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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » L’arbre magique

Auteur Sujet: L’arbre magique  (Lu 296 fois)

Hors ligne Delnatja

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L’arbre magique
« le: 11 Avril 2026 à 09:47:01 »
Bonjour, voici un texte dont le titre est encore provisoire et qui est destiné à être mis dans un recueil d'histoires plus ou moins vécues. Ce recueil regroupera toutes les histoires glanées dans le Cantal, soit par écrit, soit oralement par un reporter accompagné par un technicien audio. Des podcasts seront également enregistrés et diffusés sur France-Inter courant 2028. Qu'en pensez-vous ?
D'avance merci.

L’arbre magique

Cet après-midi, j’ai décidé d’aller faire un tour en forêt, marre de rester chez moi. En ces jours funestes où la Covid-19 règne sur un monde inquiet et désabusé, je me suis autorisée après de longs palabres capillotractés et conciliabules murmurés à moi-même, à signer le papier miracle me permettant de pouvoir mettre un pied dehors sans risquer les foudres d’une marrée chaussée à l’affût du moindre mouvement suspect sans me prendre une taxe sur mes déplacements pédestres. En gros, ça me gonfle de devoir remplir et signer un bout de papier pour sortir de chez moi et éviter de payer une amende.
Le sentier qui descend tranquillement vers la forêt sent le minéral chauffé par le soleil brûlant. Il ne manque plus que les cigales et justement ça tombe bien, parce que depuis que j’ai vécue pendant plus de dix ans en Provence, les cigales, je ne les supporte plus. Et en plus, bonjours le cliché. Bref, je marche d’un pas décidé vers cet îlot bienfaiteur en m’imaginant déjà la fraîcheur salvatrice du sous-bois. Ce mois de juillet est intenable et de plus, j’ai envie d’un bain de verdure salutaire. Me ressourcer, comme diraient certain, bien que je ne sache pas vraiment ce que cela veuille réellement dire. J’ai l’ambition de prendre un arbre dans mes bras. J’ai vu un documentaire à la télé, il paraît que cela peut faire beaucoup de bien. On appelle cela, la sylvothérapie. Je suis un peu dubitative quant aux effets bénéfiques supposés que cela pourrait m’apporter, mais nous verrons bien et après tout, je ne risque rien à essayer.
Me voilà arrivée. Au sol, l’ombre des arbres matérialise une ligne de démarcation ou bien, un terminateur, la frontière entre deux mondes. Je m’engouffre dans la pénombre et je hume l’air ambiant. Des fragrances diverses et variées m’accueillent en guise de bienvenue. Les odeurs d’humus se conjuguent à celles de pins tout en se mélangeant à d’autres que je suis incapable de nommer, et la température a effectivement légèrement diminué. N’étant pas du genre à flâner inutilement, je me mets illico en quête d’un arbre qui pourrait m’accueillir. Ni trop gros, ni trop petit et surtout, facile d’accès, je n’ai pas du tout envie de me prendre des ronces dans les mollets. J’aurais peut-être dû mettre un pantalon, mais il fait trop chaud. Celui-ci, bof, m’inspire pas. Celui-là, pas mal, mais non. Je continue à chercher l’arbre idoine qui me permettra probablement de faire une bonne expérience. Peut-être que celui-là… J’ai un doute. Non, il n’a pas l’air de vouloir m’accueillir et je ne veux pas d’embrouilles avec un arbre. Ah, celui-ci, là-bas, m’a l’air pas mal, en plus il semble m’appeler, comme si un végétal pouvait le faire, n’importe quoi ma vieille.
Je grimpe sur un petit talus, je contourne quelques fougères, je butte sur une branche posée là uniquement pour me faire tomber, ben, c’est raté, je passe derrière un bosquet de houx en faisant bien attention de ne pas m’y frotter, pour enfin arriver auprès de mon arbre. Est-ce que je vais y être heureuse ? D’après Georges Brassens, oui, mais je demande quand même à vérifier. Je me cale devant lui et lui dit bonjours par respect. Pas sûr que cela serve à quelque chose, mais on ne sait jamais et cela ne peut pas faire de mal. Après tout, c’est un être vivant et le descendant direct d’une très longue lignée qui était sur terre bien avant nous.
Allez, je me lance, j’enlace mon arbre avec franchise et colle le côté droit de ma tête sur le tronc dans le but de pouvoir l’écouter. Moi qui ai beaucoup de mal à faire la même chose avec des humains, au moins avec lui, c’est beaucoup plus facile et je ne risque pas d’être rejetée. Je ferme les yeux et je commence à attendre qu’il se passe quelque chose d’inattendu… Surtout, arrêter de psychoter, de vouloir qu’il arrive quelque chose, c’est en ne s’attendant à rien que tout est possible… Il est impératif de faire le vide dans ma tête. Zut, je viens justement de penser que je ne dois pas penser. Respire, laisse les choses se réaliser d’elles-mêmes.
Au bout d’un certain temps, pour ne pas dire un temps certain, je réussis à me laisser bercer par le frémissement de la canopée, le gazouillement d’un oiseau. Le murmure de la sève circulant dans le tronc ? Et soudain…

