Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

16 Juin 2026 à 05:08:02
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Poésie (Modérateur: Claudius) » Résonances

Auteur Sujet: Résonances  (Lu 137 fois)

Hors ligne Robert-Henri D

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  • Pelleteur de Nuages
Résonances
« le: 13 Juin 2026 à 21:17:25 »
Dans la conjoncture trouble où mon pas se dérobe,
la double conjecture écartèle le doute qui m'enrobe.
Quand la collision d’idées se mue en collusion,
l’effet ronge l’affect qui n'est guère qu'illusion.

Entre l’instant éminent et le péril imminent,
Le destin ne me oint point de subtil liniment...
je cherche une session de paix, sans concession
pour sans friction ni affliction, garantir la faction.

La mer gronde en mère, inquiète de mes leurres ;
et ce conte que je conte m’épuise à force d’heures,
à puiser dans l’au-delà des seaux de faux présages.
Sot que je suis pourtant de nier l'île en son mirage !

Trouverai-je le repos d'une hauteur salvatrice ?
En auteur, j’y verrais qui sait, l’élève qui se hisse,
et l’ennui qui me nuit s’y noierait dans la nuit…
avant que la grogne ne cogne à mon huis !

Voici que j’accoste enfin : mon regard circulaire
cherche un centre secret dans l’ombre patibulaire.
Félibre en son domaine, j’y salue la fée libre,
la sylphide de sylve dense où la lueur vibre .

À chacun sa gnose ! me prédit un gnome fort drôle
tandis que ma prose décrit son lieu-dit, je le frôle.
Ici, me dis-je alors, l’esprit rôde hors la plaine.
Mais n’est-il qu’ici-bas s'érode l’âme en peine ?

Ainsi va ma vie à l'unisson d'une scission étrange
dans un monde de sons mêlés, qui se frangent,
se confondent, et parfois font comme un miracle
que se fonde la foi qui m'a fait don de cet oracle.

« Modifié: 13 Juin 2026 à 21:20:47 par Robert-Henri D »
Lorsqu'un texte respire comme une prose d'antan, avec ce grain de subtilité stylistique quelque peut archaïque qui le différencie, c'est peut-être que son auteur se refuse à suivre la cadence uniforme du présent ?

Hors ligne AlmaVeyre

  • Tabellion
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  • Écrire ce qui cherche encore ses mots.
Re : Résonances
« Réponse #1 le: Hier à 09:51:40 »
Bonjour Robert-Henri,

J’ai lu votre texte comme une traversée sonore, presque davantage que comme un récit linéaire. Le titre lui convient très bien : tout y fonctionne par résonances, glissements, échos et frottements entre les mots.

Les rapprochements comme conjoncture / conjecture, collision / collusion, effet / affect, puis plus loin mer / mère, conte que je conte, Félibre / fée libre, donnent l’impression que la pensée avance par vibrations successives. Le sens ne se livre pas d’un bloc : il se cherche dans les sonorités, dans les déplacements, dans les presque-coïncidences de la langue.

Ce qui m’a le plus retenue, ce sont les moments où cette virtuosité verbale fait naître un paysage : la mer devenue mère inquiète, l’île dans son mirage, l’accostage final, la sylve où la lueur vibre. Là, le jeu des mots devient mouvement intérieur, comme si le texte cherchait un centre secret au milieu du trouble.

J’ai eu aussi une impression de grande densité, parfois presque labyrinthique. Certains passages demandent plusieurs lectures, tant la langue est travaillée et tant la musique des mots prend parfois le dessus sur l’accès immédiat au sens. Mais cela me semble cohérent avec le mouvement du texte : faire entendre une conscience prise dans un monde de sons mêlés, où les idées se heurtent, se confondent, puis finissent parfois par produire une forme d’oracle.

Un texte singulier, très travaillé, qui assume une langue à contretemps du présent. J’en retiens surtout cette recherche d’un lieu intérieur, entre doute, mirage et résonance.

Amicalement,

Alma
Alma Veyre
Un carnet laissé ouvert

Hors ligne Dian

  • Scribe
  • Messages: 95
Re : Résonances
« Réponse #2 le: Hier à 10:26:05 »
Heureux voyage métaphysique entre phonétique savante et fausse versification.
Amicalement
Dian
Derrière les nuages, le soleil. Derrière le soleil, d'autres soleils.

Hors ligne Robert-Henri D

  • Comète Versifiante
  • Messages: 4 641
  • Pelleteur de Nuages
Re : Résonances
« Réponse #3 le: Hier à 16:05:03 »
 :) Chère Alma,

      Votre lecture m’a profondément touché. Vous avez traversé le texte par son axe le plus intime : celui où la langue, plutôt que de dérouler un récit, avance par glissements, résonances et frictions. C’est exactement dans cet espace-là que j’ai tenté d’écrire à ma façon.

