Bonjour Sernard,
Ce texte ne se livre pas tout de suite, et c’est peut-être sa nature même : il est chanté avant d’être lu. Il fonctionne à l’oral, à l’accent, à la gouaille, quelque part entre la comptine triste et la chanson populaire, avec ces mots déformés, ces rimes en “inje” qui sonnent comme une ritournelle qu’on aurait apprise sans savoir quand.
Ce que je lis, sans prétendre l’avoir entièrement déchiffré, c’est une adresse à une femme endeuillée. La robe noire, l’alliance caressée, la boîte aux poignées, la terre qui ferme les paupières, les pierres : tout semble tourner autour d’une absence définitive. Et la voix paraît venir de celui qui n’est plus là, ou déjà en train de s’effacer, quelqu’un qui parle depuis un endroit où l’on n’a plus à tenir ses promesses.
L’arc des trois refrains m’a semblé particulièrement bien construit : du « malin comme un singe », qui garde encore quelque chose de la complicité et de la vivacité du souvenir, au « pas assez d’wassinje », comme s’il n’y avait rien d’assez grand pour éponger la tristesse, jusqu’au simple « Il faut rentrer le linge ».
Cette chute-là est, pour moi, la plus forte du texte. Elle ne dit pas le deuil frontalement, elle le repose dans le geste ordinaire, là où il continue vraiment, sans cérémonie. Et le chat qui se lave l’oreille pendant que l’odeur du disparu s’en va, c’est une image très juste, presque familière, qui n’explique rien et dit pourtant beaucoup.
J’ai aussi été arrêtée par cette question : « Ça sert à quoi de s’être aimés si c’est pour l’écrire sur des pierres ». Elle a quelque chose de direct, de nu, et porte à elle seule une grande partie de la douleur du texte.
Quelques images me résistent encore, comme « le trottoir des inclinés » ou « la vie en portefeuille ». Je ne sais pas si c’est moi qui manque la clé, ou si elles flottent volontairement. Je les laisse ouvertes.
Merci pour ce texte un peu de travers, comme le deuil, avec sa tendresse, son étrangeté, sa musique cabossée, et ce linge à rentrer pendant que l’absence continue.
Amicalement,
Alma