Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

21 Avril 2026 à 13:42:17
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Confessions d'un Poupon Hyperbolique

Auteur Sujet: Confessions d'un Poupon Hyperbolique  (Lu 205 fois)

Hors ligne kokox

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 489
Confessions d'un Poupon Hyperbolique
« le: 04 Avril 2026 à 04:50:03 »

   Lörlh-BÄ - Brouillon n° 7 - 
Confessions d’un Poupon Hyperbolique


   Pour tout renverser, cet enfant commença par renverser… la dignité du récit, sa compote et la gravité universelle. Mais foin d’espiègleries, laissons-le s’exprimer sans plus attendre :
   
   Je dois vous prévenir avant que vous ne plongiez dans ce qui suit. Ce texte… n’a jamais demandé la persmission d’exister. Je l’avais rangé dans la catégorie « brouillons puérils », juste entre « Tentative de poème en langue areuh », « Traité incomplet sur le pouvoir des siestes ». et « Dialogue philosophique entre deux bavoirs ».
   Et pourtant, le Brouillon n°7 refuse de mourir. Il gigote. Il réclame. Il postillonne sur les pages voisines, comme s’il voulait y apposer sa signature. Il a même tenté de téter la couverture du manuscrit.
   Je ne sais pas comment vous expliquer cela autrement : ce chapitre a la vitalité d’un bébé possédé par un démon de la littérature en roue libre.
   J’ai essayé de le censurer. Il a hurlé. J’ai tenté de le réécrire. Il m’a lancé mon propre stylo à la figure.
   Alors j’ai capitulé. Comme un maréchal congestionné qui a oublié son honneur dans la poche d’un autre.
   Je vous le livre tel quel, dans toute sa fougue indomptable, son orgueil dodu, son lyrisme en pyjama de myrmidon d’une ambition déraisonnable. Si vous entendez des bruits de hochet pendant la lecture, ne vous inquiétez pas : c’est normal. Si vous percevez une légère fragrance de brocolis oubliée au bord d’une assiette, c’est normal aussi.
   Et si, à un moment, vous avez l’impression qu’un pitchounet vous fixe avec l’intensité d’un prophète antique…
   … eh bien, c’est que vous êtes prêts.
   Voici donc, contre mon meilleur jugement, le Brouillon n°7 : Confessions d’un Poupon Hyperbolique.
   