Que vous ayez perçu la mer devenue mère, l’île‑mirage, la sylve vibrante, me réjouit particulièrement. Ces images ne naissent en effet qu’au croisement du son et du sens, là où les mots cessent d’être de simples jeux pour devenir des passages — parfois étroits — vers un paysage intérieur.

Vous soulignez la densité, parfois labyrinthique : elle est assumée. Le texte cherche son propre centre, comme le regard du narrateur, et la musique y précède souvent la clarté. J'ai conscience que cette tension peut faire obstacle à une lecture trop rapide, mais fort heureusement, ce ne fut pas votre cas. Vous avez donc une âme poétique apte à s'ajuster ! Cette formidable particularité vous permet d'accepter ma manière (un peu désuète) de faire entendre une conscience prise dans ses propres échos.

Tout cela fait que votre analyse se montre sensible et exigeante. Votre post en témoigne ! Il éclaire ce que j’ai voulu tenter : la sauvegarde d'une langue un peu à contretemps mais 100% humaine. Laquelle, malgré tout le fatras d'outils contemporains, s'échine à entretenir, comme une forme d’oracle, la lueur qui fut chère aux Aèdes d'antan.

Merci d’avoir entendu cela.

Amicalement,  :oxo:
Robert

Hello Dian,

C'est pour moi un honneur qu'être lu par un sympathisant de l'Oulipo !

Car, du moins il me semble, ce mouvement ne me correspond peut-être guère ?

Encore que je ne dédaigne pas m'informer. Ceci en vue d'étudier toutes les nouvelles notions, parmi lesquelles, certaines se conçoivent propres à l’œuvre littéraire potentielle. Ainsi, il me semble que cet intéressant mouvement s'ouvre aujourd’hui aux nouvelles structures et outils d'écriture contemporaine. Tout en restant dans un cadre destiné à encourager la création, accompagnée ou non.

Post-scriptum :

Ah, j'allais oublier, j'ai une question : qu'entends-tu par "fausse versification" ?
« Modifié: Hier à 16:15:43 par Robert-Henri D »
Lorsqu'un texte respire comme une prose d'antan, avec ce grain de subtilité stylistique quelque peut archaïque qui le différencie, c'est peut-être que son auteur se refuse à suivre la cadence uniforme du présent ?

Hors ligne Maxence

  • Aède
  • Messages: 178
Re : Résonances
« Réponse #4 le: Hier à 16:40:11 »
Votre poème déploie une riche architecture de jeux sonores, de paronomases  :-¬? et de glissements de sens, où chaque mot semble engendrer son double son reflet ou son mirage.

Le voyage évoqué apparaît autant intérieur que symbolique : entre doute et révélation, vous cherchez un centre de paix au cœur du tumulte du monde et de vous-même.

De cette profusion verbale naît une méditation sur la foi, l’identité et la quête de sens, où l’illusion et l’oracle finissent par se confondre en une même espérance.

Encore une fois tout un programme...

Hors ligne AlmaVeyre

  • Tabellion
  • Messages: 42
  • Écrire ce qui cherche encore ses mots.
Re : Résonances
« Réponse #5 le: Hier à 16:43:37 »
Robert,

Merci beaucoup pour votre réponse, elle me touche à mon tour.

Je suis heureuse de ne pas avoir trahi le mouvement de votre texte en le lisant ainsi. Ce que vous dites des Aèdes me parle particulièrement, car j’ai moi-même une fascination ancienne pour cette parole portée, transmise, presque chantée, où la mémoire, le récit et la musique ne sont pas séparés.

Il y a peu, j’échangeais justement avec mon fils à ce sujet. Il me disait que les aèdes accomplissaient quelque chose de très difficile : porter une parole immense, la garder vivante, la transmettre avant même qu’elle ne soit fixée par l’écrit. Il évoquait aussi Homère, cette figure à la frontière de la voix, de la mémoire et du texte. Venant d’un enfant de dix ans, je dois avouer que cela m’a rendue à la fois fière et assez subjuguée.

Lorsqu’il m’a dit qu’il souhaitait lire L’Iliade et L’Odyssée, j’ai eu le sentiment très vif que cette lueur dont vous parlez n’était pas seulement ancienne. Elle continue parfois de passer, très simplement, d’une génération à l’autre.

Votre texte m’a touchée aussi pour cela : parce qu’il ne cherche pas seulement à dire, mais à faire résonner une langue, à préserver une certaine façon d’entendre le monde.

Merci encore pour cet échange.