En une fraction de seconde, je n’ai plus rien à serrer dans mes bras et je me sens basculer en avant. Je manque de tomber et me reprend au dernier moment pour ne pas m’étaler de tout mon long. J’ouvre les yeux. Il fait noir, un noir total. Où suis-je ? Une angoisse commence à monter en moi.
— Bienvenue, dit une voix grave et lente, dénuée d’agressivité.
Je sursaute quand même un peu et après réflexion, je décide de ne surtout pas paniquer, de rester calme. Comme en plongée, si tu paniques à quarante mètre de profondeur, t’es très mal barré, pour ne pas dire foutue. Alors, je dois me maîtriser et je réponds poliment par un « bonjour » que je veux amical.

Au bout d’un moment, je comprends d’instinct que c’est à moi de faire la conversation.
— À qui ai-je l’honneur ?
— Celui que tu serres dans tes bras et dont la tête touche mon écorce.
— D’accord. Et là, je suis où ?
— Tu es dans ma dimension intérieure, tu as réussi quelque chose de très rare pour ton espèce. Je ne m’y attendais pas.
— Et moi donc ! Mais, que voulez-vous dire par dimension intérieure ?
— C’est à la fois très simple et très compliqué à réaliser. Tu as réussi, je ne sais comment, je l’avoue, à rejoindre le point de collapsus mental qui relit les êtres vivants entre eux, ce qui a provoqué un effondrement de tes fonctions d’onde cérébrale et engendré un dédoublement de tes capacités mentale primaires.
— Ce qui voudrait dire, que je suis à la fois dans deux lieux en même temps, une sorte d’intrication mentale ou psychique ?
— Si tu le dis…
J’avoue qu’à cet instant, je me sens très fière d’avoir réalisé cet exploit, même si je n’ai pas la moindre idée de comment j’y suis arrivée et en même temps, un peu perdue en me demandant comment cela va se terminer. Tant qu’à y être, autant en profiter et je lui demande.
— Il paraît que vous, les arbres, vous pouvez communiquer entre vous par vos racines et par les rhizomes mycéliens qui tapissent le sous-sol des forêts.
— En effet, notre réseau de communication est extrêmement complexe et nous pouvons communiquer avec des congénères à très grande distance. Malheureusement, cela se fait de façon très lente et il arrive qu’une information nous arrive alors que l’individu qui l’a émise ait déjà disparu.
— C’est un peu comme pour nous avec les étoiles. Certaines d’entre elles que nous voyons, n’existent plus depuis des millions d’années et des nouvelles ne nous sont pas encore visibles.
— Le temps n’est qu’une illusion, nous préférons parler en cycles.
— Vous m’avez dit que j’ai réussi à rejoindre le point de collapsus mental qui relit les êtres vivants entre eux. Est-ce que les oiseaux et les mammifères peuvent également y parvenir ?
— Sous certaines conditions et si cela s’avère absolument nécessaire à la survie de l’individu, l’opération peut s’effectuer spontanément. Les écureuils sont très forts à ce petit jeu. J’en connais un qui vient de temps en temps discuter avec moi, mais il m’épuise.
— Pourquoi ça ?
— Il est tellement tendu, que j’ai l’impression de discuter avec une tempête.
— En effet, je crois comprendre ce que vous voulez dire.
— Je veux te demander de faire quelque chose pour moi, mes congénères et la planète, mais toi seule a le pouvoir de décider.
— De quoi s’agit-il ?
— Nous sommes des antennes tournées vers le ciel et l’univers. Veux-tu faire ce que vous êtes la seule espèce vivante sur cette planète à pouvoir réaliser ?
