minutes. Finalement, quelqu’un est monté avec moi à l’arrière, m’a attaché, et après un trajet somme toute confortable, je me suis retrouvé aux urgences en psychiatrie.

En me quittant, les quelques policiers qui m’accompagnaient sont devenus très aimables soudain et m’ont souhaité une bonne journée en souriant. J’ai répondu de même et je les ai remerciés. L’un des policiers avait l’air perplexe et je me suis demandé s’il était tout aussi au courant que moi de l’affaire. Ensuite, j’ai attendu une éternité dans un couloir fermé. La porte était bloquée par un système électronique. Il n’y avait rien à faire là qu’à attendre et à admirer la vitesse des jeunes médecins ou internes qui passaient d’une cabine à l’autre en jouant avec des trousseaux de clefs énormes et cliquetant.

Finalement, une jeune infirmière m’a reçu dans une des cabines. Elle m’a demandé si je me portais bien. J’ai haussé les épaules. Puis elle m’a demandé de raconter ma journée puis ma semaine. Entre parenthèses, je me suis rendu compte que je ne foutais rien de ma vie… Je n’avais pas grand-chose à dire, mais ce genre de réponse était de nature à la « rassurer », comme elle me l’a certifié en fin de consultation. Elle m’a demandé si j’avais des ennuis. Je lui ai dit que je n’avais pas de travail. Elle a dit en souriant que c’était le cas de beaucoup de gens, malheureusement… Puis elle est partie et j’ai attendu au moins deux heures, cette fois devant une baie vitrée où on pouvait voir des gens passer. Puis, deux médecins m’ont fait entrer dans une autre cabine et ont voulu me psychanalyser. J’en ai profité pour me plaindre du comportement de mon frère qui, selon moi, me harcelait depuis quarante ans. Ils m’ont conseillé de me réconcilier avec lui ou de réduire la fréquence de nos échanges. Entre parenthèses, quand j’écris ce genre de choses sur ce forum, j’obtiens des réponses plus poussées et plus personnalisées. Puis j’ai développé les affres du chômeur. J’ai demandé aussi pourquoi je subissais des contrôles psychiatriques et un des médecins m’a dit que la police m’avait conduit aux urgences, et que c’était la procédure. J’ai demandé pourquoi la police m’avait placé aux urgences et ils ont répondu que pour cela il fallait contacter le commissariat. Ils ont dû considérer que mon comportement était normal puisque, après leur départ, et un quart d’heure plus tard, la jeune fille est venue me chercher, m’a rendu mes clefs, ma carte d’identité et ma carte pastel, et m’a dit que je pouvais partir. Puis elle m’a ouvert la porte du couloir avec le badge qu’elle portait en collier.

Je suis rentré chez moi, vers vingt-trois heures, en tramway, qui passe devant les urgences à Toulouse. Le lendemain, je me suis rendu compte que cette expérience m’avait plu. Avais-je le profil d’un espion ? Était-ce le début d’une grande carrière sous la bannière de mon pays préféré, celui de Victor Hugo ? Je me suis renseigné auprès du site du gouvernement mais je n’ai rien vu qui m’intéressait. Le moindre poste exigeait de longues études et je n’avais plus l’âge. Je me suis rendu compte que j’aurais pu mourir tué, à 40 ans, à la faveur d’une bavure. Une telle perspective ne me déplaisait pas. Mais je me suis bien gardé de demander quoi que ce soit au commissariat !

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.012 secondes avec 15 requêtes.