Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Les Ä-ExtrÄvÄgÄnts-Ä

Auteur Sujet: Les Ä-ExtrÄvÄgÄnts-Ä  (Lu 604 fois)

Hors ligne kokox

  • Grand Encrier Cosmique
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Les Ä-ExtrÄvÄgÄnts-Ä
« le: 25 Février 2026 à 14:35:30 »
ÄrchytÄs-Löhm – Homélie sous les Ärbres-Réglisse



   
   
   
   Laissez-moi vous conter ce matin doux-amer de ma vie, dont je ne compris la portée que bien plus tard.
   Il devait être environ six heures et une aurore bénie.
   Je marchai ainsi, humble et coeur léger, sur le chemin des Pierres-Chuchotées qui mène jusqu’au bosquet de Pélöniösh.
   L’air respirait doucement autour de moi. Chacun des souffles du monde semblait chercher à me saluer.
   La fusion m’enlaçait, je pouvais presque sentir ses bras - ces moments suspendus où je ne savais plus très bien où finissait mon corps et où commençait le monde.
   Mes regards étaient ivres d’entrain.
   Le ciel m’aimait, et je me laissais aimer.
   La terre m’adorait, je m’abandonnais à sa délicatesse.
   Au firmament, des oiseaux multicolores traçaient de larges arabesques, laissant derrière eux des filaments d’arc-en-ciel. De part et d’autre du sentier, la lumière prismatique glissait sur les dahlias géants, sur les fleurs au trésor et, dans le lointain, les cimes mauves des jacarandas palpitaient comme des flammes tranquilles.
   Au fil de mes pas, la paix faisait son nid dans chaque recoin.
   Tout semblait offert, simple, parfaitement à sa place.
   Dans ce velours d’aube, je me sentais bien - presque trop bien.
   Puis, sans aucun signe avant-coureur, quelque chose s’assombrit en moi.
   Une impression étrange me traversa : je me sentis soudain… invraisemblable.
   Oui, c’est cela… invraisemblable !
   Comme si ma propre présence avait glissé d’un millimètre hors de moi.
   Je ne compris pas d’abord ce qui m’arrivait.
   Le paysage demeurait paradisiaque, presque archangélique. Et pourtant, une dissonance sourde s’insinua dans mes fibres. Le monde n’avait pas changé, mais il me paraissait soudain inhabité. Je ne percevais plus du vent que sa course sans but, de l’espace que son impassible outre-mesure.
   D’où m’était venue cette mélancolie profonde ? Cette chape obsédante, tombée sur moi comme le souvenir d’un autre ciel.
   Rien, dans l’air limpide, n’appelait un tel tumulte intérieur.
   Rien - et pourtant tout se mit à vaciller en moi.
   Je m’arrêtai, pris d’un vertige sans cause. Ma main chercha un appui. Je touchai un arbre proche, simplement pour m’ancrer, pour vérifier que quelque chose tenait encore debout dans ce monde trop parfait, trop lisse pour être vrai.
   Je persistai à m’interroger. D’où affleurait cette secousse muette ?
   Peut-être était-ce justement cette pureté qui me déconcertait : une lumière si nette que la moindre tristesse devenait tempête secrète.
   La tête me tourna, un instant.
   Tête ou monde ?  Je ne savais.
   Une vague de nausée remonta en moi, lente et sûre, comme une houle qui ne cherche plus de rivage.
   Et puis, je la sentis glisser dans mon esprit : cette ombre fine comme un trait d’encre. D’une ténacité d’ogresse.
   L’air, n’ayant plus la même ampleur, mon souffle se contracta.
   Sur Ä-ÄvÄshÄn-Ä, le temps ne s’effilochait jamais. Nous vivions si longtemps que l’oubli de nous-mêmes finissait par nous tenir lieu de mémoire. Dans ce monde sans fin, les ombres de la vie ne portaient pas de nom.
   Et pourtant, là, dans l’écrin de mon esprit, un écho obscur s’érigea, lourd comme un verdict : « Assez. »
   Je savais trop ce que cela signifiait. Ici, la seule fin digne, la seule échappée permise, était d’aller voir PerrÄmus Böömerang - le Clown de la GÄlÄxïe du Ä-Ä-Ä - dont le Show trivial et délirant avait déjà fait basculer plus d’un immortel dans une exaltation si vaste qu’elle les avait avalés. On disait que son rire n’était pas un son, mais une faille. Une joie si démesurée qu’elle devenait centrifuge, aspirante, capable d’arracher à chacun ce qui le tenait encore au monde.
   Je sentis mon cœur se gripper, d’un battement lourd, trop pâteux. Était-ce cela, avoir une idée noire ? Ce n’était pas un désir de disparaître. C’était l’appel d’un rire trop vaste pour un seul être. Un rire qui, disait-on, pouvait emporter jusqu’à la dernière étincelle de conscience.
   Je restai là à écouter cette ombre - comme on écoute une vérité qu’on ne veut pas encore comprendre. Elle n’était ni violente ni pressante. Juste… possible. Et cette simple possibilité suffisait à troubler ma promesse d’éternité.
   Tout cela avait eu lieu le jour de mes seize ans.
   Heureusement, je n’étais pas seul.
