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Auteur Sujet: Les ExtrÄvÄgÄnts ou l'Enfant d'OR  (Lu 3742 fois)

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Les ExtrÄvÄgÄnts ou l'Enfant d'OR
« le: 31 octobre 2025 à 18:51:17 »
Les ExtrÄvÄgÄnts
ou L'Enfant d'OR




Chapitre 1


Splendeur et décadence d'Ä-ÄvashÄn-Ä




   

   Tombant comme la foudre dans l’œil du bibliophage, cette histoire aurait pu commencer par un conflit dantesque entre des lézards bleus et des rectangles rouges.
   Ou par un requiem cacophonique de Sqönks en transe, hurlé sous un dôme méta-gothique.
   Voire – soyons fous - par les soubresauts d'un Zyclöze en perte de turgescence au fond sa caverne.
   Ô doux Lecteur, convenez que l’incipit eut été remarquable.
   Épique.
   Grandiose.
   D’une férocité délicieuse.
   Face à tant de panache, les grotesques Jedis en auraient sûrement versé des larmes d’envie.
   Il serait cependant dommageable de dédaigner ce qui suit. Sans chercher l’ébouriffant, cette science-fiction plaira - j’en suis certain - aux esprits les plus aristocratiques, aptes à s’évader - par la seule grâce des mots - dans des royaumes aussi sucré que le pistil.
   Voilà pourquoi j’enfile mes gants de satin : pour rasséréner le confort cognitif des plus rétifs. Et à ceux-ci je répète encore, avec toute la clarté requise : ici, point de missiles hypersoniques se perdant dans les abîmes d’un trou noir.
   Nulle crise convulsive et de geyser de bave du Commandant Archer dans les WC high-tech de l’USS ZanbÄr NC-1701.
   Promis, juré ! Aucune guivre titanesque ne souillera les dunes de JÄgÄdhour avec ses pets gluants pour tromper son ennui.
   Alors oui, peut-être, votre déception sera-t-elle cuisante.
   Mais que diriez-vous si je vous conviais à une épopée fallacieuse digne d’un auteur aussi fourbe que mercantile ?
   Peut-être, d’ailleurs, vous demanderez-vous si je maîtrise vraiment ce préambule de la tête et des épaules ?
   À cela, je vous répondrais sans détour : pas nécessairement !
   Disons plutôt que je me laisse guider par une étoile filante, tentant d’accrocher mon écritoire aux perles de son sillage météoritique.
   Car l’Univers, voyez-vous, cultive un humour vraiment très particulier.
   Un humour incisif, disloqué, presque supraluminique.
   Qui vous fixe droit dans les yeux, vous promet des prodiges…
   Et vous sert bien souvent - en guise d’apothéose - un sandwich au vide sidéral.
   Bref.
   J’y viens.
   C’est prêt. À table !
   Or, comme souvent dans les préliminaires hâtifs, il en fut tout autrement.
   Quelque prosaïque que cela paraisse, cette aventure imprévisible - perdue dans l’intemporalité du Ä - débuta par un réveil.
   Un simple réveil.
   Mais un réveil contrarié.
   Chez les Ä-ExtrÄvÄgÄnts-Ä.
   Il y existerait, bien sûr, des milliards de façons de présenter la Sphère sophistiquée, complexe et dénaturée de ce peuple singulier.
   L’historien ZhÜl ÄzÄkÄk les décrivait ainsi dans ses chroniques ÄkÄshiques :
   « Jamais - par les spirales du Ä, jamais ! - civilisation ne fut jugée si exquise, si mirifiquement croquignolette dans la GÄlÄxie du Ä-Ä-Ä.
   Pour les avoir coudoyés lors de fêtes dionysiaques - où, je l’avoue sans rougir, je me laissai aller à quelques transports - je puis affirmer que ces gens étaient de toute beauté.
   Aussi beaux et majestueux que la hampe d’un asphodèle en prière.    
   Aussi beaux et majestueux que la banquise héliotrope des contrées d’OurgÄdour.
        Qu’ils fussent de dos, de face ou de profil, leur vénusté me donnait l’impression d’admirer un tableau évolutif de BrÄküs BrÄl BrÄl, lequel, dans sa géniale manie, retouchait, affinait, rabonnissait sans cesse ses propres chefs-d’œuvre. Pour les saluer - une cajolerie du sourcil ou un baise-main étant de rigueur - je me réjouissais d’avance de donner de la lèvre à leur bague d’exception, de pouvoir frôler la douceur de leur peau tirant sur la dragée rose, laquelle paraissait se repulper à vue d’œil.
   Si bien que bien souvent, je me surprenais, béat, à envisager que les fées de la pérennité avaient peut-être bu un thé dans leur berceau.
   Zhül, évidemment, ne pouvait s’empêcher d’exagérer la moindre de ses observations. Et, sur le même registre, il poursuivait :
   Mais alors quoi, m’interloquai-je, sans jamais oser demander leur secret, par crainte de les blesser ? Consommez-vous le même élixir de jouvence qu’Hénoch et Thot ?
   Mon intuition bien évidemment me hurlait que non. Elle refusait d’admettre que les Ä-ExtrÄvÄgÄnts-Ä puissent avoir recours à ce genre de potion antédiluvienne de bande dessinée.
