Je ne dois pas rater mon train, une affaire urgente m’attend là-bas… là-bas, mais où au juste ? Je ne sais pas ou ne sais plus. Et la gare est-elle bien au bout de cette avenue sans fin ? Interroger des passants ? Mais ils ont tous des visages fermés, terriblement fermés qui me dissuadent de leur adresser la parole.
J’ai du partir à l’aube et maintenant la nuit tombe. Mais pourquoi les réverbères ne s’allument-ils pas ? Pourquoi, de la foule, si dense il y a quelques instants, ne reste-t-il que de vagues silhouettes qui s’éloignent à pas pressés ?
Mon train, le voilà, je l’entends… une plainte, un déchirement dans la nuit, comme un espoir perdu. Je ne serai pas du voyage, je ne serai d’aucun voyage. Il ne me reste que ma valise, une bonne vieille valise pour laquelle j’en viens à éprouver une sorte de tendresse… mon amie, ma compagne. Je m’assois sur elle avec reconnaissance en me disant qu’au fond il n’y a rien de plus stupide qu’un train, non vraiment, rien de plus stupide.
Et au delà de la résignation, je sens monter en moi un vague sentiment de bonheur.