Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

18 Juin 2026 à 12:54:35
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Le Monde de L'Écriture » Encore plus loin dans l'écriture ! » L'Aire de jeux (Modérateur: Claudius) » Défi micro textes

Auteur Sujet: Défi micro textes  (Lu 50667 fois)

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un carnet, abandonné sur un banc, contenait une histoire
« Réponse #315 le: Hier à 18:56:25 »
un carnet, abandonné sur un banc, contenait une histoire

En ce printemps, les averses intenses… pleuvent, c'est une drôle de façon de dire qu'il y en a beaucoup. Et ici, il n'y a pas grand monde qui vient marcher, et c'est d'autant plus valable les jours de mauvais temps. Si ça se trouve, donc, ça fait déjà un petit moment qu'il est là, ce carnet abandonné sur le banc. Ses pages trempées ont à peine conservé la couleur de l'encre, c'est dire s'il a été arrosé. Ne reste de lisible, que la couverture plastifiée : "journal intime d'un suicidaire". Je me demande quelle histoire cela racontait, et je continue ma promenade d'une fin de grisaille... Peut-être devrais-je signaler ?

>> réaction en chaîne >>
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En ligne Aionia Apektasis

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Re : Défi micro textes
« Réponse #316 le: Hier à 19:30:45 »
Réaction en chaîne ? Bah c'est parti  :)

J’avais à peine fini de provoquer un incident diplomatique que j’ai senti un regard insistant. Un des types des services secrets américains, lunettes noires, oreillettes, mâchoire carrée. Le genre de type qui te reconnaît même si t’as changé de nom, de visage, de sexe et de religion.
- Bil ? qu’il me dit sur un ton suspicieux.
Croyez-moi, j’ai pas attendu la suite. J’ai détalé comme un lièvre vers la sacristie, j’ai chopé une caisse de pinard – parce qu’il faut respecter les choses sacrées – et j’ai couru vers le parking.

Ma Volvo m’attendait. C’était une vieille brique des années 70, avec démarrage au starter, boîte 4 vitesses, couleur « gris dépression ». J’ai sauté dedans, tourné la clef en pompant sur le starter, et là, la portière passager s’est ouverte. La Princesse Ingrid a grimpé dans la bagnole, robe blanche, diadème, regard déterminé.
- Du har rett, jeg kan velge å ikke gifte meg*, qu’elle me sort.

J’ai rien compris, et j’ai hésité deux secondes à lui coller un coup de boule, réflexe de survie. Mais comme les militaires norvégiens et les services secrets américains commençaient à nous arroser, sans aucune considération pour l’intégrité physique de l’héritière, j’ai écrasé le champignon. La Volvo a hurlé comme un phoque de Kayvøsletta asthmatique, et on est partis à fond de deuxième.

Je buvais comme un trou en traversant Trondheim, une main sur le volant, l’autre sur la bouteille. J’ai évité trois accidents et ignoré tous les feux de signalisation. Je crois avoir provoquer un ou deux carambolages. Ingrid criait des trucs en Norvégien, sûrement des inepties du genre « ralentis » ou « qu’est-ce que tu conduis bien ! », comme si j’le savais pas.

Et pis, j’étais hyper concentré, fallait non seulement survivre, mais surtout ne pas renverser le pinard. Et derrière nous les sirènes commençaient à hurler.

Bref, encore une journée normale.

Thème suivant : j'aime le café le froid

*Tu as raison, je peux choisir de ne pas me marier

- Mais c'est parce que les poules elles pondent des œufs normaux et aussi des œufs durs. G
- Gémeret venir car lunion fet la force et gémeré aprendre de la culture. L

En ligne Luna Psylle

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Re : Défi micro textes
« Réponse #317 le: Hier à 20:38:00 »
j'aime le café le froid