   Je penchais plutôt, mais pouvais me tromper, qu’ils avaient su préserver au fond d’eux la candeur de l’enfance emmitonnée dans un corps rococo.
   Si une chose était certaine, c’est que ces gens hors-norme n’étaient pas des surhommes. Leur endurance, fertilisée par la sagesse de leurs aïeux, s’était simplement adaptée aux caprices de l’environnement.
   Pour vaincre le nihilisme de la Création du Ä, ils approuvaient sa dimension absurde, aléatoire, tragique. Qu’un péril advienne, ils ne s’en formalisaient jamais. Ils transformaient aussitôt la calamité en suprême félicité, lançant seulement de petits « oh », de petits « ah » quand un blizzard les ensevelissait ou qu’une tornade les catapultait vers l’horizon.
   Et Zhül ajoutait, émerveillé :
   Pour garantir à leur physionomie cet attrait de camélia juvénile, nul besoin de cornue ni de magistère. Puisque leur sérum se trouvait idéalement à portée de narines.
   Lorsque l’air sain venait à manquer, une pulsion d’inhalation les agitait soudain. Ils se raidissaient, bras en croix, tournoyaient comme des toupies. Parvenus en bout de giration, leurs atomes s’affinaient, du moins j’imagine – mais par quel mystère ? – et je les voyais léviter dans l’éther, flâner entre les ondes, imiter le vol stationnaire du colibri pour se gorger du délice des UpÄ-PrÄnÄs.
   Zhül notait encore que l’atmosphère d’Ä-ÄvÄshÄn-Ä n’était déjà plus idyllique à l’époque où il les coudoyait.
   Ayant épuisé son hydrogène, la planète se dégradait à vitesse grand V en une géante rouge, aussi disgracieuse qu’inhospitalière. Après son Äge d’or fait de monts et merveilles, elle rendait inexorablement son âme aux éons.
   Éperdus, incapables de la déserter, les Ä-ExtrÄvÄgÄnts-Ä conçurent alors des cités volantes par-delà ses nuages, pour s’offrir un laps de deuil et un tremplin vers l’exil.
   Leur génie inexhaustible fit le reste. Et cela dépassa l’entendement dans la GÄlÄxie du Ä-Ä-Ä.
   Architectes innés, esthètes en diable, ils ressuscitèrent leur moribonde étoile en hologrammes tridimensionnels. Empruntant à l’illusion du fantôme de Pepper, ils devinrent MÄîtres de la science des plasmons polaritrons, et projetèrent en plein ciel les paysages les plus somptueux, animés dans le moindre détail, de leur GaïÄ obsolète.
   Avides d’émulation, ils constellèrent ces panoramas de jardins pullulants, de fleurs gigantesques, d’arbustes inimaginés.
   Ils y suspendirent des vergers hélicoïdaux grimpant de kiwanos, de pitayas jaunes, de fraise ananas, de mangoustans, de grenadilles, et ce sur des kilomètres.
   Aux cueilleurs, ces fruitiers offraient des bruines acidulées, des bonbons d’agrumes, ainsi que des milkshakes séraphiques.
   Et cette fumée bleuâtre - Ô oui, celle-là - montait en spirales lentes. Elle exhalait un parfum capiteux, presque trop, qui se mêlait aux fragrances de fleurs sopranos, mezzo-sopranos et contraltos.
   Entre deux palais prestigieux, ils étendirent des jungles époustouflantes où des lanternes pendaient comme des mangues de rubis, de saphir et d'émeraude.
   Où des perroquets à dix ailes écrivaient des mots d’amour et des haikus sur l’ombre portée des visiteurs.
   Où de drôles de ouistitis, déguisés en page ruisselant de pierreries, circulaient de cascades verticales en cascades horizontales.  De l’aube au crépuscule, ils ne faisaient que remplir des aiguières de topaze avec des bÄbiloches glacées ou des sorbets aphrodisiaques. Ces rafraîchissements, disait-on, inversaient instantanément le genre de celui qui les suçait. Et l’homme riait alors d’avoir l’abricot en folie. Et la femme s’exclamait : Ô Ciel, je bande déjà !
   Véritable encyclopédie vivante, Zhül nous a aussi légué sa version de la genèse d’Ä‑ÄvÄshÄn‑Ä.
   Une fable, certes - mais pas piquée des hannetons !
   Polygraphe inné, Zhül avait compris dès  son plus jeune âge que les hommes raffolaient des calembredaines et des belles histoires mensongères. Fabricant de légendes d’une qualité douteuse mais relevées d’arômes entêtants, il savait enjoliver le faux avec un talent inimitable.
   Son récit de l’éclosion prodigieuse d’Ä‑ÄvÄshÄn‑Ä pourra paraître fantasque à certains. S’il regorge d’hypothèses farfelues, c’est que Zhül se moquait éperdument des faits marquants du passé. Qu’ils fussent irréfragables ou non, seule comptait pour lui son intime conviction, l’expression vibrante de sa subjectivité. Thésauriseur de ragots cosmiques, il se voyait plutôt comme un prédicateur du passé, un miroir de tous les êtres et de toutes les péripéties des mondes depuis la nuit des temps. Ancien graveur de chips d’insectes devenu stakhanoviste de l’érudition bon marché, il pensait que les souvenirs de M. Untel ou Mme Unetelle devaient être avant tout de la poésie - rien que de la poésie - puisque la vérité pure n’appartenait, selon lui, qu’à l’impermanence.
