Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Le faiseur d'anges

Auteur Sujet: Le faiseur d'anges  (Lu 2537 fois)

Ho!

  • Invité
Le faiseur d'anges
« le: 22 juillet 2011 à 21:09:00 »
Voilà, puisqu'on y est... C'est fou comme c'est angoissant. J'espère votre temps pendant quelques minutes, j'espère aussi savoir si je laisse tomber ou si je développe (c'était sensé être beaucoup plus long...) vu que ça me turlupine depuis un moment et qu'a force de corriger, recorriger et rerecoriger, on ne s'en sort plus.  Alors voilà. Merci d'avance.

La petite fille se tenait devant lui, si près qu’il aurait pu d’une pensée effleurer ces grands yeux bruns, intensément fixés sur lui. Ses cheveux sombres alourdis d’embruns retombaient en mèches épaisses sur son petit visage grave. Elle était jolie. De ces beautés enfantines promettant l’avenir de femmes éclatantes. Il respirait le parfum frais de sa peau d’enfant, porté par les bourrasques du vent soulevant sa robe de coton pâle. Il ferma les yeux.
Derrière elle, l’océan déchaîné lacérait sa fureur sur les rochers, se disloquant en rugissements terribles, pour s’enfler à nouveau d’une violence implacable, emprisonné à jamais dans un éternel recommencement. Ce bouillonnement fiévreux l’apaisait.
Il revoyait le moment où il était apparu, le moment où il avait compris qui il était. Au fond de cette ruelle. Comme par miracle. Il s’était éveillé brusquement, pris de panique. Dans sa tête pulsait l’immonde tumulte de leurs prières pitoyables, tous ces hurlements de désespoir mêlés d’injures et de foi imbécile, la folie, la terreur, la mort. Les Hommes.
Maintenant il était là. Personne pourtant ne semblait remarquer sa présence. A part peut-être cette femme étrange qu’il avait croisé, entièrement vêtue de noir. Il avait vu la chair de poule sur ses bras. Il avait vu son regard se voiler lorsqu’elle était passée à sa hauteur. Et maintenant cette enfant.
La petite fille le regardait toujours. Elle roulait la tige d’une marguerite entre ses doigts. Il l’observa. Elle ne devait pas avoir plus de cinq ans. Il baissa les yeux sur ses mains. Il manquait un pétale à la fleur.
Il ne savait plus depuis combien de temps il était passé de leur coté. Des jours et des jours d’errance misérable s’étaient enfilés les uns à la suite des autres, dans ce chaos démentiel qui lui vrillait le crâne et déchirait sa chair maigre. Il s’était traîné désespérément, tentant de tout nier pour fuir le plus loin possible, ne plus rien voir, ne plus rien entendre. Il avait bu cette nuit. Beaucoup bu. Il se rappelait confusément avoir été happé par une bande incohérente de vieux ivrognes hirsutes oscillants entre deux rues, de s’être dissolu dans les dépôts aigres d’une vinasse noire et épaisse. L’un d’entre eux est mort maintenant. Qu’importe. Personne ne l’avait vu. 
Il s’était retrouvé au bord de cette falaise sans trop savoir comment.
Il ouvrit les bras. La petite fille lâcha sa fleur et glissa sa main dans la sienne. Viens, mon ange… Il aurait peut-être pu se tuer. Le voulait-il seulement… ? Il avait fait son choix. Maintenant il savait. Ils l’avaient forcé à entrer dans leur pitoyable théâtre, il jouerai son rôle jusqu’au bout.
Elle ne le quittait pas des yeux. Lentement Il l’amena au bord du précipice. Quelques dizaines de mètres plus bas l’océan semblait bouillonner son impatience. Il caressa sa joue, la petite fille Lui sourit. Ils regardèrent tous les deux au loin, éternellement unis dans cet instant irrationnel, Il posa une main sur sa nuque et, le plus délicatement qu’Il le put, la poussa vers les mugissements avides des eaux profondes.
Il revit longtemps le tournoiement d’une robe légère aux couleurs claires se mêler au vol des goélands, puis disparaître. C’était si facile. Si terriblement injuste. C’était ce qu’ils voulaient.
Les quelques personnes affolées qui se rassemblèrent aux hurlements de la mère ne virent jamais ce vieillard décharné s’éloigner comme un souffle, Ses longs cheveux blancs ébouriffés par le vent. Les eaux semblaient s’être apaisées tout à coup. Jamais ils ne virent non plus Sa main aux doigts noueux détacher un à un les pétales d’une petite marguerite, au rythme terrifiant de son absurde complainte :  « Jésus m’aime, un peu, beaucoup, à la folie…. » 

Hors ligne Zacharielle

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Re : Le faiseur d'anges
« Réponse #1 le: 23 juillet 2011 à 08:56:57 »
Bonjour Ho! et bienvenue sur le forum.

