Tu soulèves là une question qui n'est pas anodine. Car si un style d’écriture non contemporain peut encore séduire, c'est moins par nostalgie que parce qu’il offre quelque chose que la langue actuelle ne propose plus, ou plus assez…
De fait, c'est en ce sens que, par exemple, j'ai rédigé le premier chapitre de la saga que je présente en texte long. Ceci, de façon à produire immédiatement un effet d’étrangeté.
Je sais notre monde saturé de langage rapide, fonctionnel, numérique, c'est pourquoi je veux que ce décalage devienne une force qui s'ajoute à ma prose poétique. Je souhaite que mes lecteurs et lectrices ressentent cette respiration différente qui est le propre de Lucien alias moi-même. Il peut donc d'accepter ou rejeter l'idée d'un style d'écriture dont la densité inhabituelle risque d'enchanter autant que rebuter. Et tant pis s'il fait preuve d'une musicalité oubliée (en raison d'une ponctuation ad hoc).
De toute évidence, mes personnages sont un peu comme moi : hors du temps. J'ignore ce que deviendront les êtres numériques des récits créés de manière artificielle. Les miens, pour apparaître dans un jeune cerveau lui demanderont de faire un effort d'imagination. Ceux là devront leur offrir plus de disponibilité intérieure qu'il n'en faut pour regarder une BD moderne ou suivre le déroulement d'un logiciel de jeu d'action. Mais pour les autres, gageons que cette résistance peut encore se muer en plaisir de lire plutôt que celui de l'ire.