Le croirez-vous, enfant, j’ai longtemps pensé que les pipes d’écume étaient vraiment faites avec cette mousse que laisse sur le sable le reflux des vagues.
J’imaginais donc de vieux marins qui, sans doute pour arrondir leur maigre retraite, parcouraient les plages les jours de tempête afin de la récolter. Comment s’y prenaient-ils pour la compresser jusqu’à ce qu’elle acquière cette consistance apte à être modelée en ustensile pour fumeur, mystère ! Il y avait là un secret de fabrication qu’eux seuls détenaient, acquis sans doute au cours de voyages dans de lointaines mers.
M’y étant essayé, je la voyais disparaître inexorablement en un bref instant dans le creux de mes mains, plus rapidement encore que la mousse des savonnettes de ma toilette matinale.
Cela resta pour moi un grand mystère jusqu’au jour où je découvris la navrante et prosaïque vérité en feuilletant un dictionnaire : ce n’était que du silicate de magnésium, ça ne s’invente pas ces choses-là ! Ma façon de voir, reconnaissons-le, était tout de même plus poétique !
Je ne sais si ma désillusion en fut la cause, mais je n’ai jamais éprouvé le moindre plaisir à fumer la pipe, qu’elle soit d’écume ou de quelque autre matière.