   Voici donc son allégorie ne dépendant que de son bon plaisir :
   « Ad astra per aspera ! Par la grâce miraculeuse, fort heureusement que tant mieux ! Louée soit ta venue, Ô Ä‑ÄvÄshÄn‑Ä. »
   « Découverte en l’Än Ä ÄeternÄm 9°°27 dans la pouponnière d’étoiles ChÄmÄeleon, cette planète attira l’attention de pléthore d’astronomes. Non seulement parce qu’elle était en plein processus d’accrétion, mais surtout parce qu’elle ne tenait pas en place. »
   « Ô toi, l’errante, l’hypra‑véloce, d’où te vient cet esprit farouche ? Pourquoi fuis-tu ta nurserie comme on fuit le Pïlopérïs ? »
   « Mais avant de narrer son irrésistible poussée, il serait bon de faire connaître Viktörh ÄvÄsh, cet homme remarquable qui scella son destin à celui de sa planète chérie, pour le meilleur et pour le pire. Ce grand échalas, prodigieux en hauteur, et si mince qu’on croyait toujours qu’il allait rompre, était né curieux, fouineur et flâneur de toutes choses. Docteur en théologie, philosophie, mathématique, chimie, astrophysique, occultisme et magie du feu, si l’homme vivait, buvait, mangeait avec les stupides qui l’environnaient, il conversait essentiellement avec l’avenir et Polymnie sa muse. Enfant précoce, si précoce qu’il découvrit lui-même ses talents de zèbre dès l’âge de cinq ans, en démontant et remontant un propulseur à propergol solide avec un couteau suisse Bix, Viktörh était également hypermnésique et adorait se goinfrer d’ouvrages scientifiques comme on avale des grains de riz. À neuf ans, il rédigea son premier traité sur les particules élémentaires, après avoir visité avec sa classe le « Centre de faisceaux d’isotopes rares » situé à Krönk. D’une écriture aussi sensible qu’abstruse, il y louangeait les bosons appelés gluons ainsi que les propriétés particulières des fermions appelés neutrinos. »
   « À quatorze ans, il publia « La pinacothèque des intrépides âmes/planètes » et devint cosmiquement célèbre en moins d’une minute trente. Clairvoyant, prescient, ses inspirations lui venaient quasiment dans chacune de ses bouffées d’oxygène. Il lui suffisait de s’allonger une heure sur un lit de fougères, en pleine nuit, le nez planté dans les étoiles, pour être traversé par ce genre de vérité première : il n'y a qu'un ciel, une immense région éthérée où les magnifiques foyers lumineux conservent les distances qui les séparent au profit de la vie perpétuelle et de sa répartition. Ces corps enflammés sont les ambassadeurs de l'excellence du Ä, les hérauts de sa gloire et de sa majesté. Ainsi sommes-nous conduits à découvrir l'effet infini des mondes de la cause infinie du Ä ; et à professer que ce n'est pas hors de nous qu'il faut chercher la divinité, puisqu'elle est à nos côtés, ou plutôt en notre for intérieur, plus intimement en nous que nous ne sommes en nous-mêmes. »
   « Ainsi parlait Viktörh ÄvÄsh, et nul ne savait vraiment s’il prophétisait, s’il délirait ou s’il décrivait simplement ce qu’il voyait - car cet homme désirait tellement tout voir qu’il voyait tout : les mondes, les possibles, les futurs, les regrets, les poussières d’âme qui flottent entre deux pulsars. Il les voyait, les humait, les goûtait, les assimilait. »
   Zhül, dans un élan de lyrisme dont il avait le secret, ajoutait souvent que Viktörh ne marchait jamais vraiment sur le sol : il glissait comme sur un lac gelé, porté par une intuition permanente, comme si la gravité elle‑même hésitait à le contraindre. On disait de lui qu’il avait la démarche d’un funambule et l’esprit d’un incendie, que c’était un être unique, incandescent, trop vaste pour son propre squelette.
   C’est donc à cet homme - ce roseau cosmique, ce dévoreur de savoirs, ce confident des étoiles - que revint l’honneur de baptiser la jeune planète. Il la nomma Ä‑ÄvÄshÄn‑Ä, en hommage à son propre patronyme, mais aussi, disait‑il, parce que « le Ä se répète toujours lorsqu’il est heureux ». Personne ne comprit vraiment cette explication, mais tous acquiescèrent : Viktörh avait ce talent rare de rendre évidentes les choses les plus absconses.
   Selon Zhül, la rencontre entre l’homme et la planète fut un moment d’une intensité telle que les chroniques officielles refusèrent de l’enregistrer, de peur de paraître ridicules. Il la décrivit ainsi :
