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Auteur Sujet: Les Fleurs de soufre  (Lu 27 fois)

Hors ligne SiriusBL

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Les Fleurs de soufre
« le: Hier à 20:19:12 »
Les Fleurs de soufre

18 juin 1857
   On dit souvent que les derniers instants avant la mort sont comme traversés d’un
éclair, qui en un temps infiniment court renvoie à une vie infiniment riche. Ce moment de
rupture avec le monde inspire autant qu’il effraie, car c’est un éclair, qui éteint toute lumière.
Quand je vis cet homme monter à l’échafaud, pas un seul instant je ne le vis hésiter. Sa
démarche, son sourire en coin, on aurait dit qu’il allait s’élever, pas retourner à la terre.
Comme à la limite entre deux passages, dont il se joue éperdument des conséquences,
peut-être convaincu que cet éclair le mènera là où ses pas ne purent le faire. Juste avant de
disparaître, il profita de la déliaison de ses mains et jeta un papier à la foule. Il cria cette
phrase : - “À celui qui saura lire, la rich—” et sa voix fut coupée.
   Pas un bruit n’accompagna cette exécution, et après quelque temps je vis que
personne ne semblait réellement intrigué par ce petit billet, qu’il nous avait spectaculairement
légué. Quoique nous fussions une dizaine à rester observer le funeste corps sans vie, je
m’emparai le premier, un peu honteux, de ce papier souillé par la terre. Après avoir couru
chez moi, je le dépliai, et, je restai décontenancé... Il n’y avait rien dessus. Pas une lettre, pas
un chiffre. J’avais d’abord pensé à une farce, la folie d’un mourant qui ne léguait rien d’autre
qu’un mystère vide, loin de tout sens. En plus de n’avoir aucun usage, ce papier sentait
comme une affreuse exhalaison de soufre et d'œuf pourri. À cet instant, je laissai la fatigue et
le souvenir de ce sourire narquois m’emporter pour la nuit.
   Au petit matin, la cloche du beffroi sonnait le départ d’une nouvelle journée. Mon
logis, de modeste envergure, empestait cette satanée odeur de mort, comme si ce papier
contenait l’âme du défunt revenue me hanter. J’ouvris ma seule lucarne et filai vers mon
secteur. Ce jour-là, j’étais seul. Ils ordonnèrent que l’on s’enfonce dans le ventre de la
carrière. Sans être affecté par l’annonce de mon expédition solitaire, j’avais préparé le
paquetage, prêt à user de ma force pour quelques kilos de bauxite. Tout fut plus long, plus dur
sans l’aide de l’usuel compagnon avec lequel on balise l’avancée au cœur de ce cauchemar
rouge. Je rentrai au crépuscule, muni de mes quelques sous, le sentiment d’une journée
accomplie avec dignité.
   L’odeur était devenue insoutenable. Je songeai longuement à m’en débarrasser. Un
nouvel échec. Quel espoir cet homme avait-il nourri en moi avec ces paroles, cette “richesse”,
qui fut son dernier mot sur cette terre ? Un éclair embrasa le ciel, et je dus fermer la lucarne,
par peur d’être à mon tour la cible de cette magie des cieux.
Tout d’un coup, l’odeur avait disparu. Ou l’avait-elle vraiment ? En approchant le
papier de mes naseaux, je la sentis, légère, presque supportable. Mon esprit prit conscience ce
soir-là du véritable indice laissé par cet homme dans ses derniers instants. Cette odeur de
soufre, c’est celle qui agresse et aliène les hommes lors de leurs premiers jours à la mine.
   Comment n’avais-je pas fait le lien le premier soir ? Je crois que c’est l’habitude. En ce sens
qu’entre mon logis et la mine, c’est le passage de l’enfer à la terre. L’arrivée de cette odeur
sous mon toit m’indiquait qu’il y avait quelque chose à chercher ailleurs. Toutes ces
conjectures me parurent ce soir-là comme des résidus d’espoir, celui de quitter un jour la
mine et d’arriver à oublier la pestilence de ces lieux maudits.