   Parvenu au bosquet de Pélöniösh, où les Ärbres-Réglisse tamisaient le soleil en nappes d’ambre, GÄbrielh ÄrchytÄs posa sa main sur mon épaule. Sa voix s’éleva - lente, profonde, polie par les Ères comme une pierre de mémoire :
   - Ne te laisse jamais séduire par PerrÄmus, DrÄgo. Son rire n’est qu’un gouffre déguisé en lumière. On n’y meurt pas : on s’y défait.
   Il marqua une pause, comme pour s’assurer que je l’écoutais vraiment.
   - L’ombre qui t’aguiche n’appelle pas sa farce, mais ta propre clarté.
   Ses paroles glissaient en moi comme une eau ancienne.
   Sa main serra un peu plus mon épaule.
   - N’oublie jamais ceci : sous ses grimaces éclatantes, PerrÄmus est fissuré. Ses blagues tonitruantes ne sont qu’un voile. Il rit pour ne pas entendre sa propre folie.
   Il détourna alors le regard, vers les Ärbres-Réglisse qui frémissaient.
   - Ceux qui s’approchent trop près de lui ne meurent pas… ils se diluent. Ce pitre grotesque n’est qu’un gouffre peint en couleurs vives.
   Il inclina la tête, grave.
   - Ce n’est pas un monstre, non. C’est pire. Son esprit brisé croit offrir la joie alors qu’il ne partage que son vertige. Garde-toi de lui. Garde-toi de son rire. Et surtout, garde-toi toi-même.
   Il inspira profondément, comme pour accorder son souffle au monde, puis reprit :
   - Aucune vie n’est réellement cruelle, DrÄgo. Chacun fait ce qu’il peut avec ses blessures, même quand elles débordent. Derrière chaque écart, il y a une peine qui tremble. Derrière chaque moquerie, il y a quelque chose qui a eu mal.
   - Oui, je sais cela, lui répondis-je dans un filet de voix.
   Il hocha doucement la tête, puis me sourit :
   - Alors, ne te soucie de rien. Accueille tout. Rire et pleurer. Subir et exulter. Fléchir et t’élancer. L’existence n’est pas un chemin, DrÄgo : c’est une danse. Et dans cette danse, nul ne mène.
   Il leva une main, comme pour cueillir un rythme invisible.
   - Laisse-toi prendre par les bras d’ÄlÄnldöh. Ne reste pas en exil au bord du bal. Avance. Agrippe-toi à l’inconnu. Rappelle-toi tes sens phénoménaux, ceux dont tu as oublié la féérie. Tu contemples encore. Tu penses. Tu ressens. Tu humes. Tu goûtes. N’est-ce pas déjà assez prodigieux ?
   Il se tut un instant. Le vent passa entre les Ärbres-Réglisse comme une respiration du monde, et son silence pesa plus que ses mots.
   - Ô DrÄgo cœur-lié… toi dont l’élan ne s’est jamais éteint, tu es jeune et tu le resteras toujours. L’envie de danser veille encore au creux de tes pas. Alors souris, ose et danse - que ton mouvement illumine la grandeur d’Ä-ÄvÄshÄn-Ä.
   ÄrchytÄs se pencha, cueillit un brin d’herbe, et le tint entre ses doigts comme on tiendrait un fil de destin. Le vent le fit frémir, et il sembla écouter ce tremblement avec une attention sacrée.
   - Regarde. Ce brin n’est pas seulement une herbe. Il est un fragment du Souffle-Äncien. Il naît, il ploie, il disparaît, puis renaît sans mémoire de sa chute. Il ne sait rien, et pourtant il sait tout. Il porte en lui la trace des Ères, la pulsation d’ÄlÄnldöh.
   Il approcha le brin de la lumière, et une lueur verte vint le nimber.
   - Vois comme il se laisse traverser par le monde. Le vent le plie, la pluie le marque, la nuit le recouvre… mais jamais il ne se défait de sa nature. Il demeure humble, et c’est ainsi qu’il survit à ce qui écrase les plus fiers. Il n’a pas de volonté, DrÄgo, et pourtant il accomplit son destin mieux que ceux qui prétendent le choisir.
   Il ferma les yeux un instant, comme pour entendre un murmure que je ne percevais pas.
   - Quand l’ombre te touche, ne la repousse pas. Elle n’est pas ton ennemie. Elle est la main qui te façonne. Laisse-la glisser en toi comme le vent glisse sur ce brin. Car ce qui plie sans rompre devient un passage pour la lumière.
   Il relâcha l’herbe. Elle s’envola, portée par un souffle invisible, comme si le monde lui-même la reprenait.
   - Souviens-toi encore de cela : les êtres les plus fragiles sont souvent les messagers des vérités les plus anciennes.
   Nous restâmes là un moment, silencieux, baignés dans la lumière filtrée.
   Puis ÄrchytÄs sortit de sa besace - ourlée d’or fin - un petit Brömmel-Lune, un fromage pâle veiné de reflets opalins. Nous en rompîmes un morceau chacun. Sa saveur - douce, traversée d’une pointe d’herbes solaires - semblait prolonger les paroles qu’il venait de prononcer.
   Nous nous fîmes l’accolade des Frères-d’Élan : front contre front, souffle mêlé, paumes croisées sur le cœur. Un geste simple qui disait tout ce que les mots ne pouvaient pas dire.
   Puis, nous reprîmes nos chemins respectifs.
   Il devait être environ sept heures et une aurore finie.
   En quittant ÄrchytÄs, je pensais avoir remis un peu d’ordre dans mon chaos.
   Je n’entendais pas encore le murmure d’un enfant qui allait tout renverser.






