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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » BT12 - Le dernier jour de l’hiver [Blind Texte Hiver 2023]

Auteur Sujet: BT12 - Le dernier jour de l’hiver [Blind Texte Hiver 2023]  (Lu 1767 fois)

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BT12 - Le dernier jour de l’hiver [Blind Texte Hiver 2023]
« le: 29 Janvier 2023 à 11:26:14 »
Le dernier jour de l’hiver

Si l’hiver se poursuivait encore, Harold devrait ajouter une troisième feuille au tableau. De toute sa longue vie, ce serait bien la première fois.

C’était sa grand-mère, paix à son âme, qui lui avait transmis cette étrange habitude. À chaque premier flocon tombé, il accrochait une feuille vierge au tableau de bois, fixé proche de la porte d’entrée et y ajoutait un petit trait pour chaque journée enneigée écoulée. Au fil des semaines, des carrés traversés d’une ligne diagonale s’alignaient sur l’ensemble de la feuille. Généralement, quand il attaquait le tiers de la deuxième feuille, l’hiver prenait fin.
Mais pas cette fois.

Près de six ans après le dernier hiver, celui-ci semblait ne pas vouloir s’achever. Leurs vivres s’amenuisaient dangereusement. Si Harold était capable de survivre aisément plusieurs jours sans rien manger, il ne pouvait pas accepter l’idée d’infliger cette misère à sa douce petite fille, Lia.

Il tira un nouveau trait sur la troisième feuille de papier, son visage rond, mangé par une barbe râpeuse, assombri. Une nouvelle bûche de bois jetée dans l’âtre somnolent de la cheminée, il attrapa son long manteau, sa carabine 308 Winchester posée contre le mur de la maisonnette et sortit dans le froid arctique.

↽—⇁

La vie elle-même était en pause. Le silence n’était jamais aussi épais, dans ces bois. Même l’oreille la moins attentive aurait remarqué le caractère pesant de cette absence de bruits. Aucune branche ne craquait, aucun oiseau ne chantait, aucune respiration ne soufflait. Planté, accroupi, au milieu de la clairière en contrebas, son arme à feu posée dans le creux du bras, Harold retenait même sa respiration. Dans ce décor suspendu, couvert des neiges les plus épaisses, il avait la sensation que seul celui qui feignait la mort pouvait surprendre le gibier.

Zed, son insouciant bull terrier, n’était pas de cet avis. Il dévala la longue pente qui menait de la maisonnette, à flanc de colline, jusqu’à cette clairière lovée à quelques centaines de mètres du lac, à une vitesse telle qu’il paraissait improbable qu’il ne se mélange pas les pattes et finisse sa course en roulades désordonnées. Il n’en fut rien. Il traversa le champ de fougères dans lesquelles Harold s’était caché et disparut un peu plus bas, vers le lac.
Le vieil homme, dépité, se releva doucement, son arme pendant le long de sa jambe.

– Je sais pas ce qui me retient de te mettre au menu.

Oh si, il le savait. Cette raison ne lui arrivait pas au-dessus du nombril mais remettait déjà en cause la moindre de ses décisions, alors qu’elle n’avait pas un sixième de son âge.
Par acquis de conscience, Harold engloba les sous-bois d’un regard circulaire mais le raid de Zed n’avait mis aucune créature comestible en mouvement. Il suivit le chemin laissé par son chien, en couchant les fougères, jusqu’à la lisière du bois. Portant son regard au loin, il s’attendait à voir Zed disparaître déjà à l’autre extrémité du lac gelé.
Mais ce n’était pas le cas.

Le bull terrier s’était arrêté après avoir couru vingt mètres sur la glace et, fièrement campé sur ses quatre pattes musclées, grognait et aboyait avec force en direction du centre du lac.

– Vas-tu la fermer, bougre d’imbécile ? lui cria Harold, en s’avançant délicatement sur le lac gelé.

Mais Zed n’y comptait pas. Même s’il n’était pas déterminé à faire le moindre pas supplémentaire, il jetait toutes ses forces dans ses aboiements. Harold se rapprocha lentement de lui, prenant grand soin de ne pas glisser et s’arrêta à sa hauteur.

Il y avait bien quelque chose, au centre du lac.

