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01 Juillet 2026 à 04:56:28
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » 🗝 en-dessous d'un royaume - &

Auteur Sujet: 🗝 en-dessous d'un royaume - &  (Lu 2316 fois)

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🗝 en-dessous d'un royaume - &
« le: 04 Août 2021 à 22:35:58 »
en dessous d'un royaume
#fantasy #histoire #scène #monstre
yobyob, j'ai repris cette toile-ci, mon petit Royaume que j'aimerais bien faire un truc de suite qui soit pas trop sclérosé par un gros texte, mais qu'en même temps là j'avais une idée pour en faire un truc écrit en qmm assez beaucoup de ma pauvre concentration, oui... un peu plus d'un autre format que mes one-shots habituels, mais fiou j'ai haleté, et même... bin en vrai j'ai déclaré forfait là parce que j'avais encore du l'histoire à dérouler, mais ce sera pour ailleurs...


A travers le roulis, une onde.
Quelques flots en dessous de la surface, tout est à la mesure d'un son qui se propage dans le fluide, les basses sont comme des sourdines inversées, tout se répercute, résonne, ondule en une tôle flexible à l'extrême, que la coque du navire du Sieur Jhones encaisse de sa moiteur creuse, et moi, à fond de cale, menotté à une courte potence, subit les fers, avant de me rendre compte que l'onde dans le roulis possède de quoi rehausser mes soucis. Il me faut une tension, une alerte, répercutée sur le pont par les matelots, comme quelque vague d'urgence, une angoisse qui sourd, le long d'une pente glaciale le long de mon échine. Et puis quelque chose perce. La chose. Ce qui nous attendait peut-être ou pas...
Il est inutile de crier, il est inutile de se taire.
Le Léviate est une légende que j'ai croisé dans le détour de cette vie. Un discours d'hurluberlu. Ce qui règne dans les profondeurs insondables de l'Océan des Ivres. On m'aurait parlé de triangle de disparition, de siphons vivants, de cités perdues ou de territoires inconquis, aurais-je malgré tout encapuché la peau de Raines, le corsaire voleur, vil félon d'une fédération d'autonomes, à la solde d'un personne et d'un tout le monde qui ne faisait pas l'unanimité, Raines mon hôte, qu'il m'eut été presque difficile d'anesthésier dans le méta si je ne lui avais découvert ses cryptages de tatouages. Un pirate, comme tant d'autres, comme tant d'autres à ceci près que celui-ci savait parler au Sieur Jhones, que je me devais de marquer sur ma route, afin d'en...
Mes paupières clignent, mes pupilles atterrissent.
Le Léviate, la légende, personne n'y croit sur terre.
Bien évidemment, les plus aguerris des marins sont parfois aussi dans la ténèbre, ils s'aveuglent, ils n'ont, surtout, pas l'occasion d'en témoigner. Mais tous craignent. Teintée de vérité, l'histoire des disparus et des naufragés contient coffres de ses perles, et toutes les pièces sont comptées quelque part.
Et visiblement par l'ambiance, il est un effet de la vérité qu'on nomme peut-être évidence, qui est la fatalité avec laquelle elle nous tombe ici sur le coin du navire.
Les regards livides je ne les vois pas dans ma geôle, mais autour de moi les prisonniers se demandent. Ils verdissent. Ils s'inquiètent.
Sur le pont, l'on a vu, l'on sait dorénavant. Livide n'est plus approprié pour les décrire, tant il y resterait encore une once de lumière, d'espoir, de vie. Non, là le sort qui règne sur le pont, est la mort. D'aucun ne traduit le sentiment que l'on éprouve lorsque à l'horizon après une onde grave dans la coque, on aperçoit loin, très loin, dépasser de la surface des formes grandes, géantes, des formes de tentacules, de vagues, d'ailerons et de nageoires, le tout presque ailé dans le reflet du soir, d'une nuit qu'on ne passera probablement sûrement pas.
Il est inutile de crier, il est inutile de se taire.
Le Léviate n'a pas d'oreilles. Nous leur chuchoterions nos pires angoisses et il s'en délecterait, buvant nos âmes comme une baleine filtre le plancton, comme le requin croque dans le banc de poissons, comme le poulpe et le crabe, la méduse et la tortue, comme un truc d'écaille, ou pointu, et toujours, ce Léviate à l'horizon, qui grommelle ; car il a faim.
Le navire du Sieur Jhones je n'en saurai jamais rien ou peut-être plus tard, avait affrété dans le dernier port de la côte qui mène aux confins de l'ouverture de l'Océan des Ivres sur les Eaux Immergées. C'était un désir d'exploration qui avait suscité de vives audiences parlementaires entres décisionnels familiaux, héraldiques, et si tant est que le solitariat indémontrable de Jhones fut à l'épreuve d'une affirmation d'elle-même, il en importa aux concernés de laisser libre cours à la folie de l'excentrique.
