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Le Monde de L'Écriture » Sous le soleil des topics » Archives croulantes » BlindText » 21e édition - Des histoires positives » Transmissions [BT 21 - Des histoires positives]

Auteur Sujet: Transmissions [BT 21 - Des histoires positives]  (Lu 2249 fois)

Hors ligne Rémi

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Transmissions [BT 21 - Des histoires positives]
« le: 31 Mai 2025 à 15:49:59 »
Transmissions


      Voilà, je quitte la route et emprunte le sentier caillouteux. À droite, après quelques dizaines de mètres, la ferme. Premier virage. La pente est raide et j’écoute les buissons qui chantent. Plus ça grimpe et plus je m’approche des parfums d’aubépine. Plus ça grimpe, plus je guette le moment où je vais me retourner et voir les dunes au loin et la mer derrière, fine bande de couleurs changeantes.
      Le soleil s’est caché et je souris. Je savoure le courant d’air frais qui glisse sur mes tempes à peine humides. Le rythme des battements de mon cœur s’accorde avec les stridulations des alouettes qui s’élèvent vers les nuages, plongent vers les champs, s’élèvent à nouveau. Ondulations dans le pré, j’aime le vent. Caresses sur l’orge naissant, festoiement de verts. Vagues dans le jeune blé, reflets presque bleus : images de Miyazaki. Un personnage va surgir. Sûrement. En courant ou sur un vélo, un grand sourire aux lèvres et les cheveux dans le vent…
      Pas encore au sommet de la colline, mes godillots font crisser les cailloux sur l’argile sèche. Les ravines sur le chemin descendent vers moi comme autant de souvenirs des orages de mai. Les criquets fuient ma foulée, un scarabée traverse au ralenti et je m’accroupis devant un feu d’artifice de coquelicots. Rouge éclatant, noir profond au centre. Je me redresse et me retourne. Les champs qui dansent, une mare et ses saules un peu plus bas, un triangle de colza jaune éblouissant, quelques pointillés de toitures ocre et enfin le cordon dunaire avant le trait gris opalescent de la mer.
      Ça remue derrière mon dos. Les vaches. Curieuses, elles se regroupent contre la clôture et me toisent de leurs yeux doux. Je voudrais glisser mes mains dans les boucles de leur encolure. Je pousse un petit meuglement, elles ne répondent pas. Elles ne répondent jamais. À peine leur regard se fait-il un peu plus curieux. Dans la profondeur de leur respiration chaude se blottit un monde de tendresse. Un veau s’approche.

      Quand j’entre dans la maison, le chat se glisse entre mes jambes, se frotte contre mes mollets nus. Une petite faim ou juste un peu d’amour ? Je lui gratouille le front, il se presse plus fort encore. Dans le séjour, Virginia m’attend.
— Alors, que m’as-tu rapporté ?
— Des trésors ! Tu aurais dû venir.
— Je n’aime pas être chahutée sur ce chemin, tu le sais.
— On aurait pu aller ailleurs.
— Je préfère voir le monde par tes yeux. Viens !
      Je m’approche de son fauteuil, m’accroupis et l’enlace. La transmission commence. Les odeurs, les gazouillis, le bruit pointu des cailloux, les vagues sur l’orge, la transpiration sur ma tempe, le souffle bovin, le reflet sur la mare, la danse des blés, les contrastes des coquelicots et le goût du sel… elle prend tout. Ses bras m’enserrent et les images glissent de mon corps vers le sien. Les images, les sons, les odeurs et le moindre frémissement de coquelicot.
      Ses mains appuient sur mes omoplates, nos corps se pressent l’un contre l’autre. Le flux n’est pas tari, elle prendra jusqu’à la dernière goutte de ce paysage : sons, images, parfums et le vent dans ma barbe. Voilà, elle a tout recueilli. Toutes les perceptions que j’ai vécues sur la colline vibrent maintenant en elle.
      Virginia pousse les roues de son fauteuil jusqu’à son chevalet de travail. Avoir perdu la vue et l’usage de ses jambes ne l’a jamais empêchée de créer. Elle pose les mains sur son clavier, plaque un accord et quelques variations en ré mineur. Ses doigts glissent ensuite sur la grande tablette numérique fixée à la verticale et des images colorées apparaissent. Sa main gauche joue sur les touches noires et blanches, sa main droite retranscrit en même temps des formes graphiques aux teintes de ma promenade. Sur l’écran apparaît peu à peu un paysage abstrait, fait de mes sensations. Des aplats scintillants, des lignes nettes, une harmonie de couleurs.
      Appuyé contre le plan de travail de la cuisine, une tasse de thé fumant entre les mains, j’admire ma merveille. Virginia tapote maintenant sur ses pads. Grosse caisse, caisse claire, cymbales et basse. L’architecture de sa rythmique modèle le tableau qui se forme sous ses doigts. Les boucles de sons s’entrelacent, l’écran s’anime en cadence et je suis hypnotisé. Foisonnement de vie dans cette œuvre plastique et musicale. Les couleurs se fondent, les jaunes et rouges saturés explosent devant les teintes douces et mêlées. Sans qu’aucune représentation figurative ne soit mise en avant, on décèle dans l’œuvre en création les vaches et leur douceur, le vent et sa fraicheur, les fleurs et les parfums. Et la mer au loin.
      Tandis que Virginia apporte les dernières touches à son tableau, faisant évoluer le rythme de sa musique et jouant sur des gammes harmoniques plus complexes, le bruit des pas de notre fille se fait entendre dans l’escalier. Voilà, Virginia a fini et Gabrielle s’approche. Elle attache ses cheveux, enlace sa mère, dépose un baiser sur sa joue, regarde l’écran et enclenche la lecture de l’œuvre. La musique résonne, le tableau vibre et Gabrielle se met à chanter. Sa voix légère s’élève. Les paroles qu’elle improvise contiennent  tous les éléments de ma balade et je reste ébahi. Il pleut sur la colline des pétales d’aubépine. Vent frais sur la peau, l’herbe sous les mains nues. La course du veau, l’alouette menue… Son chant rebondit sur les images, s’appuie sur la composition de Virginia, apporte une profondeur qui me met les larmes aux yeux. Lorsque la musique s’arrête, elle me regarde :
— J’aurais aimé parler du scarabée et de Miyazaki.
Virginia lui répond :
— J’ai beaucoup aimé ce contraste entre la lenteur de l’insecte et l’exubérance du personnage courant dans le vent. Ta chanson était très belle. Tu progresses de plus en plus vite !

      Le chat réapparait, saute sur les genoux de Virginia, Gabrielle le caresse entre les oreilles, j’embrasse les cheveux de ma merveille.