À environ vingt minutes en voiture, il ne pleuvait pas ; ou plus, quelques petites flaques sur les dalles en attestaient. L'averse devait continuer son chemin vers l'est. Annie apprécia l'air iodé qui emplissait les rues et ruelles de cette ville côtière. Malo la suivait, Jorm' à ses pieds. L'immense chien détourna plusieurs regards, aussi fascinés que terrifiés, mais ne réagit pas, même quand un petit garçon s'accrocha à sa fourrure grise pour se rattraper après une mauvaise glissade. Malo aida le gamin qui retourna en courant encore plus vite auprès de ses parents après un bref et timide merci. Annie regarda les bibelots, les cartes postales et se figea. Malo passa un bras autour de ses hanches et suivit son regard :
— Il est parfait.
— Ouais, hein !
Derrière la vitrine, un tee-shirt noir, au milieu d'autres. Dessus, écrit en capitales : "J'aime le café froid ! Et alors ?!" Non pas que leur patron aimait le café froid, plutôt qu'il oubliait son mug absolument partout... sur la caisse, dans les rayonnages, dans la réserve. Parfois des clients revenaient même lui apporter. Et il terminait toujours sa boisson, même quand on lui ramenait d'un frigo.

Prochain thème : tic, tac, tic, tac...
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Re : Défi micro textes
« Réponse #318 le: Hier à 21:20:22 »
Tic, tac, tic, tac

On roulait comme deux évadés d’un asile d’aliénés, enfin, surtout moi. J’ai mis le clignotant à gauche. Tic, tac, tic, tac
 J’ai mis un grand coup de volant à droite, et on s’est retrouvé sur une route qui s’appelait Fjellesterveien. Rien que le nom, tu sens que c’est un endroit où les GPS viennent mourir. Ingrid me dit un truc en norvégien :
- Denne veien ender i en blindvei i en landsby*.
J’ai compris qu’elle voulait elle aussi du pinard. J’ai lâché le volant pour attraper une bouteille sur la banquette arrière. En saisissant la caisse de bouteilles, j’ai réalisé que c’était elle qui tenait le volant. Du côté passager. Moi, j’avais juste le pied collé à l’accélérateur comme un demeuré. La Volvo avançait en diagonale, mais ça avait l’air de convenir à la Princesse.
Dans un virage, on a fait un tout droit. Pas un petit. Un vrai. On a traversé trois buissons, un sapin, un truc qui ressemblait à un troll, et on a retrouvé la route par miracle pile au moment où je reprenais le volant. J’ai tendu une bouteille à Ingrid. Elle a descendu un tiers de la bouteille cul-sec. J’ai éprouvé du respect. L’horloge de la Volvo égrainait les secondes, comme moi les chapelets quand je donnais l’office. Tic, tac, tic, tac.
Le pare-brise avait explosé contre une branche, et maintenant, dans la voiture, y’avait deux lapins. Vivants. Assis sur les genoux d’Ingrid. Comme s’ils attendaient leur arrêt de bus. Je sais pas d’où ils venaient. Je sais pas pourquoi ils étaient là. J’ai pas osé leur demander. Derrière nous, les militaires ont disparu d’un coup. Intervention divine ? Peut-être. J’étais curé, après tout. Dieu devait se dire : « Bon, je vais l’aider, mais juste cette fois, hein. » À un croisement, j’ai pris à gauche. J’ai mis le clignotant. Je devais être vraiment pas bien. Tic, tac, tic, tac
On a fini par arriver à Fjalaestra, un village tellement paumé que même les rennes doivent y demander leur chemin. Cul de sac total. Après, c’était la forêt. J’ai regardé Ingrid :
- T’aurais pu le dire, quand même !
Elle a haussé les épaules. Normal.
La Volvo fumait par le capot, les lapins reniflaient le tableau de bord. J’ai garé la voiture sur un parking. Devant nous, un magasin, avec une enseigne peinte à la main :
« Chez Magnussen – Farces et attrapes ».
On est resté silencieux. On n’entendait plus que l’horloge de la Volvo. Tic, tac, tic, tac
Qu’est-ce qui allait encore nous arriver ?

*Cette route se termine en cul de sac dans un village

Thème suivant : le trésor au pied de l'arc en ciel


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Re : Défi micro textes
« Réponse #319 le: Aujourd'hui à 09:23:40 »
Dans la clairière encore humide, il avançait comme on suit une rumeur ancienne.

On lui avait parlé du trésor au pied de l’arc‑en‑ciel, mais il savait que ces choses-là n’existent que pour ceux qui y croient.