Moi de loin arrivant par l'Est, m'eut été en contact de quelques renseignements avisés et j'étais pour ainsi dire propulsé dans la recherche de mon toujours, ma recherche depuis tant, retrouver dans le Plinfini, ma terre de génèse, le Royaume, et les Rois du Miroir. S'il eut oui, été une direction pour que je retrouve mon chemin depuis la malédiction de Styyve le fantôme, je me doutais qu'il en résidait une solution dans l'inconnu, le caché, là où, je le constatais, personne n'avait entendu parler du Faux Blanc et du Vrai Noir, de Pyxxim l'alchimiste enfermé dans les cavernes du château le plus protégé de la protection...
Styyve m'aura fait se cadeau empoisonné.
Celui de ne plus avoir de corps, et d'emprunter ceux des autres.
Mon âme probablement éternelle, coincée à jamais à devoir se passer d'un hôte à l'autre, jamais vraiment moi. Toujours à me battre, à écraser pour ne pas disparaître totalement.
Raines le pirate, et tant d'autres avant lui.
Je perçois dorénavant le monde en fonction des miroirs qui me permettent de le percevoir, d'en saisir une fugace image, toujours, dans cette quête, cet espoir de rejoindre le Roi mon mentor. Qui, lui, saura découdre le maléfice.
Combien de temps errerai-je ainsi avant de retrouver ma route sur le Plinfini ? Autant qu'il adviendra.
Et pour l'instant alors, tout ceci est mesuré. Risqué. En danger.
Le Léviate ne sera aux abords de ce qu'il ne lui est qu'un frêle esquif, d'ici qu'on ait à peine respirés. Pas le temps de vivre, pas le temps de mourir. Une clochette sonne.
Une corne de brume. Le bruit n'est que rien.
Le Capitaine Sieur Jhones essuie probablement une larme.
Et puis les flots commencent à monter.
Ils s'agitent.
Moi dans mes fers, je palpite un peu.
Le geôlier doit tenir sa place, son poste.
C'est un peu grâce à lui que j'ai compris.
Lui qui se demande, lui qui sait aussi.
Je le regarde de biais pendant que lui traversent l'esprit des indécisions notables. Et puis après ? J'ose.
- Ca a l'air sérieux là-haut, n'est-ce pas ?
Il me regarde un peu mauvais, mais pas assez méchant. Un peu courageux, mais surtout émietté. Et sa gorge se noue presque subrepticement. Il se décarcasse une tension, profite de réagir à mes mots pour entretenir son silence, et finit par froncer les sourcils.
Se détendant, il lâche, presque sereinement.
- On est dans la même galère, sur le coup je crois, frère.
Je hausse les miens.
M'apparaissant évident de garder une contenance pour espérer voir quelque chose sous un autre angle, j'aimerais que le temps ne manque pas. Hélas. Il me faut répondre.
- A ceci près ce qui n'est pas sans effet, que je suis incarcéré et lié de surcroit, relié également, à une légère entrave existentielle dont tu as l'air de te passer relativement bien.
C'est lui qui mange le propos, cette fois, il le digère comme il peut et démontre de sa politesse en vomissant la suite, dépité par le sort comme nous le devinons à nous deux.
- T'as le droit à une dernière volonté. Je te libère frère, je crois ça sauvera pas mon âme, mais la tienne sera plus tranquille quoi qu'il se passe.
Les autres détenus qui s'étaient tus jusqu'à lors, retenus sur le fil de la conversation, déversèrent à ce moment-là, une embardée émotionnellement retranscrite par diffraction sociale manifeste. Ils gueulèrent pêle-mêle, s'agitèrent, cafouillèrent une volonté unanimement désorganisée, et à ce moment-là oui, tout ce que je craignais s'effondra.
Le geôlier surpris, pris de court, à court d'idée, s'étala en excuses, en désolés, qui finirent par hausser le ton, se décontenancer, abandonner. Alors que sur le pont une vie s'était organisée à la débandade, il en commençait de même dans le fond de cale. En quelques secondes et sans accord non tacite, presque même d'une de ces magies dont j'usais de mon ancien corps de Perfide, afin de fluidifier la substance, d'advenir les flux, de surfer sur le tout, alors le chaos débutat.
Et c'est à ce moment là que le chat commença son jeu avec la souris.
Une psychologie de la victime enjoignit des ventouses énormes à se coller sur les parois extérieures du bâtiment. Apeurés les matelots, terrifiés, anéantis, face à l'inéluctable désespérance absolue en une quelconque survie. Rien. Rien. Rien.
Une toute petite force de poids, par un coin de tentacule, et voici que la surface monte ; embrassant la structure de bois, le Léviate se hisse à lui, se colle, il l'attire un peu en profondeur, pas assez pour que la flottaison ne soit atteinte. On y imaginerait un sourire un peu narquois, un peu presque amusé d'un repas qui se déguste à la terreur, ou juste par problématique réelle de consommation.