      Demain, j’irai courir dans les dunes.
« Modifié: 20 Juin 2025 à 22:14:21 par Rémi »
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Hors ligne Cendres

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Re : Transmissions [BT 21 - Des histoires positives]
« Réponse #1 le: 31 Mai 2025 à 19:45:51 »
Merci Game master pour ton récit,
Au début, tu nous racontes une randonnée et le plaisir qu'éprouve ton héros. Ensuite, il rentre chez lui. Il est heureux de retrouver sa compagne, puis ensuite sa fille.

Tu décris des moments de bonheur simple de la vie. Aimer la nature et sa famille.
« Modifié: 31 Mai 2025 à 20:09:49 par Cendres »
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne Earth son

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Re : Transmissions [BT 21 - Des histoires positives]
« Réponse #2 le: 31 Mai 2025 à 22:12:52 »
Hello GameMaster,

Quel joli texte (avec des phrases non verbales  :P) !
Transmission, oui, mais dans un sens inattendu.
Je dois avouer avoir eu du mal à comprendre le début puis tout se révèle doucement.
Par contre, la fin me paraît toujours un peu confuse : le création qui entremêle musique, couleurs et images… un peu de mal à appréhender cela. Bien qu’on soit un peu à côté du normal et que c’est donc normal de ressentir ça (ha ha !)

Merci

Hors ligne Basic

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Re : Transmissions [BT 21 - Des histoires positives]
« Réponse #3 le: 01 Juin 2025 à 08:45:31 »
Bonjour

Beau texte (trop beau ?)

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Je rajoute ce petit mot, l'idée de transmission est une bonne idée. Comme je suis bien un peu cynique, je me dis mais "ça ressemble à une sorte de vampirisation des émotions et où est le "consentement". Et puis je vois cette phrase à propos du chat "Une petite faim ou juste un peu d’amour ?".Je me dis encore, "l'auteur y a t-il pensé, ou inconsciemment ?"
Puis cette autre phrase " Je préfère voir le monde par tes yeux. Viens !"  Bien un peu violent comme injonction impérative, et puis, je me demande si c'est juste.

Le travail sur la description de l'oeuvre est très chouette. Il y a en science fiction des auteurs qui ont travaillé sur une idée de l'art dans le futur... certains artistes contemporains flirtent avec cette idée d'art total. 0 la radio j'ai écouté une chorégraphe qui mélait danse vivante et image virtuelle

B
« Modifié: 03 Juin 2025 à 06:22:53 par Basic »
Tout a déjà été raconté, alors recommençons.

Page perso ( sommaire des textes sur le forum) : https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=42205.0

Hors ligne Aponiwa

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Re : Transmissions [BT 21 - Des histoires positives]
« Réponse #4 le: 01 Juin 2025 à 10:56:07 »
Hello GameMaster,

Citer
Vagues dans le jeune blé, reflets presque bleus : images de Miyazaki.
:coeur:

Citer
Dans  le séjour, Virginia m’attend.
Un espace en trop

Rien d'autre à signaler. Très chouette, imagé, poétique, bien écrit, bravo ! :)

Merci pour ton texte ! :)
« Noone will know my name until it's on a stone » Eels, Lucky day in hell

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Transmissions [BT 21 - Des histoires positives]
« Réponse #5 le: 02 Juin 2025 à 11:06:43 »
Bonjour GameMaster,


Un texte où la poésie voyage avec l'insouciance. Tu racontes une partie de la vie du handicap mais aussi de la transmission des émotions.

Ce texte m'a touché et m'a fait penser aux voyages invisibles lors d'une lecture ou d'une séance de cinéma. Ça donne envie de redécouvrir la nature et de faire des promenades en vélo.


Merci à toi pour ce moment de lecture.

Et à bientôt pour la phase des révélations.

Hors ligne Ocubrea

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Re : Transmissions [BT 21 - Des histoires positives]
« Réponse #6 le: 04 Juin 2025 à 14:24:37 »
Bonjour, GameMaster !
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Dans l'ensemble, j'ai beaucoup aimé ce texte, empreint de douceur, de tendresse, d'amour, de tranquilité et de créativité.
J'ai passé un très bon moment en compagnie de tes trois personnages, même si j'avoue que la prouesse de Virginia me semble à la limite du crédible, peut-être un tout petit peu "trop" marquée, même si on implique une sorte de "don" surnaturel. J'aurais préféré qu'elle ne fasse que peindre, ou créer une musique, ou alors l'un après l'autre, et que ça lui prenne plus de temps... mais pas les deux à la fois, en deux temps trois mouvements. Idem pour sa fille qui arrive juste après et qui mentionne tout dans les détails, jusqu'à sa réflexion du Miyazaki ! J'aime beaucoup la complicité / connivence et le partage d'expérience entre les trois, mais j'aurais trouvé ça encore plus intéressant si chacun avait adapté les choses en fonction de son propre vécu ce jour-là, de sa propre personnalité, quitte à les déformer un peu.

C'est le seul petit bémol que je vois, tout le reste était très beau, très poétique !

Merci pour ce texte !

"Il est plus facile de jouer au mikado avec des spaghettis crus qu'avec des spaghettis cuits.” - Philippe Geluck.

Hors ligne Luna Psylle

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Re : Transmissions [BT 21 - Des histoires positives]
« Réponse #7 le: 04 Juin 2025 à 16:49:31 »
Salut !

Pour la forme :

Citer
Voilà, je quitte la route et emprunte le sentier caillouteux.
Surprise par Voilà en début de texte. J'aime beaucoup. Je trouve juste dommage cette virgule pour le séparer de la suite. Ce Voilà, ici, montre un point de vue interne, et l'expression d'un accomplissement, sauf qu'il lui manque une intonation d'accomplissement à ma lecture.

Citer
La pente est raide et j’écoute les buissons qui chantent. Plus ça grimpe et plus je m’approche des parfums d’aubépine. Plus ça grimpe, plus je guette le moment où je vais me retourner et voir les dunes au loin et la mer derrière, fine bande de couleurs changeantes à l’horizon.
J'aime les buissons qui chantent,
J'aime les parfums d'aubépine,
Qui nous imprègnent de l'ambiance.
J'aime la répétition de Plus je grimpe qui donne un rythme certain.

Citer
Le soleil s’est caché et je souris. Je savoure le courant d’air frais qui glisse sur mes tempes à peines humides. Le rythme des battements de mon cœur s’accorde avec les stridulations des alouettes qui s’élèvent vers les nuages, plongent vers les champs, s’élèvent à nouveau. Ondulations dans le pré, j’aime le vent. Caresses sur l’orge naissant, festoiement de verts. Vagues dans le jeune blé, reflets presque bleus : images de Miyazaki. Un personnage va surgir. Sûrement. En courant ou sur un vélo, un grand sourire aux lèvres et les cheveux dans le vent… Je suis bien.
Belle aquarelle.

