Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

19 Juin 2026 à 12:28:59
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Poésie (Modérateur: Claudius) » Darlinje

Auteur Sujet: Darlinje  (Lu 167 fois)

Hors ligne Sernard

  • Plumelette
  • Messages: 10
Darlinje
« le: 10 Juin 2026 à 10:18:50 »
Darlinje

Ta robe noire fait grise mine sur le trottoir des inclinés
Suivant la moitié qui trottine de ton bonheur si peu croqué
Les doigts marqués par le silence à peine la peau l’a-t-elle comprise
Tu caresses encore ton alliance d’un appétit de vie confise
La raison qui te liait à tout c’est ce bonheur de quatre bras
Qui roule sa bosse vers le trou et tu n’y peux rien cette fois
Ça t’amusait tout’ mes combines je n’ais  jamais rien su cacher
Tu repérais toujours les signes de mes dérapages d’oreiller

T’es malin comme un singe,… Darlinje

Sur la boîte aux poignées qui glissent la terre a fermé les paupières
Te laissant pour seul complice le chemin à faire a l’envers
Combien de silences tordus à se dire qu’on a tout le temps
De croquer les fruits défendus dans le jardin des dépendants
je n’ai jamais été cet ange chargé de tenir les promesses
Du grand tiroir où la vie range le miel des jours qui ne cessent
On a beau faire, quoiqu’il en soit pour essuyer les nuits d‘orgueil
Quand la tristesse tache les draps dans cette vie en portefeuille

Y’a pas assez d’ wassinje,…Darlinje

Pour suivre le chemin fané toi tu marches  en r’ gardant derrière
Ça sert à quoi de s’être aimés si c’est pour l’ écrire sur des pierres
Tu te sens seule, mais pas assez t’as toujours ton  âme à subir
Faut plus te nourrir du passé il est dans mes valises en cuir
Ne pleure pas plus que tu dois sur ce qu’on n’a pas pu finir
On s’était dit rappelle toi ce jour-là,… il faudra en rire
Le temps s’effacera crois moi sur la chaise épincée d’oseille
Où mon odeur s’en va déjà le chat s’est lavé son oreille

Il faut rentrer le linge,… Darlinje

Hors ligne Robert-Henri D

  • Comète Versifiante
  • Messages: 4 660
  • Pelleteur de Nuages
Re : Darlinje
« Réponse #1 le: 17 Juin 2026 à 11:32:54 »
Hello poète Sernard,

Je vois que tu n'as reçu aucun commentaire au regard de ce poème. Pourtant, moi qui ai pris le temps de te lire posément,  vraiment… je le dis : quel souffle dans ce texte ! Il s'y ressent une sorte de tendresse cabossée, une musique douce‑amère, qui reste longtemps après la dernière ligne. Certaines images frappent droit au cœur. Alors je l'écris : merci pour ce moment suspendu.
Lorsqu'un texte respire comme une prose d'antan, avec ce grain de subtilité stylistique quelque peut archaïque qui le différencie, c'est peut-être que son auteur se refuse à suivre la cadence uniforme du présent ?

Hors ligne AlmaVeyre

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Re : Darlinje
« Réponse #2 le: Hier à 22:08:25 »
Bonjour Sernard,

Ce texte ne se livre pas tout de suite, et c’est peut-être sa nature même : il est chanté avant d’être lu. Il fonctionne à l’oral, à l’accent, à la gouaille, quelque part entre la comptine triste et la chanson populaire, avec ces mots déformés, ces rimes en “inje” qui sonnent comme une ritournelle qu’on aurait apprise sans savoir quand.

Ce que je lis, sans prétendre l’avoir entièrement déchiffré, c’est une adresse à une femme endeuillée. La robe noire, l’alliance caressée, la boîte aux poignées, la terre qui ferme les paupières, les pierres : tout semble tourner autour d’une absence définitive. Et la voix paraît venir de celui qui n’est plus là, ou déjà en train de s’effacer, quelqu’un qui parle depuis un endroit où l’on n’a plus à tenir ses promesses.

L’arc des trois refrains m’a semblé particulièrement bien construit : du « malin comme un singe », qui garde encore quelque chose de la complicité et de la vivacité du souvenir, au « pas assez d’wassinje », comme s’il n’y avait rien d’assez grand pour éponger la tristesse, jusqu’au simple « Il faut rentrer le linge ».

Cette chute-là est, pour moi, la plus forte du texte. Elle ne dit pas le deuil frontalement, elle le repose dans le geste ordinaire, là où il continue vraiment, sans cérémonie. Et le chat qui se lave l’oreille pendant que l’odeur du disparu s’en va, c’est une image très juste, presque familière, qui n’explique rien et dit pourtant beaucoup.

J’ai aussi été arrêtée par cette question : « Ça sert à quoi de s’être aimés si c’est pour l’écrire sur des pierres ». Elle a quelque chose de direct, de nu, et porte à elle seule une grande partie de la douleur du texte.

Quelques images me résistent encore, comme « le trottoir des inclinés » ou « la vie en portefeuille ». Je ne sais pas si c’est moi qui manque la clé, ou si elles flottent volontairement. Je les laisse ouvertes.

Merci pour ce texte un peu de travers, comme le deuil, avec sa tendresse, son étrangeté, sa musique cabossée, et ce linge à rentrer pendant que l’absence continue.

Amicalement,

Alma
Alma Veyre
Un carnet laissé ouvert

 


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