   « Lorsque Viktörh posa pour la première fois son regard sur Ä‑ÄvÄshÄn‑Ä, la planète ralentit imperceptiblement sa course. Un frémissement parcourut sa croûte encore tiède, tel un soupir retenu. Et l’homme, lui, sentit son cœur battre à contre‑temps, comme si une main invisible en réglait le tempo. Il comprit alors que leurs destins venaient de s’entrelacer. Non pas par nécessité, mais par affinité. Par choix. »
   Zhül, bien sûr, exagérait toujours. Mais il le faisait avec une telle conviction, une telle gourmandise, que même les sceptiques finissaient par douter de leur propre scepticisme.
   Et il poursuivait :
   « De cette union improbable naquit une ère nouvelle. Viktörh devint l’interprète de la planète, son traducteur, son héraut. Il affirmait entendre ses murmures, ses désirs, ses impatiences. Il disait que les mondes, comme les êtres, ont des humeurs - et que celui‑ci, tout jeune encore, brûlait d’une ambition démesurée. »
   Et c’est ainsi - toujours selon Zhül - que commença la grande aventure d’Ä‑ÄvÄshÄn‑Ä : non pas par un cataclysme, ni par une prophétie gravée dans la roche, mais par un regard échangé entre un trop grand poète et une planète trop bouillonnante.
   « Voici comment les choses se passèrent lorsque l’Alpha détecta pour la première fois son Oméga... »
   « Blotti dans un coin de son vétuste Nömadök/Observatoire,  Viktörh ÄvÄsh, devenu un auguste vieillard ingambe, somnolait. »
   « Sa main droite tenait toujours son Ko-Bitron, pour ainsi dire sa seconde peau. Relié à son spectre auditif, ce minuscule boîtier écoutait non-stop le silence éternel des espaces infinis. Et il attendait. Patiemment, il attendait. Et il guettait… »
   « Le premier battement. »
   « La première pulsation. »
   « Le premier tic-tac métronomique. »
   « Le vaisseau écaillé de l’astrophysicien dérivait lentement dans la Frange Hypersidérale, là où les courants gravitationnels se tordent comme des serpents ivres. »
   « Lorsqu’il s’éveilla enfin, Viktörh remit ses capteurs autour de son cœur, enfila ses gants haptico-sécrétoires et colla sur son front son casque de vision trans-embryonnaire. Ainsi bardé, il était à nouveau prêt à fouiller les poches de matière sombre qu’il affectionnait tant. »
   « Il cherchait, bien évidemment, et comme toujours, l’improbable. »
   « Depuis des cycles, il traquait les anomalies thermomorphiques, les grumeaux d’énergie prénatale, les embryons d’univers avortés. Mais rien jamais ne le satisfaisait vraiment. Tout semblait trop stable à ses yeux, trop prévisible, trop… déjà-vu. »
   « Jusqu’à ce jour où son scanner à résonance mothogène s’affola.
   « Un point. Deux points. Trois points... »
   « Un rythme. »
   « Une palpitation d’une intensité presque obscène. »
   « Viktörh retint son souffle. »
   « Il venait de détecter quelque chose qui n’aurait jamais dû exister. »
   « Était-ce un ventre sidéral ? »
   « Le ventre sidéral d’une mère en souffrance ? »
   « Un vrai ? »
   « Un authentique ? »
   « Un de ceux dont on ne parle qu’à voix basse dans les académies cosmogoniques, tant ils sont rares et dangereux.
   « Il approcha. »
   « Il plongea. »
   « Il s’immergea dans la poche d’espace comme on glisse la main dans un rêve.
   « Et il la vit. »
   « ELLE ! »
   « Un organisme en croissance, mais pas seulement. »
   « Une entité. »
   « Un vœu qui se réalise dans les dernières heures d’une vie. »
   « Un monde en gestation, lové dans une matrice de lumière noire. »
   « Viktörh sentit ses pupilles se dilater jusqu’à frôler la rupture. »
   « Il sut immédiatement qu’il tenait là sa trouvaille inespérée. »
   « Alors, sans réfléchir, mû par un mélange d’exaltation scientifique, de vanité cosmique et d’un instinct de prophète mal dégrossi, il activa son module de diffusion universelle. »
   « Ne lâchant plus son antique télescope Älfven, il scruta durant des milliards de secondes sa naine en formation. »
   « Et il fut stupéfait de constater qu’elle ne tournait autour d’aucune étoile : mais qu’elle filait libre, tel un Filinx Y-121, à travers la GälÄxie du Ä‑Ä‑Ä. »
   « Plus étourdissant encore, pour s’allaiter, forcir, se gonfler, cette fugueuse du cosmos agissait en kleptomane déchaînée. Bondissant entre les astéroïdes, elle détroussait au passage tous les matériaux de son agglomération. Sa fulgurance dépassait la compréhension humaine : l’objet céleste grossissait à vue d’œil. »
   « Magnétique, fascinante à souhait, elle ventousait ses rations d’hydrogène et d’hélium comme un nourrisson gigantesque tétant chaque mamelle du macrocosme. Vorace, elle aspirait encore des nuages entiers de poussières - silicates, magnésium, silicium, soufre, fer - qu’elle brassait en rotations furieuses, telles des tornades apocalyptiques. Et, pire que tout, au plus haut de son accrétion, elle prenait dix milliards de tonnes par seconde. »