Citer
Pas encore au sommet de la colline, mes godillots font crisser les cailloux sur l’argile sèche. Les ravines sur le chemin descendent vers moi comme autant de souvenirs des orages de mai. Les criquets fuient ma foulée, un scarabée traverse au ralenti et je m’accroupis devant un feu d’artifice de coquelicots.
La colline aux coquelicots des studios Ghibli, juste après les images de Myiazaki :-¬? ?

Citer
Quand j’entre à la maison, le chat se glisse entre mes jambes, se frotte contre mes mollets nus.
Plus habituée à lire j'entre dans la maison ou je rentre à la maison, mais moins à un mixe des deux.

Citer
Les odeurs, les gazouillis, le bruit pointu des cailloux, les vagues sur le blé, la transpiration sur ma tempe, le souffle bovin, le reflet sur la mare, la danse des blés, les contrastes des coquelicots et le goût du sel…
Double blé, ici ça me gêne un peu. Je me demande s'il n'y a pas moyen de mieux aménager cette phrase pour l'éviter.

Citer
Avoir perdu la vue et l’usage de ses jambes ne l’a jamais empêché de créer.
Empêchée

Citer
Elle attache ses cheveux, enlace sa mère dans son fauteuil, dépose un baiser sur sa joue, regarde l’écran et enclenche la lecture de l’œuvre.
Est-ce qu'il y a besoin d'insister sur le fauteuil ici ? J'ai l'impression qu'on perd en naturel.

Citer
Il pleut sur la colline des pétales d’aubépine. Vent frais sur la peau, l’herbe sous les mains nues. La course du veau, l’alouette menue…
J'ai une de mes deux comptines préférées en tête, maintenant :D
Vent frais...

Sur le fond :

Tout doux, belles images, jolie poésie.

Une bonne journée à toi !
If the day comes that we are reborn once again,
It'd be nice to play with you, so I'll wait for you 'til then.

Hors ligne Nacas

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Re : Transmissions [BT 21 - Des histoires positives]
« Réponse #8 le: 05 Juin 2025 à 13:38:34 »
Bonjour Gm

Les vices de forme avérés :
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Je suis sec de mots pour décrire ma lecture.
J'ai beaucoup (beaucoup) aimé le premier paragraphe. Et toute la première partie en général (avant "Quand j'entre à la maison"), quoique le nom propre Miyazaki me paraît une défection au devoir du texte, m'enfin. Elle m'a semblé douce, profonde et joyeuse. Profondément douce et joyeuse. Les paragraphes suivants, en revanche, se sont étiolés à chaque nouvelle apparition du "mot" [sensation]
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Comme si la retransmission de ces sensations, en tableaux en chants ou en que-sais-je, représentation, devaient arracher bout par bout tout ce qui avait été vécu, pour en faire quelque chose d'aveugle. Cela m'a rendu très triste. Je déteste cette dame en fauteuil. Je déteste cette fille, je déteste que le texte s'appelle "Transmissions" et pas "Meurtre des sensations".
J'enferme ma tristesse en moi, parce que je me doute bien que tu voulais une ambiance pour ton texte qui ne l'accueille pas.

J'ai été mis mal à l'aise, et le suis toujours à ma relecture de vérification.
Ce n'est pas que ce soit mal écrit, certes y'a des imperfections de forme que je ne sais pas identifier, parce que le vice du fond déboussole tous mes sens à la fois. "Vis, pour que je puisse créer" POUAH ! ça m'étouffe.
Si j'en fais une mauvaise lecture, pardonne-moi, et impute à cette mauvaise lecture la cruauté qui m'assaille.

Cela me fait penser, ce sentiment de malaise que le texte m'inspire, je crois qu'il est contenu dans cette dépossession consentie et totale de l'être vivant au profit de cet autre qui en fait "quelque chose de grand"
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

et, plutôt que d'en faire une lecture totalitaire décrivant le soldat s'adonnant entier (projets, ambitions, désirs ; corps, capacités physiques, capacités sociales ; conscience personnelle, conscience collective, liberté de pensée) à sa patrie qui lui dicte ce qu'il peut vivre ou non, ce qu'il doit aimer et vouloir etc. Je propose d'en faire une lecture de destruction pure et simple de l'individu. Ce qui était humain a "brisé son âme", est désormais golem de glaise et de chairs.
Alors soudain le malaise cesse d'être sous-jacent et dangereux, et redevient externe et intéressant, amical et déployé.

PS : Note également que le cynisme vorace qui fait à quiconque appeler ses enfants "ma merveille" est mis en exergue dans le texte par le fait que le même mot, dans le même contexte d'utilisation, désigne une première fois l'oeuvre, et une seconde fois l'enfant. Ce qui participe au malaise "La création déchiquette le vécu pour en faire du plastique" qui m'envahit.
(Je le remarque en relisant)

Un chouette texte, en somme, mais qui, il me semble, n'assume pas ses ambitions de destruction de l'individu et cela m'a mis mal à l'aise.
Faut pas garder de telles ambitions sous-jacentes, voyons !

Ah, le mot final "Demain j'irai courir dans les dunes" est super chouette


Frémissant,
Nacas
« Modifié: 05 Juin 2025 à 13:55:44 par Nacas »
Les restaurants sont à tous les étages au sommet de la pyramide sociale.

Hors ligne BAGHOU

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Re : Transmissions [BT 21 - Des histoires positives]
« Réponse #9 le: 05 Juin 2025 à 15:54:19 »
Bonjour,

Bien, bien tout cela et l'auteur saute aux yeux, du moins aux miens.

J'ai aimé, c'est tellement bien écrit, tellement bien raconté, les idées fourmillent presque à toutes les phrases. Du talent comme on en rêve. Et je ne fais pas la fine bouche, je prends tout et me laisse emporter par l'histoire et son ambiance. Un monde à part. Pfff... Je suis envieuse de ce savoir-faire qui donne aux mots le pouvoir de créer des images aussi parfaites.

Je ne m'arrête pas sur les petites imperfections, elles ne desservent pas l'ensemble.  8)
"La critique, art aisé, se doit d'être constructive." Boris Vian dans "Les chroniques du menteur".

Hors ligne Samarcande

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Re : Transmissions [BT 21 - Des histoires positives]
« Réponse #10 le: 08 Juin 2025 à 09:56:43 »
Salut Gamer,


quelques remarques au fil du texte.

Citer
images de Miyazaki. Un personnage va surgir. Sûrement. En courant ou sur un vélo, un grand sourire aux lèvres et les cheveux dans le vent… Je suis bien.
J'aime bien et j'aime pas à la fois. Dans le sens que la référence à Miyazaki est un peu abrupte pour moi dans le texte, mais en même temps elle m'évoque exactement ce que tu décris.
J'aimerais juste un peu plus de subtilité pour l'amener.

