Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

12 Juin 2026 à 05:44:13
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » 95 D

Auteur Sujet: 95 D  (Lu 10993 fois)

Hors ligne arwen

  • Calliopéen
  • Messages: 486
    • Laissez parler les p'tits papiers
Re : 95 D
« Réponse #15 le: 31 Janvier 2011 à 20:43:12 »
Tu sais, aujourd'hui le politiquement correctement, c'est pas franchement le coté pro palestinien quand on interdit des conférences un peu partout en France sur le sujet...

Maintenant, j'accepte bien sur que ça te gave. Chacun ses dadas et ses combats... ce sont des textes engagés. Ca ne peut pas convenir à tout le monde, forcément.

mais mercid e m'amener de l'eau à mon moulin sinon, je crois que je préférais le texte sans ce dernier passage sur  le flic...

pehache

  • Invité
Re : 95 D
« Réponse #16 le: 31 Janvier 2011 à 20:53:20 »
Mais si, ce n'est pas parce qu'on (!) interdit une conférence sur Paris qu'il n'est pas politiquement correct en France de défendre la cause palestinienne- et de longue date !
Depuis Genet, J-P Sartre... Bref, ça ne date pas d'hier.

Je suis un peu las de la littérature militante. Un Jim Thompson, sans jamais la ramener, est tellement plus fort et efficace, contre le racisme et la connerie, que tous nos gros lourdingues de Daeninckx et consort.
La connerie est universelle.
"C'est naître, qu'il aurait pas fallu", disait LFC.
Et puis, surtout, je crois que l'art devient pesant(et donc se tue)dès qu'il se croit à même de donner des leçons.

T'as lu le Y. Khadra qui se passe en Israël ?
Les juifs n'y sont pas tous, loin s'en faut, de sales tortionnaires- ce n'en est que plus efficace.

Hors ligne arwen

  • Calliopéen
  • Messages: 486
    • Laissez parler les p'tits papiers
Re : 95 D
« Réponse #17 le: 31 Janvier 2011 à 20:58:20 »
LFC ?
Euh, si tu remarques bien dans la nouvelle,  il est question d'un agent israélien du shin bet ou de  colons, il n'est jamais dit que tous les juifs sont tous de sales tortionnaires...
C'est une nouvelle, c'est concentré. Et pour le coup introduire un gentil israélien juif, là ce serait politiquement correct pour le coup.
bref.
c'est ton point de vue, que je ne partage pas.
Non, j'ai pas lu cet auteur Y . Khadra...

pehache

  • Invité
Re : 95 D
« Réponse #18 le: 31 Janvier 2011 à 21:05:16 »
Khadra, Algérien, orphelin, enfant de troupe, colonel (ex), qui a choisi un prénom (de plume) féminin, déjà un programme.
LE grand écrivain algérien actuel. Décapant, fort, cruel, aimant. Les hirondelles de Kaboul, les agneaux du seigneur.
Eviter le dernier roman, et dispensables ses polars. Tout le reste est exceptionnel.

Je ne crois pas au manichéisme. (même si j'aime bien Mani), les héros tout-bons me fatiguent.

Hors ligne arwen

  • Calliopéen
  • Messages: 486
    • Laissez parler les p'tits papiers
Re : 95 D
« Réponse #19 le: 31 Janvier 2011 à 21:24:25 »
ok , je note pour l'auteur !
Certains disent manichéen, d'autres engagés... affaire de sensibilité...  ;)

pehache

  • Invité
Re : 95 D
« Réponse #20 le: 31 Janvier 2011 à 21:42:36 »
Non, je ne crois pas.
La littérature militante, c'est casse-couille.
Engagés, nous le sommes tous. Embarqués, disent certains.
Si tu cherches l'efficacité, (je ne dis pas auprès des convaincus ou des cons tout court), auprès de lecteurs qui te valent bien, c'est un préalable sans lequel à quoi servirait-il d'écrire?, tu te dois de la jouer fine, dentelle du Puy, bémol, dièses... Ranger tes gros sabots. Le lecteur, il s'en fout que tu épouses la cause palestinienne. Il veut une histoire. Ou du style. C'est selon. Je crois qu'on peut appliquer à toute littérature la réponse de Mallarmé à Degas, "ce n'est pas avec des idées qu'on fait un poème, c'est avec des mots."
Maintenant, si en loucedé, tu arrives à le sensibiliser à ce qui, toi, te touches, bingo!

