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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes mi-longs » La nostalgie des gommes neuves

Auteur Sujet: La nostalgie des gommes neuves  (Lu 1129 fois)

Hors ligne Camilleli

  • Tabellion
  • Messages: 46
La nostalgie des gommes neuves
« le: 15 Août 2025 à 12:35:24 »
Salut ! J'ai pas posté (pas écris...) depuis longtemps. J'ai repris récemment, repris d'anciens passages, ré écris de nouveaux... Bref. Je m'y remet doucement ! Donc les avis et les conseils sont bienvenus. Désolée s'il y a des coquilles orthographiques. Merci d'avance pour la lecture !



Quand j’ai ouvert les yeux le ciel était d’une clarté bouleversante. Rangé le verre, mieux si elle longeait la rouille verte en silence, le temps de six lentes expirations, autant dessus, tu, et puis, attention ! d’ici tôt, tout sera perdu.. tension des-lents de vie… et la réalité qui semble glisser entre les doigts… Mes pensées sont désorganisées… Je viens de me réveiller. Le plafond me dévisage, et on se regarde, un, instan-.

Parfois, je pense à des choses sans importance. C’est le quotidien qui m’échappe, et me revient par frag m   e   n   t       s, dont l’insignifiance me FRAPPE, et pourtant… me rend nostalgique.

Lettres tests évaluations
photos d’inconnus
joyeux anniversaire !
Code civil deux post-it
emploi du temps
stabilo jaune vert bleu tu as vu le orange ?
Carnets croquis esquisse
Barcelone Londres et Helsinki en boules
diffuseur sans huile essentielle
statut de la liberté pas la vraie une petite
cartes postales beaucoup accrochées par un bout de scotch qui se décolle
un dessin d’un arbre rose dont les feuilles s’envolent
câbles fils trop
plaids deux
j’ai oublié Stockholm Las Vegas et Pékin
et j’ai enlevé la poussière de la chaîne hifi que je n’ai jamais utilisé puis celle des bibelots qui sont devant le miroir et je me suis regardée dedans.

J’ai changé et pourtant les larmes sont encore sur l’oreiller, les papiers encore griffonnés, le scotch toujours accroché, les volets pas fermés, le soleil se lève à nouveau et la terre n’a pas arrêté de tourner. Tout vit en-corps. Je pense à tout ces feutres neufs et à toutes ces feuilles doubles à jamais vierges. Grands carreaux, petits carreaux, elles y passent toutes. Je songe à tous ces tiroirs remplis, d’habits trop petits de crayons jamais taillés et de gommes qui n’auront vu aucune erreur. Je pense à toutes les erreurs qu’elles auraient pu corriger, à toutes celles qu’on aurait pu faire.

La fumée se disperse contre la vitre à l’expiration de ta bouffée. Tu souffles doucement, tes lèvres sont gracieusement plissées.  Tes yeux aussi, tu réfléchis. Est-ce que tu veux entrer ? Une mouette se pose sur le toit d’un immeuble et une vague s’écrase contre mes pieds pendant que je regarde ton cou. Déjà tu t’enfuis sur le trottoir d’en face. Allongé sur le dos une main derrière la tête l’autre étendue sur la place vide du lit la main à demi-ouverte sur une cigarette lâchée elle fume encore. Des cendres sur le blanc immaculé les jambes écartées une respiration inaudible fenêtre ouverte le temps s’est arrêté silence secousse sursaut brûlure inspiration râle expiration parquet drap toilettes moustique dos gratte reviens au lit. Tu dors.

Je parcours ta colonne vertébrale à une vitesse folle mais elle plonge rapidement dans l’obscurité de la couette. De toi je ne discerne que le souffle. L’accès au reste est bloqué par tes paupières et tes lèvres scellées : si seulement tu pouvais me partager tes pensées. Les semaines précédentes ont été lentes. De plus en plus, tu inspires un air différent du mien et j’expie mes imprudences. Il est cinq heures. La fenêtre est ouverte sur la ville somnolente, sur nos corps et sur mon coeur endolori qui asphyxie sur le bord de notre lit défait, et je te regarde dormir. Il est sept heures. La fenêtre est ouverte sur le monde malheureux qui nous accueille de ses bras, et de ses bleus, sur toi qui reste au pieu pendant que mes rêves coulent comme il pleut, et je te regarde dormir. Il est midi. La fenêtre est ouverte sur tes paupières abaissées, sur la feuille et nos fesses blanches, sur la chaise je dessine des contours et des traits, j’imagine l’hiver et surtout l’été pendant que mes envies aux hanches élargies et mes rêves vêtus de robes de mariée sortent par la fenêtre se balader, et je te regarde dormir. Il est minuit. La fenêtre est fermée sur la chambre en désordre, sur notre histoire et nos remords, sur la journée terminée qui plie son tablier, et sur, moi, encore allongée. Il y a tout près ton corps nu et des nuées de pensées biscornues, et ma tête est tordue et je te regarde dormir. Je te regarde dormir et j’attends que les taffes s’entassent, que le joint se tasse, que la culpabilité et la cendre s’effacent, que les nuits et les jours passent, j’attends que tu m’enlaces. Mais tu dors.