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La petite fille se tenait devant lui, si près qu’il aurait pu d’une pensée effleurer ces grands yeux bruns, intensément fixés sur lui. Ses cheveux sombres alourdis d’embruns retombaient en mèches épaisses sur son petit visage grave. Elle était jolie. De ces beautés enfantines promettant l’avenir de femmes éclatantes. Il respirait le parfum frais de sa peau d’enfant, porté par les bourrasques du vent soulevant sa robe de coton pâle. Il ferma les yeux.
je te conseillerais de te modérer dans l'utilisation des adjectifs, lesquels sont vraiment indispensables ? (en fait, c'est valable pour tout le texte. Pas trop d'adjectifs, juste ceux qu'il faut). J'aime bien "alourdis d'embruns".

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Derrière elle, l’océan déchaîné lacérait sa fureur sur les rochers
je crois que c'est plutôt "lacérait les rochers de sa fureur"

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Il manquait un pétale à la fleur.
hihi, comment il peut voir ça, un pétale en moins ? c'est tout petit, c'est tout discret.

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Il ouvrit les bras. La petite fille lâcha sa fleur et glissa sa main dans la sienne.
pas méfiante la gossette !

 

C'est... étrange ! L'ambiance fait froid dans le dos en tout cas, même si le trio tempête-falaise-nuit (parce qu'il fait nuit ? ou sombre, genre crépuscule ? non, mentionné nulle part mais l'idée flotte sûrement) est assez classique. Je suis pas trop convaincue par l'attitude et la présence de la petite à cet endroit, en tout cas, dans ce que tu as posté, on ne comprend pas : et ses parents la laissent traîner là ? Et ils n'ont jamais dit "tu ne parleras pas aux mecs chelous qui traînent sur la côté et qui puent le mauvais vin à 5 km de marguerites" ? En gros, ton histoire ce sont un groupe de gens (ou un seul type) qui se croient investis d'une mission divine ? En tout cas, c'est ce que j'ai compris du bout que tu as mis. Pourquoi pas ! Si tu es motivée et surtout que tu as envie de faire aboutir ce texte, vas-y ! Essaye de dépasser la phase "je relis toujours le même bout jusqu'à ce qu'il soit parfait" parce qu'il ne pourra se fignoler que quand il fera partie de l'histoire entière. Je ne sais pas. Sinon, ça tient assez bien la route tout seul. Désolée, mon commentaire n'est pas très aidant !!

@ bientôt sur le forum ;)

Ho!

  • Invité
Re : Le faiseur d'anges
« Réponse #2 le: 23 juillet 2011 à 12:14:41 »
Si, ton commentaire est très aidant, au contraire. Et je t’en remercie ! 
« Essaye de dépasser la phase "je relis toujours le même bout jusqu'à ce qu'il soit parfait" parce qu'il ne pourra se fignoler que quand il fera partie de l'histoire entière. » Bingo…C’est pas comme ça qu’on avance.
Les adjectifs, je sais, c’est une maladie… C’est pourtant pas la première fois qu’on me fait la remarque, mais j’ai du mal à savoir tout traduire dans LE mot juste, et ça rend effectivement les phrases lourdingues…
"lacérait les rochers de sa fureur" : je peux la garder… ?   :-[
C’est vrai qu’il y a des trucs un peu tirés par les cheveux (le pétale, la gosse toute seule…) mais je voulais une ambiance un peu surréaliste. Quand Dieu finit par se matérialiser sur Terre, tout peut être possible… Oui, bon…   :(
Merci beaucoup beaucoup ! Je vais essayer d'arranger tout ça  :)
 

Hors ligne Ambriel

  • Palimpseste Astral
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Re : Le faiseur d'anges
« Réponse #3 le: 23 juillet 2011 à 17:12:22 »
 :mafio:  Lu !

J'aime bien mais je pense comme zach qu'il faut vraiment que tu développes histoire qu'on comprenne mieux qui est qui et fait quoi et pourquoi etc etc... En gros, que tu places ton bout dans une histoire plus longue comme tu l'avais apparemment déjà prévu ^^

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Les adjectifs, je sais, c’est une maladie…
ENFIN quelqu'un qui a la même maladie que moi  :mrgreen:

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"lacérait les rochers de sa fureur" : je peux la garder… ?   Embarrassé
Haha, je vois, mais tu sais... C'est TON texte ! Donc tu en fais ce que tu veux. Nous on te donne nos avis, conseils et ressentis (qui peuvent beaucoup  changer d'un lecteur à l'autre d'ailleurs) et tu en fais ce que tu veux selon ce que TOI tu ressens ;). Moi par exemple cette phrase ne m'a pas du tout choquée à la lecture ^^
Et s'ils prenaient ta mère comme otage ou ton frère,
Dit un père béret basque à un jeune blouson d'cuir
Et si c'était ton fils qu'était couché par terre,
Le nez dans sa misère,
Répond l'jeune pour finir

- Renaud, les charognards -

Hors ligne Zacharielle

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Re : Le faiseur d'anges
« Réponse #4 le: 23 juillet 2011 à 20:35:45 »
Mais si tu aimes bien cette formulation sens-toi libre de te l'approprier ;)
Sinon pour les adjectifs c'est normal d'en mettre beaucoup, ça aide au sentiment de maîtriser une scène, mais il faut laisser un peu de liberté au lecteur. Enfin, là ce n'est pas encore trop pesant mais fais attention quand même.
On attend le gros morceau dans lequel cette histoire s'inscrit ! Allez hop, courage et va jusqu'au bout de ton idée !