Pourtant, une lueur vibrait dans l’air, fragile comme un secret qui hésite à se dire.
Il tendit la main : ce qu’il trouva n’était pas de l’or, mais quelque chose de plus rare : un instant !... et tout lui sembla possible.

Nouveau thème : un archipel
Lorsqu'un texte respire comme une prose d'antan, avec ce grain de subtilité stylistique quelque peut archaïque qui le différencie, c'est peut-être que son auteur se refuse à suivre la cadence uniforme du présent ?

En ligne Luna Psylle

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Re : Défi micro textes
« Réponse #320 le: Aujourd'hui à 09:59:02 »
Salut,

le trésor au pied de l'arc en ciel

— Ca peut être marrant, argumenta Malo.
— Ouais, je sais pas.
Le labyrinthe du Leprechaun semblait l'attraction du coin. Un immense labyrinthe, au centre duquel descendait une illusion d'arc-en-ciel. Après la pluie chaude et les orages, l'air se rafraîchissait enfin et Malo comme Annie voulaient terminer ces vacances sur une note amusante, ou peut-être un peu folle, exotique. Malo alla prendre des billets tandis qu'Annie observait un couple sortir du labyrinthe. Elle se rendit soudain compte : des cheveux en broussailles, avec de petites feuilles coincées dedans, des gloussements amusés et une démarche peut-être un peu tordue. Elle observa Malo et se dit que peut-être lui aussi avait une idée de ce genre en tête. Et elle ? Est-ce qu'elle aimerait ? Est-ce qu'elle imaginait trop de trucs ? Après tout, c'était la première fois qu'elle vivait tout ça, alors, si ça se trouve, c'était une activité de couple tout à fait normale. Malo revint vers elle et haussa un sourcil :
— À quoi tu penses ?
Annie grommela qu'il la connaissait trop bien et n'ajouta rien. Malo lui expliqua les consignes du gérant :
— Le trésor se trouve au centre du labyrinthe. Il y a plusieurs petits posts d'alerte si on se perd ou qu'on ne se sent pas bien.
Il attrapa la main d'Annie et le frisson qui remonta le long du dos de celle-ci n'était pas dû au froid. Elle réfléchissait sûrement trop...



un archipel (explicite léger)

Jorm' grattait à la porte de leur chambre pour espérer entrer. Leur chambre. Malo sourit. Des années qu'il aimait Annie en secret, qu'il n'osait pas, qu'il la voyait malheureuse avec d'autres. Elle ne rêvait pourtant pas si grand : un homme qui l'aime simplement, des souvenirs sympas. Il se rappela le labyrinthe et sourit. Ils n'avaient pas trouvé le trésor ce jour-là, mais ils avaient créé un nouveau souvenir, timide, coquin. Un souvenir à eux. Annie se tourna dans son sommeil et son dos nu apparut. Malo adorait son dos. Annie, elle, le détestait. Dessus, cinq tâches de naissance s'enchaînaient, un archipel bruni sur une peau laiteuse. Malo écarta les boucles rousses et navigua, du bout des lèvres. La première île était minuscule, presque effacée, à moitié recouverte de tâches de rousseur. La seconde s'enroulait autour de la troisième, comme un croissant de lune qui se referme autour d'un minuscule îlot. La quatrième descendait le long de sa colonne vertébrale. Elle frissonna, soupira de plaisir, son sommeil doux. Lorsqu'il arriva à la dernière île, Malo l'entendit, ce tout petit bonjour, à peine un murmure, encore ensommeillé. Il pensait aller acheter des croissants à la boulangerie en bas, profiter de leur dernier week-end avant la fin des vacances. Elle sourit et lui proposa un petit déjeuner qu'il n'arriva pas à refuser.

Prochain thème : un ourson goût fraise, un paquet de p'tit beurres et une Pom'pote sont dans un cartable...

Une bonne journée,
« Modifié: Aujourd'hui à 10:22:22 par Luna Psylle »
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Re : Défi micro textes
« Réponse #321 le: Aujourd'hui à 12:31:58 »
Un Ourson goût fraise, un paquet de p’tits beurres et une Pom’pote sont dans un cartable.

