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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Un jeune homme amoureux

Auteur Sujet: Un jeune homme amoureux  (Lu 545 fois)

Hors ligne Michael Sherwood

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Un jeune homme amoureux
« le: 10 Mai 2023 à 17:13:25 »
Jeudi 23 octobre…

Je ne m’attarde pas longtemps au lit car je dois aller voir El dans la matinée. Sous prétexte de lui porter mes notes sur le cours d'anglais que nous avons eu la veille, auquel elle n’a pas pu assister.

Lorsque je sors, maman est déjà partie faire les courses. Il fait un très beau soleil ce qui me permet de mettre ma veste neuve. Le ciel est bleu. Je prends le train à St Germain-en-Laye, change à Rueil comme pour aller à La Folie, mais c'est une station plus loin : La Garenne. Je suis l’un des seuls à descendre de ce côté de la gare.

J'ai le plan que m'a dessiné El avant-hier mais je n'ai pas envie de le sortir de ma poche, le trajet est simple, je l’ai appris par cœur : il suffit de suivre tout droit pendant longtemps. Je reconnais au passage la Poste, qu'El m'avait indiquée.

Il y a des travaux tout le long de l'avenue Joffre, à un croisement, après une place avec un petit jardin planté d’arbres, un vieil homme depuis le trottoir d’en face me dit de faire attention car une auto-école survient que je ne pouvais pas encore voir. L'auto passe, je traverse et remercie le bonhomme. Peut-être pense-t-il m'avoir sauvé la vie ! Le vieil homme ne peut pas savoir – ou bien l’a-t-il deviné ? - que je me rends chez ma petite amie pour la première fois, que c’est un jour très important auquel sans le vouloir il se trouvera mêlé plus tard dans mon souvenir.

Je lis les plaques des rues transversales : rue Raymond Ridel, enfin ! Je tourne à gauche d'un pas que je veux assuré même si mon esprit ne l'est pas absolument, dans l’espoir que l'attitude de l'un influencera favorablement sur l'autre.

Je vois la petite école pour malades mentaux dont El m'a parlée. Il y a des arbres dans la cour. Je vois enfin son immeuble, je me demande si elle a des fenêtres qui donnent sur ce côté, si elle me voit arriver de sa fenêtre. Je tourne encore, N° 94 puis 92. J'entre : les boîtes aux lettres à gauche, une porte vitrée en face. Je pénètre. Au fond à droite la petite porte que j'imaginais vitrée, qui donne sur la cour. Petite cour herbue, au pavé moussu ; à l'autre extrémité, à peine quelques pas, l'entrée de la cage d'escalier. Escalier ciré aux murs vieux et anciens. Je ne m'imaginais pas que ce fût si vieux, El m'ayant dit que c'était "un assez bel immeuble".

Je compte les étages pour ne pas me tromper : 3ème palier, porte à droite. Il n'y a pas de nom. Après avoir hésité un moment et fait le tour du palier, je sonne. Un miaulement répond. J'entends un pas, la porte s'ouvre : c'est El.

Elle me dit bonjour et sourit, elle tient son petit chat dans ses bras, je referme moi-même la porte et lui serre la main. Elle me dit d'entrer. Une personne, sa mère je pense est à une table, ou à un bureau dans la pièce et je lui dis bonjour et cette dame me dit : "vous êtes Michel ?" elle semble très au courant de moi et j'en suis plutôt content, je dis "oui". Mon esprit se vide, je ne sais pas quoi lui dire d'autre. Heureusement El vient à mon secours en m’emmenant à côté, toujours la même pièce mais séparée par une cloison sans porte.

Elle s'assoit dans un fauteuil (rocking-chair) et me propose un pouf (en cuir marocain) mais trouvant que c'est trop bas je lui demande si je peux m'asseoir sur le divan. El fait aussitôt l'échange et me donne le fauteuil.