Citer
Voilà, je quitte la route et emprunte le sentier caillouteux. À droite, après quelques dizaines de mètres, la ferme. Premier virage. La pente est raide et j’écoute les buissons qui chantent. Plus ça grimpe et plus je m’approche des parfums d’aubépine. Plus ça grimpe, plus je guette le moment où je vais me retourner et voir les dunes au loin et la mer derrière, fine bande de couleurs changeantes à l’horizon.
   Le soleil s’est caché et je souris. Je savoure le courant d’air frais qui glisse sur mes tempes à peines humides. Le rythme des battements de mon cœur s’accorde avec les stridulations des alouettes qui s’élèvent vers les nuages, plongent vers les champs, s’élèvent à nouveau. Ondulations dans le pré, j’aime le vent. Caresses sur l’orge naissant, festoiement de verts. Vagues dans le jeune blé, reflets presque bleus : images de Miyazaki. Un personnage va surgir. Sûrement. En courant ou sur un vélo, un grand sourire aux lèvres et les cheveux dans le vent… Je suis bien.
   Pas encore au sommet de la colline, mes godillots font crisser les cailloux sur l’argile sèche. Les ravines sur le chemin descendent vers moi comme autant de souvenirs des orages de mai. Les criquets fuient ma foulée, un scarabée traverse au ralenti et je m’accroupis devant un feu d’artifice de coquelicots. Rouge éclatant, noir profond au centre. Je me redresse et me retourne. Les champs qui dansent, une mare et ses saules un peu plus bas, un triangle de colza jaune éblouissant, quelques pointillés de toitures ocre et enfin le cordon dunaire avant le trait gris opalescent de la mer.
   Ça remue derrière mon dos. Les vaches. Curieuses, elles se regroupent contre la clôture et me toisent de leurs yeux doux. Je voudrais glisser mes mains dans les boucles de leur encolure. Je pousse un petit meuglement, elles ne répondent pas. Elles ne répondent jamais. À peine leur regard se fait-il un peu plus curieux. Dans la profondeur de leur respiration chaude se blottit un monde de tendresse. Un veau s’approche.
Ce long passage tout descriptif en début de texte court n'est pas ce qui m'accroche vraiment, même si les images sont très belles et même si ces impressions  et sensations de tous ses sens que le narrateur recueillent sont parfaitement fonctionnelles à la suite du texte.
Je ne saurais pas comment faire pour lui donner un sens.
Peut-être un bref échange avec sa compagne au tout début, avant le départ ?

Citer
   Quand j’entre à la maison, le chat se glisse entre mes jambes, se frotte contre mes mollets nus. Une petite faim ou juste un peu d’amour ? Je lui gratouille le front, il se presse plus fort encore. Dans  le séjour, Virginia m’attend.
Tiens ? un chat et une phrase non verbale  ! :mrgreen:


Citer
Virginia pousse les roues de son fauteuil jusqu’à son chevalet de travail. Avoir perdu la vue et l’usage de ses jambes ne l’a jamais empêché de créer. Elle pose les mains sur son clavier, plaque un accord et quelques variations en ré mineur. Ses doigts glissent ensuite sur la grande tablette numérique fixée à la verticale et des images colorées apparaissent. Sa main gauche joue sur les touches noires et blanches, sa main droite retranscrit en même temps des formes graphiques aux teintes de ma promenade. Sur l’écran apparaît peu à peu un paysage abstrait, fait de mes sensations. Des aplats scintillants, des lignes nettes, une harmonie de couleurs.
Tout ce passage est un peu flou pour moi. Joue-t-elle de la musique ? dessine-t-elle ? Il me semble improbable qu'elle fasse les deux en même temps ? et si oui pourquoi? tout le début du texte est empreint de lenteur, du recuei de sensations methodique et il me semble que ce multitasking est un foisonnement trop brouillon pour moi.

Citer
   Appuyé contre le plan de travail de la cuisine, une tasse de thé fumant entre les mains, j’admire ma merveille.
Qui est la merveille ? Virginia? et si oui, pourquoi "ma" ? S'il s'agit de l'oeuvre, ce serait plutôt "notre".


Citer
  Tandis que Virginia apporte les dernières touches à son tableau, faisant évoluer le rythme de sa musique et jouant sur des gammes harmoniques plus complexes, le bruit des pas de notre fille se fait entendre dans l’escalier. Voilà, Virginia a fini et Gabrielle s’approche. Elle attache ses cheveux, enlace sa mère dans son fauteuil, dépose un baiser sur sa joue, regarde l’écran et enclenche la lecture de l’œuvre. La musique résonne, le tableau vibre et Gabrielle se met à chanter. Sa voix légère s’élève. Les paroles qu’elle improvise contiennent  tous les éléments de ma balade et je reste ébahi. Il pleut sur la colline des pétales d’aubépine. Vent frais sur la peau, l’herbe sous les mains nues. La course du veau, l’alouette menue… Son chant rebondit sur les images, s’appuie sur la composition de Virginia, apporte une profondeur qui me met les larmes aux yeux. Lorsque la musique s’arrête, elle me regarde :
   — J’aurais aimé parler du scarabée et de Miyazaki.
   Virginia lui répond :
   — J’ai beaucoup aimé ce contraste entre la lenteur de l’insecte et l’exubérance du personnage courant dans le vent. Pas forcément facile à caser… ta chanson était très belle. Tu progresses de plus en plus vite !
Très beau tout ce passage de creation comune, polyphonique et polysupport, de communication non verbale entre les personnages.
Très doux aussi.
J'ai aimé le mystpre et la simplicité de cette création.

Citer
Le chat réapparait, saute sur les genoux de Virginia, Gabrielle le caresse entre les oreilles, j’embrasse les cheveux de ma merveille
de nouveau ce ma merveille qui ne m'enthousiaste guère.

J'aime beaucoup lea phrase finale.

Malgré mes critiques et pinailleries, j'ai beaucoup aimé ce texte.
C'est une lecture très douce et heureuse qui me mettra de bonne humeur pour la journée.
Merci




«Trees are full of songs and we are not shy to seeing them.» (Elif Shafak - The island of missing trees)

Hors ligne Rémi

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Re : Transmissions [BT 21 - Des histoires positives]
« Réponse #11 le: 20 Juin 2025 à 22:10:27 »
salut à toustes :)

Désolé, j'ai tardé à vous répondre, mais il me fallait trouver une heure et demi de dispo avec un minimum d'énergie et de capacité de concentration ; ça court pas les rues dans mon agenda...

@Cendres
Merci de ton passage, oui il y a de l'amour dans ce texte

@Earth Son
Citer
Par contre, la fin me paraît toujours un peu confuse : le création qui entremêle musique, couleurs et images… un peu de mal à appréhender cela. Bien qu’on soit un peu à côté du normal et que c’est donc normal de ressentir ça (ha ha !)
oui, dès qu'on touche au fantastique, c'est pas évident (surtout sur un format court) de faire comprendre des phénomène non réels sans les expliquer ; faut jongler entre le "incompréhensible" et le "trop expliqué"

@Basic

Citer
Beau texte (trop beau ?)
trop beau dans le sens "trop choupinou" ?

