Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

06 novembre 2026 à 23:46:13
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Effacement

Auteur Sujet: Effacement  (Lu 1539 fois)

Hors ligne despinozaalfonso

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Effacement
« le: 29 mai 2025 à 05:04:27 »
Effacement


Il s'agit pas ici d'un roman ou d'une nouvelle, juste une simple tentative.
Je suis partie d'un paragraphe et j'ai fini avec 3 pages.
Commentaires souhaités : j’ai surtout besoin de sincérité. Ce qui m’importe, ce sont les remarques sur la manière dont c’est écrit (j’évite volontairement de parler style). Je sais que ce n’est pas un sujet facile, et j’ai conscience que certain(e)s peuvent être dérangé(e)s — alors ne vous privez surtout pas. À ce stade, avec ce chapitre, ce sont surtout vos impressions sur les relations et la cohérences de l'histoire qui m’intéressent vraiment.



Attention texte explicite

Au salon de coiffure où je fonctionne maintenant, ça parle de moi. Le matin aussi, et le soir. Être nouveau ici, c’est pas coton : je côtoie le monde féminin. J’essaie péniblement de m’adapter à cette nouvelle profession. Au départ, tout m’avait semblé si simple, je m’accommodais naturellement des clientes, de la petite besogne. Il le fallait. Ça ne me gênait pas. Ma présence non plus, ça ne les gênait pas. Pour ma responsable, Agathe, en revanche, ma présence dans ce salon tenait presque du miracle. Elle se méfiait, et je comprenais assez bien ses préoccupations. J’étais, dans ce salon, le seul homme. Et les conditions de mon embauche ne facilitaient pas les choses. C’était un coup bien imaginé par mon paternel. J’avais déjà tout essayé avec toujours la même conclusion : mon licenciement. J’étais le guignon. L’idée de zoner seul à la maison ou dans les rues à ne rien faire ne l’enchantait pas, alors il m’a présenté l’affaire avec le plus grand soin, en s’assurant au passage que je saisisse les enjeux :
— Demain, c’est ton entretien chez Solange. Ne me déçois pas, elle a bien voulu de toi. C’est une faveur qu’elle me fait. Et puis, pense à ton avenir, ça te permettra de te faire un peu d’expérience dans le milieu de la vie. De faire quelque chose de la vie. Essaie de pas te faire virer cette fois, qu’il me répétait. Je m’étais résolu depuis un peu à ne plus lui causer d’ennuis.
Mon travail dans ce salon consisterait aux simples tâches : passer les outils quand on me le demandait, ramasser ce qui traînait ici et là. Un travail tout ce qu’il y a de plus ordinaire et d’ingrat. J’en avais connu, moi, des choses ingrates, mais celles-là, au moins, éveillaient quelquefois une certaine curiosité érotique. D’aussi loin que je pouvais me projeter dans cette aventure, je n’y voyais pas beaucoup d’intérêt professionnel.
Il spéculait mal sur mon avenir, mon paternel, faut le dire. Ce qui me motivait, moi, c’est les trains, rien de plus. Une manie que je me traîne depuis tout petit. Me mettre dans ce salon de coiffure pour femmes, ça lui facilitait grandement la tâche pour se trafiquer une belle romance avec la patronne, bien à l’abri du monde. Ils avaient sympathisé depuis peu. Question de lui faire plaisir, elle proposait de m’embaucher, faute de mieux. Ça a dû se faire juste après mon récent déboire à la librairie.
Au début, il passait au salon, j’étais son alibi, laissait sa commission en s’en allant à son travail. Le soir, ils étaient encore occupés après le dîner ou une promenade dans la ville. De jour en jour, elle s’est raréfiée au salon, alors elle délégua ses charges à Agathe, ma cheffe. Tâche qu’elle s’est empressée d’assurer avec bien plus d’habileté et de minutie dans les affaires. Elle la tenait régulièrement au courant, et quand l’idée lui prenait de remettre les pieds au salon, ma cheffe, une vicieuse, s’employait avec une extrême ténacité à lui enlever le poids de la culpabilité.