↽—⇁

Quelque chose brisait la ligne plane du lac et dégageait une sorte de fumée diaphane qui dansait tout autour.

– Qu’est-ce que c’est que ce truc ? murmura Harold, les yeux plissés, la main amenée en visière contre son front pour lutter contre la lueur pâle du soleil.

Il ne prêtait plus attention aux aboiements de Zed, ni même au fait qu’il avait dû faire fuire le peu de gibiers alentour. Le vieil homme était absorbé par cette chose, dont il commença à se rapprocher.

Quand il se trouva à moins d’une trentaine de mètres, Harold s’arrêta. Et mit cette chose en joue. Il s’agissait d’une boule de glace, de la taille d’un ballon de basket. La fumée qui s’en dégageait donnait l’impression que, malgré sa consistance glaciale, elle dégageait de la chaleur.

Tous ses sens en alerte, Harold continua de réduire la distance qui l’en séparait. Plus il s’approchait, plus il remarquait les stries sur la surface de la boule. Comme si sa structure solide s’était contractée, puis relâchée. Arrivé à moins de cinq mètres de cette chose, il s’arrêta.

Il avait senti une vibration.

Une secousse qui était partie de la boule et s’était propagée vers les bords du lac, lentement, sûrement. Alors, Harold remarqua que l’objet n’était pas simplement posé à la surface du lac. Il en avait émergé, franchissant et brisant l’épaisse couche de glace en surface pour s’immobiliser là, comme ça.

Une autre secousse, plus forte encore que la précédente, qui manqua presque lui faire perdre l’équilibre. Et cette fois, le vieux Harold, dont la vie avait croisé bien des anormalités, prit peur. Il recula d’un pas, puis deux.

La vibration provenait de l’objet. Comme un très lent battement de cœur. L’ondée qu’elle créait, sous la surface de l’eau, se propageait avec force comme pour envoyer un message à la nature toute entière.

Harold perçut ce message comme une alerte. Il savait qu’il ne devait pas rester là, que rien de bon ne pouvait advenir de sa curiosité.
Alors, dans le silence laissé par la dernière ondée, un bruit de craquement perturba la quiétude et accentua la perplexité du vieil homme. La glace, sous la boule, ne s’était pas contentée de se craqueler ; elle avait littéralement fondu. Pour reprendre son aspect liquide. Bientôt, la boule se mit à flotter, maintenue à sa place par la glace qui continuait de l’entourer.

Mais le phénomène se propageait.

La chaleur produite par la boule faisait fondre la glace du lac. L’instinct de survie prit le dessus sur la curiosité d’Harold. Il comprit rapidement que toute la glace allait fondre. Le cercle d’eau sur lequel flottait maintenant la boule de glace ne cessait de s’élargir, en consommant la glace.

Il recula sans même s’en rendre compte. A ce moment, une nouvelle onde se propagea et fit trembler le sol avec encore plus de force qu’auparavant. Harold se détourna de sa curiosité et se mit à marcher le plus vite possible vers l’orée des bois. Avec une seule idée en tête : sortir du lac avant que les eaux ne remplacent la glace. S’il n’avait écouté que sa peur grandissante, il se serait mis à courir mais il avait la ferme impression que la couche de glace s’amincissait, progressivement, sans qu’il ne puisse le voir à l’œil nu. Il ne fallut que quelques secondes pour que ses impressions se confirment. À droite, à gauche, devant lui, la glace se fissurait et se morcelait. Harold se mit alors à courir, il ne lui restait plus qu’une dizaine de mètres.

Il sentit plus qu’il ne comprit ce qui se passa ensuite. La glace s’ouvrit sous lui, il tomba net dans l’eau glaciale, jusqu’à ce qu’elle le submerge. La sensation de froid était telle qu’elle lui donna paradoxalement l’impression d’être transpercé par des lames chauffées à blanc. Les yeux grands ouverts, il tenta de retrouver sa respiration, qui s’était arrêtée comme si elle avait estimé inutile d’essayer de survivre au choc.

Le vieil homme nagea jusqu’à la surface, émergeant au milieu des pans de glace. Il entendait Zed, à l’abri à l’orée des bois, qui continuait d’aboyer avec une obstination proche de la folie. Luttant contre la tétanie, Harold nagea aussi adroitement que ses muscles le lui permettaient jusqu’à la rive du lac. Et rampa sur le sol glacé, repoussant et insultant Zed, qui se frottait à lui et continuait d’aboyer.