   Youpi, youpi, youpi !
   J’ai trois mois, le croirez-vous ?
   J’ai trois mois, mesdames et messieurs, TROIS MOIS, et pourtant je me lance sans complexe dans l’écriture de mes mémoires.
   Mon émotion ? Je suis DrÄgo-dingo-jojo de joie. J’en pleure de folie douce et n’essuie jamais mes larmes - je les laisse couler comme des perles de lait destinées à bénir mon chef-d’œuvre naissant.
   Je vous écris et je n’en reviens toujours pas. Je sautille dans ma prairie telle une puce en transe cosmique. Je n’ai même pas de prairie. Ma prairie, c’est ma table. Je vous ai bien eu, non ? Oh, vous apprendrez vite à me connaître, je suis un peu prestidigitateur de métaphores aussi.
   J’explique :
   J’ai découvert ce truc il y a peu - tracer des signes qui pensent à votre place - et depuis, je ne m’arrête plus. Je mâchouille mes verbes comme d’autres mâchouillent leur caillou totem. Chacune de mes phrases me semble un shot d’adrénaline astrale. Tiens ! Rien que d’écrire celle-ci, j’ai l’impression de flotter dans une aura de gloire lactée.
   Ma pensée est riche et va bien au-delà de ce qu’imagineront les pédiatres qui ne sont pas encore nés - ces pauvres chéris qui, un jour, fronceront leurs sourcils en me voyant résoudre des dilemmes métaphysiques entre deux régurgitations.
   Mes doigts sont à peine préhensibles et pourtant je me sens un pouvoir sans limite. Je tiens mon stylo-plume comme un sceptre miniature, un bâton de commandement royal trempé dans la bave sacrée des tout-petits. Je le serre comme si j’allais annoncer une vérité bouleversante, une prophétie lacto-sismique si puissante qu’elle ferait bafouiller les oracles et tomber les tétines des anges.
   Puis je commence à rédiger. Enfin… au début, disons plutôt que je bavoche sur la page, que je déborde sur les traits, que je troue pas mal de marges. On dirait un ouragan de lait caillé qui aurait décidé de s’exprimer en calligraphie expérimentale. Bref, pour être franc, je gribouille. Mais dans mon esprit – feu d’artifice - c’est un chapitre incandescent, un témoignage brut, une confession qui, j’espère, fera trembler les générations futures.
   FirminÄ, que vous découvrirez bientôt, disait de moi que j’étais encore un nourrisson des mots. Restons encore honnête : je suis plutôt une légende vivante du BA-BE-BI-BO-BU, un inventeur de souvenirs, un poète électrique de la bouffissure, du strass et des paillettes.
   Attendez, ne partez pas. Ben quoi ? Mon festival commence à peine.
   Regardez, je soulève mes bras potelés, je mordille mon capuchon, j’ajuste ma mèche de duvet, et je murmure à mon public imaginaire :
« Bienvenue dans la vie somptueuse et hilarante d’Ä-ÄvÄshÄn-Ä. »
Accrochez-vous, cela va décoiffer.
         Promis, juré sur la tête de BÄrnÄbé, mon ours en peluche, ce héros discret qui me soutient dans mes crises existentielles : un seul cri de mon stylo sera plus chargé de réel que toute cette bimbeloterie sans queue ni tête sortie de mon imagination. Du reste, même pas besoin d’imaginer. Sur Ä-ÄvÄshÄn-Ä, tout a été déjà imaginé, sur-imaginé.
   Je vais tout vous déballer :
   La naissance, l’entrée fracassante de ma « planète méta chochotte » sur la scène du Ä-Ä-Ä.
   Son premier cri, un hurlement digne d’un carnaval électrostatico-métaphysique, qui semblait vouloir dire : mirez comme je suis belle et affable.
   Son premier rot, accueilli par une standing ovation de milliards de vanupieds.
   Son premier sourire d’autocongratulation, immortalisé par l’EscÄlier qui ne mène nulle part et partout à la fois.
   Ses premiers résidents, ivres de devenir plus parfaits que la perfection – qui se notaient eux-mêmes sur vingt et obtenaient toujours vingt-et-un.
   Moi, un têtard des mots ? Je me sens plutôt comme un très vieux sage coincé dans un corps minuscule, obligé de redécouvrir son monde en version tactile et spumeuse.
   OK, je suis minuscule, mais j’ai sans doute l’ego d’un astre. OK, je suis encore fragile, mais j’ai l’énergie d’un concert d’ÄvÄ SpielmÄcker sous lasers atomiques. OK, je suis un agneau naïf, mais j’ai déjà vécu mille vies. J’écris tout ça. Moi. Et je dois l’avouer, c’est une expérience fascinante. IRRÉSISTIBLE et FASCINANTE.
   Excusez ma frénésie. Je m’emballe. C’est plus fort que moi : dès que je parle d’écriture, je crois être sur scène comme PerrÄmus Böömerang, projecteurs braqués sur mes joues rebondies, public en délire - ou en train de digérer son éternité, difficile à dire.
   Redevenons sérieux une seconde. Je ne voudrais pas m’adresser seulement à des acnéens pré-pubères qui découvrent mes mémoires en cachette sous leur couette maculée. Je souhaiterais que mon public soit vaste. Très vaste. Intergénérationnel, interdimensionnel, inter-tout.
   Il en faut pour tout le monde : pour les philosophes qui analyseront mes premiers gaz comme des axiomes existentiels, pour les mélomanes qui entendront dans mes pleurs des harmonies insoupçonnées, pour les parents épuisés qui verront en moi un phénomène du sommeil contrarié, pour les bébés eux-mêmes, qui liront ces lignes dans dix mille ans et diront : « Ah ouais, respect le type, il a osé. »
   Je veux que mes mémoires traversent les âges. Qu’on les lise dans les bibliothèques-montgolfières, dans les vaisseaux spatiaux déglingués, dans les jardins mirifiques, dans les chambres pleines de soupirs des puceaux, sur les plages en feu, et même dans les salles d’attente où le temps s’étire comme un élastique épuisé.
   Je veux être universel. Je veux être intemporel. Je veux être… le bébé qui a parlé à tout le monde.
   Mais trêve de paillettes et de décibels.
   Il y a, derrière la frénésie, quelque chose de plus vaste qui m’appelle. Quelque chose qui dépasse les stades, les projecteurs, les foules en délire - quelque chose qui ne se contente pas d’applaudir, mais qui écoute. Une présence ancienne, patiente, presque minérale.
   Et soudain, mes phrases cessent de sautiller.
   Elles se rassemblent.
   Elles deviennent lourdes, comme si quelqu’un d’autre respirait à travers moi.
   Alors je me tais un instant.
   Je laisse retomber la poussière de lumière.
   Je ferme les yeux.
   Et dans ce silence, une autre voix se lève en moi - plus grave, plus profonde que tout ce que mes TROIS MOIS pourraient laisser croire.
   C’est à ce moment que je vous parle autrement. Non plus comme une petite rockstar de l’écriture en grenouillère, mais comme un passeur. Un funambule entre les temps. Un enfant qui, sans comprendre comment, perçoit les frémissements d’un monde plus ancien que ses os.
   Et c’est là précisément que j’ai envie de poser ma plume au rebord de votre âme.
   À cet instant, mes mots changent de texture.
   Ils s’allongent. Ils s’assombrissent.
   Ils s’ouvrent comme une porte.
   Et derrière cette porte, il y a vous...

