Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

06 novembre 2026 à 20:04:35
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Barphaath 2

Auteur Sujet: Barphaath 2  (Lu 843 fois)

Hors ligne Delnatja

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Barphaath 2
« le: 02 janvier 2026 à 09:29:56 »
Bonjour et meilleurs vœux à tout le monde.
En 2026, je continue sur ma lancée.

Barphaath 2

Elle le regarde flotter lentement dans un air artificiellement purifié. Une odeur virtuelle d’ozone entêtante électrise l’atmosphère et lui déclenche un mal de tête. Elle ondule en prenant soin de ne pas quitter des yeux cet algorithme qu’elle traque depuis plusieurs cycles, en prenant également soin de ne pas attirer l’attention du cyberterroriste qui le pilote. La procédure engagée constitue une première pour elle, car elle n’était encore jamais allée si loin dans une matrice neuronale ennemie. Quelques décharges électrostatiques viennent par moment brouiller ses capteurs neuronaux, mais dans l’ensemble, elle s’en sort plutôt bien. Si ce ne fut son mal de crâne, elle aime ces moments où elle peut se prendre pour un oiseau et voguer à sa guise dans ce monde numérique que personne, en dehors de ceux comme elle, ne peut soupçonner.
L’algorithme prend soudain de la vitesse et une course poursuite s’engage dans une forêt de lignes de codes perdues ou mortes. La célérité augmentant suffisamment, un tunnel se matérialise devant eux sans qu’ils puissent le rejoindre, l’effet est déconcertant, comme si celui-ci reculait tout en voulant les avaler. Des claquements de décharges électriques bruissent maintenant autour d’elle, la vitesse continue à augmenter et en une femtoseconde le tunnel les avale.

Un grondement sourd, et puis plus rien. Le noir complet, pas même un fugace éclat moiré quantique. Normalement, arrivé à ce niveau électronique, elle devrait se trouver dans une sylve de data. Entendre le bruit des branches d’itérations murmurer sous le souffle des interférences électrostatiques. Elle devrait aussi distinguer la lueur d’un passage inter modulaire conduisant dans une autre unité systémique. « Mais là, c’est le noir complet et ce n’est pas bon du tout. Que faire ? Attendre sagement que quelque chose se produise ? Avancer à tâtons en espérant que cela se passe bien ? Où se trouve ce putain d’algorithme ? ». Une idée saugrenue lui vient à l’esprit : Trouver l’interrupteur pour rallumer. « Bon, dit comme ça, c’est vrai que ça fait pas sérieux, voir même débile ». Puis, une pensée la percute comme une massue : « Putain, j’ai peut-être perdu la vue ! ». Une angoisse indescriptible s’empare d’elle, elle se sent frémir, puis trembler et finit par hurler…

La remontée a été plus que brutale, son crâne a failli exploser, son cœur a même manqué un battement. Elle est à terre, une joue dans son vomi, haletante et complètement perdue. Elle reprend ses esprits et regarde autour d’elle. Le cauchemar continu, elle n’est pas remontée. Elle constate maintenant qu’elle se trouve en plein milieu d’une sphère, et qu’il n’y a pas de sol sur lequel elle devrait normalement être étendue. Elle et son vomi reposent sur du rien, en plein centre de la sphère. Elle se relève péniblement, puis se dirige vers la paroi de cette boule lumineuse qui lui paraît animée de projections. Après un temps qui lui semble une éternité, elle finit enfin par pouvoir la toucher. Son contact est doux et chaud. Une légère décharge lui pique le bout d’un doigt. Sur la paroi se dessine quantité de données, lignes de codes, algorithmes, signes qu’elle ne connaît pas, bouts de phrases dans différents dialectes, dessins complexes dans toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. C’est à la fois complexe et fascinant. Beau et chaotique. Elle décide de poser à nouveau sa main sur la sphère afin d’en apprécier la fermeté. Contre toutes attentes, elle passe au travers de la paroi. Par reflex, elle la retire immédiatement. Aucune douleur ressentie, ni chaleur ni froid excessif, mais elle constate que la partie de sa main disparue se repixelise pour redevenir normale. Elle recommence l’opération avec son autre main, pour un résultat identique. Par dérision, elle s’autorise la même chose avec chacun de ses pieds. Vient enfin la décision ultime à prendre : passer la tête pour voir ce qu’il y a de l’autre côté. « Mais là, ce n’est pas la même limonade. Est-ce que mon cerveau va y survivre ? ». Après réflexion, elle se dit que de toute façon, elle est coincée ici et qu’elle ne sait absolument pas comment s’en sortir, alors autant aller de l’avant en priant Shiva de bien vouloir veiller sur elle.

