Bise et silence
Je suis dans mon abri,
seule vigie des cimes blanches,
épicentre gelé du monde.
Je consigne l’inventaire
des ailleurs cristallins
enfermés dans mon sanctuaire.
Doron nacré.
Solitude lunaire.
Pentes d’arcosses pliées sous la neige,
corniches éclatantes,
champs de poudreuses argentées,
crépuscules opalins.
La bise s’infiltre par les fissures,
glisse sur les talus engloutis,
hurle dans les chemins fantômes.
Elle mord les visages,
gèle les os,
porte l’hiver.
Personne.
Seul le souffle des hauteurs persiste.
Tout disparaît
à chaque exhalaison.
Le givre crisse.
Les flocons frappent les carreaux
comme de fragiles clochettes,
tombent sur bois, lichens, herbes invisibles.
Leur froid se mêle à l’air de mon duvet,
s’invite sous mes paupières,
dans le pli de mes mains.
Silence.
Face à la chapelle
seule la bise
danse dehors,
s’éternise entre les épicéas et les guirlandes.
Et je l’écoute.
Sans bouger.