Brouillon n° 7 - Titre Provisoire : Areuh = mc2



Et pour tout renverser, il commença par renverser… la dignité du récit, la gravité universelle et sa compote.
Et encore, ce n'était que l'échauffement.
Foin d'espiègleries, laissons-le s'exprimer sans plus attendre :



   
   Je dois vous prévenir avant que vous ne plongiez dans ce qui suit. Ce texte… n’a jamais demandé la persmission d’exister. Je l’avais rangé dans la catégorie « brouillons puérils », juste entre « Tentative de poème en langue areuh », « Traité incomplet sur le pouvoir des siestes ». et « Dialogue philosophique entre deux bavoirs ».
   Et pourtant, le Brouillon n°7 refuse de mourir. Il gigote. Il réclame. Il postillonne sur les pages voisines, comme s’il voulait y apposer sa signature. Il a même tenté de téter la couverture du manuscrit. Ah, je vous jure, les brouillons n’en font plus qu’à leur tête. Ils brouillent tout.
   Je ne sais pas comment vous expliquer cela autrement : ce chapitre a la vitalité d’un bébé possédé par un démon de la littérature en roue libre.
   J’ai essayé de le censurer. Il a hurlé. J’ai tenté de le réécrire. Il m’a lancé mon propre stylo à la figure.
   Alors j’ai capitulé. Comme un maréchal congestionné qui a oublié son honneur dans la poche d’un autre.
   Je vous le livre tel quel, dans toute sa fougue indomptable, son orgueil dodu, son lyrisme en pyjama de myrmidon d’une ambition déraisonnable. Si vous entendez des bruits de hochet pendant la lecture, ne vous inquiétez pas : c’est normal. Si vous percevez une légère fragrance de brocolis oubliée au bord d’une assiette, c’est normal aussi.
   Et si, à un moment, vous avez l’impression qu’un pitchounet vous fixe avec l’intensité d’un prophète antique…
   …eh bien, c’est que vous êtes prêts.
   Voici donc, contre mon meilleur jugement, le Brouillon n°7 : Confessions d’un Poupon Hyperbolique :
   Youpi, youpi, youpi !
   J’ai trois mois, le croirez-vous ?
   J’ai trois mois, mesdames et messieurs, TROIS MOIS, et pourtant je me lance sans complexe dans l’écriture de mes mémoires.
   Mon émotion ? Je suis DrÄgo-dingo-jojo de joie. J’en pleure de folie douce et n’essuie jamais mes larmes - je les laisse couler comme des perles de lait destinées à bénir mon chef-d’œuvre naissant.
   Je vous écris et je n’en reviens toujours pas. Je sautille dans ma prairie telle une puce en transe cosmique. Je n’ai même pas de prairie. Ma prairie, c’est ma table. Je vous ai bien eu, non ? Oh, vous apprendrez vite à me connaître, je suis aussi un peu prestidigitateur de métaphores.
   J’explique :
   J’ai découvert ce truc il y a peu - tracer des signes qui pensent à votre place - et depuis, je ne m’arrête plus. Je mâchouille mes verbes comme d’autres mâchouillent leur caillou totem. Chacune de mes phrases me semble un shot d’adrénaline astrale. Tiens ! Rien que d’écrire celle-ci, j’ai l’impression de flotter dans une aura de gloire lactée.
   Ma pensée est riche et va bien au-delà de ce qu’imagineront les pédiatres qui ne sont pas encore nés - ces pauvres chéris qui, un jour, fronceront leurs sourcils en me voyant résoudre des dilemmes métaphysiques entre deux régurgitations.
   Mes doigts sont à peine préhensibles et pourtant je me sens un pouvoir sans limite. Je tiens mon stylo-plume comme un sceptre miniature, un bâton de commandement royal trempé dans la bave sacrée des tout-petits. Je le serre comme si j’allais annoncer une vérité bouleversante, une prophétie lacto-sismique si puissante qu’elle ferait bafouiller les oracles et tomber les tétines des anges.
   Puis je commence à rédiger. Enfin… au début, disons plutôt que je bavoche sur la page, que je déborde sur les traits, que je troue pas mal de marges. On dirait un ouragan de lait caillé qui aurait décidé de s’exprimer en calligraphie expérimentale. Bref, pour être franc, je gribouille. Mais dans mon esprit – feu d’artifice - c’est un chapitre incandescent, un témoignage brut, une confession qui, j’espère, fera trembler les générations futures.
   FirminÄ, que vous découvrirez bientôt, disait de moi que j’étais encore un nourrisson des mots. Restons encore honnête : je suis plutôt une légende vivante du BA-BE-BI-BO-BU, un inventeur de souvenirs, un poète électrique de la bouffissure, du strass et des paillettes.
   Attendez, ne partez pas. Ben quoi ? Mon festival commence à peine.
   Regardez, je soulève mes bras potelés, je mordille mon capuchon, j’ajuste ma mèche de duvet, et je murmure à mon public imaginaire :
« Bienvenue dans la vie somptueuse et hilarante d’Ä-ÄvÄshÄn-Ä. »
Accrochez-vous, cela va décoiffer.