Tu te réfugies inlassablement au sein d’un ailleurs, duquel ton silence, me refuse l’accès, alors j’attends, le bus,
et quand, le feu passe au vert,
je me racle la gorge,
pendant que le bus roule, et que sa mère la dépose en retard devant l’arrêt,
que la boulangère marche d’un pas pressé
et que le type d’à côté, celui aux cheveux gris du cinquième étage,
celui qui a l’air méchant et qui m’a interpelée lundi soir « il marche pas l’ascenseur ? » jette son mégot sur le trottoir devant,
le bus, qui vient de rouler dessus,
et un couple de vieux vient de monter,
et je me racle la gorge,
pendant que mes larmes se mélangent à ma crème pour le visage,
et que je grince des dents, et mes lèvres tremblent, contre mon poing serré sur la poignée de la porte que je viens de fermer,
et que je ne rouvrirai jamais : c’est fini, terminé, ce soir je pars.

J’ai regardé mon reflet un long moment dans la vitre du car jusqu’à ce qu’il démarre. Je crois que je m’étais rarement sentie aussi seule qu’au moment où j’ai réalisé que mon nez avait laissé une trace de gras sur la glace.

Tu m’as manqué. Et me manque toujours. J’ai toujours l’impression d’avoir encore quelque chose à dire. Et à susurrer et à murmurer, chuchoter, crier, hurler. Embrasser je voudrai, baiser ta paume je voudrai, baiser violemment je voudrai, en-core, ton corps je voudrai, encore, médiocrement, sauvagement, gentiment, doucement je voudrai, tristement, être chienne, je voudrai être, tienne, je voudrai, que, tu, reviennes, et, parfois, j’oublie, de, cligner, des, yeux. Cligne cligne cligne. Oui, je suis là.

Je t’écoute, je te le jure. Tu es en vacances dans le coin ? Je suis chez ma maman en ce moment. J’avais besoin d’une pause de Paris. Ce que je fais ? Dans la vie ? Tu veux que je te le raconte ? Mais, aujourd’hui, je ne me raconte plus, je me récite seulement. Quelques vers uniquement, à l’endroit où a l’envers. À chaque comptine, j’espère que ça sera la dernière, mais je finis le verre, les espoirs passent au travers, et s’agglutinent tout au fond. Victime d’angoisse aiguë de routine, récemment, je me suis mise à mentir. Fatiguée de jouer à séduire, je me languis d’ébahir et ma langue se délit. Je relate des récits dans lesquels j’invente des éclats de rire, des éclats de verre, des tonnerres d’amour et des torrents de larmes, et le réel se délite. Fuyant le silence, dansent, insensés, mes mots, toujours, plus lents, mes phrases, toujours, plus longues, pour dépeindre, la tendresse, d’une, froide, indifférence, entre deux cor-des désaccordés. Je m’accroche aux notes, pour faire l’éloge d’une mélodie inaudible, et de mes doigts je joue d’une harpe aux cor-ps coupés, cherchant vainement à recomposer les morceaux d’une partition disséquée, et à conter le récit d’une histoire déjà finie.
Ça ne te plaît pas ?