Elle me demande de tout lui raconter sur ce qui s'est passé à la fac... puis me propose de boire de la grenache. C'est un vin cuit, ce n'est pas fort me dit-elle, je ne peux refuser. El apporte deux verres et une assiette de biscuits.
            — Skoll, etc.., tout ce que tu veux, me dit-elle
            — A ta santé ! (Je n'ai pas beaucoup d'imagination)
            — A notre réussite pour l'année, ajoute El

Je suis plutôt mal à l'aise au début et je pense avoir rougi, ce qui n'est peut-être pas pour lui déplaire, mais très vite El trouve un sujet de conversation, me demande comment se sont passé mes vacances, avec qui ? et où ?... Après nous discutons sur la faculté à propos d'un article du journal que me montre El (un article qui explique que les facultés devraient être classées un peu comme les restaurants.) Je suis contre et El ne trouve pas beaucoup d'arguments à m'opposer : concurrence entre les facultés ? Mais je lui démontre que les facultés mal classées se videront... en conséquence elles ne pourront se redresser et en plus se serait défavoriser les étudiants qui vivent dans le ressort géographique d'une telle faculté…

Entre-temps, nous parlons de l'Espagne,
            — Uno-dos-tres-cuatro, me récite El
            — Ne prononce pas avec un accent italien !

Je regarde alentour : des piles de livres par terre, des revues, des pierres récoltées aux puces, en haut d'une armoire une caisse en carton contenant des vieux animaux en peluche - ont-ils appartenu à El enfant ? Tout donne une impression de fouillis extrême et en même temps de vie, beaucoup moins austère que les rangements de Maman !

Charmante El, vêtue d'un pantalon blanc (je l'ai eu pour 200 balles aux puces me dit-elle) en velours côtelé et d'un pull rouge. (Blanc de la pureté et rouge de l'amour). Par moment elle arrange ses beaux cheveux noirs et je ne peux m'empêcher de regarder ses yeux qui sont verts, un peu gris. Je songe que nous pourrions un jour être dans les bras l'un de l'autre, nos deux corps mêlés... C'est un jeu dangereux.

Il est tard dans la matinée, je veux partir, je me lève enfin et dit au revoir à sa mère, mais El me retient encore à bavarder, elle me montre une vue de Saint-Denis de la Réunion encadrée dans l'entrée et me parle de sa famille là-bas, à Tananarive, où elle est née. C’est au moment de se quitter qu’elle trouve le plus à dire. Comme une urgence…
Je ne sais pas pourquoi, El rit quand je lui parle du « singe » à propos du bœuf en conserve et je lui demande si elle sait comment ça se dit en anglais car je ne me rappelle plus, pourtant je l'ai vu la veille.
          — Ce n'est pas "ape" le singe ?
          — Non, monkey...

Nous nous quittons sur cette petite discussion d'anglais, contents l'un de l'autre, de cette innocente matinée passée ensemble chez elle. Comme si nous venions de franchir une étape importante.
           — Au revoir El !
           — Au revoir Michel, merci d'être venu et de m'avoir apporté les renseignements d'anglais.

Je referme la porte derrière moi et redescend vite, la petite cour, la fenêtre de la cuisine de la concierge, la petite porte vitrée, la grande porte. Je suis dehors à nouveau au soleil et refais le même chemin en sens inverse... un bonheur immense inonde mon cœur...

Longtemps encore je repenserai à cette entrevue. Et Mimi son chat, qui tout d'abord miaulait après moi puis s'est calmé, mais encore un peu méfiant, jaloux de sa maîtresse, à croire qu'il ait compris mes intentions !

En attendant le train sur le quai de la Garenne, j’ai l’impression que trois filles assises plus loin sur un banc me regardent de façon bizarre. Peut-être suis-je tout simplement mal coiffé ou bien est-ce ma veste qu'elles regardent ? Ou m’ont-elles, comme le chat, percé à jour et elles voient que j'ai l'air amoureux ?