         Promis, juré sur la tête de BÄrnÄbé, mon ours en peluche, ce héros discret qui me soutient dans mes crises existentielles : un seul cri de mon stylo sera plus chargé de réel que toute cette bimbeloterie sans queue ni tête sortie de mon imagination. Du reste, même pas besoin d’imaginer. Sur Ä-ÄvÄshÄn-Ä, tout a été déjà imaginé, sur-imaginé.
   Je vais tout vous déballer :
   La naissance, l’entrée fracassante de ma « planète méta chochotte » sur la scène du Ä-Ä-Ä.
   Son premier cri, un hurlement digne d’un carnaval électrostatico-métaphysique, qui semblait vouloir dire : mirez comme je suis belle et affable.
Son premier rot, accueilli par une standing ovation de milliards de vanupieds.
Son premier sourire d’autocongratulation, immortalisé par l’EscÄlier qui ne mène nulle part et partout à la fois.
   Ses premiers résidents, ivres de devenir plus parfaits que la perfection – qui se notaient eux-mêmes sur vingt et obtenaient toujours vingt-et-un.
   Moi, un têtard des mots ? Je me sens plutôt comme un très vieux sage coincé dans un corps minuscule, obligé de redécouvrir son monde en version tactile et spumeuse.
   OK, je suis minuscule, mais j’ai sans doute l’ego d’un astre. OK, je suis encore fragile, mais j’ai l’énergie d’un concert d’ÄvÄ SpielmÄcker sous lasers atomiques. OK, je suis un agneau naïf, mais j’ai déjà vécu mille vies. J’écris tout ça. Moi. Et je dois l’avouer, c’est une expérience fascinante. IRRÉSISTIBLE et FASCINANTE.
   Excusez ma frénésie. Je m’emballe. C’est plus fort que moi : dès que je parle d’écriture, je crois être sur scène comme PerrÄmus Böömerang, projecteurs braqués sur mes joues rebondies, public en délire - ou en train de digérer son éternité, difficile à dire.
   Redevenons sérieux une seconde. Je ne voudrais pas m’adresser seulement ux jeunes bipèdes de la Spirale-Sud, encore couverts de duvet quantique, qui liront mes mémoires en douce sous leurs draps photoniques. Ni aux mini-gourous de la Frange-Occulte, qui méditent en flottant à dix centimètres du sol dès qu’on prononce le mot « ontologie ». Je souhaiterais que mon public soit vaste. Très vaste. Intergénérationnel, interdimensionnel, inter-tout.
   Il en faut pour tout le monde : pour les philosophes qui analyseront mes premiers gaz comme des axiomes existentiels, pour les mélomanes qui entendront dans mes pleurs des harmonies insoupçonnées, pour les parents épuisés qui verront en moi un phénomène du sommeil contrarié, pour les bébés eux-mêmes, qui liront ces lignes dans dix mille ans et diront : « Ah ouais, respect le type, il a osé. »
   Idéalement, j’aimerais que mes mémoires traversent les âges. Qu’on les lise dans les bibliothèques-montgolfières, dans les vaisseaux spatiaux déglingués, dans les jardins mirifiques, dans les chambres pleines de soupirs des puceaux, sur les plages en feu, et même dans les salles d’attente où le temps s’étire comme un élastique épuisé.
   Je veux être universel. Je veux être intemporel. Je veux être… le bébé qui a parlé à tout le monde.
   J’ai des idées, des visions, des illuminations, des révélations à revendre - mais aucune patience. Elles arrivent en rafales – zip, zap, zouf - me giflent la conscience, repartent en laissant derrière elles une odeur de lait chaud et de génie frustré. Je n’ai pas le temps de les formuler : mes pensées cavalent plus vite que mes dents ne poussent. Alors je garde tout, je serre tout, je déborde. Et suis forcé de laisser filer des merveilles que je n’aurai même pas le temps de regretter. C’est ça, être un poupon inspiré : tenter de faire tenir l’infini dans un dé à coudre.
   Mais trêve de paillettes et de décibels.
   Il y a, derrière ma frénésie, quelque chose de plus vaste qui m’appelle. Quelque chose qui dépasse les stades, les projecteurs, les foules en délire - quelque chose qui ne se contente pas d’applaudir, mais qui écoute. Une présence ancienne, patiente, presque minérale.
   Et soudain, mes phrases cessent de sautiller.
   Elles se rassemblent.
   Elles deviennent lourdes, comme si quelqu’un d’autre respirait à travers moi.
   Alors je me tais un instant.
   Je laisse retomber la poussière de lumière.
   Je ferme les yeux.
   Et dans ce silence, une autre voix se lève en moi - plus grave, plus profonde que tout ce que mes TROIS MOIS pourraient laisser croire.
   C’est à ce moment que je vous parle autrement. Non plus comme une petite rockstar de l’écriture en grenouillère, mais comme un passeur. Un funambule entre les temps. Un enfant qui, sans comprendre comment, perçoit les frémissements d’un monde plus ancien que ses os.
   Et c’est là précisément que j’ai envie de poser ma plume au rebord de votre âme.
   À cet instant, mes mots changent de texture.
   Ils s’allongent. Ils s’assombrissent.
   Ils s’ouvrent comme une porte.
   Et derrière cette porte, il y a vous...