Sinon, tu peux aussi écrire des tracts.
Ou faire une grève de la faim.
(Je me moque, mais je suis "engagé", moi aussi, au quotidien, et de longue date. Simplement, je ne mélange pas les genres.)
Allez, bonne nuit.
Ton vieux péhache acide.

Hors ligne arwen

  • Calliopéen
  • Messages: 486
    • Laissez parler les p'tits papiers
Re : 95 D
« Réponse #21 le: 31 Janvier 2011 à 21:47:02 »
J'ai jamais su écrire de tracts... je laissais ça aux autres  :D

Hors ligne arwen

  • Calliopéen
  • Messages: 486
    • Laissez parler les p'tits papiers
Re : 95 D
« Réponse #22 le: 01 Février 2011 à 17:04:54 »
pour info, j'ai essayé de passer aussi cette nouvelle au passé composé...

ABK

  • Invité
Re : 95 D
« Réponse #23 le: 02 Février 2011 à 15:17:09 »
Je viens de prendre le temps de lire ton texte, et certains poins ont déjà été soulignés par d'autres alors je n'y reviendrai pas. Je pense notamment aux remarques sur quelques phrases fulgurantes telles que "...la cinquième lettre..."

Je note des transitions qui m'ont plu, je cite :
Citer
J’y pense. Je ne me suis pas présentée : Mary. Quarante-cinq ans. Un mètre soixante-neuf. Yeux bleus, blonde décolorée. Je vais mourir dans deux minutes, condamnée pour meurtre. Et mon mari adorait les gros seins.
Rappel du titre, permet de balancer la suite avec cohérence.

Citer
[...]posé sur mon front, m’a rassurée. Je me suis rendormie et nous avons attendu que la tempête passe.

Et Bill est mort. Là-bas, en Afghanistan.

J'aime particulièrement cet enchaînement. Cela rappelle que la mort survient sans prévenir. Cela tombe, brutal, un couperet. Mon regret sur ce passage (ou plutôt ce qui suit), c'est la séduction du militaire et couic à la digitaline. Pourquoi le tue-t-elle ? Car il est porteur de la mauvaise nouvelle ?

Suite à cela, je trouve que la fin n'est pas forcément bien amenée. Trop rapide peut-être ? Il y a quelque chose qui me chiffonne sans que je puisse discerner ce que c'est. Je pense qu'il y a un décalage entre la figure de la "Blonde Barbie" et l'ampleur des actions engagées par Ali à la fin du texte. Un décalage de ton peut-être, comme un mélange sucré salé mal équilibré.

Enfin, dernier point, un détail : Certes, on peut dire "programmateur", cela reste correct mais le terme employé le plus couramment est "programmeur". Ayant évolué dans cette sphère, je peux affirmer cette information, et je pense que ton texte y gagnerait un point en crédibilité.

Pour conclure, je dirais que je suis dans une grosse période de flemme de lecture mais que malgré tout, ton texte m'a accroché jusqu'au bout. J'ai mis l'accent sur des points un peu négatifs mais, globalement, je trouve une bonne fluidité à ton texte. On visualise plutôt bien les personnages, les lieux.

Hors ligne arwen

  • Calliopéen
  • Messages: 486
    • Laissez parler les p'tits papiers
Re : 95 D
« Réponse #24 le: 02 Février 2011 à 15:37:50 »
Merci abk
je note pour programmeur.