Bien à vous,

Alma
Alma Veyre
Un carnet laissé ouvert

Hors ligne Robert-Henri D

  • Comète Versifiante
  • Messages: 4 641
  • Pelleteur de Nuages
Re : Résonances
« Réponse #6 le: Hier à 18:01:02 »


Maxence,

Merci beaucoup pour votre lecture : moi qui m'interrogeait quasiment sur le fait de n'avoir eu hier que des lectures sans avis, me voila cette fois ravi ! Vote touche de précision et l’attention que vous portez aux mouvements internes du texte me seront utiles.

Vous évoquez cette architecture de glissements, de reflets et de paronomases : c’est exactement ce que j'ai ressenti durant mon écriture. C'est ce qui m'a offert d’avancer, là où un mot en appelle un autre, non par simple jeu, mais parce que chacun d'eux ouvre une brèche, un passage, une résonance inattendue de moi-même !

Votre manière de lire ce voyage — à la fois intérieur, symbolique et presque oraculaire — rejoint très intimement ce que j’espérais laisser affleurer : une quête qui oscille entre doute et illumination, où l’illusion et la révélation finissent parfois par se confondre dans une même tension vers le sens tel que humainement perçu.

Je suis sensible à votre remarque sur la profusion verbale. Elle n’est pas là pour masquer, mais pour chercher : comme si la langue, en se déployant, tentait de cerner un centre encore fuyant.

Merci d’avoir perçu cela, et d’avoir accueilli le poème dans cette profondeur-là. Votre lecture analytique, jointe aux autres, éclaire même des zones que je croyais plus secrètes.

Bien à vous,
Robert


Chère Alma,

Votre nouveau message m’a profondément touché. Ce que vous raportez de votre échange avec votre fils m’a donné ce frisson rare qui naît lorsque la parole, soudain, semble traverser les générations avec une simplicité presque miraculeuse.

Qu’un enfant de dix ans perçoive ainsi ce que les aèdes portaient — cette parole immense, fragile, transmise avant même l’écriture — cela dit quelque chose de très beau sur la manière dont certaines lueurs continuent de circuler, discrètement mais obstinément.

Votre fils évoquant Homère, puis exprimant le désir de lire L’Iliade et L’Odyssée, m’a ému bien au-delà de ce que je saurais dire. Il y a là une forme de continuité qui ne s’impose pas, qui ne s’enseigne pas, mais qui se reconnaît : un passage de voix, de souffle, de mémoire, qu'il vous conviendra ou non d'encourager.

Tout ceci me prouve qu’il existe encore "des oreilles capables d’entendre", et des voix nouvelles prêtes à reprendre le fil.

Merci pour cela, et pour la délicatesse de votre lecture.

Bien à vous,
Robert



Hello Dian,

Je reviens sur ton retour pour te préciser ceci : mon texte n’est pas écrit en vers réguliers. Il relève du vers libéré, une forme rimée mais non métrique qui apparaît à la fin du XIXeme siècle chez Hugo (tardif), Laforgue ou Kahn, et qui ouvre justement la voie aux expérimentations modernes dont l’Oulipo se réclame.

L’absence de majuscule à certains vers est d’ailleurs là pour éviter toute lecture métrique. Il ne s’agit donc pas de “fausse versification”, mais d’un choix formel assumé, dans une tradition qui joue déjà avec la combinatoire et la liberté du souffle.

Bien à toi.
Lorsqu'un texte respire comme une prose d'antan, avec ce grain de subtilité stylistique quelque peut archaïque qui le différencie, c'est peut-être que son auteur se refuse à suivre la cadence uniforme du présent ?

Hors ligne AlmaVeyre

  • Tabellion
  • Messages: 42
  • Écrire ce qui cherche encore ses mots.
Re : Résonances
« Réponse #7 le: Hier à 18:19:15 »
Robert,

Spoiler alert !!! Dès le lendemain je me suis rendue chez mon gentil libraire pour ramener à la maison L’Iliade  ;)

Bien à vous,

Alma
Alma Veyre
Un carnet laissé ouvert

Hors ligne Robert-Henri D

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Re : Résonances
« Réponse #8 le: Hier à 19:39:52 »
Whaou ! Votre fils serait-il un futur tragédien ou acteur ?
Lorsqu'un texte respire comme une prose d'antan, avec ce grain de subtilité stylistique quelque peut archaïque qui le différencie, c'est peut-être que son auteur se refuse à suivre la cadence uniforme du présent ?

Hors ligne AlmaVeyre

  • Tabellion
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Re : Résonances
« Réponse #9 le: Hier à 23:52:14 »
La question reste ouverte ! :D

Alma
Alma Veyre
Un carnet laissé ouvert

 


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