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Auteur Sujet: Fleurs de paradis  (Lu 1301 fois)

Hors ligne Arsinor

  • Aède
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Fleurs de paradis
« le: 07 Juin 2022 à 02:42:58 »
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Fleurs de paradis
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« La parole donnée va droit comme une flèche. »
Un proverbe chinois l’affirme haut et fort.
Nous allons voir combien une mère et sa fille
Pâtirent durement de ce droit coutumier.
Je veux penser que le dédit eût mieux valu.
Il est bien dur qu’un mot pour le moins arraché,
En l’occurrence, engage autant de conséquences.
Le lecteur aura un avis sur la question.

I

On dit qu’en Chine, au cœur d'un cirque, très loin, très haut,
Il est un val où l'air est d'or et l'eau de jade.
La terre y est émeraude,
Et a donné de vastes flots d'herbes fleuries
Et somnolentes ; une brume en émane,
Qui tente d'effleurer les astres.

L’air vient du jour, et l'eau du ciel ;
Et les nuages sont le rêve de la roche.
Ils se concentrent doucement,
En se moulant dans l'arrondi des monts
Et s'ajoutant à l'eau de l'air ;
Et puis s'épanouissent, s'assoupissant déjà ;
Glissent, changent, s'évanouissent ;
S’abandonnant aux rémanences ;
Ou bien ils jouent les coussins blancs,
Emmitouflant et découvrant les forêts d'ormes
et de pins-chênes et de ces saules qui se rappellent
les oiseaux blancs et ravissants qui les peuplaient
et les aimaient,
et dont le chant de joie circule encore,
par l’écho qu'entretient la paroi érodée.

Les matins de printemps, si la brise s'irise,
on peut peut-être deviner le souvenir
de leur félicité perdue et millénaire,
dans la montagne, entre les fleurs,
rossignolant près des ruisseaux à clapotis
ou des cascades fabuleuses et très lointaines ;
ou aux heureuses sources ;
ou là où les jeux d'eau font fête.

Tout vient s'unir en une rivière bleutée,
qui traverse le val, offrant son eau fuyante
à qui se penche, avant de disparaître,
en bifurquant, en bas.

C’est aux abords de ce cours d’eau,
Et en des temps immémoriaux,
que vivaient, dans une cabane
blanche, une veuve et sa fillette.

Elles vivaient là, loin des villages,
de la cueillette et de l'eau fraîche,
depuis toujours, sans doute.

II

Bien des années ainsi passèrent,
chaque printemps faisant éclore
l'aimable enfant aux joies divines ;
et chaque jour l'embellissait.

À dix-sept ans, tout le pays disait déjà la fille
Belle à bouleverser les dynasties chinoises
Et tous les paysans, transis mais courageux,
étaient déjà venus pour demander sa main.

La mère, qui s'inquiétait pour elle,
et les trouvant toujours trop pauvres,
avait toujours trouvé les mots
pour sans retour les repousser.

Et le jour vint
où apparurent,
en habits d'or
et palefrois,
trois chevaliers,
fiers, beaux et riches.

III

L'un d'eux mit pied à terre, descendit le talus,
enlevant son panache, et heurta à la porte.
C’était le plus âgé, et le plus virtuose.

Un zéphyr se leva. Le ciel avait changé.
Sur la vallée tombait comme une vaste cape lente.
Rochers, tortues, racines, feuilles, papillons, vapeurs :
tous écoutèrent avec une très grande attention.
Seul un coucou faisait entendre son refrain,
et ce refrain courait en cercle
sur les façades de ce monde
comme un ultime écho d’adieu.

Cependant le jeune homme attendait sur le seuil.
Lorsque la dame ouvrit, il posa un genou.

IV

Au-delà de ces cimes, au-delà des prairies,
Au-delà des contrées et des steppes fleuries,
Au-delà des lacs d'or et des vaux mélodieux,
Et par-delà encore les monts merveilleux,

S'offrent à l'âme adorable nos terres
Hautes et vastes, et regorgeant de blé,
Et de fruits délicieux, en tout mois de l'année.

Clairsemée de lilas, quand l'aurore rougit,
Notre forêt de charmes, ondoyante féerie,
Embaume, bruine et brasille ainsi qu'un océan.

Notre palais grandiose, fait de précieuses pierres,
Et de tapis d'Ouest, et de turbans cossus,
Projette l'arc-en-ciel et règne, resplendissant,
Rayonnant de la gloire des rois qu'il reçut.