Car j’étais, je suis amoureux !
For the first time I love a girl.
I’m in love with a girl.


A la maison Maman ne me fait pas de reproches d’arriver en retard pour le déjeuner. Curieuse, elle ne peut s’empêcher de m’interroger, de me demander des détails stupides et insignifiants sur ma matinée auxquels je réponds d'autant plus volontiers que ça me permet de ne rien dévoiler, d'enfermer le secret de mon amour plus profondément dans mon cœur.
It's not because you're paranoid that they aren't after you.

Hors ligne Cendres

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Re : Un jeune homme amoureux
« Réponse #1 le: 10 Mai 2023 à 20:57:37 »
Merci pour ton texte.

Le héros, je suppose toi, est amoureux de la fille, mais ce n'est pas sa petite amie, ou alors j'ai mal compris. Lui est amoureux d'elle, mais je ne sais pas pour elle.
Tu as un très bon souvenir de cette journée , tu devais beaucoup l'aimer. Après, vu que tu es à l'université, tu as un certain âge.

Pour lui c'est une journée importante, mais pour "El", je ne pense pas. Juste un (bon) ami qui lui ramène gentiment ses cours
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne Michael Sherwood

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Re : Un jeune homme amoureux
« Réponse #2 le: 11 Mai 2023 à 06:34:11 »
Bonjour Cendres,

Merci pour ta lecture.
Ce que j'aime, ce sont les hypothèses que tu formules, qui se révèlent souvent justes !
Mais ici je pense que tu t’es souvenue que j'avais parlé de cette amitié dans un autre texte récemment :
https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=42266.0  ;)
Oui, l'âge des 2 personnages n'est pas précisé.
Ils sont à la rentrée de la 2ème année universitaire, ils ont 20 ans.

Bonne journée  8)!

It's not because you're paranoid that they aren't after you.

Hors ligne Glaçon

  • Scribe
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Re : Un jeune homme amoureux
« Réponse #3 le: 11 Mai 2023 à 08:44:27 »
Je n'étais au départ pas très emballé par un récit qui s'annonçait assez plat.
Puis je me suis laissé immerger dans ton souvenir. C'est toujours touchant le souvenir d'un premier amour, si prude. Avec tous les détails qui se sont involontairement imprimés dans la mémoire. Comme une possibilité de spleen infini ou un mythe fondateur de sa jeunesse.

Bref, je ne saurais pas proposer de pistes d'améliorations, il y en a certainement, mais je m'en sens incapable, j'ai aimé ton texte, tout simplement.

Hors ligne Michael Sherwood

  • Prophète
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Re : Un jeune homme amoureux
« Réponse #4 le: 11 Mai 2023 à 09:43:31 »
Merci beaucoup Glaçon,

Pour ta lecture et tes réflexions :

Citer
Comme une possibilité de spleen infini ou un mythe fondateur de sa jeunesse.
Plus que le mythe fondateur de la jeunesse, j'y vois dans mon cas le mythe fondateur d'une vie. (Plus ou moins consciemment la rencontre avec El a orienté mes choix de vie : départ et séjours en Afrique, vacances à Madagascar, séjours à La Réunion..)

Citer
Bref, je ne saurais pas proposer de pistes d'améliorations, il y en a certainement, mais je m'en sens incapable, j'ai aimé ton texte, tout simplement.
Il se trouve qu'à peine le texte publié, j'ai vu ce que je pourrais améliorer : j'aurais dû insister sur la fin car c'est à ce moment que El  dévoile ou révèle qui elle est en évoquant son enfance devant une photo de La Réunion. (Comme si tout ce qui avait précédé n'avait été que bavardage insignifiant destiné aux oreilles de sa mère, qui ne l'oublions pas se trouvait dans la pièce à côté.)

Bonne journée  8) !

It's not because you're paranoid that they aren't after you.

 


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