   « Viktörh ÄvÄsh comprit assez vite que cette planète n’était pas née pour simplement briller dans les cieux. Au sortir d’une méditation transcendantale, après avoir psalmodié : “Ô Toi ! qui es‑tu donc ?”, il crut entendre par clairaudience et dans son âme qu’Ä-ÄvÄshÄn-Ä n’était pas faite que de gaz et de poussières agglutinés par électrostatique. »
   « Non… elle vibrait. Elle vibrait d’une manière qui n’appartenait ni à la matière, ni à l’énergie, ni même à ces états intermédiaires que les théoriciens du Continuum aiment tant inventer pour masquer leur ignorance. Elle vibrait comme un souvenir. Comme une intention. Comme un nourrisson qui se souvient d’avoir été désiré, tant attendu. »
   « Viktörh, les yeux rivés à son Älfven, sentit une chaleur sourde remonter le long de sa colonne vertébrale. Ce n’était pas la fièvre, ni l’excitation scientifique - il connaissait trop bien ces deux-là. C’était autre chose. Une forme de reconnaissance. Comme si la planète, dans son chaos embryonnaire, avait tourné vers lui un regard encore dépourvu d’yeux. »
   « Tu m’as trouvée », sembla-t-elle murmurer. Ou peut-être n’était-ce qu’un artefact de son casque trans‑embryonnaire, saturé d’émotions qu’il n’avait jamais pris la peine de calibrer. Qu’importe. L’impression demeurait : cette entité n’était pas seulement en train de naître. Elle attendait. »
   Zhül, dans ses chroniques ÄkÄshiques, commentait ce moment avec une emphase dont il avait le secret : « Ainsi fut scellée la première communion entre un homme et un monde. Non par la force, ni par la science, mais par une affinité si ancienne qu’elle semblait précéder le temps lui-même. »
   « Viktörh, lui, n’avait pas le loisir de philosopher. La planète grossissait à un rythme délirant, avalant tout ce qui passait à portée de ses tourbillons gravitationnels. Chaque seconde la voyait changer de forme, de densité, de couleur. Elle oscillait entre la braise et l’ombre, entre la douceur d’un cocon et la violence d’un cyclone stellaire.
   « Tu n’es pas un simple monde… », souffla-t-il. « Tu es une volonté. »
   « Il activa alors son module de confinement narratif - un dispositif expérimental permettant de capturer non pas les données, mais le sens des phénomènes observés. Une invention dont il n’avait jamais parlé à personne, pas même à Polymnie, sa muse infatigable. Le Nömadök vibra d’un grondement sourd, comme si la réalité elle-même hésitait à se laisser enregistrer.
   « Et soudain, tout se figea. »
   « La planète suspendit sa course. Les poussières cessèrent de tourbillonner. Les flux d’hydrogène se figèrent en arabesques translucides. Même les serpents gravitationnels de la Frange Hypersidérale semblèrent retenir leur souffle. »
   « Puis une pulsation unique, profonde, presque solennelle, résonna dans le vide. »
   « BOUM. »
   « Pas un son. Un événement. »
   « Viktörh chancela. Il comprit - ou crut comprendre - que cette pulsation n’était pas un battement de cœur. C’était une réponse.
   « Tu m’entends… », murmura-t-il, la gorge serrée, les yeux humides. »
   « Et dans le silence infini, quelque chose - une pensée, une intention, un embryon de conscience - sembla se former, fragile comme une bulle de lumière noire. »
   « Mais soudain, la jouvencelle se braqua, poussant plus avant sa course folle. Elle ne semblait pas avoir le temps de s’attendrir, d’éventer sa fougue pour une infinitésimale émotion . Car il y avait aussi de l’homme en elle - et pas n’importe homme : un homme arriviste, avide, insatiable, mû par ses bas instincts. »
   « Ô toi, la fugitive, la pilleuse carnassière, tu ressemblais à une flibustière profitant du capitalisme céleste pour devenir millionnaire en un rien de temps, avait encore écrit Zhül bringuebalé par son emphase surnaturelle. »
   « - Viva ! Fœtus fortunae ! Viva, viva ! s’était écrié l’astrophysicien en se trémoussant devant sa femme KätiÄh, dans un jeu de jambes évoquant le Jericho Jerk. »
   « - Ta libido te revient ? avait ricané KÄtiÄh. À moins que ce ne fut DÄborÄH ou ÔbsulÄ ? Mais peu importe. »
   « - Mieux que ça. J’ai trouvé le pactole. Ma naine regorge d’osmium, d’iridium, de rhodium, d’or et de platine. Et tiens‑toi bien : elle transforme tout son méthane en pluie de diamant. Finie la misère, la médiocrité ! Finie, finie, finie ! Si mes calculs sont exacts, nous pourrons la rejoindre par la Porte 33‑421 en moins de cinquante ans. »
   « - Franchement, j’aurais préféré que ta libido me rejoigne par la porte de notre alcôve. »
   