   Le jour qui suivit, je n’avais plus qu’une seule idée en tête. Trouver la mine liée à ce
petit billet. Si tant est qu’une telle mine existât, aucun indice ne s’offrait à moi. Le seul
homme qui avait pu m’aiguiller était mort depuis des jours déjà. Ce mois de mai fut chaud,
clairsemé de rares averses qui rendirent le travail à la mine encore plus pénible, mais ma
curiosité me porta à explorer. À chaque répit, j’observai et mémorisai les différents lieux où
s'étendait la carrière, jusqu’aux confins du village et de son bois.
   Le 29 mai au matin, je m’étais levé une heure avant le début des extractions. Cet
effort physique avait été motivé par des on-dits, une rumeur qui semblait enfler parmi les
mineurs. Un des porions avait signalé l’interdiction d’accès à une mine, celle située
précisément à la limite de notre domaine d’extraction. Emporté par un curieux désir, las de
ces semaines infructueuses dans mes tentatives, je pris la direction de ce lieu prohibé. Le
soleil se levait à peine ; je me souviens de l’éclat qu’il infligea à ma rétine tandis que je
cheminai en silence vers la mine sur toutes les lèvres.
   Sur la route, je vis de nombreuses entrées que j’avais déjà explorées auparavant. Un
sentiment de lucidité m’assaillit. Pourquoi ce papier me fit-il chercher le péril, à risquer d’être
à nouveau désenchanté, face à la vague intuition, le minuscule espoir que cet homme avait
lancé en moi ? Désabusé de ces folies, je décidai alors de rentrer. Un nouvel échec. Toutefois,
celui-ci eût un goût amer. J’avais refusé ne-serait-ce que de voir. J’étais alors doublement
aveugle. Ce jour-là, à la mine, fut plus qu’éprouvant : j’étais vaincu dans le corps et dans
l’esprit.
Le lendemain, je me retrouvai à nouveau seul dans le secteur qu’on m’attribua. Par
bonheur, le filon que je minai ce jour-là me permit de prendre congé à la fin de l’après-midi.
Sur le chemin vers mon logis, j’entendis des voix d’enfants se réverbérer sur la place du
village.
Lorsque je pénétrai le cénacle de ces jeunes brailleurs, je vis un homme, sa barbe
rasait le sol, d’une blancheur surprenante et pourtant attendue sous un visage si vieux. Il
trônait au-dessus des petits lurons joyeux, et semblait conter une histoire : “ ‘Voyez-donc mes
enfants, c’qui compte, c’est d’toujours faire confiance à vot’ bonne fée ...!” Les enfants
riaient beaucoup, mais ses mots m’intriguèrent. Je me demandai quelle ballade pouvait bien
mener à une telle conclusion. Alors, je m’assis auprès des marmots, et je laissai la voix du
vieil homme m’emporter loin de la mine.
Il nous fit le récit d’un voyage qu’il avait accompli dans son enfance, et nous
chantonna un air qui le suivait depuis lors. Cet air, nous dit-il, était celui d’un ange. Il décrivit
un chœur de voix, féminines puis masculines, le battement de l’orchestre et les sentiments
miraculeux qui l’assaillirent. Les seuls échos que j'eus en tête à cet instant furent les rares
souvenirs de mes dimanches à l’église, moi aussi durant mon enfance.
Rentré à ma cabane, j’avais en tête des airs entendus çà et là, et sans m’en rendre
compte j’avais commencé à chantonner à mon tour. Quelle contagion la voix de cet homme
menait-elle ! Non pas seulement auprès des enfants avais-je pensé. Alors que j’écris
maintenant plusieurs semaines après les évènements que je vous conte, ce maudit air
m’accompagne toujours ! Peut-être avais-je besoin de vous contaminer à mon tour...
J’étais tiraillé. Juin était venu, et le travail continuait inlassablement. Une chose avait
changé. Chaque descente dans les mines était accompagnée d’un air qui obsédait alors mon
esprit depuis des jours. Si agréable fut-il, il renvoyait en moi à des sentiments que j’avais
laissés en échec. Des intentions que j’avais refusé de voir. Ma vision était comme bercée par
cette musique qui subjuguait en moi toutes les velléités que je rejetais à ma vue.
   Incapable de dormir depuis plusieurs jours maintenant, j’avais décidé de prendre la
plume. Nous voici au 18 juin 1857. Que ces mots soient lus ou non, sachez que j’ai fini la
préparation de mon sac ! Je n’ai plus peur d'aller là-bas. J’y vais avec la voix d’un ange à
mes côtés !

21 juin 1857 (enfin, je crois..?)
   À deux doigts de lâcher prise. Voilà trois jours, je crois, que je déambule dans cette
mine qui efface tous mes repères ! Je vais essayer de remettre de l’ordre dans ce barda. Au
petit matin du 18 juin, j’avais scellé mon paquetage, prêt à prendre d’assaut la mine interdite.
Je n’avais qu’un sentiment de certitude face à l’idée de rencontrer un nouvel échec, de ne rien
trouver là-bas, surtout pas ce fameux trésor obsédant légué par cet homme.
Mon escapade se fit cette fois sous une aube sombre, dont on aurait presque pu nier la
présence de ce soleil éternel. Je n’avais l’impression de contempler que des ombres tout au
long du chemin, comme agitées par des mains invisibles. Presque à la lisière du bois, l’accès
à cette mine que la rumeur faisait maudite nécessita de gravir une paroi de terre encore
fraîche.
   Arrivé devant la gueule du souterrain, mon sentiment était inouï. Jamais je n’avais été
aussi décontenancé face à une mine, ce lieu que je côtoyais depuis ce qui me parut alors des
siècles. Je crus apercevoir dans l’ouverture béante un escabeau de bois, si usé qu’on croirait
qu’il avait été abandonné par les Romains ! D’un coup, je remarquai que mon esprit était
parfaitement quiet. Cet air qui parcourait mes pensées avait comme fui devant ce seuil
ténébreux. Cette quiétude n’indiquait rien d’avenant, mais je ne fléchis pas.
   J’avais comme l’impression que le soleil refusait de se lever, et d’éclairer cette entrée
prohibée à la venue de tout visiteur. Saisi par le calme olympien que semblait sanctuariser ce
passage, je m’assis. Aucun bruit, aucune voix. Le silence le plus encourageant gagnait mon
esprit, et paraissait annoncer une découverte étrange. En effet, comme toutes les autres
entrées de souterrains miniers, celle-ci n’aurait dû qu'inspirer en moi le sentiment de
l’habitude, de cet effort routinier rendant le labeur supportable. Mais là, j’avais
définitivement l’intuition de tout découvrir à nouveau. J’allais y entrer non pas comme un
mineur, mais bien comme l’humain, comme l’enfant qui rêvait jadis de voir des fées et de
jouer avec les nains. Peut-être était-ce la porte vers l’enfer, ou alors un portail vers les
merveilles du monde souterrain...
   Alors, je descendis.

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Re : Les Fleurs de soufre
« Réponse #1 le: Aujourd'hui à 19:08:47 »
bonjour,

un plus grâce à la voix du narrateur-personnage, juste assez poussée pour que ça fasse dix neuvième… peut-être un trop bon niveau de langue  (écrit et oral) pour un mineur

Une remarque sur la forme, je trouve que ta mise en page n'aide pas à enter dans ton texte.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


B
Tout a déjà été raconté, alors recommençons.

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