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29 Avril 2026 à 09:40:14
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Poésie (Modérateur: Claudius) » sonnés!

Auteur Sujet: sonnés!  (Lu 318 fois)

Hors ligne pehache

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 463
sonnés!
« le: 09 Mars 2026 à 23:36:33 »
l’amour, l’art et la mort





Pourquoi chanter ? (sonnés!)

(Bout rimé)


1 éternel présent

L’amour, la mort et l’art- et quoi d’autre à chanter ?
du profond de la nuit s’enfantent des aurores,
merveilles inouïes qui viennent nous hanter,
à l’oreille des sourds soufflent le mot :« encore ».

Ils donnent tous les trois le droit de se hausser,
sur la pointe des vers, apercevoir le port,
sur la toile achevée le projet exaucé,
staccato de piano qui cèlera nos sorts.

L’absolu entrevu pousse l’esprit blessé
sur un rythme incessant. Que brasiers soient nos corps,
brandons face au soleil, refus d'être abaissé.

L’amour parfois, la mort enfin, donnent accord.
L’art, éternel présent, de battre n’a cessé
sur nos tams-tams, sur nos tambours en peau de porc.







2 à ceux

A ceux que rien n’émeut rien ne pousse à chanter
sourds à la mort en son requiem ceux que l’aurore
de ses doigts de rosée ne parvient à hanter
et que le quotidien englue à coup d’encore

A ceux là qui jamais n’oseront se hausser
aveugles pétrifiés ne sachant plus le port
loin d’eux mêmes du centre hommes inexaucés
qui ne protestent pas qui endossent leur sort

égarés- des Lotophages- sourds et blessés
les ailes atrophiées pendent le long du corps
esclaves du marché dévalués abaissés

toute leur vie à tout ils ont donné l’accord
geignant parfois piaillant mais sans jamais cesser
de battre le tambour pour la gloire des porcs




3 ce presque rien têtu

L’amour, l’art et la mort- et quoi d’autre à chanter,
nos ailes atrophiées désassoiffées d’aurores,
ces pincements au cœur qui viennent nous hanter,
ce presque rien têtu revendiquant l’encore ?

Vers le vide serein faudrait-il se hausser,
et se taire, arrimés aux ancres de ces ports
dans le morne bonheur de la paix exaucée ?
Mais je veux un destin ! Une part, pas un sort !

Les ailes se replient ainsi qu’oiseau blessé,
ramage du corbeau, le ver est dans le corps.
Émus d’un œil avide et vain, les yeux baissés,   

nous recherchons le bleu, la note et puis l’accord,
tout ce qui vibre et de vibrer ne peut cesser
    • voilant d’une main, calleuse, nos yeux de porcs.





4 dans la bauge

Regardez-le se rengorger : il va chanter !
Poète laboureur d’un chant en mal d’aurores,
sa muse s’est lassée de vainement hanter
ses logorrhées vomies sous le signe d’encore.

Chevilles, hauts talons, tentant de se hausser,
Il s’enflamme à l’idée de voiles et de ports,
Il rêve d’amours bleues dans des mers exaucées
Il s’empiffre de mots, tiens, voici Dieu qui sort !

Pauvre petite chose, ainsi tu t’es blessée ?
Ta toute petite âme a regagné son corps
Et garde avec pudeur ses doux yeux noirs baissés.

Il compulse le livre, y vole quelque accord,
se copie, se plagie, il voudrait tant cesser
de chercher l’edelweiss dans la bauge des porcs.





5 le sable ma moitié

L’art, l’amour, et la mort- et quoi d’autre à chanter ?
Je t’aime énumérés, attentes de l’aurore,
et patiente la faux qui revient nous hanter.
Mais nous, nous voulons vivre, aimer, aimer encore !

Pour cueillir cette étoile, il nous faut nous hausser
sur la pointe de l’âme -enfin mouiller au port.
Dans l’absolu fusion nos amours exaucées
éblouiront l’instant et défieront le sort !