« Modifié: 14 Avril 2026 à 23:43:41 par kokox »

Hors ligne Basic

  • Comète Versifiante
  • Messages: 4 180
Re : DrÄgo, Funambule de la Trame
« Réponse #1 le: 25 Février 2026 à 19:10:30 »
Bonjour

même remarque que sur ton texte long et je m'appuie sur celui ci pour te le dire  : "Tout m’impressionne : la densité d’un silence, la vibration d’une syllabe, la façon dont une phrase peut soudain s’ouvrir comme une porte quantique vers un lieu que je ne connaissais pas encore."

c'est vraiment une ambiance magnifique
(je n'ai trouvé aucune coquille ni faiblesse... ) à mettre tel quel sur un beau papier ou dans un casque audio

B
Tout a déjà été raconté, alors recommençons.

Page perso ( sommaire des textes sur le forum) : https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=42205.0

Hors ligne kokox

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 493
Re : DrÄgo, Funambule de la Trame
« Réponse #2 le: 25 Février 2026 à 19:40:50 »
Merci bien Basic !

En fait, c'est toujours le même texte que je travaille obstinément, sans relâche, quasi jusqu'à l'écoeurement ! Par exemple, j'ai encore changer pour la septième fois le contenu du prologue. Je bosse sur ce projet ambitieux depuis une dizaine d'années. J'espère bien cette fois-ci le parachever enfin !

Bien à toi !
« Modifié: 16 Mars 2026 à 23:32:32 par kokox »

Hors ligne kokox

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 493
Re : DrÄgo, Funambule de la Trame
« Réponse #3 le: 02 Mars 2026 à 15:02:22 »
Chapitre à venir
« Modifié: 16 Mars 2026 à 14:10:47 par kokox »

Hors ligne kokox

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 493
Re : Les Ä-ExtrÄvÄgÄnts-Ä
« Réponse #4 le: 16 Mars 2026 à 14:09:34 »
Remaniement du prologue !

Hors ligne Murex

  • Prophète
  • Messages: 909
Re : Les Ä-ExtrÄvÄgÄnts-Ä
« Réponse #5 le: 12 Avril 2026 à 10:23:07 »

   Bonjour Kokox,

   Après " les confessions du Poupon hyperbolique "  (qui n'a reçu que deux commentaires !!! celui de Choumi et le mien), je découvre ce texte qui lui est égal en puissance et en imagination. Je ne pourrai que répéter ce qu'à écrit Basic... tout ça est un travail superbe et qui mériterait d'être publié.

