Si vous mangez les diérèses, ce manifeste est pour vous. Je l'ai écrit pour défendre vos erreurs de scansion 
Maître Galo d'Arsac, de vous ce compliment
À genoux je reçois comme un adoubement.
Courbé sous la clarté, de vous je me réclame ;
Que l'ombre fuie ma main qui porte votre flamme !
Dans vos pas je suivrai la haute vocation
De protéger toujours la versification.
Du saint ordre puriste idolâtrant la lettre,
J'ai juré comme vous mon obédience au mètre :
Vous voyez que par douze, en apôtres convers,
Des syllabes se lient pour transmettre mes vers,
Qu'un rythme sautillant s'arrête à l'hémistiche
Comme un isard poseur juché sur la corniche,
Que la voyelle "e" perd sa sonorité,
Sentant pour sa suivante une sororité,
Qu'un son alterne en genre et en nombre s'accorde,
Qu'une rime opulente enfin chaque vers borde ;
Mais cessons des règles l'étalage ennuyeux,
Car je sais laquelle fait défaut à vos yeux.
Ma lacune est énorme (et volontaire, en prime).
Je conteste la faute et je plaide le crime :
Je sacre un hiatus ou le voue au démon
Selon qu'il siée au mot ou à son étymon ;
Sans remords je tasse deux syllabes en une
Quand le ferait de même une diction commune.
Ainsi compte pour six "hiérosolymitain",
Qu'importe qu'on ait sept avec l'accent latin.
Je veux jusqu'aux cités porter ma catéchèse,
Combien de ces ouailles goûtent la diérèse ?
Ces jeunes font des vers au rythme de leur coeur,
Certains ne s'expriment qu'en rimes et fureur,
Imaginez l'effet sur ce public farouche
De cette afféterie entendue dans ma bouche.
Sieur, vous savez mon but, moi je sais le moyen.
De votre art et du leur le mien est mitoyen,
Ils ont la poésie, je sais la poétique,
Pour les intéresser à l'école classique,
Il me faut de leur langue adopter la verdeur
Avant de votre style exposer la splendeur.
Maître, soyez certain qu'aucun prix ne stimule
Mieux qu'un avis de vous votre plus humble émule.