(Un poème conçu pendant une affaire judiciaire qui a fait l'actualité il y a quelques mois, je le présente, une fois les passions quelques peu retombées...)
L’épouse-Pérouse.
Le glaive va tomber, sur un bien drôle d’homme.
Accusé d’une horreur, d’avoir tué sa femme.
Mère de deux enfants, disparue corps et âme.
Depuis cinq ans déjà, évaporée, fantôme.
Un corps introuvable, le mari n’avoue rien.
Il se dit innocent, quand bien d’autres l’accablent.
Hâbleur, joueur mais dur, de courage incapable.
Amateur de chichons, le profil du vaurien.
Contre lui des soupçons, bien des supputations.
Se sachant cocufié, il serait vengé,
Étranglant Delphine, quand ses enfants songeaient.
Aurait caché le corps, loin de toute attention.
Avant de revenir, dans sa maison-taudis,
Appeler les gendarmes et jouer l’éploré.
Se montrant désarmé, gardant le lourd secret.
Tout était planifié. Un scénario maudit.
La science judiciaire a si bien progressé
Qu’un ongle, même un poil, peut tout faire trembler.
Maison, véhicule, tout fut très bien criblé,
Grâce au produit Bluestar, ne laissant rien passer.
Des fouilles sans arrêt, tout Cagnac retourné.
Des moyens colossaux, ratissant tout accès.
Pendant que les médias, poursuivaient leurs excès
Faisant leurs choux bien gras, à coups de scoops morts-nés.
Et bien peu de concret, pas de scène de crime,
Ni traces de lutte, sur le corps du rasé.
De vagues cris perçus, des lunettes brisées.
Des paroles d’enfant. Que des preuves au régime.
Mais qui lui ont valu, d’être en prison jeté.
Quatre années qu’il croupit, seul dans une cellule.
Privé de ses petits, traité tel le mérule.
On veut le voir craquer, vomir la vérité.
Le rapt à notre sens, fut trop vite écarté.
Essayez de prouver, qu’elle n’est pas sortie,
En cette nuit d’hiver, sans qu’il soit averti,
Une voiture arrive, et la force à monter.
D’ailleurs on perd sa trace, au stop en bout de rue.
Le livret de famille, à Albi fut trouvé.
Pas d’investigations, pas plus de relevé.
Pouvant cerner peut-être, un tout nouveau Landru.
A bien y réfléchir, porter un corps inerte.
N’est pas la mince affaire. Il faut bien être deux.
L’imagine-t-on lui, être fort comme un bœuf ?
Cacher la dépouille, sans causer quelqu’alerte ?
Car tout a été dit. Un jour, planquée au bois.
Un autre se trouvait, près d’une ferme ancienne.
Ou dans un cimetière. Et tant de balivernes,
Ne faisant qu'enfoncer une enquête aux abois.
La piste de l’amant, fut-elle bien exploitée ?
Le doux portrait brossé, semble se craqueler.
Le délicat pianiste a de larges filets.
Draguant tous azimuts, les belles à sa portée.
Bien sûr que le mari, a des postures étranges
Tantôt se désignant, puis soudain se ravise.
Que cherche-t-il vraiment à travers ces surprises ?
A cliver, provoquer, non ce n’est pas un ange.
Ces conduites choquantes en font-elles un tueur ?
Ce sont de lourds indices ! appuie l’accusation
Cherchant à appâter, l’intime conviction
Du public, des jurés, et des influenceurs.
La justice radote et c’est bien ce qu’on voit.
Présumé innocent, il est déjà coupable.
Réseaux sociaux, médias, le jugent fort capable
D’avoir commis le pire. Ici, là, mêmes voix.
L’histoire aussi révèle, une lutte de classes.
Magistrats, juges et flics, tous on le sent enragent,
A l'idée que demain, il sorte de sa cage.
Contre le petit peintre, il faut tous faire face.
A moins d’un fait nouveau, jamais on ne saura.
Ce qu’il est advenu, à cette jeune épouse.
Disparue dans la nuit, tel le bateau Pérouse.
Pour tous, famille, amis, la douleur restera.