Dans un paysage où l’air se teinte d’un bleu éclatant, j’ai croisé la lune, posée sur le lac des cygnes comme un secret ancien. Loin des tumultes du quotidien, mes pas m’ont conduit vers les montagnes. La nuit, enfin, a ralenti la course du jour, et mon cœur a battu au rythme d’un baiser écarlate, doux et silencieux.
Mon travail effaçait les traces de la boue, tandis qu’une petite fille à la chevelure blanche demeurait là, immobile, au milieu des champs de betteraves. Elle aimait la solitude. Elle contemplait la pluie, s’immergeait dans les nuances du soleil, observait le monde avec son chat posé à la fenêtre. Puis elle s’endormait, paisiblement, sur la margelle du temps.
L’éternité, comme les almanachs, semblait avoir atteint sa dernière page. Elle continuait pourtant de hanter les craintifs, les autels des sorcières, les infirmières dévouées et les amoureux de la mythologie. Si loin et si proche à la fois, elle n’était qu’un bref intermède offert aux cinq sens.
Pendant qu’elle savourait une dernière chicorée, le coin de la pièce se réchauffait lentement. Une libellule s’approchait, réclamant des dettes de caresses, des baisers oubliés, des poésies longtemps retenues.
Ne parlons pas trop. Il n’existe jamais plus de temps que celui qu’il faut pour tout perdre. Dans le sac, je rangeais ce désir discret de contrebande intérieure, tandis que la longévité continuait de nous échapper. Nous ne vivons qu’une fois, et pourtant nous mourons plusieurs fois. Alors, apprenons des maîtres de l’immatériel l’art fragile de prédire sans tromper. Cherchons notre boule de cristal : non pour connaître l’avenir, mais pour déjouer la routine et le conformisme.
Elle est honnête, et je l’accueille.
Elle est empathique, et je l’apprends.
Elle est exigeante, et je l’accepte.
Dans cet accord silencieux, le temps consent enfin à se taire.