Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

13 Juin 2026 à 17:33:29
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Essai

Auteur Sujet: Essai  (Lu 2939 fois)

Hors ligne Menthe

  • Prophète
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Essai
« le: 21 Mai 2011 à 00:15:01 »
Le texte qui suit est un tout premier jet que je viens laborieusement d'amorcer ce soir, suite à une inspiration subite. J'arrive au niveau d'un carrefour narratif (plein de possibilités qui s'ouvrent tout d'un coup), et j'hésite beaucoup sur la suite à prendre.
(C'est aussi pour ça que le titre est aussi plouc, je le changerai vraisemblablement quand j'aurai progressé).

L'histoire se passe dans un monde proche du nôtre mais où les colonies existent encore (l'empire cité à un moment est l'empire colonial français). Tout le décors est en cours de construction, alors s'il y a des incohérences et/ou des trucs un peu trop flous, signalez-les moi !


Dites-moi ce que vous pensez sur la dernière rencontre. Moi j'en suis pas spécialement convaincue, et il est même fort probable que je la change.


Et aussi sur la qualité des dialogues : ça tient la route ou pas ?


Merci d'avance, zoub.



Ps : pour ceux qui aiment bien, j'ai écrit ça en écoutant les Kills. Histoire de vous mettre dans les vibes en lisant.


***


Il n'avait évidemment rien rangé, cette espèce d'ordure. Pourtant je l'avais prévenu, que je rentrais ce soir, je lui avais même donné l'heure de mon train, il pouvait vraiment pas se louper.
Mon appartement était une vraie porcherie. La vaisselle sale s'amoncelait dans l'évier, et déjà une espèce d'immonde mousse verte colonisait les restes, ses fringues dégueulasses, pleines de tâches d'huile noirâtre et crasseuses de terre étaient entassées dans un angle. Mon lit était jonché de vieux paquets de chips, et son pc traînait au sol, téléchargeant je ne sais trop quelle saleté.
Je suis restée à peine une minute, le temps de me rendre compte des dégâts. Il était hors de question que je reste ici, même si c'était en théorie chez moi. Je ressortis aussi vite que j'étais entrée, en me jurant qu'il entendrait de mes nouvelles, ce porc, avec des coups de pieds au cul pour seul remerciement.
Je savais très bien que confier mon studio à mon frère Marco était une sale idée. On m'y reprendrait pas deux fois, me jurai-je.
Jen habitait à une petite demi-heure de là. J'aimais pas aller squatter chez elle, mais à la guerre comme à la guerre que je me disais avec ironie.


Jen, c'était la sœur de ma mère, une espèce de vieille rebelle qui n'en démordait pas de sa rage, et qui s'entêtait à vivre dans une caravane au bord de la ville. Elle piratait on sait pas comment les lignes du coin, et arrivait à rester connectée aux informations officielles de l'empire par Internet, et à en modifier les données, les pimenter à sa sauce, comme elle disait, cette garce, juste pour blaguer un coup. Sales blagues qui lui avaient déjà valu trois ans de tôle et un nombre incalculable d'amendes, qu'elle se plaisait à coller sur sa porte, juste pour décorer, qu'elle disait, et accueillir bien proprement les indésirables. Trophées de guerre, qu'elle disait.
C'était pas terrible chez elle, un fouillis à en devenir malade, mais au moins c'était pas dégoulinant de pourriture, et en attendant, c'était mieux que rien, ma seule ressource dans l'immédiat.
Elle était en train de bricoler sa tablette électronique dehors devant sa caravane, une antiquité qu'elle avait rachetée un jour à une brocante d'un ancien militaire, et dont elle avait ingénieusement détourné l'utilité première pour des fins que je préférais ignorer. Fer à souder à la main, tout un attirail de composants électroniques éparpillés sur la table en bois que je lui avais faite pour son anniv de l'an dernier, elle ressemblait à s'y méprendre à ma mère, Marquise, avec ses cheveux de harpie et ses lunettes énormes qui tombaient tout le temps sur son nez. Sauf que ma mère était secrétaire d'un bureau lambda à Vincennes, une femme bien comme y faut selon toute apparence. Disons qu'elle cachait surtout mieux son jeu. Futée dans son genre, elle aussi.
« Salut Jen » la saluai-je.
Relevant le nez de sa tablette éventrée, elle prit un instant avant de me reconnaître et de pousser une grande exclamation.
« Ah, Sara ! Mais enfin, qu'est-ce que tu fous là ma fille ! T'étais pas sensée être au camp d'entraînement ? »
Ça, c'était de l'accueil ! Merci, Jen, fallait pas.
« Ouais, non. En fait ils m'ont lâchée plus tôt que prévue, le capitaine qui s'occupait de notre formation a été appelé en urgence sur le front viennois, y paraît que les ottomans essaient de faire la misère à l'Autriche, et l'empire a besoin de se faire du fric, donc ils louent les services de nos soldats... T'es pas au courant ? »
Jen marqua un nouvel instant méditatif. Ses deux yeux, agrandis par les lunettes dans une expression d'hébétude constante, cherchaient à rassembler les informations quelque part dans les sales nuages gris qui se traînaient dans le ciel.
« Ouais, peut-être. Je suis pas hyper au courant ces derniers temps, j'ai d'autres chats à fouetter. On m'a branchée sur un nouveau projet, je te raconterai à l'occasion, tu pourrais être utile. Mais qu'est-ce tu fous chez moi ?
J'ai toujours aimé son ton direct.
« Marco a investi mon appart de ses sales pattes de vieux porc, et en attendant que je trouve une solution pour le virer proprement, j'ai besoin d'une crèche. Tu m'héberges ? »
« J'avais bien dit à ta mère que ton frère va mal tourner, mais elle m'écoute pas ! C'est tout de sa faute, à Marquise, toujours prête à défendre la cause des esclaves en Perse ou de la liberté des colonies d'Outre-Mer, mais pas foutue de s'occuper de ses propres gamins ! Heureusement que t'es là pour relever le niveau, hé ! »
Critiquer l'éducation que notre mère nous avait donnée était un des sports favoris de cette vieille croûte de Jen. Pourtant, même si mes frères m'insupportaient pour la plupart, on pouvait rien lui reprocher, elle avait lutté comme elle avait pu. C'était facile pour cette garce de Jen de lui jeter les cailloux, elle qui n'avait jamais été foutue d'avoir un gosse. Mais bon, elle compensait par bien d'autres qualités, n'est-ce pas.
« Ce soir c'est moi qui héberge la réunion, et y'aura pas mal de monde. On a recruté trois nouveaux la semaine dernière, et ils sont encore en formation, alors on fera probablement du bruit. Si ça te dérange pas plus que ça, t'as qu'à t'installer où tu sais. » me lança-t-elle, en replongeant dans ses soudures.
Je grimaçai. Si je devais détester un truc chez Jen, c'était bien ses réunions du club d'antimilitaristes soi-disant secret. En fait, tout le monde à la ronde était au courant, y compris la police, Jen et ses copains n'étant pas réputés pour leur discrétion. Seulement, même s'ils faisaient du bruit – beaucoup de bruit, c'était des rigolos, et comme les rappels à l'ordre ne les impressionnaient plus depuis longtemps, on avait fini par les laisser tranquilles, en les surveillant de loin pour éviter tout débordement. Je comprenais pas comment on pouvait intégrer un tel groupe, c'était pitoyable.
Pourtant, bon gré malgré, j'avais pas le choix. J'irais trainer aussi tard que possible en attendant qu'ils soient assez abrutis par l'alcool et les disputes pour que je puisse dormir.
Je déposai mon sac au pied du lit en mezzanine de ma tante. Son chat me reluquait d'un œil insistant alors que je me déshabillais pour prendre une douche. Je détestais cet animal maléfique, qui traînait sa carcasse obèse dans la caravane avec une expression dominatrice insupportable. Lui tournant le dos, je m'examinai pour la première fois depuis quatre mois dans un miroir. J'avais beaucoup maigri, mes os semblaient saillir effroyablement sous ma peau, et deux énormes cernes soulignaient mes yeux injectés de sang. Déjà vingt-sept heures que j'avais pas dormi, j'allais pas compter la minable demi-heure dans le train que le sale mioche du couple qui voyageait avec moi avait su rendre infernale par ses gémissements d'enfant capricieux. Mes cheveux, que j'avais avant longs jusqu'aux fesses, avaient été cruellement réduis à la coupe militaire – pas plus d'un centimètre et demi, ce qui accentuait encore plus mes traits aigus. Je me fis une grimace avant de rabattre le rideau de douche.


