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08 novembre 2026 à 01:03:50
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Un air de jazz

Auteur Sujet: Un air de jazz  (Lu 1309 fois)

Hors ligne Guigui6w

  • Calligraphe
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Un air de jazz
« le: 09 mai 2022 à 21:31:03 »
La chemise sent encore l’herbe, elle en est tâchée par endroit. Le soleil est orange. L’air est un peu plus frais. J’ai dans la tête, cet air de jazz que j’écoutais autre fois. C’est d’une saveur indescriptible. Le sang vole au fur à mesure que je dandine mes mains dans l’air. Ils se trompent tous.

Cette soirée de mai est d’ores et déjà inoubliable. Je danse devant ce corps inanimé, je ris à gorge déployé. La dopamine s’écoule à flot. Merci la LSD. Mes cheveux sont collés à mon front, trempé de sueur. Bon sang je plane, pourvu que ce moment ne s’arrête jamais.

Après tout il a tué mes enfants. Et ma femme en est morte de chagrin. Tu déformes la réalité, me disaient-t-ils. Je n’en ai que faire, la réalité n’est que subjectivité comme toute autre chose que l’Homme peut stipuler. Comment peut-on rester objectif en sachant que tout le monde n’est que le fruit de sa propre expérience sur cette planète ? Bon sang, la drogue me fait trop réfléchir, il faut que je boive en même temps.

En réalité, il a vraiment tué mes enfants. J’ai oublié leur prénom. Je me souviens qu’ils étaient comme des anges, des êtres insouciants et inconscients.

-   Monsieur ? Monsieur, êtes-vous avec nous ?

Cet air de jazz est vraiment divin. Le soleil s’est légèrement illuminé. Le vieux film de ma vie tourne en boucle sous ces notes de saxophone. Je ris en pleurant. Je pleure en riant. Ils se trompent tous. La vengeance est succulente, apaisante. Je ne suis qu’une victime vous savez, moi je n’ai rien demandé.

Ils me répétaient qu’il n’avait rien fait. Ils essayaient de me résonner. Moi, j’ai toujours résonné parfaitement. Vos enfants meurent injustement, il faut que le coupable paye. La lumière est de plus en plus forte. J’ai les pupilles si dilatées. Je danse toujours, à côté de ce corps inanimé, roué de coups, bon pour la fosse commune.

-   Monsieur ? Est-ce que vous nous entendez ?

Bordel, je ne méritais pas ça. Je nage au milieu d’un lac. Vous ais-je dit que j’avais un vieil air de jazz en tête ? Il est divin.
Ça fait longtemps que je suis ici, et le lac se met à tourbillonner, à exercer une force centrifuge. Centrifuge, savez-vous que ce concept est scientifiquement faux ? Il s’agit en réalité de la loi d’inertie énoncé par Newton lui-même qui met en parallèle la matière et la force. Pourquoi je me rappelle de ça.

 Le lac m’entraîne dans ces profondeurs. Je croise deux cadavres d’enfant. Ce sont les miens. Ils me sourient. De ce lac, ils ne ressortiront jamais.

Le réveil est brutal. Ces chemises blanches m’accueillent, vêtu de leurs cupides regards compassionnels, ils me traînent comme un cadavre. J’avais réussi à m’échapper, avec ce sachet de LSD.

Le lendemain n’est pas terrible. Toujours cette lumière vacillante qui vous donne la migraine. Ce jeune homme diplômé qui vous explique la vie. Ces ignorants me répètent tout le temps :
 
-   Monsieur, vous devez comprendre la vérité. Vos enfants ont été tué par votre femme. Cet homme n’avait rien fait. C’est pourquoi vous êtes ici. Mais je vais vous aider à comprendre.

Ce n’est qu’une histoire banale. A l’issue qui vous en est sûrement égale. A vous de choisir maintenant entre eux et moi. Même si je connais déjà l’issu de votre choix. Car vous êtes eux. Vous êtes cette société. Vous êtes ces lois. Vous êtes ces principes. Vous êtes ces pensées. Vous êtes cette injustice.
 
En attendant je regagne ma cellule, en fanfaronnant entre mes dents un air de jazz. Il est divin.

« Modifié: 10 mai 2022 à 16:35:40 par Guigui6w »
Juste un gamin.