Citer
comment s’approcher d’un parfum
il s'approche de l'endroit où il sait qu'il va sentir ces parfums (comme il guette le moment où il va se retourner pour regarder le paysage)

Citer
je virerais « à l’horizon », l’image est déjà conçue
ouaip !

Citer
les stridulations des alouettes qui s’élèvent vers les nuages, plongent vers les champs, s’élèvent à nouveau
Citer
(qui c’est qui a bossé dans l’atelier de répétition? Quel est l’effet recherché ?)
:D
l'effet, c'est que ce soit chouette à lire :)

Citer
La référence à Miyasaki est elle nécessaire aussi directement?
mouais, non... mais ça m'embête de pas faire référence à ces images (et j'aime bien le point de vue interne : "Un personnage va surgir. Sûrement. En courant ou sur un vélo, un grand sourire aux lèvres et les cheveux dans le vent" => ça n'a plus de sens sans citer Miyazaki

OK pour "sur" mes omoplates.

Citer
( bon, si je pense juste et savoir qui tu es… on va dire que c’est l’exposition d’un tableau peut-être un peu trop parfait, mélodieux, persos super positifs, bienveillants et tout, artistes de surcroît… avec Miyazaki par dessus. J’ai parfois ressenti ça dans tes textes, peut-être parce que je suis trop rugueux ou que je fuis peut-être quand c’est trop beau. Mais je me trompe peut-être et je ne suis pas avec le bon interlocuteur et puis, c’était la commande)
oui, c'est très mignon mignon ! Voir le commentaire de Nacas et ma réponse.
Y a moyen de faire un texte bien plus contrasté, c'est sûr.

Citer
( et en plus, il court)
:D Ouais, c'est très autobiographique (ma femme peint, ma fille chante, je cours et y a plein d'amour à la maison ^^)

Citer
Je rajoute ce petit mot, l'idée de transmission est une bonne idée. Comme je suis bien un peu cynique, je me dis mais "ça ressemble à une sorte de vampirisation des émotions et où est le "consentement". Et puis je vois cette phrase à propos du chat "Une petite faim ou juste un peu d’amour ?".Je me dis encore, "l'auteur y a t-il pensé, ou inconsciemment ?"
Puis cette autre phrase " Je préfère voir le monde par tes yeux. Viens !"  Bien un peu violent comme injonction impérative, et puis, je me demande si c'est juste.
oui, il y a clairement une violence sous-jacente. Voir réponse sur ce point ci-dessous.

Citer
Il y a en science fiction des auteurs qui ont travaillé sur une idée de l'art dans le futur... certains artistes contemporains flirtent avec cette idée d'art total. 0 la radio j'ai écouté une chorégraphe qui mélait danse vivante et image virtuelle
oui, c'est très chouette ce concept de croiser les disciplines artistiques

merci beaucoup pour ton commentaire, j'ai fait quelques modifs.

@Apo
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Citer
Dans  le séjour, Virginia m’attend.
Un espace en trop
bien vu
merci pour ton appréciation

@Alan
Oui, de l'insouciance. Voir ci-dessous la réponse pour un texte plus contrasté, plus violent aussi.

@Oba
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Citer
Plus ça grimpe et plus je m’approche des parfums d’aubépine.
Je trouve ça bizarre l'idée de s'"approcher" d'un parfum, parce que ça implique qu'il n'est pas encore là, qu'il est encore hors de notre portée, or ici on comprend plustôt que le parfum devient de plus en plus présent.
ouaip, c'est dommage que ça marche pas ; comme dit à Basic, c'est une histoire de point de vue. Le perso dit " je m'approche de l'endroit où y a de chouette parfum d'aubépine" (où il va se retourner pour regarder le paysage)

Citer
Alors personnellement j'ai mis du temps à comprendre qu'il/elle n'était pas en voiture, mais à pieds...
le texte :
Citer
Voilà, je quitte la route et emprunte le sentier caillouteux. À droite, après quelques dizaines de mètres, la ferme. Premier virage. La pente est raide et j’écoute les buissons qui chantent. Plus ça grimpe et plus je m’approche des parfums d’aubépine. Plus ça grimpe, plus je guette le moment où je vais me retourner et voir les dunes au loin et la mer derrière, fine bande de couleurs changeantes à l’horizon.
il peut pas trop être en voiture et entendre les oiseaux et attendre de se retourner pour regarder le paysage, si ?

Citer
Les vaches. Curieuses, elles se regroupent contre la clôture et me toisent de leurs yeux doux.
Citer
"toiser" et "yeux doux", c'est contradictoire.
mouais, toiser c'est aussi regarder avec attention
Mais les vaches ont de toute façon toujours des yeux doux.

Citer
Il m'a vraiment replongée dans des balades que j'ai pu faire proche de la côte, à la terre des deux caps par exemple.
oui, c'est là que ça se passe, dans l'arrière pays de Wimereux ^^

Citer
Eh bah, elle est douée, dis-donc !
oui, hein ! tant qu'à faire d'être un peu fantastique, c'est un peu SF aussi, le lien entre son "instrument" et elle

Citer
a prouesse de Virginia me semble à la limite du crédible, peut-être un tout petit peu "trop" marquée, même si on implique une sorte de "don" surnaturel.
oui, le côté fantastique est un peu fort, mais pour qu'une aveugle peigne, faut forcément un peu de fantastique...

Citer
J'aime beaucoup la complicité / connivence et le partage d'expérience entre les trois, mais j'aurais trouvé ça encore plus intéressant si chacun avait adapté les choses en fonction de son propre vécu ce jour-là, de sa propre personnalité, quitte à les déformer un peu.
oui, ce serait pas mal, c'est mon côté "fusionnel" qui ressort ^^

merci pour tes remarques :)

@ Luna
Citer
Surprise par Voilà en début de texte. J'aime beaucoup. ... Ce Voilà, ici, montre un point de vue interne, et l'expression d'un accomplissement,
content que tu l'aies vu
Pas sûr pour enlever la virgule...

Citer
La colline aux coquelicots des studios Ghibli, juste après les images de Myiazaki :-¬? ?
même pas fait exprès !!!

Citer
Plus habituée à lire j'entre dans la maison ou je rentre à la maison, mais moins à un mixe des deux.
ouaip, je change

Citer
Double blé, ici ça me gêne un peu. Je me demande s'il n'y a pas moyen de mieux aménager cette phrase pour l'éviter.
oui, normalement c'est blé + orge ; je change

Citer
Est-ce qu'il y a besoin d'insister sur le fauteuil ici ? J'ai l'impression qu'on perd en naturel.
ouaip, je vire

Merci pour le coup de main, j'ai fait les retouches.

