Apercevoir des tonnes de beauté
L’autre jour, je rencontrais un ami
De retour de voyage, il me disait ;
Voilà, j’étais dans un pays d’une drôle de physionomie,
Un pays genre Europe de l’Est, avec beaucoup de décès.
J’étais sur une avenue déserte et triste.
Il était peut-être cinq heures du soir ou plus.
Il n’y avait pas beaucoup de communistes.
Lorsque soudain quelqu’un, un peu minus,
Passe à toute vitesse et me vole mon agenda.
Je le tenais à la main, cherchant l’adresse
D’un ami, habitant loin dans une datcha.
J’étais très en colère que mon agenda disparaisse.
Mais subitement, voilà qu’un tramway
Arrive et écrase mon voleur,
En une seconde, comme un méchant coup de fouet,
Avant même que j’eusse un rire moqueur.
Et mon agenda, dans toute cette affaire,
Toutes les pages éparpillées, sur les pavés,
Et au milieu des boyaux par terre,
De mon voleur complétement décavé.
Je courais vite après chaque feuille
De mon agenda que le vent glacial
Emportait comme une vulgaire feuille,
Alors que dessus figuraient toutes mes adresses principales.
Mais la chance tourne enfin en ma faveur.
Je retrouve la page où s’inscrit le nom
De mon ami. Très vite je le rejoins avec ardeur,
Dans la steppe lointaine, sans horizon,
Aussi déserte que la ville d’où je venais.
J’enlève mes mitaines, dans la datcha
Où se dégageait un agréable fumet.
On trinque alors à la mémoire de mon voleur scélérat,
Sous les roues d’un tramway, punis de son larcin.
J’écoutais mon ami, racontant son histoire.
J’étais dubitatif, malgré ses dons d’écrivain.
Je n’en croyais pas un mot, et demandais à voir.
Un tramway, dans une ville déserte, sans un moineau,
Dans le blizzard, juste avant la nuit,
Avec un passant qui vole un carnet prestissimo,
Ecrasé soudain par un bus à grand bruit.
Et de la datcha de l’ami, son adresse
Disséminée parmi les entrailles du voleur.
C’était surement une prouesse,
Au milieu de l’horreur. T’es vraiment beau parleur,
Je lui dis à mon ami, me regardant étonné.
Mais bien sûr mon couillon, il me répond,
C’est un rêve, un cauchemar complètement halluciné,
Pourtant là-dessous, tout n’est pas bidon.
Ah oui, et pourquoi ? Parce que dans les rêves,
Même les plus idiots, frapadingues, jobards,
Il y a une once de vérité qui te soulève,
Et de fait dire, que rien n’est là par hasard !
Là-dessus on se sépare.
Depuis, quand je rêve,
Je marche ou crève,
Car au bout, la réalité est une trêve,
Où se dissimulent probablement des tonnes de beauté.