Ne mettez pas votre chat dehors
Ils m’ont obligée à sortir. Moi, je ne voulais pas. Avec ce temps ! Pieds nus en plus. Bon, c’est vrai, je suis toujours pieds nus. Mais là, il faisait super froid. J’étais assise, tranquille, à surveiller dehors si rien ne bougeait. Justement, il y avait un oiseau sur l’herbe, en train de chercher un ver de terre ou une cochonnerie comme ça. Les oiseaux, vraiment ! Alors, évidemment, moi, ça m’a excitée. Je lui aurais bien fait sa fête, au volatile. J’ai dit : « je veux me le payer, ce piaf », mais comme je fais toujours, je l’ai dit en remuant la queue. Ces cons-là, ils ont cru que je voulais sortir !
Il faut toujours qu’ils interprètent quand je remue la queue ou les oreilles. Tu parles ! Avec ce froid, si je veux sortir… Alors, elle a ouvert la porte et elle m’a dit : « allez, dehors ! » J’ai pas bougé et j’ai continué à remuer la queue pour bien faire voir que je ne voulais pas. Elle a insisté : « allez, ouste ». Je me suis aplatie, comme d’habitude quand je veux pas un truc, ventre à terre. Rien à foutre : avec le pied, qu’elle m’a sortie et vlan !, la porte s’est refermée. Évidemment, avec le bruit, il n’y avait plus d’oiseaux. Il s’était barré, le piaf, avec ou sans ver de terre, j’en sais rien. Alors moi, qu’est-ce que j’ai fait ? Je me suis assise, je me suis gratté la tête avec la patte arrière et j’ai fait ma toilette. On a sa dignité, quand même… Et puis j’ai fait un tour du côté des salades. Ce sont de jeunes salades drôlement bonnes. Je le sais, j’en ai mangé. Comme je les aime beaucoup, je fais pipi dessus, une en particulier, plus belle que les autres. Même aussi, j’ai fait caca à côté. Souvent, quand je fais pipi, je fais caca aussi, mais pas toujours, sauf avec les salades. Après, j’ai gratté par terre, un truc que ma mère m’a appris. Quand tu fais pipi ou caca, tu grattes par terre, c’est mieux. Ensuite, je me suis lavée. Il faut toujours faire sa toilette après ses besoins ; ma mère faisait toujours notre toilette, surtout le derrière.
Et puis je me suis assise et j’ai regardé. J’ai regardé le vent, les branches qui bougeaient. Même, j’ai vu une araignée. Je l’ai mangée et je me suis relavée avec la langue. Je sais très bien me lécher, j’aime beaucoup ça… et puis j’ai regardé encore. Quand j’ai eu fini de regarder, j’ai voulu rentrer, mais il y avait une autre araignée devant la porte. J’ai joué avec elle, mais les araignées, c’est pas solide, au niveau des pattes. D’un autre côté, les pattes, ça a bon goût. Il ne faut pas que j’en mange trop dans la journée. Ça me pique dans la bouche.
J’ai gratté à la porte, comme je fais toujours. Parfois, la porte s’ouvre toute seule. Ça dépend combien de temps je gratte. L’autre jour, enfin l’autre nuit, j’ai gratté tout le temps, jusqu’au soleil. Je commençais à avoir faim et j’avais mangé toutes les araignées. Quand le soleil est arrivé, la porte s’est ouverte et il a dit : « tu as encore passé la nuit dehors ». Toujours, ils disent ça, mais moi, ça n’est pas de ma faute. Ils me mettent dehors et ils oublient de me faire rentrer. Pourtant, je suis très propre. Je me lèche tout le temps et je ne fais jamais mes besoins dans le jardin, à part le pipi sur les salades.
Ça fait longtemps que je gratte, tu vas voir, je vais encore passer la nuit derrière la porte. Ils ne se rendent pas compte. J’ai du boulot, moi : le canapé à griffer, tout ça. Tiens, voilà Gricho. Gricho, c’est le propriétaire des humains d’à côté. Je lui ai pourtant bien dit de rester chez lui. Je supporte pas qu’il vienne ici. Il faut encore que je fasse le gros dos et que je remue très vite la queue. Gricho, je l’aime pas. Il veut toujours me grimper dessus. Il veut que je le porte et moi, ça m’énerve. Il est tout noir, il va me salir…
… et cette porte qui ne s’ouvre pas. Pourtant, je n’arrête pas de gratter. Ah, ça y est, c’est pas trop tôt.
— Ce chat ne sait pas ce qu’il veut. Tu rentres ou tu sors ?