Du même coup, pour garder les apparences, elle passait à l’improviste, bavardait un peu avec les clientes, des habituées de longue date qu’elle connaissait. Histoire de s’assurer que personne n’avait vent de son histoire avec mon père, en dehors de ma cheffe et moi.
À la fin, lorsque la dernière des commères était pleinement satisfaite des croquis divers qu’elle avait amassés sur la vie des gens, elle remerciait ma cheffe. En partant, elle me laissait un pourboire rempli de toute l’affection dont les femmes savent faire usage. Elle ne manquait pas non plus de me toucher la joue. D’autres femmes, bientôt, se mirent à l’imiter. Ces affectivités sans sexe me faisaient tout drôle, et ça m’émouvait jusqu’au prépuce. Après quoi, j’étais gêné. C’est toujours dans ces moments-là que ma patronne — Solange, c’est comme ça qu’elle préférait que je l’appelle — venait me solliciter. Pas très imaginative, elle tentait tant bien que mal d’exploiter mes faiblesses. Décidément, j’étais devenu bien trop complaisant avec tout le monde, et elle le savait.
Alors pour m’en sortir, j’affabulais comme un voleur qu’on vient de serrer à la préfecture. Je lui racontais des histoires, des belles et des sordides aussi, sur mon paternel, histoire de la contenter un peu plus — puisque je m’étais mis à tout débiter — je la renseignais sur ses goûts, comment il les aime, ses femmes. Je la tuyautais aussi sur les astuces qu’il fallait avoir pour pas l’ennuyer. Mes petites fables entretenaient sa curiosité envers mon paternel, le temps de la séance.
Puis ça recommençait, la séance d’après, et encore celle d’après. À ce rythme, et étant plutôt maladroit niveau imagination, je résolus donc de me documenter un peu sur les gens, sur la manière de les contenter — et de me satisfaire par la même occasion. Je besognais fort adroitement pour faire parler mes commères, miséreuses avides de désir. Tout ce que j’avais à faire, c’était de les lancer. Le reste, elles se débrouillaient pas trop mal pour me renseigner. À les entendre, je compris qu’elles s’enfermaient dans une espèce de luxe extérieur. Y’avait tout à refaire à l’intérieur. Les fulgurances de ma pensée les amusaient bien. Pas autant que ma cheffe.
Alors elle me prenait par la main, en aparté, pour me recadrer. Les tentatives pour me dédouaner n’arrangeaient rien. — Tu es là pour travailler, pas pour parler aux clientes !, qu’elle me lâchait, pour contrer mon argumentaire. Cette scène de remontrance durait encore un moment avant de s’arrêter brusquement quand mon absence auprès des clientes s’éternisait. La première cliente qui se plaignait nous remettait aussitôt au travail.
Après m’être fait un peu à la place, sous la surveillance de ma bonne cheffe, les choses prirent une tout autre tournure. Ça s’est gâté bien plus vite que lors de mon précédent boulot, à la librairie Saint-Joseph. Les clientes, elles, étaient devenues plus faciles et encore plus affectives avec moi. Du moins, je me le persuadais. Un trait du caractère féminin mal compris. Elles se laissaient aller, écartant bien trop souvent les jambes pour me laisser apprécier le résultat de mon travail — qu’elles me disaient après un maillot bien fait. Je ne tenais plus en place. Me sachant épié par ma bonne cheffe, il me fallait prétexter, bien péniblement, une pause dans l’intimité des toilettes publiques de l’autre côté de la ville pour fumer une cigarette, mieux m’accorder au réel, sans grande réussite. J’avais bien des envies inachevées.
Au retour, je trouvais de bonnes justifications pour mon retard — j’étais passé maître dans l’affaire. Ma cheffe, elle, ça ne l’émouvait que moyennement, mes élucubrations. Elle me trouvait bizarre, et elle ne se cachait pas pour me le faire remarquer. Elle me rappelait également qu’elle ne m’aurait jamais embauché si ça n’avait tenu qu’à elle. J’étais là uniquement à cause de mon paternel, et que lorsque Solange se serait lassée de lui, les choses reprendraient leur disposition. D’autres menaces suivaient, sur mon licenciement, en cas de mauvaise conduite.