Hors ligne Delnatja

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  • Ailleurs et au-delà
Re : Un air de jazz
« Réponse #1 le: 10 mai 2022 à 09:08:22 »
Bonjour Guigui6w, merci pour ton texte.
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Je suis qu’une victime vous savez
Je ne suis qu’une victime vous savez.
J'ai bien aimé ce texte, je le trouve bien écrit.
Belle journée.
Michèle

Hors ligne Guigui6w

  • Calligraphe
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Re : Re : Un air de jazz
« Réponse #2 le: 10 mai 2022 à 16:36:51 »
Bonjour Guigui6w, merci pour ton texte.
Citer
Je suis qu’une victime vous savez
Je ne suis qu’une victime vous savez.
J'ai bien aimé ce texte, je le trouve bien écrit.
Belle journée.
Ravi de voir que ce texte t'ai plu. Je corrige de suite l'erreur.
Juste un gamin.

Hors ligne Cendres

  • Comète Versifiante
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Re : Un air de jazz
« Réponse #3 le: 10 mai 2022 à 19:05:44 »
Merci pour ton texte.

Je ne comprenais pas tout, jusqu'à la fin. Je pensais a un fou dans un asile.

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne Kwak'

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Re : Un air de jazz
« Réponse #4 le: 15 mai 2022 à 17:20:21 »
Coucou ;)

Le texte a un style très propre et cash qui fait penser directement à un scène de cinéma très rythmée, ça marche bien.

Cependant quelques incohérences a mon sens :
- le LSD agit sur les récepteurs serotoninergiques et impacte négativement l'activité dopaminergique. Il est donc à mon sens incohérent de dire que la dopamine coule à flot sous l'effet du LSD ; c'est le cas de la MDMA ou de l'exctasy et non pas des hallucinogènes.

- on ne dit pas "la LSD" ; en usage commun il est employé au masculin.

- le LSD se présente sous forme de cristal (très concentré, rarissime et très cher) qui, une fois dilué, devient un liquide qu'on met dans une fiole et qui est ensuite déposé précautionneusement sur des petits buvards qui sont eux consommés par le quidam. Parler de "LSD en sachet" comme on parlerait de cocaïne en pochon me semble une erreur ; soit on prend la goutte sortie de la fiole (grosse gifle) soit on emballe les petits buvards dans un alu ou un film transparent, et on les prend par huitième, quart, moitié ou entier selon l'intensité de la perche voulue. Enfin il peut avoir les buvards dans son sachet mais on sent qu'il y a un problème de documentation ici - un consommateur parlerait de trips, de buvards, de plaquettes de buvards, de goutte ou de fiole, mais pas de "sachet de Lsd"

Sinon, en règle générale, le cliché du meurtre psychotique sous lsd est très commun et j'ai trouvé qu'on met trop l'accent sur la substance et trop peu sur l'instabilité psychologique du narrateur qui rend cette substance dangereuse. De plus en plus de recherches montrent que le LSD microdosé a des vertus thérapeutiques formidables, et que c'est sa prohibition qui a amené à une synthétisation concentrée et aux clichés qu'on connaît ( il va sauter par la fenêtre, il va tuer quelqu'un a main nues, il va devenir fou, etc). Imaginez qu'on vous administre l'équivalent d'une bouteille d'alcool fort dans le sang, tout le monde prendrait une énorme gifle. Par contre, est-ce pour autant que la bière rend fou ?.. ;)

Je n'ai pas trop cerné le jeu sur "il a tué mes enfants !" - en fait non c'est ma femme. Je trouve qu'il manque trop d'éléments contextuels pour que ce twist prenne de la force. De la même façon je n'ai pas compris le vouvoiement à la fin "vous êtes cette injustice" etc, parce que je n'ai même pas décelé d'injustice et encore moins ce que je viens faire là-dedans.

Pour moi il y a un bon rythme et une bonne base mais certains éléments manquent de crédibilité et le contexte est trop flou, trop grossier, pour que je ne ressente de l'empathie ou de l'émotion en voyant ce que vit le narrateur.

Merci pour le partage ;)
« Modifié: 15 mai 2022 à 17:30:15 par Kwak' »

Hors ligne Vilmon

  • Équipe Mammouth - Maquette
  • Troubadour
  • Messages: 353
Re : Un air de jazz
« Réponse #5 le: 15 mai 2022 à 18:52:09 »
Bonjour,
Lorsque l'incompréhension tourne en déraison.  Si j'ai bien reconstruit l'histoire, sa femme tue leurs enfants, il n'accepte pas qu'elle l'ait fait, il se trouve un autre coupable (son psy, peut-être) et assouvi sa tristesse et son malheur.  Mais plutôt que de les rejoindre, il doit purger sa peine.
Un triste récit que je trouve bien mené.  Tout juste assez d'indices pour en faire la reconstruction.  Très bien, j'ai aimée.
Vilmon

 


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