Harold roula sur le dos.

– Barre-toi foutu sac à puces ! tenta de crier Harold, la voix étouffée.

Mais sa gorge était encore assiégée par la froidure de l’eau. Son cœur battait la chamade, déjà, au moment où il entendit ce cri. Un cri qui avait même réussi à faire taire Zed.

Harold se redressa et porta son regard vers le centre du lac, aux trois quarts déjà dégelé. La boule de glace continuait de flotter, comme si la chaleur qui en émanait ne suffisait pas à faire geler la consistance de sa structure. L’objet flottait, au rythme des légères vaguelettes. Le cri provenait de l’intérieur de la boule.

Son craquèlement résonna à la surface du lac. Un avant-propos. Avant que son sommet n’explose littéralement, pour libérer toute la force du hurlement -sorte de combinaison du rugissement d’un lion et du caquètement d’une poule- et ce qui le produisait.
Le genre de bestiole qui ne pouvait être que le délire du diable. De longs bras bleuâtres, rachitiques, encore gluant du liquide dans lequel ils avaient baigné jusque-là émergèrent et des grandes mains effilées, terminées par des serres flambant neuves, se posèrent sur la surface de l’eau. Avant de glisser en dessous. Le reste du corps s’extirpa de son cocon. En se redressant avec une adresse surprenante, malgré l'équilibre précaire de l’œuf sur la surface de l’eau.

A sa vue, instinctivement, Harold se mit à ramper en arrière, paniqué à l’idée que son fusil soit tombé dans le lac. Ce corps était grand, aussi rachitique que ses bras et terminé par une longue tête monstrueuse, d’une blancheur cadavérique. Les yeux encore fermés, la créature lâcha un nouveau hurlement à glacer le sang. Elle semblait encore hébétée par son réveil, se frottant le visage avec les mains, cherchant son équilibre.

Harold devait bouger, maintenant. Avant qu’elle ne le voie. Avant qu’elle ait repris ses esprits. Il ne voulait pas vérifier si elle savait nager. Il se releva et traversa les fougères qu’il avait traversé dans un calme bien différent, quelques minutes auparavant. Avec une seule idée en tête : rejoindre Lia.

↽—⇁

La porte ne fit aucun bruit quand il la referma derrière lui. Il s’en était assuré. Alors qu’il tournait le verrou et plaçait une chaise en bois pour renforcer le maintien de la porte, il entendit Zed aller se blottir sous le lit, sans un bruit ; une première.

En d’autres circonstances, le ronflement du feu de cheminée aurait été réconfortant. Mais en cet instant, rien ne calmerait la cadence chaotique de son cœur.

Lia dormait toujours, emmitouflée dans les chaudes couvertures. Il ne servait à rien de la réveiller pour le moment. Harold s’approcha de la fenêtre et écarta légèrement le rideau qui entretenait l’obscurité. D’ici, il voyait le lac. Le lac dégelé. Il apercevait aussi la cime des arbres qui le bordaient, qui avaient eux aussi commencé à dégeler. L’œuf rond était encore là, au centre de l’étendue d’eau.
Mais pas la créature. Pourtant, il entendait le bruit étouffé de son cri.

Harold referma le rideau et s’écarta de la fenêtre, pour porter son regard sur le tableau en bois sur lequel apparaissait le décompte des jours d’hiver. Il allait pouvoir les jeter.

L’hiver était fini.
La curiosité est le remède à l'ennui.
Il n'y a pas de remède à la curiosité.

- Dorothée Parker

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Re : BT12 - Le dernier jour de l’hiver [Blind Texte Hiver 2023]
« Réponse #1 le: 01 Février 2023 à 18:53:58 »
Salut Gamer !
Dernier texte de la liste qui n'a pas encore de commentaire...  :-\. C'est parti !!!

J'aime bien la phrase d'accroche, ça marche bien !

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


J'ai chipoté, mais c'est un très chouette texte ; sacrée ambiance, ça fait fliper comme il faut avec un beau crescendo.
Merci pour la lecture !

Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

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Re : BT12 - Le dernier jour de l’hiver [Blind Texte Hiver 2023]
« Réponse #2 le: 01 Février 2023 à 20:20:13 »
Merci pour ton texte.

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
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Re : BT12 - Le dernier jour de l’hiver [Blind Texte Hiver 2023]
« Réponse #3 le: 02 Février 2023 à 08:28:03 »
Salut !

Pour la forme, Rémi a déjà repéré ce que j'aurais pu voir. Juste sur ce point qu'il a noté :

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Sur le fond, l'ambiance est super sympa, on s'y croit, à un détail près pour moi :
Citer
Il savait qu’il ne devait pas rester là, que rien de bon ne pouvait advenir de sa curiosité.
Pour moi, il met trop de temps après cette phrase à vraiment repartir. Je comprends que c'est pour la tension, mais j'ai du mal.

Une bonne journée à toi !
If the day comes that we are reborn once again,
It'd be nice to play with you, so I'll wait for you 'til then.

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Re : Re : BT12 - Le dernier jour de l’hiver [Blind Texte Hiver 2023]
« Réponse #4 le: 02 Février 2023 à 10:12:59 »
Sur le fond, l'ambiance est super sympa, on s'y croit, à un détail près pour moi :
Citer
Il savait qu’il ne devait pas rester là, que rien de bon ne pouvait advenir de sa curiosité.
Pour moi, il met trop de temps après cette phrase à vraiment repartir. Je comprends que c'est pour la tension, mais j'ai du mal.
Oui, je l'ai pas dit hier, mais j'ai eu cette sensation aussi.
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

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Re : BT12 - Le dernier jour de l’hiver [Blind Texte Hiver 2023]
« Réponse #5 le: 04 Février 2023 à 16:35:29 »
Une nouvelle fantastique, chouette, ou du moins un texte qui s’y apparente.
Dans l’ensemble j’ai beaucoup apprécié ce texte. Superbe entrée en matière, superbe idée de chute.
Cette entrée justement, j’ai beaucoup aimé le fait que cette feuille vierge, blanche, immaculée se noircisse au fur et à mesure que l’extérieur emprunte à la feuille sa blancheur. Dès lors, c’est très parlant quand une feuille de plus est remplie : un évènement inhabituel se produit. (y a plus de saisons :ned:)

Par contre, dans le fil du texte, il y a deux tendances narratives qui m’interrogent.
D’une part le recours aux exagérations ou accentuations pour insister sur le fait que quelque chose est anormal ou qu’il y a lieu d’avoir peur. Je pense que des faits, des petits détails signifiants – telle que la feuille de papier – suffisent à exprimer l’étrangeté.
D’autre part le recours à un champ lexical de l'intellect qui vient selon moi casser le rythme de l’action ou la montée de la tension. Je trouve qu'il y a une approche très intellectualisée d'aborder les émotions, sensations, instincts, impulsions… ce qui produit notamment des raccourcis narratifs étranges tel que « son cœur battait la chamade, déjà, au moment où il entendit ce cri » Le déjà indique que deux évènements se télescopent, en l’occurrence, ce que je comprends, c’est que son cœur réagissait déjà au bain glacé avant que le cri ne retentisse. Peut-être que chaque évènement, chaque coup dur, mériterait sa place. J’apprécie en tant que lectrice que les scènes d’action, de réactions en chaînes, s’installent pleinement dans le présent, qu'elles me procurent ainsi la sensation de suivre pas à pas, au rythme de la respiration, les péripéties. Ici deux temporalités sont juxtaposées ce qui, à mon sens, casse le rythme.
On arrive à la dernière partie où malgré l’idée de la chute que j’apprécie beaucoup, je trouve qu’il y a de l’incohérence. Il y a une ellipse étonnante après sa traversée du lac et le retour chez lui. En effet jusqu’ici le texte suggérait qu’on restait au plus près du personnage et qui plus est il y a, à ce moment-là, un enjeu vital pour le personnage puisqu’il sort d’un bain glacé dans un environnement de « froid arctique ». Je ne comprends pas comment il s’en sort. La pensée de "rejoindre Lia" semble le téléporter chez lui, aussi ai-je l’impression que Lia est un joker dans cette histoire. Chaque élément semble jouer son rôle et participer au déroulé des évènements sauf elle. Elle est quelque chose qu’il faut protéger, pour qui il faut survivre, qu’il faut laisser dormir… qu’est-elle ? Le printemps incarné ?
J'aurais donc apprécié une articulation pour rendre à mes yeux cohérente sa compréhension intuitive et immédiate de la naissance du printemps. Il la comprend d'un simple coup d’œil depuis sa fenêtre, comme un déjà-vu, mais rien dans ses agissements ne témoigne d'un antécédent. Au contraire, tout semble le surprendre le poussant à mettre sa vie en danger.

