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06 Mai 2026 à 11:17:13
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Poésie (Modérateur: Claudius) » V.V.L.T.

Auteur Sujet: V.V.L.T.  (Lu 1827 fois)

Hors ligne pehache

  • Grand Encrier Cosmique
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V.V.L.T.
« le: 26 Août 2025 à 08:21:45 »
Voici venu le temps de toutes barbaries








Ma raison d’être poétique (toute personnelle, quoique partagée) est de tenter, tendre et tendu, d’approcher l’ineffable.
Mais l’horizon historique occulte, parfois, la quête, ou lui fait endosser un costume dérisoire.
Les sirènes ont changé de nature.
Aussi, ici, ce ne sont que des vers. Un appel, vain plus que salutaire, à l'empathie, voire à la révolte.























les yeux gris- ou la rage



nous aurons les yeux gris des loups de votre enfance
dilatée la pupille absorbera la nuit
babines retroussées sur un croc blanc qui luit
expulsés du puits noir où sombrent vos consciences


le mépris la misère auront rongé nos cœurs
nous n’aurons ni regret ni pitié ni remord
dirons merde à vos dieux au fric et à la mort
nous rirons désormais du rire du vainqueur


les enfants de l’amer ont  des reins de taureau
des envies de chacal enivré de colère
libérés du besoin de toujours vous complaire
dessous nos dents de tigre éclateront vos peaux


nous viendrons par milliers dévaster vos usines
incendier la machine et danser autour d’elle
tandis que le brasier la consume et la fêle
le soir même serons tapis dans vos cuisines


nous pillerons vos biens du grenier à la cave
nous violerons vos chats vos femmes vos enfants
votre basse piétaille appréciera nos dents
à nos lèvres leur sang rougira notre bave


des griffes pousseront à nos mains abîmées
les pierres les boulons jailliront de nos doigts
et la loi du plus faible aura force de loi
quand nous ne jouerons plus à vouloir vous mimer

et la loi du plus faible aura force de loi
quand nous ne jouerons plus à vouloir vous mimer


nous aurons les yeux gris des loups de votre enfance
dilatée la pupille absorbera la nuit
babines retroussées sur un croc blanc qui luit
expulsés du puits noir où sombrent vos consciences


aucun dieu ni drapeau ne soutiendra nos flancs
aucun hymne au très haut aucun héros aucune
croix ou croissant ni svastika ni poisson lune
quant à vous rien ne sert d’agiter un drap blanc

par meutes nous viendrons vous égorger puissants
nous aurons de la hyène à coup sûr le courage
nos échines courbées se dresseront de rage
quand vos os éclatés crisseront sous nos dents

nous viendrons de l’Afrique à bord de noirs radeaux
de l’Asie du Magreb de vos banlieues pourries
aiguisés par la faim sans le sou que la peau
sur nos os sans le moindre espoir de paradis

nous viendrons de partout surgirons des égouts
provinces délaissées favelas bidonvilles
ces lieux que le pouvoir garantissait serviles
enfermés dans le masochisme ou le dégoût

nous surgirons soudain au milieu du banquet
vous avez tué Socrate et voudriez de même
amener au trépas ces faces de carême
précaires loqueteux engeances de roquet

nous aurons les yeux gris des loups de votre enfance
dilatée la pupille absorbera la nuit
babines retroussées sur un croc blanc qui luit
expulsés du puits noir où sombrent vos consciences

votre mépris de classe a fait de nous des ombres
relégués dans les périphéries les ghettos
glanant de ci de là des miettes du gâteau
si nous ne sommes rien nous nous avons le nombre

pour le moment bien sûr nous sommes chiens mendiant
perverse la caresse amère de la prime
poursuivant la chimère absurde de l’argent
suivant dans les media vos forfaits ou vos crimes

mais un jour la marmite implosera de haine
sous un ciel bas et lourd pesant comme un couvercle
vous nous injurierez sachant qu’on vous encercle
mais il sera trop tard pour resserrer nos chaînes

nous sommes le barbare endormi sous le joug
abêti abruti enconné comme éteint
mais rouge encor la braise excitée par la faim
bientôt viendra ton tour de nous tendre la joue

nous aurons les yeux gris des loups de votre enfance
dilatée la pupille absorbera la nuit
babines retroussées sur un croc blanc qui luit
expulsés du puits noir où sombrent vos consciences

Hors ligne Kerdrel

  • Prophète
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Re : V.V.L.T.
« Réponse #1 le: 26 Août 2025 à 09:19:45 »
Voici venu le temps des rires des chants  :-¬?
Euh non pas vraiment l'île aux enfants
la mise en page n'est pas judicieuse
le propos liminaire et trop distant du texte principal 
si l'on a pas la curiosité d'aller jusqu'au bout
un texte fort, pessimiste et désespérant
mais avec des redites qui rallongent inutilement le texte :

"et la loi du plus faible aura force de loi
quand nous ne jouerons plus à vouloir vous mimer

et la loi du plus faible aura force de loi
quand nous ne jouerons plus à vouloir vous mimer


nous aurons les yeux gris des loups de votre enfance
dilatée la pupille absorbera la nuit
babines retroussées sur un croc blanc qui luit
expulsés du puits noir où sombrent vos consciences"
"Être vrai, peu le peuvent !”

F.Nietzsche

Hors ligne HELLIAN

  • Grand Encrier Cosmique
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Re : V.V.L.T.
« Réponse #2 le: 26 Août 2025 à 12:09:08 »
Un texte incantatoire où l'anaphore « nous aurons les yeux gris des loups de votre enfance » revient comme un refrain, ce qui renforce l’effet de prophétie . On sent l’inspiration d’une poésie engagée, presque révolutionnaire, à la manière des grands poèmes de colère (on pense parfois à Aragon dans Front rouge, à Césaire dans son Discours sur le colonialisme, ou à certains textes de Ferré).