Sur le militaire, ben elle le considère comme responsable de la mort de son fils, tout simplement...

Et sinon, la suite des évènement est logique, il passe à un autre stade, plus global, c'est tout. A u lieu de s'attaquer aux compteurs électriques, il s'attaque à Wall Street;
Au lieu de trucider le commerçant verreux du coin, il songe aux politiques...
Et ès l'instant où elle trucide son mari, c'est plus vraiment la poupée barbie...
« Modifié: 02 Février 2011 à 16:01:47 par arwen »

Hors ligne jlm

  • Scribe
  • Messages: 69
Re : 95 D
« Réponse #25 le: 03 Février 2011 à 13:58:56 »
bon, voilà quelques petits trucs à corriger...

Citer
Les salariés doivent avoir l’habitude de passer la serpillière après l’office.
J’aurais plutôt employé le terme de « gardiens » plutôt que celui-ci, ou matons, mais pas « salariés » à la limite « fonctionnaires » ?

Citer
Et la première fois que nous avons fait l’amour, à l’arrière de sa voiture, cela n’a pas semblé le gêner.
Tu devrais supprimer le « Et » 

Citer
Il était parti avec la cinquième lettre de l’alphabet.
Alors là je te propose : « Il a fini par se tirer avec la cinquième lettre de l’alphabet ». Ou « Il EST parti avec la cinquième lettre de l’alphabet. »

Citer
Entre l’éjaculateur précoce, celui qui s’endormait à peine la messe dite et celui qui semblait avoir oublié le mode d’emploi d’une douche.
Pareil, le temps me gène un peu, j’aurais mis le présent.

Citer
Sauf que leur bêtise avait mis au chômage plus d’un millier de personnes.
Là il faut charger à mort ! « Bêtise » c’est encore trop gentil, il y a par exemple « rapacité », « connerie », « voracité »….

Citer
ma paire de bombes sexuelles à mettre sous le nez de mes recruteurs.
Non, une bombe sexuelle c’est une personne, pas une paire de seins. Dans ce cas c’est « ma paire d’obus ».

Citer
Sauf que les entreprises à Detroit fermaient les unes après les autres.
Deux solutions :
- Sauf que les entreprises, à Detroit, fermaient les unes après les autres.
- Sauf que les entreprises de Detroit fermaient les unes après les autres.

Citer
Sauf que les entreprises à Detroit fermaient les unes après les autres. Et que mes candidatures restaient sans réponse. Et que j’avais le prêt d’une maison sur le dos.

Sauf que les entreprises à Detroit fermaient les unes après les autres, que mes candidatures restaient sans réponse, et que j’avais le prêt d’une maison sur le dos.

Citer
Et lorsque les huissiers…

Lorsque les huissiers

Citer
…les pelouses étaient encore religieusement entretenues tous les dimanches matins devant la quasi-totalité des maisons.

les pelouses, devant la quasi-totalité des maisons, étaient encore religieusement entretenues tous les dimanches matins.

Citer
J’avais éclaté en pleurs.

On éclate de rire ou en sanglots, on fond en larme….


Critique générale :

L’idée des derniers instants d’une condamnée à mort est TRES intéressante. C’est un moment particulier, très chargé émotionnellement. Mais je me serais concentré sur les derniers détails, la pièce, le médecin, la peur diffuse d’avoir mal, de mourir…Des sensations, les derniers sentiments.
Là tu fais raconter au personnage le fil de son histoire, la partie qui l’a amené là, sur la table d’exécution. Je crois que j’aurais, pour ça, choisi un autre lieu, le dernier parloir, la dernière confession avec le prêtre …un endroit où la condamnée disposait d’un peu plus de temps.
Bref, c’est le premier texte que je lis de toi, et je crois que tu as un vrai talent pour raconter les choses, mais il manque un soupçon de rigueur et de concision.
Cela dit, c’est très prometteur ! Bravo.
I love that philosophy: Warren says it, we do it! So let's do it!