Quand je sortis un quart d'heure plus tard, encore toute abrutie de la chaleur de l'eau, je fus accueillie par les volutes étouffantes de l'encens que faisait brûler Jen pour éloigner les moustiques. Pourtant je lui avais répété des milliards de fois que ça servait à rien – rien n'y faisait, elle restait sur ses positions. Un pack de bières trônait déjà sur la table qu'elle avait nettoyée pour l'occasion, et deux enceintes crachaient une musique douteuse, blindée de basses, pour couvrir le brouhaha des avions militaires qui sillonnaient les cieux dès le coucher du soleil. Je sentais que ses petits copains n'allaient pas tarder à rappliquer, je ferais mieux de me casser vite fait.
« Eh, eh, attends un peu Sara, attends deux secondes ! » me héla-t-elle.
Je me retournai à contre cœur.
« Woah, tu en fais une sale tête ma fille ! T'aurais pas dû te maquiller, tu fais presque peur là ! » me fit-elle.
« Merci, si c'est pour me faire cette remarque, je m'en passerai » lui répondis-je, acide, prête à repartir.
« Non, non, attends. C'est juste que depuis que t'es partie, j'ai eu quelques petits soucis et je voudrais pas, juste comme ça, que tu racontes ce qu'on fait par ici... » me confia-t-elle en faisant la moue.
« Oui, m'enfin, c'est pas comme si c'était nouveau ! Mais va, t'inquiètes, je me la fermerai... » lui promis-je, excédée.
« Non, tu m'as pas bien comprise, Sara. On est sur une affaire vraiment importante cette fois-là, je veux dire, du genre vraiment, vraiment importante, alors faut vraiment que je sois sûre que t'en diras pas un mot. »
« Mais oui, mais oui, ça va, je dirai rien ! Bouche cousue ! »
L'idée ne me vint même pas de l'interroger. Je voulais seulement fuir au plus vite ce souk ambulant, avant que toute son armada arrive. Et déjà j'entendais les moteurs des motos se superposer sur le brouhaha ambiant. Je la quittai en trombe, direction ailleurs.
Je me demandais si j'avais vraiment bien fait de venir là.


À minuit dans Paris, c'était pas tout à fait ce qu'on pouvait qualifier de prudent de se balader dans les rues. Malgré le plan de sûreté des rues qui avait été mis en place depuis dix ans dans la capitale, tous les gens bien, une fois l'alarme de vingt-deux heures sonnée, n'osaient plus trop trainer dehors. Cette alarme, c'était une réminiscence du couvre-feu d'antan, mais qui signifiait à présent seulement la mise en place du bouclier magnétique de brouillage. Une sorte de rappel à tous les oublieux que les communications téléphoniques en-dehors de Paris ne pourraient plus fonctionner avant le lendemain, sept heures trente.
Moi, je m'en foutais pas mal des loubards qui sillonnaient les rues. Peut-être même que dans le tas je retrouverais quelques camarades de lycée, ou d'un camp de formation quelconque. De toute manière, c'était pas ma tête qui pouvait donner envie de m'emmerder, si vous voyez ce que je veux dire.
Je me dirigeais vers les quais, le seul endroit où je pouvais retrouver un peu de calme pendant mon adolescence, quand mes frères me pompaient décidément trop l'air, et que les cris hystériques et exaspérés de ma mère m'insupportaient. Je noyais alors tous mes nerfs dans les remous de la Seine, et j'arrivais à rentrer plus ou moins tranquille.
Je me dirigeais vers mon coin préféré, dans une espèce de renfoncement où on pouvait très difficilement m'apercevoir, et où moi par contre je voyais très bien ce qu'il se passait. Dans un espace entre deux pierres du mur un peu plus anfractueux j'avais planqué quelques bouquins et une vieille lampe torche à dynamo, peut-être que je les retrouverais.
En m'approchant, je perçus quelques bruits de voix, et les lueurs dansantes caractéristiques des feux, sur lesquelles se superposaient des ombres. Et merde, mon coin était squatté. Partagée, entre l'irritation et la curiosité, j'hésitai quelques instants. Mais finalement je n'eus pas à réfléchir trop longtemps, puisque un des indésirables est sorti de ma retraite, et, tourné vers la Seine, urina d'un jet puissant directement dans l'eau. Si ça c'était pas de la classe pure et dure.
Un vieux réflexe emmerdeur me reprit et, très satisfaite, je l'interpellai. Il sursauta, dérangé dans son plaisir, rangea précipitamment son organe. Je m'approchai rapidement d'un air menaçant et me rendis compte, très fière, que je le dominai d'une bonne tête. Avec mes frères, mon mètre quatre-vingt treize avait toujours été un avantage, et pas qu'avec eux, d'ailleurs.
C'était un gamin, il devait avoir seize ou dix-sept ans à tout casser. Il me regardait avec la mine déconfite et terrifiée d'un lapin acculé. Je devais vraiment en jeter un max.
« Alors, qu'est-ce que tu fous là à cette heure, le mioche ? »
« Je, euh... Madame... Je.... enfin... »
Il balbutiait pitoyablement, tremblant comme une feuille. Ou alors il était bègue. Peut-être les deux. J'éclatais de rire intérieurement. Finalement peut-être que ma soirée n'était pas complètement foutue en l'air, j'allais pouvoir m'amuser un coup.
« Lux, tout va bien ? » demanda une petite voix de fille, de la cachette.
Ledit Lux continuait de me fixer, les yeux écarquillés, cette fois-ci totalement rendu muet.
« Mais oui, Lux va bien » répondis-je, avec un sourire dévoilant toutes mes dents.
J'étais rassurée, j'allais pouvoir gicler vite fait bien fait cette jeunesse indisciplinée.
Du mouvement se fit sentir, et j'entendis quelques petits pas furtifs s'approcher de nous, et les yeux de Lux roulèrent follement dans leurs orbites, affolés. Je ne quittais pas mon sourire et, prête à apostropher la nouvelle arrivante d'une remarque cinglante, je fus coupée dans mon élan par l'arrivée d'une gamine d'environs six ou sept ans, qui se figea avec la même expression de terreur, prête à lancer un cri strident, lèvres pincées, yeux agrandis. Son visage, maculé de crasse, laissait apercevoir à la lueur de la lune des croûtes de sang sur la tempe gauche.
« Mais qu'est-ce que vous foutez là les enfants ? »
L'arrivée de sa petite sœur rendit un peu de courage au garçon, et il sortit brusquement de son mutisme, en même temps qu'il s'interposa entre elle et moi, en serrant ses maigres poings.
« Vous nous emmènerez nulle part ! » lança-t-il, avec un ton presque de défi, langue bien déliée.
C'est pas que je suis loin du but, c'est que je suis à côté de la plaque !