Ma cheffe et moi étions à mi-distance de la misère. La sienne de misère, elle s’en contentait pour dire les choses, la supportait même, question de vocation ça devait être. Elle pratiquait le métier depuis plus de 6 ans, toujours chez Solange, elle connaissait presque tous les alentours, les déboires et les succès dans les affaires des uns et des autres. Elle lisait dans les gens aussi bien qu’une diseuse de bonne aventure. Une seconde nature chez elle.
La mienne de misère me causait bien plus de mal que de bien. Surtout à mon paternel, faut bien le dire. Un type soucieux de son image. À 27 ans, toujours puceau, j’avais connu la femme autrement que dans des distractions vaguement hygiéniques des films pornographiques. À la librairie où je fonctionnais avant, ma cheffe, moins diabolique et moins suspicieuse à mon égard, m’avait pourtant surpris trafiquant des mauvais rêves dans les toilettes des femmes. Le lendemain, j’étais débauché. J’essayais de me justifier tant bien que mal sur la nature de ma pratique, qu’il n’y avait rien d’alarmant qui motivait mon licenciement. C’était là un acte inadmissible auprès de ma cheffe, ce sont les mots qu’elle avait employés pour expliquer l’affaire à mon paternel. « Votre fils est un peu inadapté à la vie en société, monsieur. C’est pas une première, ni même la deuxième, je l’aurais gardé dans certaines circonstances, mais il faut bien que je pense à la clientèle, je ne veux pas mettre la clef sous la porte », qu’elle rajoutait pour finir mon portrait. Elle assurait à mon paternel que cet incident resterait entre eux, qu’il fallait mieux m’encadrer.
L’effet sur mon paternel était toujours le même, mais je devais contextualiser pour qu’il comprenne mieux l’histoire. J’expliquais ce qui m’avait pris de rentrer chez les femmes, une envie pressante de me soulager. Je ne savais pas différer mes envies pressantes. De mon histoire, ce qui le mettait mal à l’aise, c’était que je ne sois pas assez masculin. Puis me recadrait comme font tous les pères : « C’est pas convenable ! Tu ne peux pas juste rentrer chez les dames, tu n’es pas une dame toi !? Je devrais te mettre dans l’armée pour ta discipline. »
Je la sentais pas, l’armée. Y’a rien de bon qui en ressorte. Je ne pouvais pas m’y résoudre à l’idée, alors dans ce salon, je me faisais moderne, résolument et malgré moi. J’abdiquai mes vieilles habitudes. À la longue, mon paternel, lui, il est devenu un peu trop lyrique et plus complaisant que moi avec Solange. Bientôt, je l’ai vue débarquer chez nous, clef en mains. Pour s’assurer de ma coopération il me fit savoir sa position :  « C’est obligé, maintenant qu’on se connaît. Tu verras, ça t’arrivera aussi, et bien plus vite que tu ne le crois. Quand on aime vraiment, le temps, c’est une formalité, et rien de plus. Tu verras, sa présence ici te plaira autant qu’à moi, et je l’espère, te motivera à te faire des amies. Sois convenable avec elle» Sa réflexion sur moi n’avait pas eu son effet, et je me resservais à contrecœur de lui faire part de mes réflexions.
Maintenant, j’avais fortement l’impression que mon boulot me suivait partout. Conversait aussi. Avec Solange, c’était à celui qui serait le plus malin, un jeu pas très amusant. C’est à croire qu’elle voulait toujours me piéger, histoire que je lâche quelques aventures à propos de certaines affaires sordides sur mon paternel – ça l’excitait bien, les affaires sordides. Je résistais ferme, moi ; elle redoublait, devant cette résistance, d’efforts, et surtout de tendresse amicale.
Toutes ses affectivités m’émouvaient bien au début, jusqu’au soir où mon paternel trouva son bras sur mon épaule. Désappointé et un peu irrité par la scène, il crut bon de me rappeler le fonctionnement des choses, le respect de la hiérarchie, et la sentence qu’il me resservait, le tout sur un ton très solennel. J’ai pas eu besoin d’inventivité sur ce coup, l’empressement de Solange pour clarifier et dissiper le malentendu prit le pas sur le reste. Et bientôt, pour se faire pardonner cette lâcheté, elle lui jouait un opéra érotique comme elle savait si bien le faire.