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Re : BT12 - Le dernier jour de l’hiver [Blind Texte Hiver 2023]
« Réponse #6 le: 07 Février 2023 à 19:17:15 »
Coucou !
Mon interprétation du récit est nettement différente de ce qui précède ou de ce que dit Cendres...


D'abord, c'est vraiment bien raconté. Je trouve vraiment visuelle cette virée dans la neige pour trouver du gibier, et tout le reste s'enchaîne, distillant une inquiétude qui finalement rejoint celle du grand-père : pourvu qu'il n'arrive rien à la petite fille.

J'ai accroché sur cette histoire de 6 ans sans hiver, et j'en déduis, vu qu'en plus celui-là est vraiment long, que la créature n'y est pas étrangère.

Tu termines en disant que l'hiver est fini... J'ai bien peur que cela ne veuille pas dire que le printemps est là, mais que tout va se réchauffer à cause de l'intrus.

Moi, j'appréhende ce qui pourrait suivre, en fait, tu nous diras.

Texte intrigant et bien écrit, merci.
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Amenaient un à un les morceaux de moi-même". Apollinaire

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Re : BT12 - Le dernier jour de l’hiver [Blind Texte Hiver 2023]
« Réponse #7 le: 11 Février 2023 à 11:30:39 »
Hello GM12,

Citer
Près de six ans après le dernier hiver, celui-ci semblait ne pas vouloir s’achever.
Ca veut dire qu'il n'y a pas eu d'hiver de 6 ans et que là boom, winter is coming et ça dure, j'ai bon?

Citer
Le silence n’était jamais aussi épais, dans ces bois.
J'aurais viré la virgule.

Citer
Même l’oreille la moins attentive aurait remarqué le caractère pesant de cette absence de bruits.
bruit au singulier non?

Citer
aucune respiration ne soufflait
La formule n'est pas très élégante et puis entendre un respiration dans les bois, nécessite un sacrée oreille quand même!

Citer
Il traversa le champ de fougères dans lesquelles Harold s’était caché et disparut un peu plus bas, vers le lac.
Je ne suis pas sûre que l'on puisse appeler ça "champ" pour des fougères. En plus, l'hiver, les fougères sont un peu raplapla.

Citer
Il comprit rapidement que toute la glace allait fondre.
On a l'impression qu'il met le temps à réagir pourtant.

Citer
A ce moment, une nouvelle onde se propagea et fit trembler le sol
À

Citer
Harold se détourna de sa curiosité et se mit à marcher le plus vite possible vers l’orée des bois. Avec une seule idée en tête : sortir du lac avant que les eaux ne remplacent la glace.
J'ai un souci avec la ponctuation (ce n'est pas la seule phrase qui me fait cet effet) : "avec une seule idée", je l'aurais mis avec la première phrase.

Citer
Il ne fallut que quelques secondes pour que ses impressions se confirment. À droite, à gauche, devant lui, la glace se fissurait et se morcelait.

Pareil ici, la glace fond, j'ai une impression de redondance, on le savait déjà.

Citer
Mais sa gorge était encore assiégée par la froidure de l’eau.
froidure a, d'après mon amie la rousse, un emploi très spécifique : "
    1. Littéraire. Aux Antilles, froid de l'air ; état de ce qui est froid.
    2. Lésion de la peau déterminée par le froid ; forme atténuée ou atypique d'engelure."

Citer
au moment où il entendit ce cri.
"Ce cri", on l'a déjà entendu?