— Oui, je veux bien essayer, de quoi s’agit-il ?
— Envoyer des pensées d’amour à la planète et tout ce qui y vit. Mes congénères vont les relayer afin qu’elles puissent être diffusées au-delà et absorbées par l’univers.
Je dois avouer que je ne m’attendais pas à cela. Je me souviens d’avoir réussi à le faire, il y a plusieurs dizaines d’années, et qui s’était soldée positivement, mais je ne sais pas si je suis capable de renouveler l’expérience.
— Aie confiance en toi, tu es capable de beaucoup plus de choses que ce que tu te complais à le croire.
L’occasion est trop bonne pour ne pas essayer et je me dois de réussir. Je me concentre, j’erre dans mon mental, je tourne en rond, je prends des impasses et soudain, quelque chose se connecte en moi. Un flux se met à couler et à se déverser à l’extérieur de moi. Un ruissellement d’amour universel, la magie d’un acte totalement désintéressé, la prouesse d’un être unique faisant partie d’un tout, à la fois minuscule et indissociable de l’univers qui l’entoure, car indispensable à son existence. Je savoure cet instant magique où le temps n’existe plus, où l’énergie que je déploie est d’une puissance bien supérieure à ce qu’un simple humain est capable de déployer dans sa vie quotidienne. Je comprends d’un coup que l’immatériel est beaucoup plus puissant que les choses matérielles. Nous sommes des énergies contenues, n’attendant que l’occasion de pouvoir en user à bon escient.
D’un coup, mon mental reprend le dessus et je m’inquiète de mon corps physique.
— Ne t’inquiète pas, je ressens tout ce qu’il se passe à l’extérieur, et quelqu’un te surveille depuis un moment, afin que rien ne puisse t’arriver.
— Comment ça, quelqu’un me surveille ?
— Ta dernière mère biologique n’est jamais très loin de toi.
— Si c’est une blague, ce n’est pas drôle, elle est décédée il y a plus de dix ans.
C’est alors, que le noir fait place à la forêt. Je peux maintenant voir à l’extérieur de l’arbre et je vois effectivement une biche nous observer.
— Je ne comprends pas.
— Ta mère a demandé à cette biche de bien vouloir nous rejoindre afin d’avoir un support matériel pour pouvoir interagir avec ce qu’il se passe près de toi.
Bonjours la claque ! Non seulement c’est la première fois que je peux observer une biche de si près, et je la trouve très belle, et en plus, de savoir que c’est ma mère qui est responsable de sa présence en ce lieu… Je ne sais plus que dire. Cette balade en forêt prend une tournure pour le moins inattendue et fantastique. Si quelqu’un venait à me raconter ce genre de choses, je penserais qu’il fabule. Ou alors, je me suis endormie et je rêve.
— Tu ne rêves pas, mais il va falloir que tu réintègres ton corps physique, car cela te demande beaucoup d’énergie.
— Dans ce cas, merci de m’avoir reçu en vous, ainsi que pour toutes ces explications et m’avoir permis de faire quelque chose de bon pour la planète et l’univers. C’est un honneur pour moi que d’avoir pu converser avec vous.
— Tout le plaisir a été pour moi, c’est tellement rare de vos jours de pouvoir y arriver. Cela n’a pas toujours été le cas et vos ancêtres très lointains en étaient très souvent capables. Malheureusement votre espèce s’est coupée de la nature au fur et à mesure de la matérialisation de vos pensées.

