Chaque matin, je me réveille à peine cinq minutes avant que le briseur de sommeil sonne et interrompe mon sublime rêve. Mais il y a aussi quelque chose qui fait que se réveiller chaque matin en vaut la peine : la beauté allongée à côté de moi. Sa peau touchant la mienne, ses cheveux blonds effleurant ma poitrine, sa jambe nue caressant légèrement mon mollet, je ne pourrais pas être plus reconnaissant d'avoir cette déesse avec moi chaque jour. Je pousse sa chevelure et lui livre un baiser tendre et passionné dans son cou. Je la serre fort, j'en ai besoin pour affronter cette journée ordinaire, du moins sur le commencement.
Je me lève et la laisse avec les bras de Morphée. Le bruit de ma cafetière expresso résonne dans tout mon appartement, et pourtant, je suis tellement dans mes pensées que je ne l'entends pas. Mes pensées sont si froides et si négatives à l'idée de faire face à un monde si inconnu et si dangereux.
Je place ma tasse dans l'évier, jetant un dernier coup d’oeil à ma femme dans son lit, toujours dans une posture d'Ève et probablement dans un monde de rêve. Je descends l'escalier glacial et calme de cet immeuble. L’odeur du cannabis imprègne les couloirs, encore Damien, le voisin de dessous qui a passé une sacrée soirée.
Je me dépêche d'attraper le bus pour éviter d’être en retard à mon rendez-vous. Le bus est pratiquement vide, contrairement à d'habitude. Marc, le chauffeur avec sa moustache et sa casquette rouge, me salue et me check la main. Le trajet me semble si long, dans mes écouteurs retentit "J'ai oublié de vivre" de Johnny Hallyday, celà m'apaise et m'aide à combattre ce moment qui pourrait changer ma vie à jamais.
C’est mon arrêt, rue Saint Michel. Je descends du bus tout en saluant Marc et je m'avance dans cette immense avenue. Je passe devant le marché aux épices aux délicieuses odeurs qui me rappellent mon grand-père qui nous cuisinait une paella extraordinaire tous les dimanches. Je croise un sans-abri accompagné d’une meute de chiens, certains gros, d’autres petits, tous avec une bonne tête. Puis il y a un policier d'une quarantaine d'années avec son énorme pain au chocolat qui surveille le bon déroulement du marché. Enfin le voilà, cet énorme bâtiment que je redoute tant, je suis face à lui et je l'observe. Un ouvrier de nettoyage s'occupant de la propreté du hall d'entrée me passe devant, je le salue d'un hochement de la tête et m'avance vers la réception.
J'essaie d'attirer l'attention de la secrétaire, mais en vain. Cette dame d'un âge très proche de la retraite raconte une histoire à sa collègue avec un tailleur d'un rouge très vif, aucune des deux ne tourne la tête dans ma direction. Au bout de cinq bonnes minutes, la dame au tailleur me voit et vient me renseigner la direction à prendre pour rejoindre le cabinet où se trouve mon rendez-vous.
Mes pas sont de plus en plus lourds, l'atmosphère autour de moi semble m'étouffer, le stress commence à parcourir toutes les parcelles de mon corps et mon coeur bat la chamade. Je suis devant la porte, cette magnifique pancarte gravée où l'on peut lire "Docteur Henry Simon, professeur oncologue" me terrifie. Je sonne et je rentre, mais malheureusement, lorsque je sortirai de ce bureau, je ne serai plus la même personne, car je ferai partie des personnes connaissant leur date de fin.