Ecoutons, voyons, touchons
Ecoutons le murmure flottant
des enfants dans la nuit hivernale.
Voyons ce deuil pensif dans leur sourire.
Ecoutons leur lit tressaillir.
Les rideaux se balancent
au souffle des haleines.
Au seuil du sommeil
se lamentent des oiseaux tièdes.
Les chambres ont un cœur métallique
sous les vêtements gelés.
Voyons la peur s’amonceler
comme un nid de cendre,
tandis que des voix orphelines
s’élaborent des visions moroses.
Sous leur édredon les enfants
ont des souvenirs de parents lointains.
Leurs bises glacées
sur la peau veloutée de leurs joues.
Sur le plancher sonore de la chambre
frappent leurs pieds manquants.
Ecoutons leur pardon,
leurs étrennes étranges,
sans bonbons ni joujoux,
une flamme obscure
qui tourbillonne sur le tapis
arraché du logis.
Le timbre maternel effleure la nuit
comme une plume sans oiseau.
Touchons le globe de la Terre
pour sentir le crâne chauve de l’enfance.
Aux portes il se frotte, se balance,
murmure un refrain de gaité,
friand de douceur,
comme celle d’un coton de chemise
sur un cœur dévasté.