La métaphore animale  y est centrale. Loups, tigres, chacals, hyènes, taureaux… Les opprimés sont décrits comme des bêtes sauvages qui se métamorphosent et reprennent une force primitive.  l'allusions à Socrate, aux symboles religieux et politiques (croix, croissant, svastika) étend  la portée du texte à l’histoire humaine entière. Les vers majoritairement en alexandrins sont  parfois relâchés, ce qui donne un souffle brutal, irrégulier, proche du cri.
Contrairement à Kerdreel, je trouve que les répétitions   renforcent l’aspect de chant de guerre ou de malédiction.

Un lexique dur, charnel, sanglant (« vos os éclatés crisseront sous nos dents », « notre bave »).
 
En résumé,  une poésie de la rage, une parole collective qui transforme le ressentiment en menace quasi-mythologique.Beaucoup de force dans ce texte dérangeant.
cent fois sur le métier...

Hors ligne Rémi

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Re : V.V.L.T.
« Réponse #3 le: 26 Août 2025 à 20:32:39 »
salut,

mon avis rejoint celui d'HELLIAN (et on est plus que "presque révolutionnaire" du coup).

Un texte fort, une rythmique lancinante avec quelques ruptures en 4/5/3 qui fonctionnent bien.
Pas fan de l'appel au viol et peut-être que les "dents" reviennent un peu trop.

Intéressant de s'adresser / s'attaquer aux puissants de manière frontale plutôt que s'attaquer de façon abstraite au "système" ou au capitalisme.

Citer
des griffes pousseront à nos mains abîmées
les pierres les boulons jailliront de nos doigts
et la loi du plus faible aura force de loi
quand nous ne jouerons plus à vouloir vous mimer
j'aime bien l'aspect fantastique ici ainsi que le retournement de la pensée de La Fontaine, très chouette quatrain.

A+
Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Hors ligne pehache

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Re : V.V.L.T.
« Réponse #4 le: 26 Août 2025 à 21:51:38 »
Merci de vos lectures sagaces.
Je ne fais pas miennes les paroles de ce texte. L'ensemble, que ce poème inaugure, dit clairement: voici venu le temps de toutes barbaries.
La brutalisation du monde par un néo-libéralisme sauvage ne peut que faire naître des colères tout aussi sauvages. Ce sont ces colères, cette rage auxquelles j'ai voulu prêter voix.

Kerdrel, "le propos liminaire et trop distant du texte principal "... la "préface" est pour un ensemble, par seulement pour ce texte. (J'ai annoncé, dans mon précédent envoi "animaleries", que je procédais par "ensembles"; j'aurais dû, ici aussi, le spécifier. Veuillez donc m'en excuser.)

"la mise en page n'est pas judicieuse": Il faudrait être plus précis dans votre critique. Expliquer en quoi la "mise en page" (non pas ne vous semble pas) mais n'est pas judicieuse. Je vous promets de répondre, la critique réfléchie est tjs instructive.

 "des redites qui rallongent inutilement le texte". Je vous remercie des les citer, j'aurais pu me répéter sans m'en apercevoir. Je conçois que la caractère incantatoire vous déplaise (vous avez, dites-vous, eu du mal à aller jusqu'au bout), il est, à l'évidence, délibéré.
C'est ainsi, je n'écris par pour plaire à tous et vous laisse volontiers croire aux "rires et aux chants", de nos banlieues au Congo, de Gazza à la misère du plus grand nombre, sans oublier notre planète violée au nom du profit de quelques uns. Je ne suis pas de ceux qui bêlent qu'il faut po-si-ti-ver, ou rire à tout prix. Vous m'en voyez désolé.




« Modifié: 26 Août 2025 à 22:08:01 par pehache »

Hors ligne Rémi

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Re : V.V.L.T.
« Réponse #5 le: 27 Août 2025 à 22:04:16 »
Bonjour pehache,
Visiblement, vous préférez le vouvoiement, alors vouvoyons-nous.

Je ne vois pas dans votre réponse ci-dessus de réactions au commentaire l'Hellian ni au mien. Est-ce un oubli ou n'y a-t-il rien à répondre ? La question est sincère et ne se veut pas agressive.

Au plaisir,

Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Hors ligne pehache

  • Grand Encrier Cosmique
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Re : V.V.L.T.
« Réponse #6 le: 28 Août 2025 à 08:51:41 »
Bonjour,
Il me semblait que les remerciements liminaires et le premier § vous concernaient:
"Merci de vos lectures sagaces.
Je ne fais pas miennes les paroles de ce texte. L'ensemble, que ce poème inaugure, dit clairement: voici venu le temps de toutes barbaries.
La brutalisation du monde par un néo-libéralisme sauvage ne peut que faire naître des colères tout aussi sauvages. Ce sont ces colères, cette rage auxquelles j'ai voulu prêter voix."
Pour le reste, je ne saurais qu'acquiescer (en rougissant un peu) à vos commentaires.
Pardonnez-moi s'il vous semble que j'ai omis de réagir à tel ou tel point de vos critiques et n'hésitez pas à me signaler lesquels.(Oui, les dents reviennent, les dents des sans-dents, sans doute... dans une logique clairement incantatoire.)
Merci encore.

Hors ligne Rémi

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Re : V.V.L.T.
« Réponse #7 le: 28 Août 2025 à 22:37:29 »
Citer
Pardonnez-moi s'il vous semble que j'ai omis de réagir à tel ou tel point de vos critiques et n'hésitez pas à me signaler lesquels.
Pas de problème, j'avais un doute sur le fait que les commentaires aient bien été lus.
Je réitère, j'ai apprécié ce poème.

A+
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

 


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