POSTFACE N°1 - ÉCRITE PAR BIBI LUI-MÊME EN ME CHANGEANT LA COUCHE
(Dictée avec autorité, transcrite tant bien que mal par un adulte accablé)

   Coucou, c’est encore moi. Oui, moi. Celui qui vient de vous offrir ce chef-d’œuvre narcissique en pyjama de myrmidon.
   Je tenais à vous remercier pour votre lecture attentive, même si je sais très bien que vous avez dû reprendre votre souffle à plusieurs reprises. C’est normal. Je suis un peu intense.
   Sachez que j’ai écrit tout cela sans même savoir marcher. Imaginez ce que je risque de produire quand j’aurai des mollets de compétition. Le jour où je saurai courir, la littérature tremblera. Et peut-être aussi les murs de ma chambre.
   Je suis conscient que certains passages ont pu vous bouleverser, vous émerveiller, vous désorienter, voire vous donner envie de vous rouler en boule sous une table. Je vous rassure, je ne lis pas encore dans les sphères divinatoires. Je suis juste un bébé visionnaire. Et très humble, avec ça.
   Si vous avez ri, tant mieux. Si vous avez pleuré, tant mieux aussi. Si vous avez eu envie de me confier vos secrets les plus sombres, c’est un peu inquiétant, mais je prends tout dans mon coffre à jouets. Et je trie après, entre deux éructations inspirées.
   Je vous laisse maintenant. J’ai une sieste à mener avec la gravité d’un Archi-Dormeur de la Haute Guilde Hypnopédique, une institution très respectée où l’on ronfle en polyphonie sacrée. Et je dois être à l’heure : on ne plaisante pas avec les cycles de repos interdimensionnels.
   Signé : DrÄgo le Poupon Hyperbolique, Prophète du BA-BE-BI-BO-BU, Futur Élu du Coussinet d’Or et de la Tétine Oraculaire des Rêveries Infinies.

POSTFACE N°2 - ÉCRITE PAR UN INVITÉ DE MARQUE
(Retrouvée cousue dans sa patte arrière, probablement à son insu.)
   
   Bonjour à tous. Je suis l’ours.
   Oui, l’ours. Celui qui subit tout. Celui qui écoute tout. Celui qui sert de coussin, de confident, de punching-ball émotionnel et parfois de repose-stylo-plume.
   Je voudrais dire que je suis fier de mon petit humain. Mais honnêtement ? Je suis surtout lessivé. J’en ai plein les pattes de ce gratte-papier en herbe.
   Vous n’imaginez pas ce que c’est de vivre avec un bébé qui se prend pour un volcan littéraire. Il me réveille la nuit pour me lire ses brouillons. Il me secoue pour « tester la musicalité de ses phrases ». Il m’a même demandé si je pouvais « incarner la métaphore filée du brouillon n°4 ».
   Je ne suis pas payé pour ça.
   Mais bon. Je l’aime, ce petit. Même quand il me mâchouille l’oreille en réfléchissant. Même quand il me balance à travers la pièce pour « voir si la gravité respecte son génie ».
   Alors je reste. Je veille. Je prends des notes mentales.
   Et je vous le dis franchement : ce n’est que le début. Si vous trouvez ce Brouillon n°7 impressionnant, attendez de voir ce qu’il écrit quand il est un poil contrarié.
   Sur ce, je retourne à ma fonction principale : être compressé contre un torse minuscule pendant une sieste qui durera exactement 4 minutes et 12 secondes.
   Signé : BÄrnÄbé-le-BrÄve, Ours en peluche titulaire, Gardien des nuits courtes, et victime consentante du génie en devenir.