Hors ligne arwen

  • Calliopéen
  • Messages: 486
    • Laissez parler les p'tits papiers
Re : 95 D
« Réponse #26 le: 03 Février 2011 à 18:28:41 »
merci jlm
Je ne suis pas d'accord avec plusieurs de tes propositions (notamment sur le vocabulaire, Mary a un registre relativement soutenu donc non, pas d'expressions familières), par contre t'as souligné quelques erreurs notables.

Sinon, je crois que j'ai fait une erreur sur le personnage en la privant de tout espèce de sentiments... bon, elle m'est apparue comme ça. Tant pis. Mais ça explique le fait qu'elle n'ait pas peur de mourir.
Et non, les détails de l'exécution, c'est un choix de ne pas les y mettre, on est dans le point de vue de Mary, pour elle ça n'a aucune espèce d'importance, elle est centrée sur elle même.  Et le personnage est comme ça, sans réelle émotion. C'est un peu bizarre quand j'y réfléchis... mais y'a une logique...
« Modifié: 03 Février 2011 à 18:37:10 par arwen »

Hors ligne jlm

  • Scribe
  • Messages: 69
Re : 95 D
« Réponse #27 le: 04 Février 2011 à 09:33:50 »
Salut,

Ceci dit c'est très intéressant comme histoire, ça ressemble un peu à la manière dont je construis la personnalité de mes personnages, parler du moment où les choses dérappent, le point de non retour...
I love that philosophy: Warren says it, we do it! So let's do it!

Hors ligne arwen

  • Calliopéen
  • Messages: 486
    • Laissez parler les p'tits papiers
Re : 95 D
« Réponse #28 le: 05 Février 2011 à 09:00:05 »
merci, j'ai quand même modifié un peu la fin (le passage sur la mort du fils et le tout dernier paragraphe) histoire de lui instiller un peu se sentiments à cette Mary...
« Modifié: 05 Février 2011 à 12:02:54 par arwen »

Hors ligne arwen

  • Calliopéen
  • Messages: 486
    • Laissez parler les p'tits papiers
Re : 95 D
« Réponse #29 le: 05 Février 2011 à 12:00:34 »
2/4


Mais le soir de Noël, lorsqu’ils ont coupé l’électricité, j’ai craqué. Je n’avais pas payé la facture. Bill combattait quelque part du côté de Kaboul. Mattew nous avait oubliés et s’amusait à San Francisco et j’étais seule dans un appartement minable avec un cheeseburger et une part de frites pour tout réveillon… que je ne pouvais pas même réchauffer au micro-ondes.
J’ai rencontré mon voisin du dessus, Ali, ce soir-là. L’Arabe, comme tout le monde le désigne dans la bâtisse, à défaut de savoir d’où il vient exactement. Je crois que lui-même s’y perd un peu dans sa généalogie. Un grand-père palestinien, des cousins en Égypte, une enfance passée en Irak et quelques années à traîner d’un pays du Moyen-Orient à l’autre avant de venir étudier en Amérique.
Il avait opté pour un master en informatique. Choisir une formation en mécanique aurait sans doute été plus judicieux, ici à Détroit, la capitale américaine de l’automobile. Mais personne n’avait daigné l’en informer. Depuis la fin de ses études, quelques mois plus tôt, il restait clandestin et ne trouvait pas de travail. Alors il s’était reconverti : électricien, payé au noir…
Lorsqu’il m’a vue en pleurs sur le palier, devant le sceau de la compagnie d’électricité sur le compteur, il a sorti ses outils. En deux secondes, mon micro-ondes était ressuscité.
Ali a éclaté de rire en découvrant mon dîner.
« Je croyais que vous mangiez de la dinde pour Noël ! »
Je l’ai invité à partager ce réveillon peu orthodoxe. Il a accepté. Il a accepté aussi la bière que je lui ai tendu sans réfléchir et a ri de mon air étonné. Le bâtiment entier profitait des cinq appels à la prière que son ordinateur diffusait jour après jour. Durant quelques minutes, nous étions alors téléportés quelque part au Moyen-Orient, à l’ombre d’un minaret invisible.
Nous lui avions demandé de baisser le son. Surtout pour l’appel du matin. Être réveillé avant l’aube ce n’est pas très agréable, même lorsqu’on est au chômage. Un peu gêné, il avait avoué se moquer de la prière, mais déprimer sans cette voix rassurante. Il avait cependant accepté de moduler la puissance sonore de cette thérapie maison contre le mal du pays.
Ali est un garçon doté de ressources surprenantes, j’allais très vite le découvrir.