Hors ligne Alisher

  • Tabellion
  • Messages: 56
  • Ostanyetsya.
Re : Essai
« Réponse #1 le: 21 Mai 2011 à 17:53:19 »
Salut  :)


"il pouvait vraiment pas se louper.
Mon appartement était une vraie porcherie."

C'est pas dérangeant comme répétition mais vu qu'elle est facilement évitable...


"confier mon studio à mon frère Marco"
confier "le" studio fait plus naturel dans le style qu'a eu le narrateur jusque là; en plus t'as déjà mis "mon appartement" avant

"en attendant, c'était mieux que rien, ma seule ressource dans l'immédiat."
D'accord on comprend mais syntaxiquement ici c'est rien qui est la seule ressource... Bon je nitpick un peu je pense

"un jour à une brocante d'un ancien militaire"
Pas génial un / une / un

"elle prit un instant avant de me reconnaître"
Je préfère "elle mit un instant à", ici on dirait qu'elle choisit le temps qu'elle prend pour...

"plus tôt que prévue"
que prévu

"Jen marqua un nouvel instant méditatif"
Je suis presque sûr qu'on peut pas marquer un instant, mais je suis prêt à être persuadé du contraire

"bon gré malgré"
c'est mal gré dans l'expression

"Je sentais que ses petits copains n'allaient pas tarder à rappliquer, je ferais mieux de me casser vite fait."
Le futur du passé me dérange ici, je suis pas nécessairement certain que c'est un vrai problème mais je trouve pas très heureux. Une construction de type "mieux valait me casser" permet d'éviter ça

"si c'est pour me faire cette remarque, je m'en passerai"
serais passé

"se superposer sur"
C'est pléonastique, se superposer à suffit.

"Je me dirigeais vers les quais"
Faut le passé simple ici, dirigeai

"puisque un des indésirables est sorti de ma retraite"
Y a un problème de temps non ?

"laissait apercevoir à la lueur de la lune"
apparaître plutôt, imho.


Au niveau du contenu c'est plutôt positif pour l'instant ; j'aurais aimé que tu ne nous préviennes pas de la petite différence d'univers, je pense qu'on la ressent suffisamment dans le texte et que ça gagne à ne pas être annoncé dès le départ. Après bon, vu que le texte existe en lui-même hors du post sur ce forum ça ne pose pas de problème. J'aime bien le personnage, je le trouve vivant et assez sympathique. En lisant je me suis fait la réflexion qu'elle avait la même vision (vieillesse/garceté  :D) sur à peu près tous les éléments de son monde, et que c'était un peu limite, mais ça me choque pas plus que ça au final. La dernière rencontre est surtout pas finie, on aimerait savoir vers quoi elle débouchera, c'est surtout ça qui démontrera si elle est convaincante ou non ;)

Bon courage pour la suite^^
« Modifié: 23 Mai 2011 à 01:08:22 par Alisher »
Ca n'a aucune réalité, de toute façon. Voilà pourquoi c'est important. Les gens ne se battent que pour des choses imaginaires.

Hors ligne Menthe

  • Prophète
  • Messages: 896
Re : Essai
« Réponse #2 le: 21 Mai 2011 à 21:09:03 »
 :mrgreen:
Citer
Un comm sur le contenu quand j'aurai le temps, désolé
Ben en fait là en l'occurrence, comme c'est un premier jet, c'était surtout l'avis sur le contenu qui m'intéressait lol xD (et ça aurait pris moins de temps je pense)
Cela dit, merci quand même d'avoir pris le temps / la peine de te pencher dessus !
C'est pas que je suis loin du but, c'est que je suis à côté de la plaque !

Hors ligne Menthe

  • Prophète
  • Messages: 896
Re : Essai
« Réponse #3 le: 25 Mai 2011 à 20:02:03 »
La suite (en attendant vos commentaires...) :