J’ai trouvé le terminal informatique cinq minutes après que Pierrick se soit fait arracher la trachée. J’aurais pu chercher des infos. Chercher si le Chimiste avait laissé quelque part la recette d’un antidote. Sauver le monde.
À la place, j’ai sorti le C4 de mon sac, j’ai collé ça sous les écrans, les armoires informatiques, et j’ai appuyé sur le détonateur. Le bâtiment a tremblé comme un ivrogne qui se lève trop vite. J’ai pas attendu la suite. J’ai laissé l’escouade derrière moi. Encore une trahison, ouais, sans doute. Mais celle-là vaut bien ma liberté. C’est beaucoup.
Je me suis retrouvé à marcher dans une ville déglinguée, pas encore en ruine. Juste fatiguée. Les vitrines tenaient debout par habitude, les voitures dormaient au milieu de la route, et le vent poussait des prospectus qui n’avaient plus personne à informer.
J’ai fini par tomber sur un jardin d’enfants. Une balançoire grinçait toute seule, comme si un fantôme de gamin s’y amusait encore. Je me suis assis sur un banc, j’ai ouvert une bière, et j’ai laissé mes épaules s’effondrer un peu. La culpabilité, c’est un truc pour les vivants. Moi, j’ai compris un jour que si tu veux survivre, tu dois choisir avec précaution les choses que tu regrettes. Et j’ai jamais été doué pour choisir.
C’est là que j’ai vu le cartable. Rose, avec un lapin dessus. Je l’ai tiré vers moi. Il a résisté. J’ai tiré plus fort. Et la gamine est venue avec. Ou ce qu’il en restait. Plus de jambes, les doigts cramponnés à la poignée. Les dents qui claquaient dans le vent.
Je lui ai écrasé la tête d’un coup de talon. Pas par méchanceté. Juste parce que c’était la seule chose à faire.
J’ai ouvert le cartable. Un paquet de nounours. J’ai jeté tous ceux qui étaient pas goût fraise. Une Pom’pote, avalée. Un paquet de petits beurres, rangé entre les bières dans mon sac.
On dit que l’apocalypse rendra les gens meilleurs. Moi, ça m’a juste appris à voyager léger.
Et à ne jamais me sentir responsable de ce que je trouve sur mon chemin.

Prochain thème : la tortue
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Re : Défi micro textes
« Réponse #322 le: Aujourd'hui à 12:51:48 »
la tortue

Le magasin était immense. Vraiment immense. Presque autant que le nouvel appart' qu'Annie venait d'acheter avec Malo. Cela lui faisait encore bizarre, de lire leurs deux noms, comme s'il était naturel de les accoler, de leur associer une même action : acheter un appartement. L'endroit était plutôt grand, trois chambres, un jardin qui donnait sur la cour intérieure de la résidence, plutôt récent. Et donc, Malo avait voulu offrir un meilleur vivarium pour Fenrir. Un jour, Annie lui avait demandé pourquoi il avait appelé son chien Jormungand et son serpent Fenrir. Il avait haussé les épaules et répondu que ça le faisait marrer d'imaginer deux frères se retourner dans leurs tombes mythologiques. Annie zigzaguait entre les différents rayonnages : chiens, chats, lapins. Elle s'arrêta un instant pour admirer l'arc-en-ciel de poissons, se retourna et se figea devant la mignonnerie incarnée.
Malo termina avec le vendeur et retrouva Annie, à genoux devant une tortue. Elle n'était pas grande, devait à peine tenir dans la paume d'une main. Et la tortue fixait Annie, avec cette même intensité que Jorm' au chenil ou que Fenrir au magasin, quand Malo les avait adoptés. Une intensité dangereuse, qui appelait au sauvetage. Annie releva la tête vers lui et Malo haussa les épaules avec un sourire entendu : elle devait faire ce choix seule, il ne lui imposerait rien. Tout comme elle avait accepté Jorm' et Fenrir.
Ils ressortirent du magasin avec bien plus que du matériel pour un vivarium. Malo regarda la petite tortue au fond d'une boîte de transport : bienvenue dans la famille, Hel !

Prochain thème : dragon myope
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