ÉPILOGUE MINUSCULE MAIS DÉLICIEUX
(Écrit par quelque chose qui n’aurait jamais dû prendre la parole)

   Bonjour. Je suis le hochet.
   On ne me demande jamais mon avis. On me secoue, on me mordille, on me jette, on me retrouve sous un canapé, on m’oublie dans un sac à langer, et soudain - PAF - je deviens un effet sonore dans une œuvre littéraire.
   Je tiens à dire que je ne suis pas qu’un bruit. Je suis une présence. Une vibration. Un instrument de percussion injustment sous-estimé.
   Et si vous avez entendu mes tintements pendant la lecture, sachez que ce n’était pas un hasard. C’était moi, applaudissant.
   Parce que ce bébé, là… Ce bébé qui écrit comme un cyclone en chaussons… Je le connais mieux que vous. Et j’ai forcément une énorme tendresse pour lui.
   Et je peux vous dire une chose : il ne va pas s’arrêter.
   Alors accrochez-vous. Et si vous avez besoin de moi pour rythmer la suite… je suis disponible.
   Signé : Tïn-Tïn, Hochet professionnel, Percussionniste involontaire, et témoin privilégié du chaos à venir.

   Et quelque part, très loin dans le silence, un minuscule tintement se fait entendre.
   À peine un son.
   Presque un souvenir.
   Puis plus rien.   
« Modifié: 04 Avril 2026 à 05:20:28 par kokox »

Hors ligne Murex

  • Prophète
  • Messages: 896
Re : Confessions d'un Poupon Hyperbolique
« Réponse #1 le: 04 Avril 2026 à 10:34:27 »

 Bonjour kokox

    Voilà un texte jubilatoire ! il y a vraiment du talent dans tout ça et une imagination hors norme. aucune critique à formuler, simplement un grand bravo.

Hors ligne kokox

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 489
Re : Confessions d'un Poupon Hyperbolique
« Réponse #2 le: 04 Avril 2026 à 11:27:31 »
Merci bien Murex ! C'est un délire pour faire rire ! Si cela t'a provoqué une joie vive, c'est tant mieux !  ;D ;D ;D

En ligne Choumi

  • Prophète
  • Messages: 772
Re : Confessions d'un Poupon Hyperbolique
« Réponse #3 le: 04 Avril 2026 à 12:29:47 »
Bonjour
En voyant la longueur du texte, je me suis dit ; Je vais décrocher avant la fin.
Et paf! J’avais tout faux. Le texte est agréable à lire et le fond de l’histoire est très amusante.
Bref, j’ai passé un bon moment regrettant au final qu’il soit un peu court.
Amicalement
Michel

Hors ligne kokox

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 489
Re : Confessions d'un Poupon Hyperbolique
« Réponse #4 le: 04 Avril 2026 à 13:55:59 »
Merci Choumi pour ta lecture !

En fait, c'est un extrait du roman SF-Baroque-déjanté que je suis en train de finaliser. De fait, je lance cette invitation à ceux qui auront un peu de temps : j'aurais besoin de quelques yeux extérieurs pour voir si mon machin tient la route chapitre par chapitre (sans aucune autre analyse que "oui", "peut-être" ou "non". Je ne cherche absolument pas à ce qu'on me brosse dans le sens du poil. Je désire juste des avis de lecteurs qui me permettront de rectifier certains tirs, évidemment qui aiment un peu la SF décomplexée et déjantée !

Bien à toi !

Bien à vous !

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.013 secondes avec 15 requêtes.