Citer
terminées par des serres flambant neuves
Je vois pas trop à quoi ça ressemble, des serres flambant neuves. Il vient de les acheter?  ;)

Citer
A sa vue, instinctivement, Harold se mit à ramper en arrière
À

Citer
Ce corps était grand, aussi rachitique que ses bras et terminé par une longue tête monstrueuse, d’une blancheur cadavérique. Les yeux encore fermés, la créature lâcha un nouveau hurlement à glacer le sang. Elle semblait encore hébétée par son réveil, se frottant le visage avec les mains, cherchant son équilibre.
Pourquoi ne pas rassembler les descriptions au même endroit?

Citer
Il se releva et traversa les fougères qu’il avait traversé dans un calme bien différent, quelques minutes auparavant. Avec une seule idée en tête : rejoindre Lia.
Un petite répétition. Pareil pourquoi une nouvelle phrase qui démarre "avec"?

Citer
L’hiver était fini.

Si je comprends bien, cette créature était l'incarnation de l'hiver alors?

Au final, c'est pas mal, l'idée est originale. Ca me rappelle ce vieux poème qu'on apprend à l'école "Hiver vous n'êtes qu'un vilain!". Je pense par contre qu'il y a un peu de travail sur les phrases et leur structure.

Merci pur ce texte! :)
« Noone will know my name until it's on a stone » Eels, Lucky day in hell

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Re : BT12 - Le dernier jour de l’hiver [Blind Texte Hiver 2023]
« Réponse #8 le: 18 Février 2023 à 16:55:29 »
Salutations Blindtexteur !

Si l’hiver se poursuivait encore, Harold devrait ajouter une troisième feuille au tableau. De toute sa longue vie, ce serait bien la première fois.
J'aime beaucoup cette accroche !

Généralement, quand il attaquait le tiers de la deuxième feuille, l’hiver prenait fin.
Ça fait des nœuds dans ma tête quand je lis qu'il attaque le tiers^^ Quel tiers ? J'imagine que c'est quand il attaque le deuxième tiers ? Je trouverais ça plus clair si c'était formulé du style "quand il atteignait le tiers de la deuxième feuille" ou "quand il avait rempli le tiers de la deuxième feuille". Mais bon, personne d'autre ne l'a relevé, je dois être en train de chipoter  :D

Si l’hiver se poursuivait encore, Harold devrait ajouter une troisième feuille au tableau. De toute sa longue vie, ce serait bien la première fois.
[...]
Il tira un nouveau trait sur la troisième feuille de papier
Ces deux phrases appartiennent à ce que j'imagine être un même moment, je n'ai pas senti d'élipse entre les deux, ça me paraît donc bizarre qu'il entame la troisième feuille si vite alors que la première semble indiquer que cela n'arrivera que dans un futur proche  :\?

Zed, son insouciant bull terrier, n’était pas de cet avis. Il dévala la longue pente qui menait de la maisonnette, à flanc de colline, jusqu’à cette clairière lovée à quelques centaines de mètres du lac, à une vitesse telle qu’il paraissait improbable qu’il ne se mélange pas les pattes et finisse sa course en roulades désordonnées.
:D

Sinon globalement, je suis d'accord avec les remarques de mes camarades. Quelques tournures de phrases maladroites et un peu de ponctuation hasardeuse, ce qui n'enlève rien à la chouetteté de ce texte^^
Je trouve qu'on est happé et intrigué dès le début, que la tension monte à un bon rythme. Je vois cette créature comme une étrange arrivée du printemps, et je me demande si c'est elle qui met fin à l'hiver à chaque fois en se réveillant ou non. Je me dis que quand elle se met dans son genre de cocon elle hiberne, et tant qu'elle dort c'est l'hiver, et quand elle se réveille ça réveille le printemps.

Merci et au plaisir !
Damn

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Re : BT12 - Le dernier jour de l’hiver [Blind Texte Hiver 2023]
« Réponse #9 le: 05 Mars 2023 à 13:44:34 »
Tchèquerie du titre : ⭑⭒⭒⭒⭒ (Occident décadent)
Enneigement de l’histoire : ❄❄❄❅❅ (Trois feuilles d’hiver)

Merci pour ton texte, Gamemaster !