'éclatai de rire. Ce petit morveux devait me prendre pour une des patrouilles de surveillance qui parait-il trainaient dans les rues. Des foutaises, tout ça, bien entendu, mais ça marchait pas mal dans l'imagination des gens.
« Mais nan, je t'emmène nulle pas. Par contre, vous vous cassez, c'est ma place ici. » leur ordonnai-je en reprenant mon sérieux.
Il était pas question que ces deux crottes de nez me piquent mon coin. Ils avaient qu'à s'en dégotter un autre, c'était pas comme si les trous manquaient dans cette ville.
Lux, entièrement remis de sa crise de frousse, reprenait du poil de la bête, et, avec sa sœur planquée derrière lui, il semblait prendre très au sérieux son statut de protecteur. Il s'était campé sur ses deux jambes, et il osait même me serrer les poings ! Il hésita à se lancer, faisant plusieurs fois mine de dire quelque chose et de se raviser au dernier moment. Je le coupai.
« Ils sont où vos parents, vous devriez pas être à la maison, hé ? » leur demandai-je, en m'approchant du feu.
Je restai quelques instants comme ça, leur tournant le dos, dans le silence des flammes. Je distinguais des chuchotements, ils devaient parlementer tous les deux. J'en profitais pour jeter un coup d'œil au bazar qui était là, étalé autour de l'âtre. Essentiellement des conserves, dont certaines, éventrées à la sauvage et à moitié vides étaient mises de côté. Voilà qui attirerait les rats, pas très malin de leur part. J'attrapai un cahier qui trainait là, avec des calligraphies de la petite. Un papier tomba d'entre les pages. Je n'eus pas le temps de le prendre, déjà le gamin l'avait chopé au vol.
« Vous êtes pas de la police, hein ? »
Lux se tenait devant moi, sa petite sœur toujours agrippée à lui, le menton relevé, dans cette même attitude de défi. Il serrait la mâchoire ; Comme c'était mignon, il jouait déjà au grand garçon ! Je ne réprimai pas mon sourire.
« Mais non, je suis évadée de prison, j'ai tué trois boches l'année dernière. »
Pendant un bref instant, ses yeux s'élargirent à nouveau de terreur, avant que mon nouvel éclat de rire lui fasse comprendre ma plaisanterie. Il hésita un instant, avant de s'adosser au mur face à moi, sa petite sœur scotchée à son bras, l'air méfiant.
« Et vous, vous foutez quoi par ce temps là dehors ? Ils vont pas se demander où vous êtes, vos parents ? »
« Pas tout à fait, non. Plutôt le contraire, à vrai dire. »
Sa réponse avait fusé à la vitesse de l'éclair. Ses deux pupilles restaient rivées sur moi, suivant le moindre de mes gestes, rougeoyantes et fixes comme les braises que je remuais avec le tison de fortune que j'avais trouvé là.
« Et c'est quoi cette saleté sur le visage de ta sœur ? »
Un gémissement de souris échappa à la gosse, tandis qu'il la serra un peu plus fort contre lui, pinçant les lèvres.
« La raison pour laquelle on est là. » lança-t-il à nouveau, dans un souffle.
« Ce qui veut dire ? »
Nouveau silence. Il voulait faire son mystérieux. À sa guise, si ça pouvait lui faire plaisir. Moi j'en avais rien à foutre de son drame. Des orphelins enfuis, y'en avait plein les rues depuis des années, c'était pas un scoop, et ils pouvaient bien trouver un de ces des associations pour les héberger, pour peu qu'ils se bougent un peu.
« Vous êtes recherchés par les services secrets alors vous vous planquez comme dans les films sous un vieux pont, c'est bien ça ? » plaisantai-je à nouveau.
La petite couina à nouveau, mais son grand frère, devant mon attitude visiblement non agressive, se dérida un peu et s'approcha du feu, pour finalement s'asseoir en tailleur face à moi. Il m'observa encore quelques minutes avant de reprendre la parole.
« Tu t'appelles comment ? »
« Sara.» répondis-je, laconique.
« Elle, c'est Esther, c'est ma sœur. Moi je suis Lux, mais tu dois déjà le savoir » reprit-il, imperturbable. « C'est la première fois que je te vois là, tu cherches quelque chose ? »
« Ouais, la paix. » fis-je, et je me relevai en faisant sursauter les deux gamins.
Je m'étais déjà retournée et palpais le mur, à la recherche de la pierre branlante qui cachait ma planque, le garçon se redressa lui aussi. Je sentais quelque chose bouger sous mes doigts. Peut-être que je l'avais, cette saleté de caillou ? Avec un peu de chance, je retrouverais le roman de Derrang que j'avais déjà lu au moins quinze fois et que j'arrivais plus à retrouver. Le gamin était à présent juste à côté de moi et j'écoutais à peine ce qu'il disait, tant j'étais concentrée. Finalement, il posa la main sur mon bras, et une saleté de décharge électrique m'arracha un cri. Je me retournai vers lui, menaçante. Lui, serein, me regardait toujours avec ses deux yeux insistants, et répétait une phrase que j'entendis enfin.
«  Vous savez où je pourrai faire soigner ma sœur sans papier ? Elle a de la fièvre depuis trois jours, et se blessure cicatrise très mal, j'ai peur que ça devienne grave. »
Je fronçai les sourcils. C'était quoi cette histoire sale histoire ? Je jetai un coup d'œil sur la petite qui cette fois-ci était restée près du feu, une couverture sur le dos, toute recroquevillée. Son frère s'approcha à nouveau de moi, jusqu'à ce que je sente son souffle sur mon visage. Finalement il était pas si petit que ça, le gamin, une fois de près.
« Y'a toujours les hospices ambulants dans le douzième, près de la place Indochine, mais tout le monde le sait, ça. Pourquoi tu me le demandes ? »
« Non, pas là-bas, c'est un truc d'armée. »
Eh bé ! Si jeune et déjà antimilitariste ! Il plairait bien à Jen, à tous les coups !
« En même temps, des trucs pas d'armée, ça fleurit pas à tous les coins de rue, tu sais. » lui fis-je remarquer, en reprenant mon investigation.
« D'où ma question. »
« Et c'est quoi qui te fait croire que je peux t'aider ? » repris-je.
« Vous en avez juste la tête, c'est tout. Et c'est pas trop comme si on avait le choix. »
C'était décidément pas mon jour. La fatigue m'assommait, et le repos que j'espérais prendre en venant là avait l'air de s'être fait la malle depuis belle lurette. Je m'approchai de la gamine pour voir si je pouvais faire quelque chose. Peut-être que les quelques bribes de formation infirmière que j'avais reçue au camp pouvaient m'être utiles, pour une fois. Dès que je fus assez près pour la toucher, elle reprit ses couinements de souris apeurée, et son frère dut la rassurer.
De près, elle faisait encore plus petite. Des larmes séchées, mêlées à de la poussière, maculaient son visage où les rondeurs de l'enfance contrastaient tristement avec sa maigreur. Je me demandais depuis quand ils n'avaient pas eu un vrai repas. Je posai la main sur son front, pris son pouls. Elle n'avait pas l'air spécialement mal foutue, juste affaiblie. Je demandai de l'eau pour lui nettoyer un peu la frimousse, qu'on y voie plus clair.
« On n'a pas d'eau. » me répondit Lux.
« Et vous survivez comment, tous les deux ? »
Il me fit signe du menton en me désignant les conserves. De la soupe. Ils avaient dû avoir ça pas cher dans un hangar de retours de stocks, où on osait encore vendre des tas de saletés à moitié périmées. Le repère des désespérés.
Ils commençaient à me faire pitié, ces deux-là.
« T'as pas pensé qu'une fuite, ça se prépare ? Genre, prendre la clé des champs avec trois boîtes et une petite sœur, ça pouvait pas vous mener bien loin ! »
« J'ai pas eu le choix, fallait qu'on se casse. »
« Et vous avez pas de famille, genre de la gentille famille toute mignonne, pour s'occuper de vous en attendant que l'orage passe ? »
Lux réprima une grimace de dégoût. Non, visiblement, sa famille n'était pas la solution.
Il s'assit à côté de sa sœur, face à moi, et, les yeux au sol, marmonna :
« Et vous, vous pouvez pas... par exemple... nous trouver quelque chose de tranquille ? »
En voilà un, de culotté ! Décidément, ça y était, il était bien à son aise pour chercher à se faire inviter tout d'un coup ! Mais en même temps, la gamine me préoccupait un peu, malgré tout. Je me demandais ce que je pouvais faire... Je pensai à Jen. Non, c'était hors de question. Sa caravane, c'était tout sauf tranquille. Et avec la grande gueule qu'elle était, ils étaient pas près de pouvoir compter sur sa discrétion, même si au fond c'était une brave femme. De toute façon, y'avait pas de place.
Je pensai à chez moi. Pas possible, non plus, en tout cas pas avec cette pourriture qui grimpait aux murs. Ma rancoeur face à mon frère se raviva, et je me jurai plus fort encore de lui faire un accueil digne, une fois qu'il serait rentré de sa garde de nuit, le lendemain.
Ma mère ? Trop loin.
Restait alors, le plus improbable de l'improbable, solution que je n'avais même pas imaginée pour moi-même, la planque de Clair et Cendre. Ces jumelles, elles me devaient bien ça, après tout ce que j'avais pu faire pour elles. Un peu flippantes dans leur genre, mais en galère, elles pouvaient bien dépanner. Et puis, c'est pas comme si c'était à des années lumière de là où on était.
« J'ai peut-être deux vieilles copines à moi qui pourraient faire quelque chose... »

