Le gardien tend l'oreille, c'est étrange il lui semble entendre un bruit. Le musée vient de fermer ses portes, il ne devrait plus y avoir personne.
Victor est gardien du musée ornithologique de la ville depuis plus de cinquante ans, certains disent qu'il est un peu fou, qu'il entend des voix et parle aux animaux naturalisés. Il devrait depuis longtemps profiter d'une retraite bien méritée, mais il n'est pas prêt. Son musée c'est sa vie. Il y a tellement mis toute sa passion et son coeur qu'il n'a jamais pris femme, il ne vit que pour ses amis à plumes. Quelquefois un oiseau bien vivant vient le narguer, il fait mine de se mettre en colère mais en fait, il s'évertue juste à le chasser pour son bien. Enfermé ici il ne vivrait pas longtemps.
Ernest est un ornithologue bien connu dans la région, il est le spécialiste en espèces de toute sorte, et il entretient avec Victor une amitié de longue date. La même passion les anime.
Cela fait plusieurs jours que Victor entend des bruits le soir dès qu'il quitte le musée, cela l'intrigue tellement qu'il ne tarde pas à en parler à Ernest;
— Je t'assure Ernest, j'entends des chuchotements presque tous les soirs depuis un certain temps et même comme une musique.
— Tu vieillis mon ami, tu entends des voix ! Lui rétorque le spécialiste.
— Bien, alors viens ce soir à la fermeture et tu constateras comme moi que je ne rêve pas et que je ne déraille pas ! Je ne suis pas encore sénile !
Le soir venu, les deux compères font mine de fermer les portes de l'édifice et se cachent dans un coin discret.
Au bout de quelques minutes, des bruits légers se font entendre :
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— Alors ? Je suis fou Ernest ? J'entends des voix ?
— Tu as raison, on perçoit comme un chuintement, non ! Je dirais plutôt quelqu'un qui chante à mi-voix.
Les deux amis se dirigent dans le noir vers l'endroit d'où semble monter cette petite musique. Rien, rien de rien, juste des oiseaux empaillés immobiles dans l'obscurité. Le bruit a cessé.
Ils continuent leur ronde, chaque recoin visité, toujours rien. Pas âme qui vive, ou du moins, âme qui chantonne !
Alors qu'ils renoncent et se préparent à sortir, Victor soudain s'exclame :
— Mais il y en a un de trop !
Ernest le regarde d'un air tellement ahuri qu'il en éclate de rire.
— Viens, retournons à l'intérieur mais ne fais pas de bruit ! J'ai confondu l'intrus !
Ils se faufilent, subrepticement dans le première salle, puis encore plus discretement dans la seconde. Sur un perchoir en bois de rose, un perroquet naturalisé se dresse prestement, à ses côtés un deuxième.
Victor, d'un geste leste pour son âge avancé, s'empare du volatile :
— Je te tiens farceur ! Je te tiens !
L'animal surpris par l'attaque du gardien, se retrouve pris au piège alors, il se met à fredonner une chanson bien triste...
On saura plus tard, que le perroquet empaillé sur son perchoir était sa dulcinée, et chacun sait que cette race d'emplumé est fidèle.
Chaque nuit notre ami à plumes vient chanter la sérénade à sa bien-aimée.
Ce que l'histoire ne dit pas, c'est pourquoi Victor entend chaque soir les autres oiseaux reprendre en canon.