Cependant le temps passe. Le voici qui ternit.
Soudain sa gloire est vide, désespérée, et pleine
De domestiques laborieux, usés, et las
D'entretenir un or qui ne profite pas.

Les muguets pleurent ; ils n'ont plus d'yeux à qui s'offrir.
Et nos pur-sangs de s'ennuyer. Les champs s'enlisent.
Un drap noir nous menace ! Mille ombres nous assiègent.

Seule une Lune Belle éclairerait ce monde
De la présence reine qui lui manque,
Et qui de la beauté nous rendrait la lumière.
 
Qui peut-elle être ? Voilà trois ans que nous cherchons
Partout, en vain. Mais nous avons enfin trouvé. —
Ô Bienveillante-Mère, vous dont les traits sont bons,
Offrez-nous le bonheur d’épouser votre Fille !

V

Elle le regardait.
Les paysans étaient très humbles,
et ce seigneur était très noble.
Le renvoyer serait lui dire
de ne jamais plus revenir.
Mais sans sa fille, et sans personne...
abandonnée... Miséricorde !

Les feuilles tournoyaient tristes comme en automne.
Des brindilles craquaient sous un nuage tendre.

Elle attendit longtemps, puis s'inclina très bas :
— Merci, noble seigneur, pour ce très grand honneur.
Mais je ne peux laisser ma fille...
partir avec des étrangers !
Vous ignorez jusqu'à son nom.

— Un mot importe-t-il quand il s'agit d'amour ?
Elle, ma Bien-Aimée depuis l'Aurore du Temps,
don de l'Instant et Rédemptrice du futur ;
je lui veux donner mon Royaume, mes fiers Roussins
et mes Lingots. Je la veux comblée de moi-même,
de fruits confits et de caprices assouvis.
Elle seule me mérite, moi, l'époux parfait ;
moi qui peux tout, peux tout avoir ;
moi qu'on ne peut qu'aimer irrésistiblement.
Et moi qu'un peuple entier célèbre à dates fixes,
moi dont le règne a rendu riches neuf comtés,
moi que les barbares redoutent comme un dieu ;
j’ai traversé trois gouffres, trois déserts, trois forêts,
vous supplie et vous prie au pas de votre porte :
est-ce pour vous voir hésiter ? Songez ! Songez
au devenir d'un couple d'âmes en amour
qui ne survivrait pas à sa désunion !
Songez à la sérénité prochaine, acquise !
À son destin, à ma fortune, à votre paix !
À votre tranquillité souveraine et stable !
Regardez-la ensevelie de pourpre, riant
toujours comme une enfant, applaudissant de joie !
Regardez-la se réjouir avec constance
au milieu du ballet des servantes fidèles !
Et regardez la Terre, qu’ensoleilla le Ciel
et comme il sait la rendre heureuse et satisfaite !
Refusez, et je meurs à jamais, pour toujours,
et ma Promise perd l’avenir, pour toujours.
Consentez, et nous serons heureux tous les trois.

— Vous êtes de nobles Seigneurs
et vos servantes sont fidèles.
Mais vous ne savez pas son nom.
N'est-ce pas une preuve qu'elle doit rester ici ?
Comment être certains de ne pas vous tromper ?
Puisque vous ignorez son nom !
— Nous allons donc nous retirer.
— Je ne saurais me le permettre.
Mais réclamer la main
d’une inconnue est singulier.
Reviendrez-vous dans quelque temps ?

Des blizzards s’affrontaient dans un chuchotement.
Les forêts folles mêlaient le bruit et le silence.
Un tonnerre parcourait les sous-sols.
Gigantisme du murmure.

— Et si la Flamme…
Et si la Flamme, la Chance, la Grâce
nous inspiraient ce nom,
preuve de bénédiction,
pourrons-nous l'épouser ?
— D’accord !

Les trois jumeaux proposèrent trois cents noms.
Mais comme, le soir venant, la vérité
n’avait pas été effleurée,
ils durent repartir bredouilles.

VI

La mère interrogea sa si fameuse fille.

— Ceux-là étaient épiques. Je les ai éconduits.
Mais ai-je agi au mieux ? Que veux-tu de ta vie,
Ma chérie, le sais-tu ?
— Maman tant adorée, qui m’as si bien appris
À vivre et à rêver, pourquoi t’inquiètes-tu ?
Regarde le bleu ciel, si vaste et immuable ;
Regarde cette fleur, dont l’amour du soleil
Sublime la couleur, l’extase et la quiétude :
La vie est un miracle, mon âme une merveille.
J’ai tant aimé ! J’ai tant vécu !
Et tant vécu et tant rêvé ! — … :
Que peut-il advenir excepté le Bonheur ?