Si j'avais vraiment pas prévu un truc pour mon retour, c'était bien de retourner dans ce que j'avais quitté avec tant de satisfaction. La boue, les rats et autres saletés du genre, c'était vraiment pas mon monde. J'aurais jamais fait une bonne soldate, c'était clair. Sauf que se rendre chez les jumelles, c'était tout comme, presque en pire.
Fallait voir la gueule des deux mioches quand je leur ai montré le passage qui menait aux catacombes. Eh ouais les petits, c'était par là ou bien nulle part ! Ils se sont longuement regardés. La petite était plus que morte de trouille, mais le grand frère avait l'air de s'être fait une raison. Et avec son énorme sac plein de leur foutoir sur le dos, il a trainé la gamine derrière lui.
« Des fois, y'a des rats. » les prévins-je.
Un couinement d'Esther me fit comprendre qu'elle venait tout juste de vérifier l'info. En un sens, cette aventure nocturne en plein dans le caca de Paris, même si c'était du dégueulasse, au moins ça prenait une tournure bien rigolote. J'avais toujours aimé fiche la trouille aux gnomes, et fallait me voir avec mes petits frères, à l'époque ! J'en perdais le compte, des punitions que ma mère m'avait données pour les sanglots geignards des garçons. Bah ! Ça leur apprenait la vie, ça pouvait pas leur faire de mal, que je lui disais !
J'avais pas réussi à retrouver ma torche à dynamo, quelqu'un avait dû me la voler, et ça me plaisait vraiment, mais alors vraiment pas. Le gamin avait une lampe à LED avec lui, mais elle diffusait une petite lumière bleuâtre qui nous montrait même pas à deux mètres. Et bien sûr, elle pouvait nous lâcher d'un moment à l'autre, et là on serait bien, tiens. Parce que même si je connaissais l'endroit, bon, y'avait toujours un doute. Des fois que les murs bougent, vous savez... Comme on dit.
Comment est-ce qu'on aurait pu définir les catacombes ? Une espèce de saleté d'endroit, à mi-chemin entre les égouts de la ville et les couloirs de la mort. Il y faisait plus noir que noir, c'était des fois à en devenir dingue. Mais en même temps, moi j'avais quand même gardé mon goût d'aventure, et d'ailleurs c'était bien comme ça que je l'avais trouvée, cette planque, pour les jumelles.
C'était jusqu'au bout là-bas, ensuite on devait tourner à gauche, encore une fois, et là ça descendait gentiment jusqu'au lieu saint. Lux me talonnait de très près, et je sentais bien qu'il retenait parfois son souffle, et tremblait comme une feuille. Derrière lui, Esther avait repris sa respiration sifflante, mais au moins elle ne geignait pas.
Je me demandais ce qu'allait donner l'accueil de Clair et Cendres. Je devais être une des dernières personnes auxquelles elle s'attendraient, ça faisait quand même deux ans déjà qu'on s'était pas vu. Alors combien plus avec de la marmaille collée à mes basques... Mais bon, ça servait pas à grand chose, de se fatiguer en spéculations. Voilà qu'on approchait assez pour apercevoir la lumière étouffée qui filtrait à travers le lourd rideau de leur entrée.
« Modifié: 25 Mai 2011 à 20:56:51 par Menthe »
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Re : Essai
« Réponse #4 le: 26 Mai 2011 à 00:59:54 »
Post 1
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J'aimais pas aller squatter chez elle, mais à la guerre comme à la guerre que je me disais avec ironie.
Bof ? enfin je pige pas trop la comparaison en fait.

Citer
Elle piratait on sait pas comment les lignes du coin, et arrivait à rester connectée aux informations officielles de l'empire par Internet, et à en modifier les données, les pimenter à sa sauce, comme elle disait, cette garce, juste pour blaguer un coup. Sales blagues qui lui avaient déjà valu trois ans de tôle et un nombre incalculable d'amendes, qu'elle se plaisait à coller sur sa porte, juste pour décorer, qu'elle disait, et accueillir bien proprement les indésirables. Trophées de guerre, qu'elle disait.
Je suis pas convaincue par la répétition de « qu’elle disait »

Citer
une antiquité qu'elle avait rachetée un jour à une brocante d'un ancien militaire,
un peu trop de « un » / « une »

Citer
« Ah, Sara ! Mais enfin, qu'est-ce que tu fous là ma fille ! T'étais pas sensée être au camp d'entraînement ? »
Censée

Citer
Ça, c'était de l'accueil ! Merci, Jen, fallait pas.
Mouais, ça va, hein. Je trouve la narratrice assez antipathique. (je sais pas si c’est voulu ceci dit)

«
Citer
J'avais bien dit à ta mère que ton frère va mal tourner, mais elle m'écoute pas !
Problème de concordance des temps. Bon ok, c’est de l’oral.

Citer
C'était facile pour cette garce de Jen de lui jeter les cailloux, elle qui n'avait jamais été foutue d'avoir un gosse.
Je vais atteindre le point de non-retour avec cette narratrice

Citer
Je comprenais pas comment on pouvait intégrer un tel groupe, c'était pitoyable.
XD, parce qu’ils font juste du bruit ?

Citer
Mais va, t'inquiètes, je me la fermerai... » lui promis-je, excédée.
T’inquiète



Post 2

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'éclatai de rire.
Bug

Citer
« Mais nan, je t'emmène nulle pas.
Nulle part

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C'était quoi cette histoire sale histoire ?
Bug ?

Citer
Mais bon, ça servait pas à grand chose,
Grand-chose


Comme dit plus haut, la narratrice me sort par les yeux. Avec la rencontre des deux gamins, elle est déjà plus buvable, ça passe mieux. Sinon, ça m’intrigue, j’ai vachement de mal à voir ton monde en fait, peut-être parce que ce n’est que le début, mais ça me paraît assez flottant, enfin bon, j’ai toujours eu du mal avec les distorsions de la réalité (ouais, « distorsion de la realidad », mes fiches d’espagnol ressortent, fais pas attention). Bref, le personnage principal me saoulant menu, ça me donne pas trop-trop envie de continuer si elle est comme ça tout le long, mais ton idée n’est pas forcément mauvaise. Faudrait voir avec d’autres avis. Perso, je préfère tes autres textes, mais ce n’est que mon avis !
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

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Re : Essai
« Réponse #5 le: 26 Mai 2011 à 22:27:28 »
 :mrgreen: Au moins elle te laisse pas indifférente !

Et sinon, oui, elle est volontairement antipathique, on va dire que c'est ma dernière lubie, les garces. C'est vrai que ça change de ce que je fais d'habitude (mais on m'a dit qu'y faudrait que je me renouvelle, alors j'essaie ! Lol).

Pour le monde uchronique (c'est bien ça hein ? O_o), je suis toujours en construction. L'allusion "à la guerre comme à la guerre" s'expliquera par la suite, puisque, justement, les différents empires coloniaux (qui ont subsisté jusqu'à l'époque contemporaine) ne font que se taper dessus comme de sales gosses mal élevés. Et le camp d'entrainement d'où Sara revient est une sorte de "formation continue de type service militaire", mais je développerai plus avant par la suite.

Merci d'avoir relevé les bugs, en effet c'était pas voulu ! (Et pour la concordance des temps foireuse, c'était pas fait exprès, mais finalement ça fait oral donc je laisse - Jen n'est pas une lumière de la littérature).

Au début la rencontre avec les deux marmots me laissait assez indifférente, mais j'ai peut-être un truc sur le feu qui pourrait être intéressant.

En tout cas merci d'avoir partagé ton avis et tes impressions ernya :) C'est cool et j'en ai besoin pour m'orienter sur la suite !

Ps : si ça peut te rassurer, je compte un peu laisser de côté cette démarche martiale pour m'orienter vers un truc (un peu) plus humain ^^ Mais ça va pas être non plus de la petite fleur... Sinon ce serait pas cohérent ! (Cela dit, je sais toujours pas où je vais xD)
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Re : Essai
« Réponse #6 le: 08 Juin 2011 à 01:57:04 »
Dernier post. Je me demande si je vais pas le coller en roman-feuilleton au final, y'a peu de chance que ça se termine en nouvelle (ou alors ce sera de la fat nouvelle).
Dites-moi vos impressions sur le ton de narration (il colle au reste ou bien il y a des trucs qui font bizarre ?) + la description des jumelles Clair et Cendres ainsi que leur environnement (c'est pas un peu cliché ?)