   « - Chère divine, comment pourrais-je à 250 ans passés ne pas accepter le fatum qu’on me sert sur un plateau. Promis, juré, je t’offrirai  150 Andro-Chippendales pour me faire pardonner. »

   « Partageant aussitôt sa trouvaille mirifique sur ÄtÄxÄ, Viktörh ÄvÄsh avait échographié et streamé la croissance vertigineuse d’ÄvÄshÄn dans ses divers ventres sidéraux. Il avait ainsi offert à des milliards de crève-la-faim interstellaires le spectacle d’une nativité galactique qui, à coup sûr, promettait l’opulence à tous ceux s’y installeraient. »

   « C’est alors que la GÄlÄxie entière se figea. »
   « Sur les planètes minières, les ouvriers cessèrent de marteler les filons, se désinfectèrent les poumons, se rajoutèrent cent ans d’âge. »
   « Dans les stations de transit, les voyageurs oublièrent leurs correspondances, bifurquèrent vers les navettes de masse. »
   « Dans les monastères gravitationnels, les moines suspendirent leurs chants, enfilèrent leur scapulaire de pionnier.
   « Même les IA prophétiques, pourtant blasées, recalculèrent leurs modèles. »
   « Partout, les écrans, les implants rétiniens, les membranes auditives vibraient du même spectacle : Ä-ÄvÄshÄn-Ä en train de croître, de pulser, de s’étendre, de promettre. »
   « Les crève-la-faim interstellaires - ces foules errantes, nomades, affamées de mondes nouveaux - hurlèrent de joie. Ils y voyaient une terre promise, un refuge, un miracle économique, une revanche sur les siècles de misère spatiale. »
   « Les gouvernements paniquèrent. »
   « Les corporations s’agitèrent. »
   « Les sectes jubilèrent. »
   « Et Viktörh, au centre de cet hurricane médiatique, savourait son triomphe. »
   « En moins de trois heures standard, des millions de vaisseaux bricolés, rafistolés, déglingués, se mirent en route vers la Porte 33‑421. Des caravanes stellaires entières se formèrent, guidées par les flux d’ÄtÄxÄ qui retransmettaient en continu les battements d’ÄvÄshÄn. »
   « Les premiers arrivés furent les Pèlerins du Vide, une secte qui croyait depuis longtemps à la venue d’un « Enfant Cosmique ». Ils se prosternèrent devant la poche d’espace où flottait Ä-ÄvÄshÄn-Ä, psalmodièrent des hymnes en infrasons. »
   « Puis vinrent les Prospecteurs de l’Opulence, armés de foreuses quantiques et de contrats d’exploitation pré-remplis. Ils voyaient déjà les profits incommensurables, les silos saturés d’uranium, les cavernes truffées d’or. »
   « Puis affluèrent les réfugiés. »
   « Les opportunistes. »
   « Les curieux de la dernière chance. »
   « Et aussi les désespérés, les suicidaires en sursis. »
   « Bref, une foule cosmique, bigarrée, affamée, se pressait autour de la dodue planète aux bras grands ouverts. »
   « Viktörh n’avait rien prévu. Il n’avait pas anticipé l’ampleur de la réaction. Il n’avait pas imaginé que sa trouvaille deviendrait un mythe instantané. »
   « Il se retrouva bombardé de messages, d’offres, de menaces, de prières. On le traitait de visionnaire, de criminel, de messie, de charlatan. »
   « Il tenta de reprendre le contrôle du récit. »
   « Mais il échoua spectaculairement. »
   « Ä-ÄvÄshÄn-Ä grandissait trop vite. »
   « Trop fort. »
   « Trop… intelligemment. »
   « Car déjà, dans les profondeurs de ses viscères minérales, quelque chose répondait aux chants, aux cris, aux flux médiatiques. »
   « Quelque chose écoutait. »
   « Quelque chose apprenait. »
   « Alors que Viktörh observait à présent ÄvÄshÄn d’un œil amer, une nouvelle pulsation secoua la poche d’espace. »
   « Une onde. »
   « Un souffle. »
   « Un battement qui fit vibrer les coques de millions de vaisseaux alentour. »
   « Et, pour la première fois, Ä-ÄvÄshÄn-Ä ouvrit un œil.
   « Un œil vaste comme une lune. »
   « Un œil qui semblait reconnaître. »
   « Un œil qui semblait choisir. »
   «  Un œil qui semblait dire : attention, je serai intransigeante ! »
   « Viktörh recula d’un pas, fut prit de tressaillements, porta une main à son coeur. »
   « Il comprit - trop tard - que sa fabuleuse découverte n’était pas un monde à coloniser. »
   « Mais que c’était un Être. »
   « Un Être qui venait de naître sous les yeux de la GÄlÄxie entière. »
   « Un Être d’excellence qui convoitait l’excellence. »
   « Un Être qui avait faim d’être foulé par une civilisation qui n’avait encore jamais existé. »
   « Une civilisation idéale, fusionnée à un monde parfait. »
   « Alors, dans un silence plus profond que le vide lui‑même, Ä‑ÄvÄshÄn‑Ä cligna de son œil unique. Un clignement lent, souverain, presque cérémoniel. Un clignement qui fit frissonner les champs magnétiques, qui fit vibrer les anneaux de poussière, qui fit reculer les plus téméraires des Prospecteurs de l’Opulence. »
   « Car cet œil n’était pas un simple organe. C’était une déclaration. Une proclamation muette. Une frontière tracée entre l’avant et l’après. »
   « Les Pèlerins du Vide tombèrent à genoux, persuadés d’assister à l’épiphanie qu’ils attendaient depuis des siècles. Les IA prophétiques, saturées de données contradictoires, se mirent à réciter des litanies statistiques en boucle. Les réfugiés, les errants, les brisés, eux, restèrent suspendus à leurs hublots, fascinés, terrifiés, incapables de détourner le regard. »
   « Et Viktörh, lui, sentit son âme se fissurer. »
   « Il avait rêvé d’un monde. Il avait trouvé une conscience. Il avait rêvé d’une ressource. Il avait réveillé une volonté. Il avait rêvé d’un miracle économique. Il avait déclenché une naissance cosmique. »
   « Ä‑ÄvÄshÄn‑Ä, désormais pleinement éveillée, se mit à respirer. Pas une respiration biologique - non. Une respiration gravitationnelle. Chaque inspiration attirait vers elle les particules, les poussières, les fragments d’astéroïdes. Chaque expiration repoussait les vaisseaux, les foules, les illusions humaines.
   « Elle n’était plus une planète. Elle n’était pas encore un dieu. Elle était… une intention incarnée. »
   « Une intention qui cherchait. Qui sondait. Qui évaluait. »
   « « Les capteurs de Viktörh s’affolèrent. Les courbes s’élevaient, se brisaient, se reformaient. Les modèles prédictifs explosaient les uns après les autres. Il comprit que l’Être ne cherchait pas seulement une civilisation idéale. Il cherchait la sienne. »
   « Une civilisation qui ne serait pas greffée sur lui, mais issue de lui. Une civilisation façonnée par son rythme, par sa logique, par sa faim d’excellence. »
   « Alors, dans un geste d’une lenteur infinie, Ä‑ÄvÄshÄn‑Ä ouvrit un second œil. Puis un troisième. Puis un quatrième. »
   « Chaque œil était une lune. Chaque lune était un jugement. Chaque jugement était une promesse. »
   « Viktörh chancela. Il comprit que l’Être ne se contenterait pas d’être admiré. Il voulait être suivi. Il voulait être servi. Il voulait être continué. »
   « Et dans la GälÄxie du Ä‑Ä‑Ä, un murmure se répandit, d’abord timide, puis tonitruant :
   « - L’Enfant Cosmique a choisi. »
   « Mais personne ne savait encore qui. Ni quoi. Ni pour quoi. »
   « Et surtout… personne n’imaginait le prix. »
   

