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Auteur Sujet: Une escapade en avion  (Lu 685 fois)

Hors ligne çp_toy

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Une escapade en avion
« le: 13 janvier 2022 à 03:47:37 »
Première partie d'un court texte que j'ai écrit. Je ne sais toujours pas où je vais avec ça, mais je voulais le partager. Tout commentaire est le bienvenu !  :mrgreen:


Une escapade en avion


Matt s’était levé de bonne heure pour aller faire un tour dans un des avions de l’école de pilotage. De fines couches de brouillard voilaient la lueur du soleil d’hiver encore bas sur l’horizon. La veille, le présentateur radio avait annoncé une météo au beau fixe. A travers la fenêtre de sa chambre, il observa les mirages d’air chaud qui dansaient au-dessus des toits, créant des rideaux ondulants devant la verticalité austère de la ville. Les bâtiments, teintés de la lumière diffuse de l’aube, paraissaient se dresser avec une gravité pieuse dans l’attente des festivités de fin d’année. Après avoir bu son café dans lequel il avait trempé des biscuits à la cannelle, il se brossa les dents en prenant sa douche, puis s’habilla en silence. D’abord le pantalon, puis la chemise et le pull en polaire, qu’il avait laissés pliés la veille sur la chaise de son bureau. Moins d’une demi-heure après son réveil, Matt verrouillait la porte de sa garçonnière. En bas, sa voiture était couverte de givre, qui formait de petits monticules sur les rebords du pare-brise. Grattant d’abord maladroitement puis avec de plus en plus d’entrain, ses muscles encore ensommeillés se décrispèrent peu à peu. Il mit son sac à dos à l’arrière, s’assit et laissa le moteur tourner un instant avant de partir. L’école d’aviation où il était formateur se trouvait à la périphérie de la ville, accolée à l’aérodrome. C’était la seule école à sa connaissance, mais même sans concurrence, il avait été difficile pour lui et ses collègues de joindre les deux bouts. La conjoncture était difficile et rares étaient les gens qui pouvaient s’offrir un passe-temps aussi luxueux. Parfois il se demandait s’il n’aurait pas dû choisir une carrière plus lucrative, comme ses frangins, qui étaient partis vivre ailleurs pour accéder au paradis domestique et professionnel. Mais les vols le rendaient joyeux et léger, et cela compensait la solitude, les difficultés pécuniaires et autres sacrifices consentis au sol. D'ailleurs, il pouvait toujours dire que s'il n'avait pas connu d’envolée professionnelle, son quotidien en dénombrait un paquet !


Arrivé à l’école, il passa devant le parking vide, fit le tour du bâtiment, et gara sa voiture près de la porte du hangar. J’ai l’endroit pour moi tout seul ! pensa-t-il. Si la plupart des gens souhaitent passer les fêtes de fin d’année en famille, il avait toujours eu des relations distantes avec les siens, probablement à cause de son caractère indépendant et froid qui rebutait les gens, famille et amis confondus. Il déclencha l’interrupteur et regarda le rideau métallique s’ouvrir avec des secousses. L’école avait acheté le vieil avion CESSNA à bas prix à un type riche et excentrique qui n’avait fait que quelques vols avant de le laisser se couvrir de poussière dans son garage. Il fit le plein, puis effectua tranquillement les contrôles pré-vol. Contrôler les interrupteurs, retirer les verrous du volant et de la manette de gaz, finir par une inspection extérieure des ailes et des clapets. Il remarqua une petite éraflure sur l’hélice. Se préparer soigneusement à un vol est une compétence aussi importante que le pilotage lui-même, répétait-il souvent à ses élèves. Il fixa la barre de remorquage à la roue avant et tira sur l’hélice près de l’essieu, pour sortir l’avion du hangar. La première fois qu’il avait déplacé un avion ainsi, il avait été frappé par le peu de force physique nécessaire, compte tenu de la dimension de la bestiole. Pratiquement tout le monde peut déplacer confortablement un petit avion à deux ou quatre places ! Il s’installa, mit ses lunettes de soleil et son casque, et régla la radio sur la fréquence de la tour.

« Contrôle au Sol, Cessna Trois Cinq Six Zéro Echo, rampe sud, demande autorisation de trafic »

éructa-t-il d’une voix rauque, puis attendit le guidage du contrôleur du trafic au sol. Il n’y avait que peu de mouvement sur l’aérodrome, et il fut autorisé à décoller rapidement. Il appuya sur le bouton d’allumage. Le moteur hoqueta, mais bientôt le vrombissement régulier et réconfortant d'un gros bourdon se fit entendre tandis que le petit appareil se mit en mouvement. Matt se mit en position sur la piste, et écrasa l'accélérateur. À mesure que l'avion accélérait, le chant de l’hélice devint plus strident. Le ton grimpa dans un glissando fébrile et l'herbe fanée de l'aérodrome se brouilla toujours plus à la périphérie de sa vision. Puis, subitement, les vibrations s’arrêtèrent et l’avion s’éleva d’un coup, échappant à l’emprise de la pesanteur. Il sentit les remous du changement d’altitude dans son estomac, un sifflement dans les oreilles et un frisson de plaisir parcourut son dos tandis que le paysage se révélait à ses yeux. Les arbres tendaient leurs branches nues vers les cieux, suppliant le soleil glacial de leur restituer leur feuillage. Plus loin, les voitures se bousculaient sur les autoroutes comme des nuées de fourmis. Sur sa droite, il pouvait déjà voir l’objectif qu’il avait eu en tête. Les cimes enneigées qu'il avait espéré apercevoir depuis une semaine. La vue des montagnes lui donna une brusque bouffée de jubilation. Ce sera une journée magnifique… Cap vers l’est ! Il fit virer la machine, la penchant à angle droit jusqu’à ce qu’il puisse voir le sol par la fenêtre de droite, et termina en souplesse son ascension. A mesure qu’il approchait 3000 pieds, le froid mordant s’était intensifié dans la petite cabine, exacerbant chaque sensation. Ses doigts picotaient, ses jambes étaient engourdies, mais son visage était figé dans un sourire extatique. Ces moments de solitude totale, de communion avec le monde, il en avait besoin pour faire face à son existence terne et décevante comme d’autres personnes ont besoin de compagnie ou d’alcool. Cette liberté le rendait ivre. Les fluctuations de turbulence le secouaient, et il riait, fœtus en suspension dans un caisson de métal, voguant vers les aspérités glacées de l'horizon.
« Modifié: 13 janvier 2022 à 16:52:03 par çp_toy »

Hors ligne Delnatja

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Re : Une escapade en avion
« Réponse #1 le: 13 janvier 2022 à 11:16:55 »
Bonjour çp_toy, j'ai beaucoup aimé ce texte.
J'aime les avions mais n'y connais rien, du coup j'ai tout pris pour argent comptant.
Et j'ai embarqué avec ton pilote en me mettant à sa place et j'ai été très satisfaite de voler avec lui.
Citer
il en avait besoin de pour faire face
Je pense que le "de" est de trop.
Bonne journée.
Michèle

 


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