Ps : y'a des trucs, je kiffe pas des masses, j'attends vos avis pour voir si ça passe ou ça casse, alors vous gênez pas de dire si vous aimez pas !

Merci de votre lecture


Je me demandais ce qu'allait donner l'accueil de Clair et Cendres. Je devais être une des dernières personnes auxquelles elle s'attendaient, ça faisait quand même déjà deux ans qu'on s'était pas vu. Alors combien plus avec de la marmaille collée à mes basques... Mais bon, ça servait pas à grand chose, de se fatiguer en spéculations. Voilà qu'on approchait assez pour apercevoir la lumière étouffée qui filtrait à travers le lourd rideau de leur entrée, ainsi qu'un lourd magma de voix étouffées. Je me demandais combien ils pouvaient bien être là-dedans. Il était pas impossible que les jumelles aient ramené leur famille, ça devait être bien joyeux, tiens.
« Restez là, je vous appelle dès que c'est bon » murmurai-je aux deux mômes, avant de passer de l'autre côté.
Une vingtaine de paires d'yeux bridés se sont immédiatement posées sur moi en même temps qu'un long silence flippant s'est abattu sur l'espèce de caverne dans laquelles ils vivaient. Ouah, on aurait dit une fusillade, j'étais mal. J'inspirai, je devais reprendre contenance. Les réfugiés Viêt, c'étaient pas des méchants, que je me répétais en essayant d'ignorer les quelques longs couteaux à dépecer qui étaient jetés près de leur coin de cuisine. C'était à moi qu'ils devaient leur planque, ils devaient le savoir, ils pouvaient pas me manquer de respect, quand même.
« Je suis une amie de Clair et Cendres » annonçai-je en levant les bras, signe de paix. « Je veux leur parler ».
Un mouvement s'est fait dans la masse, et un chuchotement a couru d'une oreille à l'autre, jusqu'aux intéressées. Il y avait pas un gamin au milieu d'eux, ou alors ils étaient cachés quelque part à dormir. En moyenne, ils devaient avoir entre dix et vingt ans, même si on trouvait quelques vieux croûtons, mais pas rances pour un sou. On voyait bien qu'ils avaient tous galéré pour arriver jusque là, et qu'ils étaient prêts à se défendre pour rester. Quand je pensais à tous les kilomètres qu'ils avaient dû traverser, ça me faisait comme des frissons de respect. Je pinçai des lèvres et droite comme un i, j'attendais que mes deux vieilles copines s'amènent. Elles ont pas tardé, et dès qu'elles ont montré que j'étais là en amie, ils se sont plus ou moins dispersés, même si je sentais bien qu'ils gardaient quand même un œil suspicieux sur mes gestes.
Clair et Cendres. Elles étaient plus jeunes que moi de trois ou quatre ans, elles avaient autour de vingt-trois ou vingt-quatre piges, par là. Petites, elles payaient franchement pas de mine, et poutant elles en jetaient, c'est moi qui vous le dis. Sous leurs habits en toile, elles avaient des muscles en béton, noueux et solides, tout en nerfs. Fallait pas les énerver, elles pouvaient réagir au quart de tour. Mais sinon, à leurs heures perdues, elles étaient passionnées d'astrophysique, de littérature française et de jeux de cartes. On s'était connu lors d'une soirée d'anciens élèves de l'école de menuiserie, elles accompagnaient Kiem, un des seuls potes que j'avais gardé d'alors. Elles m'avaient tout de suite fait penser à deux chattes maléfiques, avec leurs grands yeux noirs qui luisaient toujours comme des vers de nuit et leur sourire fermé, qu'on savait jamais s'il était joyeux ou cynique. Mais bon, une fois que j'avais passé mes premières phases d'appréhension, je m'en étais fait des copines, bizarres, pour sûr, mais quand même. Depuis, j'avais appris qu'elles s'étaient enfuies d'Indochine durant la période des attentats de 2004, et qu'elles galéraient toujours pour se loger, parce qu'y paraît qu'on les recherchait, enfin, pas qu'elles, tous les gens dans leur situation, quoi. Du coup, il avait fallu leur trouver une planque, d'où ma contribution un soir où elles avaient la police aux trousses, et elles avaient plus quitté les catacombes, depuis.
« Sara, tu nous surprends, on ne s'attendait pas à te revoir comme ça !» commença Clair, avec son sourire et ses grands yeux prêts à vous mordre.
Sa sœur restait silencieuse à ses côtés, avec la même expression. Mais je les connaissais bien les yeux, elles étaient pas vilaines, allez. Quand elles vous faisaient la menace, elles sortaient plus les crocs, je les avais bien vues à l'oeuvre, déjà.
«  Oui, je sais, désolée. Mais j'ai eu une galère et j'ai pensé à vous. Je serais bien passée vous voir avant mais... » commençai-je.
« Bien. Viens t'asseoir, on parlera de tout ça tranquillement, ici on n'est pas bien» m'invita Cendres, en me faisant signe de la suivre, m'ayant déjà tourné le dos.
Je m'apprêtais à la suivre quand je me suis brusquement souvenue des deux mioches qui devaient trembler comme des feuilles de l'autre côté du rideau. C'était quand même à cause d'eux que j'étais ici à cette heure-là. J'ai donc rattrapé Clair qui avait déjà emboîté le pas à sa sœur.
« J'ai deux gamins qui ont besoin d'un coin pour dormir et un coup de main, ils attendent dans le couloir. Je suis là pour eux, je peux les ramener ? » lui murmurai-je.
S'il y en avait une qui pouvait être un peu émue par la situation, c'était bien elle. J'ai toujours pensé qu'elle était la plus sentimentale des deux. Elle a fait la grimace mais elle s'est quand même arrêtée et m'a fait signe de me dépêcher de les amener. Ils sont arrivés, aussi pouilleux que je les avais laissés, grelottants et morts de trouille. Esther était toujours agrippée au bras de son frère qui n'en menait pas large. Mais le menton en avant, il pinçait les lèvres et roulait les yeux à droite à gauche pour surveiller l'étrange population qui l'entourait. Faut dire que tout autour, ça avait commencé à jaser, et même si je comprenais pas un traitre mot au vietnamien, il était clair qu'on nous jetait pas des roses.

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Re : Essai
« Réponse #7 le: 03 Août 2011 à 16:29:33 »
Citer
Mais finalement je n'eus pas à réfléchir trop longtemps, puisque un des indésirables est sorti de ma retraite,
J'aime pas trop le changement de temps.

Citer
auxquelles elle s'attendaient,
elles

Citer
laquelles ils vivaient
laquelle

Citer
et poutant elles en jetaient
pourtant

Citer
deux chattes maléfiques
Je crois que pour la narratrice tous les félins sont diaboliques.

Je trouve que ça se lit plutôt bien. Sans m'être sympathique, la narratrice se tient, et on a bien envie de la suivre dans ses déambulations, même si c'est vrai qu'avec cette fin qui n'en est pas une, ça fait plus fragment de roman ou d'une plus grande histoire et on reste sur sa faim. Dommage, car l'univers mériterait d'être creusé. ^^
"Je suis la serveuse du bar Chez Régis ! Ou un leprechaun maléfique barrant l'entrée d'un escalier imaginaire..."

Et puis la Nuit seule.
Et rien d'autre, et plus rien de plus.