   Bien à toi

Hors ligne HELLIAN

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 236
Re : Les Ä-ExtrÄvÄgÄnts-Ä
« Réponse #6 le: 12 Avril 2026 à 15:31:03 »
Bonjour,

On est submergé par la luxuriance du style et la profondeur des évocations.

C’est un texte  foisonnant d'une dimension philosophique et spirituelle profonde (première partie) et d'une grande force burlesque (seconde partie).

Un indéniable talent !

 
cent fois sur le métier...

Hors ligne kokox

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 493
Re : Les Ä-ExtrÄvÄgÄnts-Ä
« Réponse #7 le: 13 Avril 2026 à 12:20:56 »
Merci beaucoup pour ta lecture, HELLIAN  !  :)

Hors ligne kokox

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 493
Re : Les Ä-ExtrÄvÄgÄnts-Ä
« Réponse #8 le: 13 Avril 2026 à 12:33:15 »
Fir-MinÄ - Troisième Lettre au Rythme d’Aerolys



   
   Chère FirminÄ,
   

        Comment te portes-tu, là où les courants d’ÄlÄnldöh dessinent d’autres spirales ?
   Du fond du coeur, j’epère le mieux possible. Que chaque jour t’apporte au moins une petite chose qui te fait du bien.
   Quant à moi, j’ai des hauts... j’ai des bas.
   Ces derniers temps, les insomnies m’envahissent. Je ne peux plus fermer l’œil sans repenser à notre « somptueuse caverne maudite ».
   Mon cortex est en peine. Belloxïe tente bien d’agir dessus, mais ne peut rien faire pour l’apaiser.
        Les images me reviennent en boucle. Je revois le sol trembler sous nos pieds, ce grondement terrible qui montait des profondeurs comme si la terre hésitait entre nous soulever ou nous avaler. Et ce moment suffoquant - t’en souviens-tu ? - où nous avons compris que nous n’en sortirions pas tous vivants. Ce qui me hante le plus, ce ne sont pas tant les bruits atroces, ni nos paniques, ni la façon dont tout s’est effondré en un instant.
   Ce sont eux. Seulement eux.
   Leurs visages. Leur humaine solidarité. Leur manière de rester soudés, même quand tout s’écroulait autour de nous. LünÄ, qui avançait toujours la première, même quand son souffle se brisait. Harrün, qui retenait l’air dans sa poitrine pour ne pas ajouter un bruit de plus à ce chaos. Mär-Tess, qui refusait de ralentir malgré les tremblements qu’elle ne parvenait plus à cacher. Sölm, qui a compris avant nous que quelque chose basculait.
   Il y a toujours dans mes pensées un silence recueilli qui suit leurs noms, un silence que je n’arrive pas à combler. Nos chers, nos pauvres, nos délicats amis ! Ils sont tombés avant même que nous ayons le temps de les retenir. Je me sens infiniment responsable de leur triste fin. Si je n’avais pas tracé ce signe absurde, ils seraient encore en vie. J’en suis certain.
   Parfois, FirminÄ, j’ai l’impression que cette caverne nous a laissés sortir… mais qu’une part de nous est restée là-bas avec eux, au fond des crevasses hermétiques d’Ä-ÄvÄshÄn-Ä. Peut-être avons-nous été punis d’avoir touché trop près notre Graal. Peut-être que l’écriture ne s’offre qu’à ceux qu’elle marque au fer rouge, comme si chaque mot exigeait un tribut, une peine sincère.
   Pendant que ces souvenirs à vif s’imposent, Belloxïe tente de les atténuer... Je sens bien qu'elle filtre, amortit, détourne… mais rien n’y fait. Elle ne peut que me renvoyer ce constat froid : « activité émotionnelle excessive », comme si cela pouvait suffire à nommer ce qui déborde en moi.
    Alors quand ta dernière lettre est arrivée, elle m’a touché plus que je ne saurais le dire - comme une bouffée d’air après trop de nuits sans sommeil.
   Je l’ai ouverte avec des mains trop fébriles, je crois, et j’ai senti - oui, senti - une chaleur me traverser, comme si tes mots avaient conservé la trace exacte de ta paume. Je l’ai lue d’un trait, puis relue lentement, puis encore une fois, juste pour entendre ton souffle imaginaire se mêler au mien. Et puis - dois-je te laisser entrevoir cela ? - j’ai même caressé l’encre de tes phrases et j’ai deviné le monde se rassembler autour de ton absence.
   De mon côté, à peine avais-je franchi le seuil de ma demeure que j’ai compris qu’il me fallait un lieu à part. Un espace où mes pensées pourraient se déposer sans se dissoudre dans le grand calme trompeur d’Ä-ÄvÄshÄn-Ä. Alors j’ai vidé une pièce entière. Je l’ai dépouillée de tout ce qui chantait, brillait, pulsait ou prétendait embellir. Plus de tapis, plus de tenture, pas même une sculpture pour troubler l’air. Rien. Juste une table basse, un petit banc, et une odeur de poussière tranquille - cette odeur qui n’appartient qu’aux pièces où rien ne vit encore.