@Nacas

Citer
il se presse plus fort encore
Citer
(il ne s'est pas frotté fort avant, "il se presse plus fort" suffit tout à fait ici)
hé ben justement, on apprend qu'il s'était frotté fort !
Et pour le rythme, je préfère garder ce "encore"

Je vire :
 "— Que c'est bon."
et
"Je suis bien."
et
"Pas forcément facile à caser… "
 mais je garde l'amour du chat.

Les autres "vices de forme" ne me sautent pas aux yeux.

Citer
J'ai beaucoup (beaucoup) aimé le premier paragraphe.
oui, moi aussi j'aime bien le début et la suite me plait moins

Citer
Les paragraphes suivants, en revanche, se sont étiolés à chaque nouvelle apparition du "mot" [sensation]

Citer
les perceptions que j’ai vécues
Citer
Foisonnement de vie dans cette œuvre plastique
Citer
on décèle dans l’œuvre en
Citer
enlace sa mère dans son fauteuil
de quel mot [sensation] tu parles ?
(dans son fauteuil a dégagé)

Voilà pour les points de forme.

Pour ce qui est d'un texte qui pourrait être plus violent :
Citer
Comme si la retransmission de ces sensations, en tableaux en chants ou en que-sais-je, représentation, devaient arracher bout par bout tout ce qui avait été vécu, pour en faire quelque chose d'aveugle. Cela m'a rendu très triste. Je déteste cette dame en fauteuil. Je déteste cette fille, je déteste que le texte s'appelle "Transmissions" et pas "Meurtre des sensations".
D'abord, j'ai pas compris le "je déteste", et puis j'ai capté et au final, ça m'a fait marrer.

C'est marrant que la première partie du texte ou moi Rémi, je transmets mes sensations sous forme de texte, tu aimes et que cette transmission des sensations par des artistes à travers la musique ou la peinture, tu trouves ça triste.

Citer
le vice du fond déboussole tous mes sens à la fois. "Vis, pour que je puisse créer" POUAH ! ça m'étouffe.
Alors ça, oui, c'est extraordinairement triste. Mais si ce personnage ne peut ni se déplacer, si voir le paysage, c'estgénial qu'un don surnaturel ou un truc fantastique quelconque (en tout cas pas expliqué ici) puisse lui faire ressentir ce paysage.

Citer
Cela me fait penser, ce sentiment de malaise que le texte m'inspire, je crois qu'il est contenu dans cette dépossession consentie et totale de l'être vivant au profit de cet autre qui en fait "quelque chose de grand"
c'est visible là :
Citer
—  Viens !
Citer
elle prend tout.
Citer
aux teintes de ma promenade.
Citer
fait de mes sensations.
Citer
j’admire ma merveille.
Dépossession consentie et totale de l'être vivant au profit de cet autre => rien ne dit que le type qui transmet "perde" les sensations qu'il a vécues.
Mais, oui, ce "Viens !" (que basic a remarqué aussi) traduit une impatience, la meuf va se taper un fix, elle a besoin de cette drogue (elle prend tout). Pour moi, s'il y a un malaise, il est là : la femme coincée dans son fauteuil, aveugle, est très dépendante des autres (le type, sa fille sûrement aussi) pour avoir des sensations visuelles des paysages (mais le type lui a proposé de venir, profiter de l'air, des sons, des odeurs, de la lumière sur la peau...).

S'il fallait rendre le texte moins lumineux, plus réaliste, c'est dans cette douleur-là à mon sens qu'il faudrait creuser. Et le type ne peut pas être simplement heureux de lui filer la came, il doit s'en vouloir d'être un dealer, et se poser des questions sur les sensations qu'il emmagasine (est-ce que c'est les bonnes ? est-ce qu'il peut se balader de façon insouciante sans se demander s'il est en train de faire une "récolte" ?).

Citer
plutôt que d'en faire une lecture totalitaire décrivant le soldat s'adonnant entier (projets, ambitions, désirs ; corps, capacités physiques, capacités sociales ; conscience personnelle, conscience collective, liberté de pensée) à sa patrie qui lui dicte ce qu'il peut vivre ou non, ce qu'il doit aimer et vouloir etc. Je propose d'en faire une lecture de destruction pure et simple de l'individu.
Je sais pas si ce que j'ai écrit au-dessus répond à ce que tu dis ici.

S'il y avait totalitarisme, ça pourrait être à travers l'exigence de la femme envers le type pour avoir des "récoltes de sensation" de plus en plus "riches" (elle veut de la bonne came) // soumission du gars qui ne peut faire les balades qu'il veut, penser ce qu'il veut pendant ses balades, mais doit collecter des sensations "merveilleuses" qu'il en ait envie ou pas. (genre il regarde les coquelicots, il respire le parfum des aubépines parce que s'il le fait pas, il va se faire engueuler ; et non seulement il regarde les coquelicots et respire les aubépines, mais il doit le faire avec plaisir pour ensuite transmettre ce plaisir et ces sensations).

Tu en dis quoi ?

Tu as écrit :
Citer
Ce qui participe au malaise "La création déchiquette le vécu pour en faire du plastique" qui m'envahit.
Indépendamment de ce texte, l'oeuvre de l'artiste (texte, peinture, musique...) s'appuie sur son vécu, non ? En quoi y a-t-il déchiquettage ?

Et je capte pas bien le malaise sur "ma merveille"... tu vois quoi comme différence avec "mon amour" ? (mon amour = la personne que j'aime / ma merveille = la personne qui m'émerveille)

Voilà, voilà. J'avoue l'écriture d'un texte plus noir sur les bases de notre discussion me tente. à voir si je trouve l'énergie et le temps...

Un grand grand merci pour ce commentaire Nacas, en tout cas. Tu as une capacité à me secouer, à trouver des angles de lecture enrichissant et à exprimer tes commentaires de façon si vivante et expressionniste qui m'émerveillera toujours. Je t'envoie plein de bisous (certains baveux, d'autres tout doux et les derniers chargés de piquants ^^)

@Baghou
Merci pour ton commentaire, y a encore du boulot pour que mes textes me plaisent, tu sais. On doit tous encore bosser (et les réponses aux commentaires le montrent)

@Samarcande
Citer
J'aime bien et j'aime pas à la fois. Dans le sens que la référence à Miyazaki est un peu abrupte pour moi dans le texte, mais en même temps elle m'évoque exactement ce que tu décris.
J'aimerais juste un peu plus de subtilité pour l'amener.
ouaip, je suis d'accord, de la subtilité...
Là, c'est une phrase non verbale, genre pour dire que c'est ce qui arrive direct dans la tête du narrateur. à voir mais j'ai pas d'idée  :'(

Citer
Je ne saurais pas comment faire pour lui donner un sens.
Peut-être un bref échange avec sa compagne au tout début, avant le départ ?
j'y avais pensé en écrivant le texte
Genre sa compagne qui lui souhaite une bonne "récolte" au moment où il part

Citer
Tiens ? un chat et une phrase non verbale  ! :mrgreen:
:mrgreen: grillé !