Mais pourquoi, ma moitié, ce long regard blessé,
pour la ride qui dit : la mort, au sein du corps,
dois-tu garder les yeux, garder ton cœur baissés ?

Laisse nos mains trouver entre nous cet accord,
anéantir le temps qui bientôt va cesser,
oublier un instant le sable aux yeux de porc.




6 nietzschéen

Rien. Disons qu’il n’y a rien, plus rien à chanter.
Nous agacent les vers dédiés à l’aurore !
A l’amour éternel supposé nous hanter,
A la rose ! au jasmin ! – Et puis à quoi encore ?

Notre temps est trop vain, inapte à se hausser
vers l’infini , ce cœur, à la fois centre et port
Illusoire et trop plein. Nos conforts exaucés
ont calmé nos envies - quel minuscule sort !

Mon chant me saigne ainsi qu’oiseau blessé,
Chantera-t-il  ton sein, l’écume sur ton corps,
Chantera-t-il  l’amour, tes paupières baissées,

Chantera-t-il le bleu quand je sais que l’accord
A pour destin, m’amie, forcément, de cesser ?
Allez, suffit ! Rien. La colombe… et le porc.





7 le tambour médiéval des corps

L’art, la mort et l’amour, - et quoi d’autre à chanter ?
Amis de la chimère, exténués de l’aurore,
Que l’ombre du regret jamais ne vient hanter,
Nos appétits de loups en réclament encore.

Aux appels de la chair, il nous faut nous hausser,
C’est tout entier tendus que nous cherchons le port,
L’esprit enfin noyé dans l’extase exaucée,
Nos userons nos peaux à l’écume du sort.

Folie guidant Amour s’acharne à nous blesser,
Par les yeux, par les plaies, grand feu gagne le corps :
Que l’étendard brandi refuse à s’abaisser !

De ton sexe à mon sexe, abouchés, en accord,
La lyre à la corde tendue peut, sans cesser,
Vibrer ainsi que le tambour en peau de porc.



8

les porcs

puisque ce dire est à chanter
assomption de la nuit aurore
est-ce donc le génie qui devrait nous hanter
ou ce besoin vital de réclamer encore

Puisque ce chant devrait hausser
l’âme lui ouvrir grand le port
vers lequel tend la parole exaucée
Puisque ce chant jette des sorts

Puisque ce sort vise blessée
l’âme dans un oubli du corps
Il atteint au nombril Narcisse aux yeux baissés

Puisque ce sort atteint l’accord
jamais en nous ne peut cesser
(pour qui cette confiture  pour nous les porcs)






9 cioranesque

Chanter ? Enchanté ! mais chanter ?
Poète en mal d’aurores…
Sa muse a-t-elle cessé de le hanter ?
Voudrait-il, malgré tout, durer, encore,

à l’âme nulle se hausser.
Loin de l’anse des ports,
laisser aux vents l’amer, âme exaucée,
libérée du poids, du fardeau du sort.

Laisser tous ces hiers blessés,
ces aubiers de nos corps,
ces yeux, ces paroles abaissés,

trouver, fragile, enfin l’accord,
celui qui n’a cessé
de battre tambour pour l’homme ou le porc.






10 la langue

"Si j'avais une langue, oh! j'aimerais chanter
la splendeur des couchants, la rosée de l'aurore,
ces merveilles du jour qui viennent vous hanter
tandis que vous comptez les étoiles encore.

Le long d'un haricot géant pour nous hausser,
nous grimperons vers un monde inversé, un port
où toutes libertés se trouvent exaucées,
où la vie est un choix- pas un tirage au sort!

Venez, amis tendres et fragiles, blessés,
Vous, âmes fatiguées, exaltez votre corps.
Sur ce monde, vos yeux se sont assez baissés.

Ecoutez se marier les sons, la nuit, l'accord
semble parfait, créé pour ne jamais cesser.
Si j'avais une langue…" Ainsi songeait un porc.