   
« Modifié: 09 janvier 2026 à 09:57:51 par kokox »

Hors ligne Aionia Apektasis

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  • Un poisson m'a avalé, venez me chercher svp...
Re : Les ExtrÄvÄgÄnts ou l'Enfant d'OR
« Réponse #1 le: 01 novembre 2025 à 10:42:38 »
Salut,
Il est sympa ton texte, coincé entre le baroque, le futuriste et le psychédélique.

Est-ce qu'Ava va rester coincée dans son rêve ?
Est-ce que c'est elle qui a préparé son "DreamMaker" ?

Bref, j'ai d'autres questions en stock, hâte de voir s'il y aura une suite.

Des bisoux,
Aïonia

L'Éternel dit à Satan : "D'où viens-tu ?"
Et Satan répondit à l'Éternel : "De par le monde et de m'y promener."
Job, 1.7

Hors ligne Marcel Dorcel

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Re : Les ExtrÄvÄgÄnts ou l'Enfant d'OR
« Réponse #2 le: 01 novembre 2025 à 11:09:22 »
J'y reviendrai. de l'ordre  de la couleur ou de la douleur.

Merci.
Cela doit être lu mais tant pis. Je ne fais pas de complexes en rapport à la personne que je suis.

Si ceux qui disent du mal de moi savaient exactement ce que je pense d'eux,  alors ils en diraient bien davantage
Sacha Guitry

J'écris pour me taire
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Nos vrais ennemis sont en nous-mêmes.
Bossuet

Hors ligne kokox

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Re : Les ExtrÄvÄgÄnts ou l'Enfant d'OR
« Réponse #3 le: 01 novembre 2025 à 11:52:54 »
Un grand merci Aionia et Marcel pour votre lecture.  :) :) :)

Hors ligne Fred Pollux

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Re : Les ExtrÄvÄgÄnts ou l'Enfant d'OR
« Réponse #4 le: 01 novembre 2025 à 13:31:08 »
Bonjour Kokox
Je me suis laissé embarqué par ton drôle de texte. Un joli mélange de burlesque et d'absurde, soutenu par un vocabulaire parfois riche surprenant, et où le suspense m'a tenu jusqu'au bout : Ava va-t-elle se réveiller ? la scène va-t-elle déraper ("laissa butiner la pulpe de ses doigts"... ça monte en température, le retour de la turgescence de l'ogre résonne déjà au fond de sa caverne...).
Merci, j'ai donc lu avec plaisir.

Hors ligne HELLIAN

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Re : Les ExtrÄvÄgÄnts ou l'Enfant d'OR
« Réponse #5 le: 01 novembre 2025 à 14:55:27 »
 
Voilà un texte d'une écriture foisonnante, baroque, d’une inventivité rare.  on se trouve projeté dans un univers à la fois comique et somptueux, où l’absurde côtoie le raffinement, où l'humour le dispute à la poésie.

 

 Un style extrêmement travaillé. Tu manies les répétitions, les trémas, les rythmes hachés (« hic, hoc ! »), avec un sens théâtral affirmé. Cela crée un effet de monde parallèle où la langue elle-même semble muter, comme si elle provenait de la planète décrite. La drôlerie est en embuscade à chaque phrase, à la fois visuelle et verbale, souvent fondée sur la disproportion ou le décalage (le valet au nom “Délicät” victime de ses nerfs, la description burlesque de la “pose n°27”, la “Paonade” quasi sacrée).


Sur le plan littéraire, c’est un texte très riche 

C'est peu dire que j'ai apprécié ! J'attends, moi aussi la suite avec impatience…



Ah oui, j'ai oublié de te dire bonjour ! Un effet de mon empressement admiratif.
« Modifié: 01 novembre 2025 à 14:59:49 par HELLIAN »
cent fois sur le métier...

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
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Re : Les ExtrÄvÄgÄnts ou l'Enfant d'OR
« Réponse #6 le: 02 novembre 2025 à 05:10:14 »
Un grand merci Pollux et Hellian pour votre lecture ! :)

Hors ligne Murex

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Re : Les ExtrÄvÄgÄnts ou l'Enfant d'OR
« Réponse #7 le: 05 novembre 2025 à 11:30:26 »

   Je partage pleinement l'avis des autres commentateurs. Ce texte est remarquable par son style d'écriture et par l'imagination dont tu fais preuve. C'est un régal de le lire. Je me permets cependant d'y apporter quelques corrections (du moins c'est ainsi que je vois les choses) espérant quelles puissent t'être utiles.

      - ÄieÄieÄieOuilleOuilleOuille ! geignit-il en son for, poussant des cris plaintifs et languissants, bouche ouverte, mais sans émettre un son.
       (Cela me semble  un contresens. comment pousser des cris plaintifs sans émettre de son ?)


        Le vÄlet laissa filer une poignée de secondes pour réitérer sa prière.
        (Le vÄlet laissa filer une poignée de secondes avant de réitérer sa prière. Me semble mieux dit.

       Ce chantonnant
       ("tout en chantonnant" ou "cela fait, en chantonnant")

       aussi douillet qu’un alunissage
       (normalement le terme d'alunissage ne peut s'employer que concernant la lune, il serait préférable d'utiliser le terme d'atterrissage qui est plus général.)
     
        en son for
       (il est correct de dire "en son for intérieur", mais peut-être désires-tu prendre cette liberté avec la langue française ?)

       il tenta de se remémorer l'orthodoxie de son intonation.
       (Le sens exact me semble plutôt être : "il tenta de se remémorer l'intonation qu'il devait adopter pour être en accord avec l'orthodoxie" ou une forme équivalente)

   Il ne comptait plus ces fois
   ("il ne comptait plus les fois" me semble préférable)

     n'étaient pas les attitudes les plus pénibles à exécuter en soi. Mais les exécuter avec les yeux fermés
     (il faut une virgule et non un point après "exécuter en soi")

    réglé au tempo près ?
     ("de respecter rigoureusement le tempo" est plus correct)

     mi désorientées
    ("mi-désorientées" il faut un trait d'union.)
 
     de taire au nom de la pudicité
     (plus simplement "de taire par pudeur")

    " la gradation" et non la "graduation" qui a un tout autre sens.

     pour tenter d'y fouir une solution
      (est à mes yeux un contresens, le vrai sens me semble être " tenter d'y trouver une solution")

     on eut plutôt dit qu'il était en train de mesurer de l'eau de mer dans le creux de sa main.
     (pas pigé cette image).

     En espérant que tu ne t'offusqueras pas de ces remarques. Je le répète ce texte est remarquable et je n'ai pas souvenir d'en avoir lu sur ce site d'aussi riches.

   

       
   

   

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
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Re : Les ExtrÄvÄgÄnts ou l'Enfant d'OR
« Réponse #8 le: 05 novembre 2025 à 14:38:22 »
Un immense merci cher Murex pour ta lecture et l'apport de toutes tes corrections et ciselages ! Je prends tout évidemment et ne m'offusque pour rien au monde !

Bien à toi !

 :) :) :)

Hors ligne kokox

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Re : Les ExtrÄvÄgÄnts ou l'Enfant d'OR
« Réponse #9 le: 05 novembre 2025 à 14:56:06 »
Re Murex !