Un éclair puissant illumine mon cerveau et en un instant, je suis de nouveau accrochée à mon arbre. La biche est toujours là à m’observer. D’un coup, son regard change imperceptiblement et elle s’enfuit dans le sous-bois en trottinant avec élégance. Je me retourne et m’assois au pied de l’arbre. Georges Brassens a raison, auprès de mon arbre, je suis heureuse et je n’ai pas envie de quitter ce lieu.
Je reste assise, je ne sais combien de temps, comme anesthésiée et également fatiguée. Il a raison, cela m’a demandé beaucoup d’effort sans que je m’en rende compte. Je me lève enfin, je dois retourner chez moi, reprendre une vie normale. J’ai faim. Une faim de connaissance et aussi parce que mon estomac gargouille. Il est quelle heure ? Combien de temps suis-je resté dans l’arbre ?
Je sors de la forêt et me retourne pour voir si la biche ne me regarde pas m’éloigner. Il n’y a personne, le charme est rompu. Je remonte le sentier, le soleil est bas sur l’horizon. J’ai l’impression que mon ouï, ma perception des couleurs, mon angle de vision se sont affinés ou élargit. Je me sens sereine et détendue. La chaleur n’est plus la même, elle émane maintenant d’une étoile vivante. J’ai conscience d’avoir vécu quelque chose de puissant et de simple à la fois. Quelque chose dont chacun et chacune devrait pouvoir faire l’expérience au moins une fois dans sa vie. Peut-être que cela permettrait de remettre un peu d’ordre dans le monde.
« Modifié: 12 Avril 2026 à 09:05:48 par Delnatja »
Michèle

Hors ligne Choumi

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Re : L’arbre magique
« Réponse #1 le: 11 Avril 2026 à 11:45:03 »
Bonjour Delnatja
Les explications données d’entrée de jeu m’ont poussé à regarder ton texte avec l’esprit critique de quelqu’un qui lui aussi fait quelques papiers dans l’info local.
Bien entendu je n’ai pas la prétention de connaître la solution pour qu’un article soit lu et pourquoi pas…attendu.
Je vais donc rapporter les avis que j’ai sur les miens.
La première phrase me semble un peu longue. Quelques mots difficiles voir inconnus (par moi). N’oublions pas que les éventuels lecteurs ou auditeurs seront peut être comme moi. Faut donc être accessible à tous.
Une critique qui revenait plus que les autres, faire un texte pas trop long où chacun se reconnaît un peu. Surtout si tu reste diffusée dans une région spécifique
Peut-être que nous étions conviendrait mieux que la première personne
Voilà quelques principes que moi même ai mis en pratique.
Voilà , pas facile mais existant de faire un petit papier
Je serai content de savoir quel impact auront les tiens, histoire d’apporter des améliorations aux miens pour qu’ils soient plus incisifs
Amicalement
Michel

Hors ligne Delnatja

  • Grand Encrier Cosmique
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Re : L’arbre magique
« Réponse #2 le: 11 Avril 2026 à 15:57:25 »
Bonjour Choumi, merci pour ton commentaire. J'ai pris note et je vais voir ce que je peux améliorer.
Par contre, je suis obligé de garder la première personne.
Belle journée.
Michèle

Hors ligne Mic Ester

  • Troubadour
  • Messages: 367
Re : L’arbre magique
« Réponse #3 le: 12 Avril 2026 à 08:51:48 »
Salut Michèle

Qu'en pensez-vous ?
Difficile à dire, ça part un peu dans tous les sens. Je voyais un truc humoristique au début. La bobo parisienne qui veut tester un nouveau truc écolo … enlacer un arbre.
Puis l’arbre se met à parler, ok, on part dans autre chose un peu fantastique, puis vient la biche envoyée par la mère décédée, ouais … va falloir s’accrocher. La chute, sympa mais un peu pontifiante et facile à mon gôut.
Y a surement quelque chose, mais faudrait rester dans le même registre à mon avis.
Au boulot !
Mic

Hors ligne Delnatja

  • Grand Encrier Cosmique
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Re : L’arbre magique
« Réponse #4 le: 12 Avril 2026 à 09:02:23 »
Bonjour Mic Ester, merci pour ton commentaire. Je vois ce que tu veux dire.
Belle journée.
Michèle

Hors ligne Cendres

  • Comète Versifiante
  • Messages: 5 005
Re : L’arbre magique
« Réponse #5 le: 13 Avril 2026 à 09:48:39 »
Merci pour le partage de ton récit.

Ces uns histoire parlant de l'homme et de sa relation de la nature. C'est un texte écologiste nous rappellent que nous en faisons partie.
L'arbre est plein de philosophie, contrairement à ton personnage, qui découvre de nombreuses choses grâce à lui.
C'est une relation de maître et de disciple en quelque sorte.
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne Delnatja

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 438
  • Ailleurs et au-delà
Re : L’arbre magique
« Réponse #6 le: 14 Avril 2026 à 08:47:08 »
Bonjour Cendres, merci pour ton commentaire.
Belle journée.
Michèle

 


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