11 Plat

Tu allais au karaoké pour y chanter.
Moi aussi j'y allais. Tu t'appelais Aurore.
Depuis ce soir ton cul n'a cessé de hanter
mes nuits. (Je fantasmais que tu criais: "encore!" )

Quoi que je fisse alors, me saper, me hausser
la belle indifférente ignorait mes transports
je craignais que jamais je ne fusse exaucé
Mais je suis un têtu, je bravais donc le sort !

Finalement, un soir, un con t'ayant blessée
d'une remarque acerbe, impolie, sur ton corps,
d'un uppercut vengeur, je l'avais rabaissé.

Finalement, enfin, tu as été d'accord.
j'avoue que j'avais tort, que j'aurais dû cesser
plutôt que te filer ma maladie de porc.

**



12 quête vaine

c'est la mort et l'amour que j'aurais dû chanter
plutôt que balbutier des odes à l'aurore
car la mort et l'amour seuls viennent nous hanter
tout être dans son être aspirant à l'encore

j'ai cherché vainement longtemps à me hausser
à quêter l'infini à voguer vers le port
jouant avec l'idée des rêves exaucés
préférant bafouer l'inéluctable sort

et me voici chétif anxieux et blessé
mon âme rabougrie ratatiné mon corps
la tête désormais penchée les yeux baissés

j'ai tripoté ma lyre avide d'un accord
que je n'ai su trouver quand ma vie va cesser
je glisse ces remords à l'oreille du porc




13 l'élégance

L'amour l'art et la mort et quoi d'autre à chanter 
l'élégance peut-être affrontant les aurores 
le souvenir qui glisse et revient nous hanter
toutes ces choses-là qu'on voudrait vivre encore 

Cet étrange besoin de vouloir se hausser
de s'inventer une âme imaginer des ports
ce sentiment poignant qu'on n'a pas exaucé
les promesses des fleurs qu'on a bafoué le sort 

Parler de la douleur de l'oisillon blessé
de la pénible odeur de rance des vieux corps
de tout ce chagrin ces amours nos cœurs baissés

Parler de connivence et de ses doux accords
évoquer ce qui est, qui ne peut que cesser
enfin ce cousinage infâme avec le porc.







14 foire agricole

tous ces mots, stupides pour la plupart (« chanter »),
renvoient au lexique abêti de l’aurore ;
tout un chacun le sait, on tremble, on est hanté,
on veut que le lecteur, hagard, nous dise : encore.

Il faut les enfiler, un à un, se hausser,
monter tel un gabier pour annoncer le port,
tendre sa bosse afin qu’on se croie exaucé,
lancer les dès, pointer des os, jeter des sorts…

Les mots sont plats, pauvres choses, clichés blessés,
on parvient toutefois à y glisser des corps,
mais insuffisamment. On ne peut se baisser

vers la belle endormie, il faut rester raccord,
la bobine ronronne et jamais n’a cessé.
Premier prix au concours de St Jean Pieds de porc.

Hors ligne Pierre Lamy

  • Calliopéen
  • Messages: 469
    • V'là aut'chose
Re : sonnés!
« Réponse #1 le: 10 Mars 2026 à 06:45:09 »
Impressionnant !
Il n'est pas meilleur exercice pour maîtriser la versification.
Sans aller jusqu'à ce niveau de prouesse, on ne peut que le conseiller aux gens de ce Site
 :)

Hors ligne pehache

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 463
Re : sonnés!
« Réponse #2 le: 14 Mars 2026 à 10:06:26 »
Merci à vous.
Votre commentaire, solitaire, est encourageant.

En ligne April

  • Troubadour
  • Messages: 336
Re : sonnés!
« Réponse #3 le: 14 Mars 2026 à 11:15:58 »

Bonjour Penache,
Sans pouvoir analyser l’aspect technique de votre poème, je me joins simplement au commentaire de Pierre Lamy : impressionnant.
Merci pour cette lecture
Quoi que tu rêves d'entreprendre, commence-le. L'audace a du génie, du pouvoir, de la magie. Johann Wolfgang von Goethe

 


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