Tout est corrigé !!! Mon texte te dit mille fois merci ! En tant que grand maniaque et perfectionniste, je ne pouvais espérer trouver meilleur correcteur !
J'ai posté la suite. Si tu as d'autres corrections ou améliorations, elles seront les bienvenues !

Hors ligne Murex

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Re : Les ExtrÄvÄgÄnts ou l'Enfant d'OR
« Réponse #10 le: 06 novembre 2025 à 10:15:50 »

   Bonjour   kokox, pour tout dire j'étais un peu inquiet sur la façon dont tu allais prendre mes observations. Il m'est arrivé plusieurs fois d'avoir fait de même sur plusieurs textes et de n'avoir reçu en retour qu'un silence (que j'ai estimé offensé).        Rien de cela de ton côté.
  Je n'ai fait qu'essayer de perfectionner un texte qui à mes yeux le mérite vu sa richesse et son originalité. Je n'ai pas le temps aujourd'hui de lire la suite, mais je te promets de le faire rapidement.

  Bien à toi

Hors ligne HELLIAN

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Re : Les ExtrÄvÄgÄnts ou l'Enfant d'OR
« Réponse #11 le: 06 novembre 2025 à 11:16:43 »
 


J'ai lu la suite !
 
C'est un texte étourdissant, singulier, profondément littéraire, qui mérite une publication ou une mise en scène expérimentale.
Tu écris avec une folie contrôlée, un mélange de luxure verbale, satire et poésie baroque.
C’est rare aujourd’hui de lire une prose aussi charnue, aussi libre, aussi audacieusement déraisonnable.
Je crois qu’avec une révision légère (rythme, lisibilité, hiérarchisation de l’information), Les ExtrÄvÄgÄnts pourrait devenir un texte majeur — à mi-chemin entre Ubu Roi et Le Voyage au bout de la nuit passé par un synthétiseur d’opéra intergalactique.

En un mot, magnifique !



PS : juste une petite remarque pratique : n'aurais-tu pas avantage à publier, chaque suite séparément plutôt que de l'ajouter au texte précédent ?

 
« Modifié: 06 novembre 2025 à 11:24:30 par HELLIAN »
cent fois sur le métier...

Hors ligne kokox

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Re : Les ExtrÄvÄgÄnts ou l'Enfant d'OR
« Réponse #12 le: 06 novembre 2025 à 12:25:59 »
Merci Murex pour ton passage ! Je te dis "à bientôt" ! :)

Hors ligne kokox

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Re : Les ExtrÄvÄgÄnts ou l'Enfant d'OR
« Réponse #13 le: 06 novembre 2025 à 12:42:17 »
Un grand merci HELLIAN pour ton retour ! :) :) :)
Alors le côté ubuesque du texte, j'accepte !
Mais "Le voyage au bout de la nuit", là cela me gêne vraiment ! C'est mon livre de chevet depuis 40 ans. Un chef-d'oeuvre absolu ! J'ai bien dû le lire et le relire une quinzaine de fois, tout comme "Mort à crédit", version BD dessinée par Tardi également. Bref, les Extravagants est une cocasserie, rien de plus. Il n'a en rien l'épaisseur du roman de Céline. Céline était un prescient. Il avait une vision à infra-rouge de la triste condition humaine. Et je le remercie pour cela, car c'est sans doute grâce à lui que j'ai sauvé pas mal de plumes, en devenant peu à peu misanthrope !
Cependant, nulle inquiétude, j'ai la misanthropie guillerette, comme tu peux le voir ! Et je ne t'en veux absolument pas d'être une créature dite "humaine" comme moi !  :) :) :)

Bien à toi HELLIAN !

PS : Si à l'instar de Murex, tu peux faire des remarques d'amélioration, elles seront les bienvenues ! Merci d'avance !

Hors ligne HELLIAN

  • Grand Encrier Cosmique
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Re : Les ExtrÄvÄgÄnts ou l'Enfant d'OR
« Réponse #14 le: 06 novembre 2025 à 15:15:21 »
Mes suggestion serait plutôt d'ordre stylistique :

C’est un feu d’artifice syntaxique. Tes phrases longues, tendues, pleines d’incises, sont d’une grande richesse sonore et rythmique. L’alternance de formulations comiquement triviales (« bordel de fion ») et d’envolées lyriques donne une amplitude théâtrale, un souffle d’opéra.

Mais — c'est à mon avis le point critique — l’abondance devient parfois contre-productive.
Certaines digressions (comme la description de l’œuvre de SchielmÄnok ou du protocole des valets) atteignent une virtuosité telle qu’elles risquent d’épuiser le lecteur avant de relancer l’action. Ton lecteur érudit y trouve son miel, mais celui qui cherche le mouvement narratif peut s’y perdre.
Peut-être serait-il judicieux d'alléger ponctuellement par des respirations narratives, sans briser le ton, mais en réintroduisant un fil dramatique plus visible.

Cela dit ou plutôt écrit, je demeure très partager car tes descriptions délirantes ont un charme vertigineux auquel, à l'instar d'autres lecteurs, sans doute sans doute je suis extrêmement sensible.


Globalement, voici à mon sens des quelques améliorations, si tant est, que je m'autorise à te suggérer :

Rythme : alléger certaines descriptions pour maintenir la tension dramatique.

Clarté visuelle : quelques phrases pourraient être ponctuées différemment pour aider la lecture à voix haute (ce texte est d’ailleurs très oral).

Économie comique : tu pourrais condenser certaines images sans en sacrifier la luxuriance, pour que chaque paragraphe ait un impact maximal.

Telles sont mes remarques puisque tu m'y invites, mais en toute humilité. Cela dit, puisque nous sommes sur le thème de l'humilité, n'en soit pas trop victime. Je te le confirme, ton écrit présente une qualité dont une mesure peut-être pas l'ampleur.
« Modifié: 06 novembre 2025 à 15:17:20 par HELLIAN »
cent fois sur le métier...

 


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