Hors ligne Kathya

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Re : Le faiseur d'anges
« Réponse #5 le: 27 juillet 2011 à 12:42:11 »
Bienvenue sur le MdE car je ne crois pas t'avoir déjà croisé.  ;D

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intensément fixés
"ces grands yeux bruns fixés sur lui" aurait eu plus de force, et "intensément fixés" frôle le pléonasme.

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l’océan déchaîné lacérait sa fureur sur les rochers
j'aurais plutôt dit "lacérait les rochers de sa fureur"...  ???

J'écris aussi avec grands renforts d'adjectifs donc ça m'a pas trop choqué de ce côté-là.

La fin me laisse perplexe, vu ce que laissait présager le début, j'avais compris que la petite fille avait personne d'autre que lui, qu'il lui avait menti pour qu'elle le suive, etc... Alors l'évocation de la mère éplorée me semble un peu surfaite. Même si les éléments déchaînés et les flots ont pas grand chose de novateur, j'aime beaucoup l'ambiance du texte, bien qu'un peu moins les scènes d'auto-apitoiement du narrateur sur ses tourments passés.  ::)
"Je suis la serveuse du bar Chez Régis ! Ou un leprechaun maléfique barrant l'entrée d'un escalier imaginaire..."

Et puis la Nuit seule.
Et rien d'autre, et plus rien de plus.

Avant l'hiver, Léa Silhol

Ho!

  • Invité
Re : Le faiseur d'anges
« Réponse #6 le: 27 juillet 2011 à 15:23:37 »
Salut Kathia. Oui toute nouvelle sur le MdE, j'adore!

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j'aurais plutôt dit "lacérait les rochers de sa fureur"..
Manifestement, vous vous êtes donné le mot avec Zach’ !   :mrgreen:   Je vais changer ça, (entre autres...)
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"ces grands yeux bruns fixés sur lui"
Je garde aussi  :)

Mais alors manifestement, j’ai complètement raté mon coup : l’idée de base au départ voulait que Dieu finisse par se matérialiser sur Terre, y étant précipité par l’intensité des supplications humaines. Et qu’il commence à se prendre au jeu à… faire le job en quelque sorte, de façon complètement aléatoire.
Effectivement, ça manque d’épaisseur, et il faudrait que ce soit plus long (oui mais sans toute cette tringlée d’adjectifs, merci !!!   ;) ) afin de mettre en place une mécanique compréhensible.
Je suis en train d’essayer de développer, mais je ne sais pas trop par quel bout le prendre et il commence à me taper sur le système. A tel point que je me demande si je ne vais pas moi-même le foutre en bas…
Quant à ce qui est de l’apitoiement sur soi, ben faut se mettre à sa place, pôv’ vieux. Ca doit pas être évident au début. Ou alors je le cale direct en mode psychopathe sanguinaire. Sais pas…
En tout cas, ça m’encourage à aboutir ce texte. Merci ! 



Hors ligne Milora

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Re : Le faiseur d'anges
« Réponse #7 le: 29 juillet 2011 à 17:32:11 »
J'ai trouvé ça assez entraînant et il y a de jolies trouvailles stylistiques :) Par contre, l'histoire est un peu trop floue à mon goût, je n'ai pas bienn compris qui était le vieillard et pourquoi il avait une majuscule (je pensais jusque là que c'était un fantôme, mais apparemment pas...).
Je pense que tu pourrais développer un petit peu le texte en le clarifiant, ça ne ferait que renforcer son impact :)

Dans le détail, j'ai relevé :

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De ces beautés enfantines promettant l’avenir de femmes éclatantes. Il respirait le parfum frais de sa peau d’enfant, porté par les bourrasques du vent soulevant sa robe de coton pâle.
Je chipote vraiment mais un truc me faisait tiquer dans la deuxième phrase citée, comme s'il y avait une répétition. N'en voyant pas, j'ai relu attentivement et je crois que c'est le fait que les deux phrases ont la même structure, articulée autour d'un participe présent. Ou alors c'est vent/soulevant.
Bref. Cette remarque était d'un intérêt plus que limité, mais je relève en détail mon sentiment sur le texte  :-¬?

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Derrière elle, l’océan déchaîné lacérait sa fureur sur les rochers, se disloquant en rugissements terribles, pour s’enfler à nouveau d’une violence implacable, emprisonné à jamais dans un éternel recommencement.
C'est joli, ça ! :)

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cette femme étrange qu’il avait croisé
croisée

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Il se rappelait confusément avoir été happé par une bande incohérente de vieux ivrognes hirsutes oscillants entre deux rues, de s’être dissolu dans les dépôts aigres d’une vinasse noire et épaisse.
Je vois pas trop à quoi se raccroche le "de"

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L’un d’entre eux est mort maintenant
Pourquoi ce passage au présent, alors que le "moment" où se situe l'action est au passé ?

Voilà ! Et bienvenue sur le MDE ! :)
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

 


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