"L'habitude venait me prendre dans ses bras" Marcel Proust.
Comme tous les matins, elle ouvre les volets pour faire sortir l’obscurité. Je me lève et m’habille. Elle avait préparé mes habits, gris pour le bureau, orange pour le jogging du dimanche et dans un coin de la chambre sur le dossier d’une chaise une chemise propre et repassé et des souliers vernis pour aller à la messe à la Toussaint.
Pendant que je me brosse les dents devant le miroir ahuri, le chuintement odore de la cafetière monte l'escalier. Je m’assoie devant la fenêtre et tourne la cuillère dans la tasse. Elle a oublié de mettre le demi-morceau de sucre. J’arrête de tourner. Je mange une biscotte beurrée avec son doux craquelis sous la dent.
Je pars au travail. Elle bougonne. Les maisons sont peintes en béton. Je croise une fille avec des yeux Modigliani. Je voulais la mettre dans mon lit mais elle change de trottoir
Après le travail on va à l’atelier de philosophie. Elle a des citations toutes prêtes d’Héraclite à Hegel qu’elle place avec justesse dans la conversation. "Chapeau" mr disent les gens.
Rentré à la maison je lui demande de m’aider pour la dissertation de Mme Machedur notre prof du bien écrire. Aussitôt, elle vide l’encrier et retourne à son puzzle.
Le soir, sous l’édredon, je prends « 20.000 lieues sous les mers » et je lis jusqu’à ce que les paupières deviennent plus lourdes que l’air.
Alors elle glisse le ruban doré entre les pages, referme le livre, prend un comprimé effervescent de valériane et m’abandonne dans le la jungle mystérieuse de mes rêves.
Mon habitude et moi sommes inséparables comme soleil et ombre. Mais je n’ai jamais su qui est lequel.