Le jour du Nouvel An, il a trafiqué mon compteur d’électricité afin que celui-ci ne déroule plus ses chiffres qu’à une vitesse jugée raisonnable pour mon porte-monnaie. Il m’a montré comment me connecter au réseau WiFi qu’il a piraté et dont toute la bâtisse profite gratuitement. Et nous avons encore partagé des frites et des hamburgers. Je prenais du poids à manger ainsi, mais qu’importait. Greg n’était plus là pour me rappeler de garder la ligne.
Je ne savais pas comment remercier ce voisin si secourable. Il était gentil, avec son accent particulier. Grand, un collier de barbe noir soigneusement taillé, il ne laisse pas indifférent la gente féminine, si ce n’est son type arabe prononcé. Coucher avec le petit neveu de Ben Laden, cela perd beaucoup de son charme pour la plupart des étudiantes.
La bière aidant, je pactisais avec le diable aux douze coups de minuit.
Je crois bien qu’il était vierge. Ses baisers maladroits l’ont trahi. Il n’a pas su défaire l’agrafe de mon imposant soutien-gorge. Quant aux préliminaires, j’ai vite compris qu’il en ignorait toutes les subtilités : il ne savait ni quoi toucher ni même où poser ses mains. Et pour ce qui est de l’acte proprement dit, je ne dois pas me tromper de beaucoup en affirmant qu’il n’y serait jamais parvenu si je ne l’avais pas aidé à trouver le chemin.
Sans surprise, il n’a rien contrôlé. En moins d’une minute, il en avait déjà terminé. Mais à vingt-cinq ans, les batteries se rechargent rapidement.
Et Ali m’a démontré qu’il apprenait vite.