Citer
Tout ce passage est un peu flou pour moi. Joue-t-elle de la musique ? dessine-t-elle ? Il me semble improbable qu'elle fasse les deux en même temps ? et si oui pourquoi? tout le début du texte est empreint de lenteur, du recuei de sensations methodique et il me semble que ce multitasking est un foisonnement trop brouillon pour moi.
Comme dit au-dessus, le côté fantastique est amené de façon direct, sans aucune explication (ni de ses capacités surnaturelles, ni de la technologie qui lui permet de communiquer avec cette machine qui convertit des accords au piano en couleurs et des gestes en formes et textures). Faudrait réussir à expliquer ça en quelques mots sans que ça fasse trop "tell". Bref, pas facile. Mais je suis d'accord, c'est un peu foireux.

Citer
   
Citer
Appuyé contre le plan de travail de la cuisine, une tasse de thé fumant entre les mains, j’admire ma merveille.
Qui est la merveille ? Virginia? et si oui, pourquoi "ma" ? S'il s'agit de l'oeuvre, ce serait plutôt "notre".
Cf ci-dessus, le narrateur dit "ma merveille" comme on dit "mon amour".
Mais je comprends bien que ce possessif fasse possessif et que ça sonne "mâle dominant". Bref, je vais changer ça.

Citer
C'est une lecture très douce et heureuse qui me mettra de bonne humeur pour la journée.
comme Nacas  :D

Merci Sam !
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Hors ligne Basic

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Re : Transmissions [BT 21 - Des histoires positives]
« Réponse #12 le: 21 Juin 2025 à 06:09:39 »
Bonjour

une précision donc, et je te remercie de nous avoir adressé cette réponse longue et détaillée. C'est bien ça le forum, s'autoriser le dialogue voir ( comment on dit "dialogue à plusieurs", )

trop beau, peut-être parce que ça manque de "grain de sable" ( c'est pour ça que j'aime bien la phrase sur le chat), un peu comme la réf à Myasaki qui est bien entendu un artiste magnifique mais qui est devenu symbolique de tout un courant de pensée ( pour faire très simple : écolo gaucho... case dans laquelle je m'assoie, bien entendu) et du coup "trop" évidente, usée, too much
Pour l'art totale... là où j'en suis comme on assiste à un courant de détatouagement, je me demande si il ne faudrait pas s'intéresser à la déiatisation de l'art avant que ça ne s'installe pas trop. Etre dans un spectacle de danse avec des lunettes virtuelles n'est ce pas trop près du bord ?
J'ai un pote qui était vidéaste, en ce moment il travaille sur des images fixes, c'est lui qui les prend en photo, ensuite il les met dans sa machine, zoom un peu au pif, coupe, lance les effets... quand il y a un truc qui lui plait, il arrête, bon c'est lui qui arrête. Le résultat te saute aux yeux. Est ce que c'est lui ou la machine qui crée ? Est ce que ce n'est pas que de la conso d'effets, d'image ?
Est ce que ce qui est touchant dans l'art ce n'est pas la part maudite ?c C'est à dire tout l'engagement, le "travail" offert pour un simple approche de l'indicible... bien sûr, il y a des outils... bien sûr, il y a le hasard... vaste sujet.

B

B
« Modifié: 21 Juin 2025 à 06:12:46 par Basic »
Tout a déjà été raconté, alors recommençons.

Page perso ( sommaire des textes sur le forum) : https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=42205.0

Hors ligne Nacas

  • Prophète
  • Messages: 952
  • Dragon d'encre
Re : Transmissions [BT 21 - Des histoires positives]
« Réponse #13 le: 22 Juin 2025 à 18:10:20 »
J'hésitais à envoyer un message privé mais, je ne suis pas un chevalier de la nuit (même si j'aimerais) je ne suis que son servant et il fait jour.

On m'a refusé, par deux fois, un duel, et j'en suis plein de gratitude parce que je devrai arracher alors ma rage sous le Gibet Lunaire.
Puisque Rémi est trop raisonné
Et mes assauts trop invraisemblants.

Bref, je suis d'humeur belliqueuse. Je commente donc le texte de Basic, qui me précède.

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Rémi je planche pas encore de mon côté, sur le texte, mais en vrac pour l'instant un peu de réponses rationnelles :