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Hors ligne Menthe

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Re : Essai
« Réponse #8 le: 03 Août 2011 à 22:28:57 »
Merci beaucoup d'avoir pris la peine de me lire Kathya. Ces derniers temps je pensais justement reprendre le récit, je vais peut-être m'y essayer dans les quelques jours qui viennent.
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Hors ligne Menthe

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Re : Essai
« Réponse #9 le: 05 Août 2011 à 01:42:13 »
Voilà la suite, toute fraîchement écrite. Franchement, pour ceux qui ont suivi depuis le début et qui s'en souviennent un minimum, dites-moi ce que vous en pensez, du côté du déroulement de l'action : c'est pas trop lent ? C'est pas trop prévisible ? Et côté écriture, ça reste cohérent ?
Je ne sais pas trop vers où j'évolue, encore. A vrai dire, c'est encore le brouillard et j'avance à tâtons (comme j'ai toujours fait, cela dit), je prends la mesure du terrain mot après mot et, ça donne ce que ça donne, voilà tout. Seulement je ne peux pas m'empêcher d'être remplie de scepticisme, comme d'hab.
Donc en gros, si vous trouvez ça nul, dites-le avec beaucoup de franchise.
Si vous aimez bien, le clamez pas trop fort, je vous croirais pas.
Ouais, bonne lecture, cela dit.