La réflexion qui m’a tenue dès le début du texte, c'est "comment sait-on que l’hiver est fini", parce qu’on ne peut pas se dire que c’est le premier jour sans neige ou bien le premier jour des bourgeons ou autre.
La fin du texte ne répond pas réellement puisque l’arrivée de l’œuf est manifestement un événement exceptionnel, et pourtant il répond à la question plus haut. Est-ce à dire que notre vieil homme n’a jamais vu la fin de l’hiver ? Ça ne nous aide pas à replacer le contexte ni l’importance de l’apparition dans l’univers ou à l’échelle de la narration.
C’est peut-être le même commentaire que mes camarades, en un peu différent, j’imagine. Si tu veux faire quelque chose de ce début d’histoire, ce serait intéressant de se poser la question plus précisément.

On se retrouve pour le MasterMind :mrgreen:

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Re : BT12 - Le dernier jour de l’hiver [Blind Texte Hiver 2023]
« Réponse #10 le: 02 Avril 2023 à 12:00:12 »
Merci à tous pour vos commentaires riches, je vais vous répondre un par un.

Je remarque que l'histoire de l'histoire n'est pas vraiment comprise et si je dois retravailler ce texte, je focaliserais les efforts sur ce point.
En fait, dans ce monde, les hivers durent excessivement longtemps et ne sont jamais de la même durée. L'hiver se termine à chaque fois que la créature naît. Mais personne jusque-là ne le savait.
Je ne l'ai pas ajouté au texte, parce que je voulais rester centré sur l'éclosion et la fin de l'hiver (laisser planer le mystère autour), mais dans mon esprit la créature naît, vit quelques mois/années, pond un œuf et cette action la fait mourir, plongeant le monde dans un nouvel hiver.

Rémi
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J'ai chipoté, mais c'est un très chouette texte ; sacrée ambiance, ça fait fliper comme il faut avec un beau crescendo.
Tu fais bien de chipoter, je reprendrais ton relevé quand je le travaillerais. Merci, j'ai essayé d'imprimer ce rythme. Cool que ça donne l'effet escompté

Cendres
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C'est un père partit chasser pour nourrir sa famille, qui est compose plus que de sa fille et de son chien.
La créature m'a fait penser a un extraterrestre venu a bord de sa capsule.
En fait c'est une créature annonçant le printemps. Ce n'est pas un danger, mais une bonne nouvelle en fait.
Tu as bien compris : la créature amène le printemps. Même s'il ne s'agit pas d'une bonne nouvelle à part entière, puisqu'elle représente aussi un danger.

Luna Psylle
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Sur le fond, l'ambiance est super sympa, on s'y croit, à un détail près pour moi :
Citer
Il savait qu’il ne devait pas rester là, que rien de bon ne pouvait advenir de sa curiosité.
Pour moi, il met trop de temps après cette phrase à vraiment repartir. Je comprends que c'est pour la tension, mais j'ai du mal.
C'est marrant que tu aies tiqué parce que c'est le passage avec lequel j'ai eu le plus de mal. Je me suis dit qu'il fallait ce moment où la curiosité l'emporte, un peu comme quand on reste figé devant les phares d'une voiture qui va nous renverser. Mais c'est peut être long. Je ne sais pas.

Beglous
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Superbe entrée en matière, superbe idée de chute.
Cette entrée justement, j’ai beaucoup aimé le fait que cette feuille vierge, blanche, immaculée se noircisse au fur et à mesure que l’extérieur emprunte à la feuille sa blancheur.
Merci ! Tu as vu plus de poésie que je n'en avais imaginé avec cette scène.
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D’une part le recours aux exagérations ou accentuations pour insister sur le fait que quelque chose est anormal ou qu’il y a lieu d’avoir peur. Je pense que des faits, des petits détails signifiants – telle que la feuille de papier – suffisent à exprimer l’étrangeté.
Oui, c'est un des défauts de mon écriture que j'essaie de travailler, cette tendance a vouloir trop accentuer par peur qu'on ne comprenne pas l'idée que je veux véhiculer. Merci de l'avoir remarqué, je vais y prêter attention
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J’apprécie en tant que lectrice que les scènes d’action, de réactions en chaînes, s’installent pleinement dans le présent, qu'elles me procurent ainsi la sensation de suivre pas à pas, au rythme de la respiration, les péripéties. Ici deux temporalités sont juxtaposées ce qui, à mon sens, casse le rythme.
C'est super intéressant ce que tu mets en évidence ! Merci