Citer
hé ben justement, on apprend qu'il s'était frotté fort !
Je me renfrogne et grommelle, campe ma position.
Citer
"Pas forcément facile à caser… "
yep, c'était le bout en trop je pense aussi
Citer
mais je garde l'amour du chat.
Tu sais bien que cela te perdra
Citer
Les autres "vices de forme" ne me sautent pas aux yeux.
Je pense qu'ils sont sous-jacents et/ou interprétables, je ne les ai plus en tête (donc ils m'ont échappé et se sont mêlés avec le corps du texte, kindly)
Citer
oui, moi aussi j'aime bien le début et la suite me plait moins
Fallait effacer la suite alors  :huhu:
Citer
de quel mot [sensation] tu parles ?
La présence du corps du type ! Avec le recul, je dirais que vu que la première partie du texte lui donne tant la part belle, la bichonne et l'accompagne, et vu que la seconde la subordonne à sa restitution (transmission), chaque nouvelle apparition/mention, patente ou sous-jacente, des sensations incarnées (=/du corps) du personnage m'entraînaient dans l'abîme qu'a pris pour moi la place de la Transmission.
Citer
(dans son fauteuil a dégagé)
Très bonne idée en réalité, je n'y avais pas pensé. Il faut du punch et du non-dit en masse par là imho
Citer
ça m'a fait marrer.
C'était le but ! ^^
Citer
Alors ça, oui, c'est extraordinairement triste. Mais si ce personnage ne peut ni se déplacer, si voir le paysage, c'estgénial qu'un don surnaturel ou un truc fantastique quelconque (en tout cas pas expliqué ici) puisse lui faire ressentir ce paysage.
étrangement, je me retrouve d'accord avec toi. En fait, j'aimerais que cela soit le coeur du texte. Dans les citations suivantes tu dis que le coeur du texte pourrait être plus triste, et à ma première lecture j'n'arrivais pas à mettre les doigts dessus mais j'ai trouvé ce qu'il se passe (je crois). :Le centre du texte actuellement, c'est l'émerveillement. En particulier l'émerveillement, la joie, le grandiose, de cette Transmission de ces sensations du perso, transmises à celle qui ne peut les ressentir. Je trouve ça inapproprié (le jugement est arbitraire), j'adorerais que le centre soit, précisément, cet état de fait qu'elle ne peut pas ressentir par elle-même. Et ce nouveau centre n'est pas forcément triste, puisque comme tu le dis qu'elle puisse finalement ressentir par autrui c'est génial. Un exemple pour étayer mon propos : le clip Shelter de Madeon, fait exactement cela. Dégager "ouah! trop beau ! trop cool! tout grandiose !" du centre du texte, et mettre à sa place (sa juste place !) la situation réelle : "Il peut, elle ne peut pas, il peut lui partager ce qu'il [vit]". Rien que de l'écrire, j'ai des frissons qui s'éveillent qui courent.
Citer
rien ne dit que le type qui transmet "perde" les sensations qu'il a vécues.
SI !! Tout le texte dit. L'attention extrême portée à ses sensations, dans toute la première partie, est éteinte dès l'apparition de l'amour du chat, et sombre de plus en plus en importance pour se décaler vers une description raisonnée et rationnelle (distante même, avec les description-de [ce que l'oeuvre fait ressentir]) de ce qu'elles sont transmises. Peut-être pas explicitement, mais dans les faits, il vivait (1ere partie), il ne vit plus (2eme partie). Je pense, je ressens cela plus signifiant qu'un simple changement de focus. Si j'extrapole, peut-être, alors j'aurais partiellement tort sur ce point.
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ce "Viens !" (que basic a remarqué aussi)
J'avais l'impression d'être super sagace quand je l'ai remarqué, et carrément subversif en axant mon commentaire autour, puis j'ai lu que Basic (1er commentateur que je lisais) le remarquais aussi et je me suis dit : "Mince je suis Basicq!" et "YESS ! Je ne suis pas fou et Basic l'a vu aussi !" à deux doigts de lancer une coalition ^^  [|PS : Mais comme dit juste plus haut : je suis ultra réjoui de voir mentionné l'Indicible comme définition du coeur de l'art, ça me rend heureux|]
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des sensations visuelles des paysages
Il me semblait (et j'ai ressenti comme ça) que les sensations n'étaient pas uniquement visuelles justement, loin de là, et cela m'avait plu.
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moins lumineux, plus réaliste
Gaffe oxymore.
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c'est dans cette douleur-là à mon sens qu'il faudrait creuser
"creuser" et "douleur", "creuser dans la douleur". Arrête, tu vas me faire frémir (d'excitation) ((sans edgyness non-nécessaire, les image sont fortes et voilà tout : de la roche dans laquelle on creuse et en fait c'est de la douleur, sur nos doigts sous nos ongles))
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(est-ce que c'est les bonnes ? est-ce qu'il peut se balader de façon insouciante sans se demander s'il est en train de faire une "récolte" ?).
J'comprends pas la révolte ici, mais t'as pas l'air d'être le seul avec un complexe de la révolte, dont les plus grands, donc je te laisse le poser.
Citer
Je sais pas si ce que j'ai écrit au-dessus répond à ce que tu dis ici.
Partiellement, mais je pense m'être exprimé partiellement également. Je voulais dire que je pense qu'on peut considérer le fascisme comme un "Don total de ses [ambitions, etc.]", et que donc (aussi de gauche que l'on soit) il est bon d'être, sinon vigilant, au moins éveillé à cela lorsqu'on présente un tel don de quelqu'un à quelque chose. (|Cadeau bonus : vous pourrez dire à votre être aimé "Je t'aime totalitaire", que vous pourrez préciser éventuellement : "Tu es mon fascisme pour lequel je vivrai, mourrai, tuerai de mes mains Dieu lui-même, sans question pour la survie de mes ambitions" de ma part|)
Citer
S'il y avait totalitarisme, ça pourrait être à travers l'exigence de la femme envers le type pour avoir des "récoltes de sensation" de plus en plus "riches" (elle veut de la bonne came) // soumission du gars qui ne peut faire les balades qu'il veut, penser ce qu'il veut pendant ses balades, mais doit collecter des sensations "merveilleuses" qu'il en ait envie ou pas. (genre il regarde les coquelicots, il respire le parfum des aubépines parce que s'il le fait pas, il va se faire engueuler ; et non seulement il regarde les coquelicots et respire les aubépines, mais il doit le faire avec plaisir pour ensuite transmettre ce plaisir et ces sensations).
J'invalide et fronce les sourcils et fais un pas-sourire de contrariété. Il y a des totalitarisme bien moins simplistes et caricaturaux que je trouve beaucoup plus impériaux. Ce serait rigolo sinon, ce que tu décris.

Citer
Tu en dis quoi ?
J'en dis xoxo

Citer
Tu as écrit :
Citer

Citer
    Ce qui participe au malaise "La création déchiquette le vécu pour en faire du plastique" qui m'envahit.

Indépendamment de ce texte, l'oeuvre de l'artiste (texte, peinture, musique...) s'appuie sur son vécu, non ? En quoi y a-t-il déchiquettage ?
Erk, je peux faire un plan en trois parties argumentées ? Il faudrait que je trouve 4 heures qui traîneraient quelque part, et je pourrais sérieusement.
En gros, je pense que l'oeuvre de l'artiste retranscrit le vécu, ou bien ne lui appartient pas, au vécu (le vécu n'en est alors pas le coeur, pourquoi pas un socle par exemple). Il y a déchiquettage lorsque le vécu justifie l'oeuvre/l'oeuvre constitue le vécu. Mais évidemment, on n'empêche aucun être vivant de vivre en permanence, alors... il y a beaucoup de recouvrements qui font du bruit-parasite à mon propos. Et de belles choses à écrire.

J'en profite pour glisser une def de l'art, afin d'accompagner Basic dans cette entreprise bien sûr :
L'art est l'arpentage d'un domaine de dimension infinie, par un être dont la constitution est de dimension finie. (L'oeuvre, c'est la trajectoire !)
L'avantage de cette def est que la vie d'une personne, la façon dont elle a vécu peut absolument oui être considérée comme une oeuvre d'art. Et l'art ne présuppose pas sa restitution. Il erre dans les étoiles.
(et tu erres dans mon coeur)
(nan)

Citer
Et je capte pas bien le malaise sur "ma merveille"... tu vois quoi comme différence avec "mon amour" ? (mon amour = la personne que j'aime / ma merveille = la personne qui m'émerveille)
Merveille est fabriquée, Amour est vécue.
Ta def fonctionne en revanche, je ne voyais pas le mot merveille comme issu du verbe émerveiller. Le champ lexical de "Merveille" me plaît moins dans ce contexte, de façon un peu arbitraire je le reconnais.

Je prends tes piques et m'en badigeonne la face, Rémi.
merci!


Voilà pour les réponses rationnelles. J'ai du temps à donner, aujourd'hui, tiens.


Je vais essayer de finir ce que j'ai promis à Elk à demi-mot. En fait je pensais avoir genre 1-2h d'enregistrements, mais j'aurai certainement 10-20h, c'est ça qui prend du temps pardon mon Élan inconnue.

Temporellement,
Nacas
« Modifié: 24 Juin 2025 à 00:48:35 par Nacas »
Les restaurants sont à tous les étages au sommet de la pyramide sociale.

 


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