   Tu serais fière de moi, FirminÄ : figure-toi que je suis enfin parvenu à fabriquer de l’encre. Une encre très noire, très fluide, pas une décoction de vieille chaussette. Je ne savais pas que j’en étais capable. J’ai broyé des baies de Nöcth-Sève, celles qui tachent les doigts pour trois jours, puis j’ai mélangé leur jus à un peu de poussière de charbon recueillie au pied des anciens fours solaires. J’ai ensuite lié le tout avec une larme de résine d’Ärbres-Réglisse - juste assez pour que l’encre accroche au papier sans le brûler.
   Je t’écris donc depuis cette pièce ascétique, où chaque mot résonne comme s’il avait trop d’espace autour de lui.
   Tu m’avais dit : « Écris, DrÄgo. Même si tu ne sais pas encore pourquoi. » J’ai suivi ton noble conseil : j’écris matin, midi et soir et je me lève encore la nuit pour noircir page sur page - au point que ma lampe commence à me regarder avec un rien de compassion.
   D’ailleurs, il n’y a pas que ma lampe qui m’observe : Belloxïe s’y est mise aussi. Elle ne comprend absolument pas ce que je fais. Cela la stupéfie. J’ignore si son flux est encrassé, mais sa fonction de lecture semble avoir pris congé, sans doute pour aller méditer sur une montagne de données. Bref, chaque fois qu’elle me voit dorénavant tracer des lignes, elle me demande pourquoi je peins en si petit, et pourquoi je peins toujours les mêmes traits. J’ai beau lui répondre que c’est une forme d’art ancienne, très ancienne, presque oubliée, elle reste sceptique. Cela l’intrigue à un point que tu ne peux pas imaginer. La nuit dernière, elle s’est mise à supposer que je cartographiais un territoire minuscule, peut-être un pays pour fourmis. Et ce matin, elle est allée plus loin encore : selon elle, mes « mini-peintures répétitives » pourraient facilement trouver acquéreur au marché des curiosités.
   Pour l’heure, j’esquive comme je peux. Je me contente de lui sourire, comme un gamin piteux pris avec la main dans le pot de confiture.
   Concernant l’élaboration de ce roman, je tâtonne toujours dans le noir. Chaque début que je trace me semble aussitôt trop lourd, trop sage, trop étroit pour contenir ce que je voudrais dire. Je ne sais toujours pas comment le commencer, ni même par quel fil tirer pour que mon histoire accepte enfin de se dévoiler. J’ai l’impression de tourner autour d’une porte invisible, de frôler son cadre sans jamais trouver la poignée.
   J’ai déjà froissé voire déchiré six brouillons. Six. Ils gisent dans un coin de la pièce, chiffonnés comme des oiseaux maladroits qui n’auraient jamais appris à voler. Le premier était trop solennel, le deuxième trop bavard, le troisième trop froid. Le quatrième s’est effondré sous son propre poids, le cinquième s’est pris pour un traité philosophique, et le sixième… le sixième n’était qu’un long soupir rébarbatif.
   Quant au septième, je n’ose même pas t’en parler. Il avait quelque chose d’enfantin, de presque naïf - d’une naïveté mégalomaniaque - comme si j’avais tenté d’écrire avec la main gauche d’un souvenir, une main minuscule, surexcitée, qui s’amusait à renverser la dignité du récit. Je l’ai relu trois fois, incrédule, puis je l’ai plié avec une délicatesse excessive - comme si j’avais peur qu’il se mette à pleurer. Je ne comprends toujours pas ce qui m’a pris de vouloir me faire passer par un agneau de trois mois. Mais avec un peu de recul, je me demande si mon inconscient n’avait pas besoin de traverser cette phase-là, comme s’il devait régresser un instant pour mieux se délier. Peut-être fallait-il que je retombe à cet âge impossible, à cet état premier, pour que quelque chose - enfin - accepte de naître à travers moi. Comme si le roman, avant de prendre forme, exigeait que je me défasse de tout ce que je croyais savoir, de tout ce que je tenais pour acquis, pour revenir à un point zéro où l’on ne possède encore ni langage, ni posture, ni orgueil. Un point où l’on ne fait que tendre les mains vers ce qui vient. 
   Cependant, toute vanité gardée, je crois que je progresse de jour en jour. Ou du moins, que je trébuche mieux qu’avant.