J'ai bloqué ma respiration dix secondes, histoire de faire redescendre le coup de nerfs qui me prenait. Rien, mais alors vraiment rien n'allait comme je voulais. En expirant, bruyamment, je m'affalai, vaincue, dans le vieux canapé où se trouvaient les deux mômes. Au moins je dormirais plus tôt que prévu, pensai-je, amère. Moi qui pensais en avoir fini avec les galères en quittant l'armée...
On m'a laissé, en invitée de marque, l'honneur de dormir dans le lit de camp, tandis que les mioches devaient se serrer sur deux couvertures lâchées sur le sol. Clair et Cendres avaient repris en silence leur jeu d'échecs, et brusquement j'ai lâché prise : advienne que pourra, au moins j'avais où dormir, et ça me suffisait pour l'instant. J'avais les jambes qui dépassaient, le lit était tout sauf confortable, mais je me suis quand même endormie, d'un coup, comme une masse. Quand on a fait l'armée, on fait avec ce qu'on a.
Je me suis réveillée sur le coup des cinq heures du matin, comme j'en avais pris l'habitude depuis les derniers huit mois, avec un mal de crâne effroyable.
Il faisait assez froid, une fois qu'on restait immobile. Et le corps encore engourdi, je frissonnai un peu. Cendres était affalée contre un matelas, à moitié allongée, à moitié assise ; Je me demandais comment elle pouvait dormir dans cette posture, on aurait cru qu'elle ne faisait que méditer. Les enfants dormaient au pied de mon lit, Esther blottie dans les bras de son frère. Je me suis redressée et j'ai enjambé les mioches pour me dégourdir les jambes.
Je suis allée dans la salle principale, qui était transformée en un énorme dortoir. Mais, même si la majorité des viêt étaient au pays des rêves, il restait un petit groupe autour du feu, qui murmuraient ; Leurs chuchotis se perdaient dans la vaste grotte, où on percevait un mélange d'écho, des couinements de rats, le goutte à goutte de l'eau. Frissonnante, je m'approchait du foyer. Je reconnus parmi l'attroupement ma copine Clair, qui expliquait quelque chose de visiblement très important à deux ados de quatorze ou quinze ans. Le front plissé, les yeux réduits à deux simples fissures par la concentration, ils étaient si absorbés par son laïus qu'ils en sursautèrent lorsque je les abordai. Clair, pas le moins perturbée du monde, me servit son sourire le plus denté avant de laisser les deux jeunots à leurs pensées et me proposer une tasse de son breuvage verdâtre.
«  Chère Sara, si tu savais comme nous sommes contentes, Cendres et moi, que tu sois enfin passée nous voir après tout ce temps. On se demandait ce que tu pouvais bien devenir » commença-t-elle, avenante.
Cette façon de m'aborder, je m'en méfiais comme du loup blanc. Il y avait quelque chose dans tout ce sucre qui me présageait un truc bien pourri dans lequel elle espérait que j'allais tremper. Je lui répondis la mâchoire crispée, les épaules tendues.
« Ben tu sais, je fais partie des réservistes sélectionnés lors du service initial, et tous les trois ans on m'envoie à l'entraînement, histoire que je sois toujours fraîche en cas de pépin... Jen continue ses magouilles de faiseuse de paix de mes deux, ma mère reste engagée dans ses associations de défense des droits de l'homme, et mes frères... Enfin, y'a rien de changé, quoi. Le train-train. »
« Oh, cette chère Jen, j'ai eu la joie de la rencontrer il y a trois jours de ça dans un endroit des plus... amusants ? »
Jen et les jumelles avaient fait connaissance à peu près dans les mêmes circonstances que les gamins : elles cherchaient une crèche, je les avais casées chez ma tante, et elles sont devenues copines. Il fallait dire que les échauffourées durant la révolte au Vietnam, ou plutôt en Indochine comme on disait maintenant, avaient fait un massacre de fou, et depuis tous les réfugiés, pour ceux qui avaient réussi à s'intégrer plus ou moins dans leur pays d'accueil, étaient des militants antimilitaristes très virulents. Le cocktail idéal pour s'attirer l'amitié de ma sacrée tante. Mais comme Clair et Cendres avaient dû se sauver une fois encore, elles avaient perdu contact avec Jen. Qu'elles se soient rencontrées dans un endroit « amusant » était des plus inquiétant.
J'ai donc préféré lui servir le regard le plus inexpressif de mon répertoire. J'attendais la suite. Je sentais la bête bouger sous la surface, c'était plus qu'une question de temps. Mais Clair préférait me laisser mariner un petit coup de plus, histoire d'être sûre que j'étais au poil pour le grill. Elle était maline, dans son genre.
« Comme tu t'es levée tôt, Sara. Il était tard, pourtant, quand tu t'es couchée. Tu es sûre que tu vas tenir le coup aujourd'hui ? »
« Si j'ai pas le choix, faut bien. » lui répondis-je, agressive.
Elle ne releva pas et partit s'accroupir d'un des deux jeunes, qui bricolait depuis qu'elle l'avait laissé une espèce de tablette électronique semblable à celle de Jen. Mais qu'est-ce qu'ils avaient tous à s'amuser dans le recyclage de matos d'armée ? Ça faisait longtemps qu'on avait laissé tomber ces trucs-là pour les montres à écran étirable. Qui voulait aujourd'hui encore s'encombrer de ces saletés ? Un truc de viêt, que je me disais. Ou alors y manquaient tout simplement de fric.
Je m'étirai, mais faire mes quelques mouvements du matin n'était pas simple dans un espace aussi réduit. Je ne pouvais pas poser un pied sans devoir faire ultra attention, tant les bras et les jambes s'enchevêtraient sur le sol tout autour de moi. Je jetai un coup d'œil à ma montre : cinq heures et quart. Je ferais peut-être mieux de rentrer maintenant, même si j'imaginais bien mal Jen s'inquiéter pour moi.
Je retournai jusqu'à mon lit pour essayer de récupérer mes chaussures. Lux était à moitié affalé dessus, et Esther, collée à lui comme une punaise. La manœuvre s'annonçait délicate. Quand je fis mine de les récupérer, la main de Clair, douce mais résolue, s'est posée sur mon épaule.
« Ne les dérange pas, ces pauvres enfants. Tu partiras plus tard, Sara. Nous avons encore beaucoup à nous dire. »
Je ne sais pas tellement ce qui m'a le plus énervée, le ton qu'elle prenait, ou bien le fait qu'elle abordait enfin le sujet qui fâche sans pour autant encore cracher le morceau. La fatigue, qui s'écrasait sur ma tête comme une massue, rendait la pulsation contre mes tempes encore plus insoutenable. J'ai dû faire un gros effort pour me contenir, et me retourner avec le plus d'affabilité possible.
« Allez, viens, tu vas prendre un petit déjeuner avec moi. Et comme tu as l'air de vouloir rester réveillée, tu pourrais peut-être nous accompagner au marché. On part dans trois quarts d'heure. Tu vas voir, on ne s'ennuie pas, par ici. » ajouta-t-elle.
Cendres, qui s'était réveillée suite à l'intervention de sa sœur, levait des yeux pâteux vers nous et s'extirpa comme elle put de son refuge. Elle enjamba les gosses, et me salua en baillant, passant devant moi. Je la suivis.
« De quoi tu parles, là, avec ton marché ? » attaquai-je dès que nous nous sommes installées.
Clair sortait les biscottes de son placard tandis que sa sœur nous servait à toutes une énième tasse de son infâme breuvage vert. Aucune ne semblait avoir entendu ma question. Alors que je m'apprêtai à la reposer, Cendres me répondit enfin.
« On trafique comme on peut des habits et de la camelote qu'on retrouve dans les poubelles du seizième. Si tu savais ce qu'ils peuvent pas jeter, ces bourgeois. Ils connaissent vraiment pas le fond de leur poche, pour balancer comme ça des trucs quasi neufs ! »
« Et qu'est-ce qui explique ma présence avec vous ? » rétorquai-je, venimeuse.
« Oh, ben tout simplement on pensait que ça pourrait t'amuser, une petite partie avec nous. On a dégoté de vieux appareils photo, des mini enceintes et des robes grand luxe. Il y a toute sorte d'acheteurs, mais nous ce qu'on préfère le plus, ce sont les fouineurs. » commença Clair.
Cendres se pinça les lèvres. Sa sœur et elle se consultèrent du regard pendant un bref instant, avant qu'elle n'intervienne.
« On ne va pas tourner autour du pot pendant cinquante ans, Sara. On soupçonne que parmi les collectionneurs qui viennent vadrouiller le matin très tôt sur les quais, il y a quelques sergents de l'armée en reconnaissance. On ne sait pas ce qu'ils cherchent, mais nous on veut tout simplement pas de misères. Tu connais bien le milieu et on se demandait si tu pouvais pas t'arranger avec eux pour qu'ils nous fichent la paix... »
« On a du fric, si tu veux savoir. Je veux dire qu'on peut payer leurs services, on sait bien que rien ne se fait comme ça, par ici. » compléta Clair.
Je fronçai les sourcils. Quelque chose sonnait creux dans leur baratin. Oh, pas que j'y croyais pas, c'était exactement ça que j'attendais, venant d'elles. Elles étaient de bonnes copines, mais de bien meilleures profiteuses, et elles en perdaient jamais une. Alors une vieille connaissance qui rentrait fraîchement de l'armée, c'était une aubaine. Seulement, ça grinçait. En fait, ça tombait trop bien. Le problème, c'était que je ne savais pas par où commencer.
Pourquoi j'étais là déjà ? Ah ouais, les marmots. Parlons-en.
« Écoutez, moi je trempe plus dans vos magouilles. Vous vous êtes très bien débrouillées sans moi jusqu'à maintenant, vous pourrez aussi bien continuer comme ça. Moi je suis venue à cause des gamins que vous voyez là. » dis-je en leur désignant du menton Lux et Esther, bullant trois mètres plus loin. « Est-ce vous pouvez vous en occuper un brin ? En attendant que je m'arrange avec quelqu'un d'autre pour les gicler de là et vous laisser tranquilles. »
Mon refus ne semblait pas les gêner plus que ça. En fait, elles le prenaient plutôt bien, elles n'avaient même pas cillé.
« Vous me devez ça, les filles » insistai-je.
Clair esquissa un sourire, tandis que Cendres reprenait sa transe méditative.
« Alors ? » martelai-je.
« On peut t'arranger ça, Sara chérie. » conclut Clair dans un souffle, en me fixant des yeux jusqu'à m'en mettre mal à l'aise, et Dieu sait s'il fallait forcer pour que ce soit le cas.
Bon, ce n'était pas aussi idéal que je l'aurais voulu, mais au moins tout se goupillait plus ou moins. Il n'était même pas cinq heures et demie, et si je filais maintenant, je pourrais peut-être être rentrée vers les sept heures moins le quart. J'avais un peu de route quand même, et des comptes à régler avec Marco.
Je chopai mes chaussures, et m'apprêtant à quitter les lieux, je saluai les jumelles et les autres viêt qui s'étaient réveillés. Plus de la moitié de la population était déjà sur le pied de guerre, et dans un silence huilé, ils se relayaient pour la menue toilette et le petit dej. Une vraie petite armée de fourmis. Dans le fond, j'apercevais leurs sacs, déjà prêts pour le marché.
« Je t'accompagne » me lança Clair.
Je jetai un dernier regard sur Lux et Esther, je me demandais si je devais leur laisser un mot. Bah, je les reverrais bien assez tôt et les jumelles pouvaient bien lui expliquer la situation. Je leur tournai donc résolument le dos, direction la liberté. Ouf, un peu d'air !
On a fait les premiers couloirs toutes les deux côte à côte sans rien nous dire. On aurait pu faire la route comme ça jusqu'au bout, mais il a fallu qu'elle me foute ce sacré coup sur la nuque. Et comme je m'y attendais pas, je me suis affalée, complètement assommée, avec toute la grâce d'un phoque dans ses bras, tandis que trois viêt baraqués sont venus me récupérer et me trainer jusqu'à leur tanière.
La première pensée qui m'est passée par la tête, et il y en a eu beaucoup, quand je me suis réveillée une demi-heure plus tard sur le plumard qu'elles m'avaient prêté pour la nuit, c'était : mais merde, mais où donc j'avais bien pu me fourrer !
C'est pas que je suis loin du but, c'est que je suis à côté de la plaque !

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Re : Essai
« Réponse #10 le: 05 Août 2011 à 11:16:35 »
qui me présageait un truc bien pourri
Le "me" perturbe un peu la phrase.

Ca m'étonne qu'elle fasse pas de rapprochement avec le super plan méga trop louche dont Jen lui a dit de rien répété si elle en entendait quelque chose ! x')

La seule longueur que j'ai trouvé, c'est qu'elle passe trop de temps à se dire "mais c'est louche", elle freine un peu des deux pieds, mais se méfie pas plus que ça tandis que les deux soeurs font rien pour l'amadouer.

Et sinon, j'ai un peu de mal à m'expliquer l'attachement qu'elle a pour les gosses alors qu'elle les virait comme des squatteurs malpropres juste avant, et qu'elle est quand même pas méga-altruiste. Même les deux soeurs qu'elle a aidé, on a l'impression que c'était intéressé et que c'était du donnant-donnant. ^^

Sinon je trouve toujours que ça se lit plutôt bien. ^^
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Avant l'hiver, Léa Silhol

 


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