Il avait quasiment l’âge d’être mon fils, mais j’aimais la façon dont nous faisions l’amour. Libre. Nous n’avions pas de sentiments, nous n’étions pas amoureux, mais j’aimais son regard sur mon corps. Celui d’un enfant émerveillé. Contrairement à mes précédents amants, ses yeux ne semblaient pas sortir de leur orbite à la vue de mes seins hypertrophiés. Il a vite compris combien ils étaient sensibles et ses caresses s’y adaptaient.
Un soir, alors qu’il fumait au lit, ses doigts se sont attardés sur la cicatrice à peine visible sous le mamelon.
Et tout a commencé là.
Il n’a rien demandé, mais je lui ai raconté mon histoire, l’histoire de ces airbags si délicats qu’ils en devenaient douloureux lorsque nous faisions l’amour.
Il n’a d’abord rien dit. Il a continué à fumer. Ali se moque de choper un cancer. Il fume et je m’y suis mise aussi. Greg aurait hurlé.
« Tu aurais dû lui couper la queue quand tu as su qu’il te trompait. »
 J’ai protesté : nous n’étions plus à l’ère de telles barbaries.
« Ça ne va pas la tête ! Dis-moi de le lapider tant que tu y es !
– Il t’oblige à te transformer en poupée Barbie. Il se taille cinq ans après pour une plus jeune et te laisse dans la merde avec une maison non payée ? La lapidation, ce serait trop gentil, je trouve. »
Je n’ai pas répondu. Nous avons changé de sujet.
Et j’ai oublié.
Jusqu’au jour où mon compte bancaire s’est retrouvé à découvert pour le troisième mois consécutif. À bout de patience, le directeur de l’agence m’a demandé de rembourser les traites dans les dix jours.
Le soir même, après nos ébats habituels, j’ai éclaté en pleurs. Ali m’a écouté avec attention, a laissé passer un silence avant de me donner la solution. Toute simple.
« Va demander le fric à ton ex. »
Mais oui, bien sûr ! Que j’étais bête de ne pas y avoir pensé avant ! L’homme qui m’avait larguée comme une vieille chaussette était tout disposé à rembourser mes dettes. Cela tombait sous le sens.
Ali a murmuré :
« Donne-lui ce qu’il veut en échange.
– Ça s’appelle de la prostitution, ça !
– Non. Ça s’appelle récupérer ce qui t’appartient. Tu m’as bien dit qu’il avait pris du poids ? »
Je n’ai pas compris aussitôt l’allusion. Oui, Greg accusait un beau surpoids et n’était plus l’étalon que j’avais connu. Cela ne l’empêchait pas de se taper miss bonnets E. L’argent arrangeait tout dans ce pays. Il suffisait d’en trouver…
Ali s’est levé et a rajouté, d’une voix tranquille :
« Les mecs obèses, ça meurent tôt. Une petite crise cardiaque… »
Je l’ai regardé renfiler son caleçon et cacher le sexe avec lequel je venais de m’amuser. Il n’a pas à se soucier de ce genre de problème : à vingt-cinq ans, il reste mince, sans l’ombre d’une graisse superflue, aussi sec que mon compte en banque. J’ai tenté d’argumenter :
 « Je n’ai pas envie de tuer mon ex… »
Ma voix ne sonnait pas d’une façon très convaincue. Pas envie de tuer Greg ? En étais-je si certaine ? N’y avais-je jamais songé lorsque j’avais appris l’existence de miss bonnets E ? Ali s’est contenté de sourire. Il s’est penché pour déposer un baiser sur mes lèvres. Sa moustache noire naissante m’a piquée, mais j’aimais cette sensation, aussi désagréable qu’excitante.

Les jours suivants, je réfléchissais. Certes, l’obésité accentue les risques d’accidents cardiovasculaires, mais il faudrait plus qu’une partie de jambes en l’air pour…
Je m’interdisais de formuler cette pensée.
Mais j’ai repris contact avec Greg et demandé à le voir. À ma grande surprise, il a accepté aussitôt. Je n’en ai pas dit mot à Ali. L’échéance fixée par le banquier approchait, mais il ne me posait aucune question. Le dernier soir, alors qu’il s’apprêtait à quitter mon lit, il a murmuré :
« De la digitaline. C’est de ça que tu as besoin. »
Ali est un garçon plein de ressources, mais je ne lui connaissais aucune compétence particulière en herboristerie.
Il a souri :
« Maria, au premier, elle se soigne avec des plantes. Ses tisanes guérissent tous mes rhumes. »
Sur cette phrase énigmatique, il m’a abandonnée.
Maria est une vieille femme mexicaine. Peu bavarde, à moitié aveugle. Lorsqu’elle cuisine, l’odeur du chili con carne entre en concurrence avec celles des épices qu’utilise Ali dans ses plats orientaux.
Les habitants du quartier, privés d’assurance maladie, l’avaient promue docteur grâce à ses connaissances des plantes médicinales. Son petit logement s’était peu à peu transformé en cabinet clandestin.
Elle m’a fourni la drogue, sans poser de question, et j’ai couru me préparer pour mon rendez-vous galant : robe à décolleté profond, bas noirs, chaussures à talons, chignon et parfum de circonstance.
« Modifié: 05 Février 2011 à 12:03:08 par arwen »

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.022 secondes avec 16 requêtes.