Une disposition si élevée de soi
d’un pleur de joie noya la mère, qui, transportée,
alla finir une tarte.

VII

Cependant les jumeaux parcouraient le bosquet
dans tous les sens à grand fracas.
À leur vue, les lapins, les renards et les ours
se dépêchaient de s’échapper.
Ils parvinrent à rencontrer un habitant
qui ne détalât point.
C'était une Pie, perchée dans un citronnier,
tout occupée à contempler un de ses fruits.

— Ô Génie des Sommets, des Breuils et des Journées ;
Vous qui des Bois sereins connaissez les secrets ;
Vous pour qui les Neuf Sages traverseraient les mers ;
Vous que les empereurs seraient flattés, tremblants,
radieux de recevoir ; de grâce, Pie, s’il vous plaît,
consentez à aider trois très grands Suzerains…
en nous donnant le nom de la mademoiselle
qui habite dans la grande cabane blanche !

Mais la Pie scrutait le Citron.
De temps à autre, elle lui donnait des coups de bec,
et quand il oscillait
manifestant une ostensible indifférence,
elle le martelait comme un pic-vert en colère.

Le Cadet tira le fer.
— Si tu te tais, nous te tuerons.

La Pie le regarda, sauta un peu plus haut,
et reprit son travail.

Le Troisième tint ce discours :
— Si tu parles, en revanche,
nous t'offrirons des brins dorés
et des raisins tout scintillants.

Et l'Aîné de sortir tout cet or cliquetant d’un ruisseau.
Et l'or d’étinceler dans l'œil noir de l'oiseau.
Et l’on rangea le glaive, qui miroitait aussi.
Et l'on brandit un beau collier de perles d'or,
qui reflétèrent, splendides,
les rougeoyantes flamboyances du crépuscule.
Époustouflée et immobile,
dépossédée et fascinée,
la Pie les regardait.

— Prends cet acompte !

Elle se projeta, enleva la parure,
la hissa dans son trou, disparut, en sortit,
haletante, et s'élança encore, d’un seul trait,
pour se poser sur l’une de leurs six épaules.

— Elle s'appelle… Hache !

L’éternuement l'avait coupée.
Désir et peur de se tromper la pétrifiaient.
Elle était morte d'impatience.
Les bijoux brillaient tant qu'on aurait dit midi.
Elle avala un dernier grand coup d'air,
craignant de suffoquer, fit un effort ultime,
et d'un cri dit :

— Elle s'appelle Fleur-de-Paradis !

Folle, elle comprend tout,
s'élance entière, vers le tout pur bleu ciel,
mais au vol ils la prirent,
l'écrasèrent d’un coup de jarre,
retournèrent à la cabane
et partirent avec la vierge.

La vieille n’eut pas le temps
de lui laisser le châle.
Des yeux, depuis le seuil,
elle avait suivi le convoi
jusqu’après sa disparition.

Elle regardait encore
quand tout à coup elle vit
que tout était partout devenu noir,
et avait englouti
jusqu'aux chansons répétitives des coucous.

Elle baissa les yeux, puis elle revint s'asseoir ;
alluma la bougie ; et se mit à pleurer.
Puis cessa de pleurer, regardant autour d'elle.

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« Modifié: 20 Juillet 2025 à 22:56:05 par Arsinor »

Hors ligne BirdyRose

  • Plumelette
  • Messages: 18
Re : Fleurs de paradis
« Réponse #1 le: 29 Juin 2022 à 14:26:41 »
Bonjour à toi !  :)

Bon, pour commencer j’aime beaucoup ton texte je le trouve délicat ( je sais ça fait bateau comme réponse mais j’ai jamais été très doué pour commenter )

J’ai pas spécialement vu de fautes d’orthographes par contre il y a des mots que je ne connaissais
 pas du tout.

Comme par exemple : Pâtirent ; Roussins ; lingots ; gigantisme et pleur c’est normal qu’il n’y est pas de e à ce mot ?

Continue comme ça ;)

Terra Dea : [url]https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=40603.0/url]

Hors ligne Arsinor

  • Aède
  • Messages: 242
Re : Fleurs de paradis
« Réponse #2 le: 29 Juin 2022 à 15:55:51 »
Merci BirdyRose pour ton commentaire.
Pleure, avec un e, est le verbe conjugué. Pleur, sans e, est synonyme de sanglots.
« Modifié: 03 Septembre 2022 à 21:47:34 par Arsinor »

 


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