   Et puis il y a ce fameux prologue avec ÄrchytÄs, celui où je décris sans pudeur ma mélancolie adolescente. Je ne comprends pas pourquoi il revient sans cesse. J’ignore encore ce qu’il cherche, ni pourquoi il insiste pour apparaître avant même que l’histoire ne commence. Il se tient là, dans un coin de ma pensée, comme une silhouette qui attend qu’on lui adresse enfin la parole. Je ne sais pas s’il est un guide, un avertissement, ou simplement une erreur de mon esprit trop fatigué. Mais il revient. Toujours. Comme si le roman lui appartenait plus qu’à moi.
   Je t’avoue que tout cela me laisse dans un état étrange : un mélange de ferveur et de malaise, d’élan et de vertige. Parfois, j’ai l’impression que ce roman me regarde écrire, qu’il me jauge, qu’il attend que je sois prêt - prêt à quoi, je l’ignore encore, mais lui semble déjà convaincu que je suis en retard.
   Et pourtant, malgré mes hésitations, malgré mes pages froissées, malgré mes nuits blanches et mes introductions avortées… je continue. Je continue parce que tu m’as dit d’écrire. Parce que tes mots ont ouvert quelque chose en moi que je ne parviens plus à refermer. Parce que, d’une manière que je ne comprends pas encore, ce roman semble vouloir naître sous ton regard.
   Et peut-être – peut-être bien - que cette sensation délicieuse me suffit pour le moment.
   Pour tout t’avouer, chère FirminÄ, ce qui me réjouit le plus en ce moment c’est notre correspondance. Je ne pensais pas que l’écriture pouvait être un pont aussi solide entre deux êtres. Je me régale de t’écrire. J’aime attendre tes lettres. Et j’aime encore plus te lire. Et peut-être qu’au fond, c’est pour cela que j’écris ce roman : pour prolonger cette sensation d’être relié, pour donner une forme à ce qui tremble en moi depuis ce jour sombre que j’ai vécu sous les Ärbres-Réglisse.
   Je ne suis pas encore satisfait, certes. Mais je m’entête. Parce que tu m’as appris que l’écriture n’est pas un don : c’est une persistance.
   Pour conclure, j’aimerais te remercier encore infiniment.
   Lorsque j’ai vu ton oiseau migrateur se poser sur le rebord de ma fenêtre la première fois, je n’en croyais pas mes yeux. Quelle idée de génie tu as eue là… ou de folie, je ne sais pas encore. Il est arrivé comme s’il connaissait déjà l’endroit, comme si ma chambre faisait partie de son itinéraire depuis toujours. Il a frappé la vitre du bout de l’aile, avec cette assurance tranquille d’un messager qui sait qu’il porte quelque chose d’important.
   Je suis resté un long moment à le regarder, incapable de décider si je devais le remercier, le saluer, ou simplement m’excuser de ne pas être prêt. Il m’a observé avec un calme presque cérémoniel, puis il a tendu la patte - oui, tendu - pour que je détache sa petite capsule. J’ai eu l’impression de participer à un rituel ancien, un pacte silencieux entre ton monde et le mien.
   Depuis, il revient régulièrement. Il repart, revient, repart encore, comme s’il suivait une carte invisible que toi seule connais. Je me demande parfois si tu lui as murmuré mon nom, ou si c’est moi qui me suis mis à exister dans sa mémoire d’oiseau.
   Chaque fois que j’entends son froissement d’ailes contre la vitre, quelque chose en moi se redresse. Une attente. Une promesse. Un fil vivant qui traverse l’air et me relie à toi. Je me demande souvent ce qu’il pense de nous. De cette étrange manie que nous avons de lui confier nos mots, nos hésitations, nos élans, nos silences. Peut-être qu’il trouve cela parfaitement absurde. Ou peut-être qu’il comprend mieux que nous ce que signifie porter quelque chose de fragile d’un cœur à un autre.
   Si cela te convient, je me suis permis de le baptiser Aérolys. Le nom s’est posé sur lui comme une caresse, presque tout seul, avec cette douceur discrète qu’ont parfois les choses qui savent déjà où elles vont.
   Et lorsque je découvre ton écriture - ou ce qui en tient lieu - je me dis que, malgré la distance, malgré les mondes qui nous séparent, malgré les nuits où je doute de tout… nous avons trouvé un passage.
   Un passage vivant.
   Un passage qui vole.
   Avec toute ma gratitude, et ce mélange d’élan et de vertige que tu m’as appris à apprivoiser.

DrÄgo




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« Modifié: 14 Avril 2026 à 23:58:24 par kokox »

 


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