Gage
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Tu termines en disant que l'hiver est fini... J'ai bien peur que cela ne veuille pas dire que le printemps est là, mais que tout va se réchauffer à cause de l'intrus.
Tu as bien compris ;) Comme je l'ai expliqué plus haut, l'hiver se maintient pendant la gestation de la créature et son réveil fait disparaître le froid. Mais je ne voulais pas raconter précisément cette idée. Déjà parce qu'il s'agit d'un texte court, et ensuite parce que je trouvais plus riche de laisser planer le mystère. Merci pour ton message !

Aponiwa
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Ca veut dire qu'il n'y a pas eu d'hiver de 6 ans et que là boom, winter is coming et ça dure, j'ai bon?
Ouch, ma formulation est approximative. Non, je voulais expliquer que cet hiver dure depuis 6 ans et que même si les autres hivers durent plusieurs années, celui-ci était le plus long depuis longtemps.

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Au final, c'est pas mal, l'idée est originale. Ca me rappelle ce vieux poème qu'on apprend à l'école "Hiver vous n'êtes qu'un vilain!". Je pense par contre qu'il y a un peu de travail sur les phrases et leur structure.
J'aime bien le "au final"  :D Après avoir relu ton commentaire et les phrases notamment qui commencent par "avec", je vais tâcher d'y prêter attention sur mes prochaines écritures. Mais j'aime beaucoup aussi rompre les structure habituels, pour créer un rythme qui surprend. Mais ici, en l'occurence, ça tombe un peu à plat parce que cela décroche l'attention plus que cela ne la retient.

Yöda
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J'aime beaucoup cette accroche !
Merci ! Je t'avoue que je suis pas peu fier, parce que mes débuts de textes étaient souvent mollassonnes auparavant.

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Ça fait des nœuds dans ma tête quand je lis qu'il attaque le tiers^^ Quel tiers ? J'imagine que c'est quand il attaque le deuxième tiers ? Je trouverais ça plus clair si c'était formulé du style "quand il atteignait le tiers de la deuxième feuille" ou "quand il avait rempli le tiers de la deuxième feuille". Mais bon, personne d'autre ne l'a relevé, je dois être en train de chipoter
Je crois que tu fais bien de chipoter parce qu'à la relecture je suis d'accord avec toi, c'est pas clair.

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Je trouve qu'on est happé et intrigué dès le début, que la tension monte à un bon rythme. Je vois cette créature comme une étrange arrivée du printemps, et je me demande si c'est elle qui met fin à l'hiver à chaque fois en se réveillant ou non. Je me dis que quand elle se met dans son genre de cocon elle hiberne, et tant qu'elle dort c'est l'hiver, et quand elle se réveille ça réveille le printemps.
Dans les grandes lignes, tu as tout compris. La subtilité que j'ai choisi de ne pas intégrée dans l'histoire, c'est qu'il n'y a pas une créature. Elle vit durant le printemps et quand elle s'apprête à mourir, elle pond un œuf. Alors, quand son dernier souffle de vie s'éteint, un hiver commence qui dure toute la gestation de la nouvelle créature à venir.

Opercule
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Tchèquerie du titre : ⭑⭒⭒⭒⭒ (Occident décadent)
Depuis le début du BT, j'ai jamais pu piger cette histoire de titre à ltchèque  :D Tu peux m'éclairer stp ?

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La réflexion qui m’a tenue dès le début du texte, c'est "comment sait-on que l’hiver est fini", parce qu’on ne peut pas se dire que c’est le premier jour sans neige ou bien le premier jour des bourgeons ou autre.
Ton commentaire est super utile, merci  :) Tu as fichtrement raison. Dans sa prochaine version, je tâcherais de trouver un moyen d'y répondre sans équivoque. Dans cette histoire, l'apparition du printemps correspond à la disparition de la neige et du froid qui sont absorbés très rapidement par la créature. Aussi, la neige permet de comprendre que c'est l'hiver, son absence que c'est le printemps. Il n'y a pas d'entre deux.
La curiosité est le remède à l'ennui.
Il n'y a pas de remède à la curiosité.

- Dorothée Parker

 


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