Afin de se protéger les yeux, elle a pris soin de fermer ses paupières. Estimant sa tête de l’autre côté de la paroi, elle s’autorise à les rouvrir. « Ouah ! », est la seule chose qui lui vienne à l’esprit. L’espace semble illimité, ni haut, ni bas, juste un nombre infini de sphères flottant dans le vide. Une lumière bleue très douce baigne ce monde incroyable. Elle perçoit maintenant une délicate musique venant de nul-part, fait de sons mélodieux qui l’apaise immédiatement. « C’est trop beau pour être réel. Bon, à priori, je ne risque rien vu que mon vrai corps est toujours chez moi et que je suis toujours vivante puisque je peux voir tout ça. Alors c’est parti ! ». Sitôt dit, elle se retrouve projetée avec une vitesse inouïe vers la sphère la plus proche. Ses mains, son corps ont disparu. Elle flotte, immobile, un peu perdue. « Et maintenant, je vais où ? Les sphères, j’en viens, donc, je n’ai pas d’autre choix que d’explorer cet endroit et éventuellement trouver une sortie, et si je le peux, retrouver l’algorithme qui m’a échappé ». Elle se lance et vagabonde entre les sphères, bercée par cette musique harmonieuse. Elle mesure la chance qui lui est donnée de pouvoir vivre ce moment et elle en profite pleinement. Jusqu’au moment où elle commence à se lasser de ne rien trouver. « Merde, ça fait combien de temps que je suis ici ? Si ça se trouve, mon vrai corps est en danger ! Il faut absolument que je remonte le plus vite possible, pas envie de mourir ici. Encore que… Je ne sais pas ce qui m’attend là-haut. Shiva, aide-moi s’il te plaît à trouver une issue ». Une idée fuse dans son esprit. « Et si l’algorithme était ma bouée de sauvetage ? ». Sitôt formulé dans sa tête, elle se retrouve projeté devant celui-ci. Il est en trois dimensions et tourne lentement sur lui-même. « Cette fois coco, je ne te lâche plus », pense-t-elle en prenant le risque de l’attraper à pleines mains, ce qui se révèle un peu problématique, vu qu’elle ne les voit pas, mais son instinct aidant, elle réussit rapidement à s’en saisir avec fermeté. Une rage s’empare d’elle. « C’est à cause de toi que je suis ici et même si j’ai pu voir des choses incroyables, maintenant que je te tiens, je vais te détruire, connard ! » Puis, elle casse l’algorithme en deux. C’est alors que tout explose autour d’elle.

Trois individus pénètrent promptement dans sa chambre et la trouvent étendue à terre et inconsciente, baignant dans son vomi. Ils la mettent sans ménagement sur une civière et la transportent, elle et son terminal informatique, dans un fourgon banalisé faisant de la publicité pour une marque de lessive dans laquelle il y a des bulles de savons. Une fois chargé, le fourgon repart rapidement pour une destination inconnue.
Michèle

Hors ligne HELLIAN

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Re : Barphaath 2
« Réponse #1 le: 02 janvier 2026 à 18:13:04 »
 Delnatja bien le bonjour,


 

Ton texte offre un univers superbement maîtrisé où l'on voit qu'il ne faut pas te la raconter en matière de science-fiction. La fin est efficace et le retour à la réalité avec l'ambulance et la publicité sur la lessive est pittoresque.
 
Mais :

Il me semble que tu devrais instiller un peu plus de sobriété stylistique. Certains passages me semblent un peu trop touffus de telle sorte que l'action y patine. La narration aurait besoin d'être resserrée pour gagner en efficacité et ton personnage, ce me semble, ressemble trop un personnage de jeu vidéo il (elle) mériterait d'être approfondi, histories et.
 
 Cela dit le texte est prometteur, riche… peut-être trop riche.

 
cent fois sur le métier...

Hors ligne Delnatja

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Re : Barphaath 2
« Réponse #2 le: 02 janvier 2026 à 20:15:37 »
Bonsoir HELLIAN, merci pour ton commentaire.
Je te remercie pour ton analyse et je vais essayer d'améliorer mon texte.
Belle soirée.
Michèle

Hors ligne Cendres

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Re : Barphaath 2
« Réponse #3 le: 04 janvier 2026 à 10:53:22 »
Merci pour le partage de ton texte.

Comme souvent tu nous fait le plaisir de nous raconter une histoire de SF, mais ce n'est pas un genre qui me parle beaucoup.
Cette phrase m' a amusé :
« Mais là, ce n’est pas la même limonade. Est-ce que mon cerveau va y survivre ? ».
La même limonade c'est un vieille expression, ca fait drôle dans un monde futuriste je trouve. Personne ne le dit de nos jours, même des gens super vieux.

"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne Delnatja

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Re : Barphaath 2
« Réponse #4 le: 05 janvier 2026 à 08:29:41 »
Bonjour Cendres, merci pour ton commentaire.
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Personne ne le dit de nos jours, même des gens super vieux.
Alors, je dois être super très vieille. :'(  Je plaisante.
Je me suis juste amusée, en plus, elle est indoue et je ne suis pas sûr que cette expression existe en Inde.
Belle journée.
Michèle

 


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