Cette nuit là, maintes fois j’ai cru qu’un homme s’approchait du rebord du lit, parce que le grand porte manteau me semblait se déplacer à grands pas, et qu’il prenait la forme d’un grand machin truc qui se déplaçait à grands pas. Cette nuit là, tout un tas de peurs m’ont traversée, mais, je préfère ne pas les dire, parce que si je les garde pour moi, elles n’existent pas. J’ai eu envie de pleurer, mais là encore j’ai tout gardé. J’ai serré mes doudous contre moi, rangé mes mains et mes genoux contre ma poitrine. Rangé mes sanglots dans un coin de la gorge bien raclée et mes idées noires dans un bout du cerveau disjoncté. Je me suis levée, une, deux, trois fois, pour vérifier que la porte était fermée, la clef bien rangée dans sa serrure, que tout était à sa place. Et au milieu de cette chambre de gosse, trop pleine de moi, je n’ai plus su où me mettre. Tout était rangé, trop bien rangé, tout était à sa place. Et moi j’étais coincée.

J’aurai voulu qu’un matin tu puisses sentir sur tes lèvres le goût fruité de ma tisane préférée. Que tu regardes les rideaux qui ondulent pendant que j’embrasse ta nuque, respires l’odeur de l’herbe coupée, et caresses les draps encore humides de nos maillots mouillés, encore défaits de notre nuit. Que tu entendes les cigales et le train qui arrive, l’accent de la caissière. Que les pavés brûlent la plante de tes pieds. Que tu croques les grains de sable après la bourrasque qui aura emporté nos serviettes, puis lèches le sel sur ma peau, pendant que je savoure le sucre de la tienne. J’aurai voulu qu’on s’envole de la montagne, tout là haut, celle derrière la maison. Que tu ressentes l’ivresse, que tu boives la bouteille au goulot et que tu t’en renverses dessus. J’aurai voulu que tu mordes dans la chair saignante de ta viande et que ça dégouline sur ta poitrine. J’aurai voulu que tu bouffes avec les doigts, que tu sois maculé de gras, de sauce, de sang, que tu sois sale. J’aurai voulu que tu te dégoûtes. J’aurai voulu que tu expires la fumée les yeux fermés, écoutant le clapotis de l’eau en pleurant. J’aurai voulu que tu chiales, et que, dans l’intimité de la nuit,  tu sentes la brûlure. Que la douleur te torde.

 Et qu’elle te soulage.

L’océan ondulait à mes pieds, mes doigts commençaient à friper, la mousse se mêlait à la boue et à l’herbe, j’en ai attrapé un peu pour te l’offrir, « ça me dégoûte » et je l’ai jetée d’un coup sec. Elle s’est évaporée au contact du vent en un millier de paillettes.

Du bout de mes doigts encore, je caresse la surface de l’eau pendant que le sel érode les galets, et, j’effleure encore la douceur, pendant que l’appel d’air défait ma frange, quand je m’engouffre dans la gueule du métro, et que l’éclat d’un rayon de soleil dans un rétroviseur m’aveugle, pendant que j’écris ces lignes.
« Modifié: 15 Août 2025 à 14:03:52 par Camilleli »

Hors ligne Aponiwa

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  • Messages: 3 004
Re : La nostalgie des gommes neuves
« Réponse #1 le: 17 Août 2025 à 11:22:14 »
Salut Camilleli,

Le titre a attiré mon attention. L'odeur des gommes neuves m'a ramenée à ma collection de gommes fantaisie quand j'étais môme. Ca sent bon, quoi !

Quelques commentaires :

Citer
Rangé le verre, mieux si elle longeait la rouille verte en silence, le temps de six lentes expirations, autant dessus, tu, et puis, attention ! d’ici tôt, tout sera perdu.. tension des-lents de vie… et la réalité qui semble glisser entre les doigts…
Ah oui, effectivement, on sent le réveil !

Citer
Le plafond me dévisage, et on se regarde, un, instan-.
instant

Citer
Lettres tests évaluations
photos d’inconnus
joyeux anniversaire !
Code civil deux post-it
Des fois, majuscules, des fois pas... C'est fait exprès ?

Citer
statut de la liberté pas la vraie une petite
statue

Citer
et j’ai enlevé la poussière de la chaîne hifi que je n’ai jamais utilisé
utilisée

Citer
Je pense à tout ces feutres neufs et à toutes ces feuilles doubles à jamais vierges.
Joli !  :coeur: Ca m'évoque la fin des études, une nostalgie.

Citer
Allongé sur le dos une main derrière la tête l’autre étendue sur la place vide du lit la main à demi-ouverte sur une cigarette lâchée elle fume encore. Des cendres sur le blanc immaculé les jambes écartées une respiration inaudible fenêtre ouverte le temps s’est arrêté silence secousse sursaut brûlure inspiration râle expiration parquet drap toilettes moustique dos gratte reviens au lit.
Je pense que le manque de ponctuation est voulu mais sur deux phrases de suite c'est ptet un peu trop ?