« Modifié: 29 mai 2025 à 14:11:33 par despinozaalfonso »

Hors ligne Cendres

  • Comète Versifiante
  • Messages: 5 097
Re : Effacement
« Réponse #1 le: 30 mai 2025 à 17:22:45 »
Merci pour le partage de ton récit. C'est une personne qui se remémore des choses passé en y apportant un jugement.


Ton personnage travaille dans un salon de coiffure, comme aide car ne sachant pas coiffer, et tu écris cela :
"Elles se laissaient aller, écartant bien trop souvent les jambes pour me laisser apprécier le résultat de mon travail — qu’elles me disaient après un maillot bien fait."
Je ne comprends pas.


Ton héros a l'air d'être un homme mal dans sa peau, et aussi timide. Il me semble pas tres normal, vu ce qu'il fait.
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne despinozaalfonso

  • Plumelette
  • Messages: 13
Re : Effacement
« Réponse #2 le: 30 mai 2025 à 17:45:50 »
Merci pour tes remarques, je retravaille encore les passages, histoire d'être précis et cohérent. à la base l'idée pour moi était de pratiquer un peu "style" mais après le premier paragraphe, les choses sont parties d'elles même. Je publierais une nouvelle version retravaillée
« Modifié: 31 mai 2025 à 00:59:08 par despinozaalfonso »

Hors ligne rigolote

  • Troubadour
  • Messages: 356
Re : Effacement
« Réponse #3 le: 30 mai 2025 à 20:25:31 »
Bonjour,

J’avoue m’être un peu perdue dans ton texte. Je croyais être dans un salon de coiffure et ensuite j’ai l’impression d’être chez l’esthéticienne…
Tout est tellement imagé que je n’arrive pas à comprendre ce qui se passe concrètement. Je dirai que tout ce qui me vient en tête à la lecture de ton récit est flou.
C’est dommage, car je trouve le thème ( homme qui travaille dans un milieu féminin ) très intéressant.
Il y a certains mots qui sont employés à mauvais escient, par exemple dans la première phrase « je fonctionne ». Je le remplacerai par « je travaille » ou à «j’évolue »

Hors ligne Rémi

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Re : Re : Effacement
« Réponse #4 le: 30 mai 2025 à 22:13:44 »
Salut,

Je publierais une nouvelle version retravaillée.
N'hésite pas à modifier ton post de départ. Tu peux mettre l'ancienne version en spoiler, afin de la laisser lisible pour ceux (dont toi !) qui voudraient comparer les deux.

Si tu as des questions sur la modification, l'utilisation des spoliers ou encore sur l'utilisation du forum, n'hésite pas en envoyer un MP à l'un des membres de l'équipe.

Comme Rigolote, je trouve que le verbe "fonctionne" ne fonctionne pas ^^
Et :
Citer
Pour ma responsable, Agathe, en revanche, ma présence dans ce salon tenait presque du miracle. Elle se méfiait,
"tenir du miracle" ne me semble pas être ce que tu veux transmettre

Citer
L’idée de zoner seul à la maison ou dans les rues à ne rien faire ne l’enchantait pas
dit comme ça, on dirait que c'est le père qui zone

Citer
un peu d’expérience dans le milieu de la vie.
bizarre "le milieu de la vie" ; le milieu de la coiffure ? le milieu professionnel ?


je lirai ta nouvelle version avec attention.

A+
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Hors ligne despinozaalfonso

  • Plumelette
  • Messages: 13
Re : Effacement
« Réponse #5 le: 31 mai 2025 à 00:58:49 »
Je voulais éviter au maximum le piège de l’auto-analyse. Je trouve ça un peu ringard.
J’ai une certaine manie pour l’oralité dans le texte. C’est drôle, parce que j’ai attendu de ne plus être influencé pour commencer à me trafiquer des « nouveaux rêves » — sinon, je savais que je n’écrirais pas.
J’essaie toujours de résister aux conventions, de rester proche d’un langage parlé, de quelque chose que je pourrais dire si j’étais en face de quelqu’un. Ce texte n’était qu’un prétexte pour exercer mon "style".
Je crois — et c’est peut-être prétentieux — que le texte a été un peu mal lu, même si je suis conscient de mes maladresses.
L’ouverture fonctionne bien, justement parce qu’elle accueille ce qui, normalement, n’aurait pas dû s’y retrouver. C’est cette forme d’étrangeté que je recherche.

Désolé pour ce petit condensé un peu délirant sur moi. Merci à tous pour vos commentaires et pour l’attention que vous avez portée au texte.


Ah, j’oubliais : comment puis-je contacter les membres de l’équipe au sujet des spoilers ?
« Modifié: 31 mai 2025 à 01:25:00 par despinozaalfonso »

Hors ligne Rémi

  • ex RémiDeLille
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  • Trou Noir d'Encre
  • Messages: 11 092
Re : Effacement
« Réponse #6 le: 01 juin 2025 à 19:01:42 »
Je t'envoie un MP ;)

Sinon, tu as ce fil : Posez vos questions ici !
« Modifié: 01 juin 2025 à 19:09:40 par Rémi »
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

 


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