Citer
Il est cinq heures. La fenêtre est ouverte sur la ville somnolente, sur nos corps et sur mon coeur endolori qui asphyxie sur le bord de notre lit défait, et je te regarde dormir. Il est sept heures. La fenêtre est ouverte sur le monde malheureux qui nous accueille de ses bras, et de ses bleus, sur toi qui reste au pieu pendant que mes rêves coulent comme il pleut, et je te regarde dormir. Il est midi. La fenêtre est ouverte sur tes paupières abaissées, sur la feuille et nos fesses blanches, sur la chaise je dessine des contours et des traits, j’imagine l’hiver et surtout l’été pendant que mes envies aux hanches élargies et mes rêves vêtus de robes de mariée sortent par la fenêtre se balader, et je te regarde dormir. Il est minuit. La fenêtre est fermée sur la chambre en désordre, sur notre histoire et nos remords, sur la journée terminée qui plie son tablier, et sur, moi, encore allongée. Il y a tout près ton corps nu et des nuées de pensées biscornues, et ma tête est tordue et je te regarde dormir. Je te regarde dormir et j’attends que les taffes s’entassent, que le joint se tasse, que la culpabilité et la cendre s’effacent, que les nuits et les jours passent, j’attends que tu m’enlaces. Mais tu dors.
Très chouette !  :coeur:
Mais, la personne dort vachement, non ? C'est un chat ou quoi ?  :D

Citer
pendant que le bus roule, et que sa mère la dépose en retard devant l’arrêt,
Je suis perdue. C'est qui "la" ?

Citer
baiser ta paume je voudrai, baiser violemment je voudrai, en-core
encore ?
Je pense qu'il faudrait utiliser le conditionnel (voudrais)

Citer
parce que le grand porte manteau me semblait se déplacer à grands pas
porte-manteau
au passage la phrase n'est pas très élégante et il y a répétition de "grands pas".

Citer
Cette nuit là
nuit-là

Citer
J’aurai voulu qu’un matin tu puisses sentir sur tes lèvres le goût fruité de ma tisane préférée.
J'aurais

Au final, c'est un chouette texte, bien écrit, de très belles images. Parfois un peu confus avec tes tournures de phrases originales, sans ponctuation. Parfois on s'y perd dans les énumérations, mais l'ensemble est agréable à lire.

Par contre, je suis déçue : ça parle pas des gommes... snif !  :s

Merci pour ce chouette texte !  :)





« Noone will know my name until it's on a stone » Eels, Lucky day in hell

Hors ligne Manu

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 543
Re : La nostalgie des gommes neuves
« Réponse #2 le: 18 Août 2025 à 14:10:53 »
Bonjour Camilleli

Comment dire, comment dire ? Mais d'abord, comment lire ? Je ne suis pas sûr d'avoir tout compris de l'architecture de ton texte, mais … je m'en fous. Je suis le lecteur et ma lecture m'a plu. J'ai eu l'impression d'un éclaté bien ordonné, un peu comme un kaléidoscope. Au début,  j'ai plongé dans l'inconnu de ce texte sans en comprendre la teneur … et puis, petit à petit, couleur après couleur, émotions après méditations, j'y ai trouvé mon chemin. Et c'était trop confortable, top routinier, alors  comme la protagoniste, dans un lit, sur une plage, en bus, à la maison où dans le métro, j'ai souhaité bifurquer pour emporter ces sensations avec moi dans un autre univers, pour voir si ces émotions décrites résistaient au gris du ciel ou à la toile d'araignée dans le coin de la chambre.

Et oui … oui … cela résiste. Le texte tient les routes. C'est un beau terne voyage : ces deux corps qui s'éloignent inexorablement. C'est un beau texte avec quelques très belles phrases :
de gommes qui n’auront vu aucune erreur.
mes envies aux hanches élargies
J’aurai voulu qu’un matin tu puisses sentir sur tes lèvres le goût fruité de ma tisane préférée.


Merci pour ce partage (qui m'a un peu foutu le bourdon tout de même … mais c'était peut-être ton but : balancer ta lessive sale sur les autres ! C'est du propre (si je peux me permettre)!)

 


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