Ne restent que les prisonniers, nous sommes dans nos cages de ferraille forgée, les algues et les mousses rendent le tout glissant, humide, glauque car insalubre, quoique parfaitement utile à leur fonction résistante. Nous ne nous regardons pas. Nous avons fini de gueuler. Ou pas.
- Venez nous chercher bande de lâches ! OH !
Tout s'agite, il n'y a rien à faire. Le piège est trop. Ambitieuse était l'aventure, savoureuse sera la fin.
Pourquoi Raines était-il la meilleure approche du Sieur Jhones ? Car l'un et l'autre partageaient un vécu, et qu'il me tarda de pister l'origine magique de leur pouvoir. Ne comptant pour l'heure sur aucune manière de l'équipage, m'en vint à l'idée de souffler au méta une invitation au Capitaine. Incertain était la provocation du destin, le jet de dé psychique ne pouvait que osciller dans l'effervescence de la substance, et une chance inouïe nécessitait au cosmos les moyens de pourvoir à mon tracé. Le Sieur Jhones aurait-il un cran de son horlogerie de vie, qui tournerait l'engrenage vers mes directions ? Il fallait, et je priais les forces métastatiques du Plinfini et de l'Au-Delà, quand là un craquement retentit, se répercuta, et en réverbération éclair, fit comprendre à tout le bord que l'on commençait sérieusement à mourir du navire.
Je décidai alors de changer de plan.
Tout devait se passer en peu de temps, et pour cela une seule route : vers la sortie. J'alpaguais le voisin en tendant une main furtive.
- Hé toi j'ai une idée ! Tu vas voir...
Sous l'impulsion sous le geste, plus que sous la voix ou les mots, il me tend sa main, j'effleure sa peau et mon seul levier s'active alors en moi, je quitte Raines et me transfuse en cet illustre et médiocre inconnu qu'il me faut assommer intérieurement aussi vivement que faire se peut, et ce afin de pouvoir faire une chaîne sans interruption.
Je prends la voix de mon co-détenu, aussitôt stabilisée par mon expérience et la faiblesse de celui-ci, relégué en quelques clins de cils au rang de fantôme oublié dans son propre corps. Je me retourne. Cours le court large de ma cellule et agrippe le voisin d'à côté pour me rapprocher de la sortie par nouvelle transfusion. Le passage est plus ardu, celui-ci est hargneux et son esprit me résiste. C'est le temps pour les autres de commencer à se poser des question de sorcellerie.
Le corps a hurlé, il s'est pris la tête, pendant que celui d'avant émerge assez pour comprendre qu'il n'a plus de force que pour s'évanouir, ce qui alerte d'autant plus la sensibilité craintive et méfiante d'un mouvement initié par Raines, qui lui, dans la geôle au fond, s'est inanimé dès que je l'ai quitté, et qui ne refera probablement jamais surface, ou alors avec la raison limée par ma présence, durant tous ces temps où je l'ai enfermé.
Je prends le contrôle finalement, et alors que la situation critique sur le pont sied à la démence de mon hôte, je me permets encore de bouger, dans ces cages j'évolue, il ne me reste que quelques cases et je serai proche de l'entrée, paré à toute éventualité... si maigre soit-elle.
Pendant ce temps le roulis a roulé, les bras du monstre se sont lovés tendrement sur sa proie, et tout craque, tout fond, tout fuit. Jusqu'à ce que le toit s'effondre.
Des matelots dégringolent.
Je saisis une épaule.
La transfusion m'étourdit, car le pauvre s'est démis des membres dans sa chute. Je le relève tant bien que mal, ausculte de mes nouveaux yeux l'angle de ma perspective, envisage des solutions, agis douloureusement.
Je grimpe, j'ouvre, j'escalade.
Tout va à la dérive, sous les caresses du Léviate.
J'arrive enfin à ciel ouvert.
La nuit est presque là, encore intimidée par un rayon orange, loin, loin à l'horizon, là où plus rien n'aura d'echo. Le bâtiment et son équipage, là, voient leur dernière heure sonner.
Le corps éveillé par les blessures du jeune mousse qui me comporte, maintient à la fois mon homéostasie particulière, qu'elle contient l'esprit rebelle que je remplace.
Un instant qui se veut beau, flottant, me voit observer le lointain. Et puis je détourne le regard, et je me jette corps et âmes dans une nouvelle chasse. La dernière pour le Sieur Jhones, après je ne l'embêterai plus. Plus jamais.
Dans la cabine la récente débandade qui a allégé les lieux.
Et une casquette sombre.
Elle ne se permet plus d'être hostile, au contraire est-elle humble, abaissée, frappée de résilience. Je lui racle une gorge, elle se redresse et s'adresse à moi.
- Mon jeune Meurty, je tiens à vous dire que ç'aura été un honneur. Sentez-vous libre de quitter les quartiers, les lieux, ce qu'il vous conviendra. Adieu.
Il est d'un ton mortel.
Mais on ne me plie pas ainsi.
- Vous pouvez m'appeler Perfide, en la présente, et je me dois d'intervenir au nom du Capitaine...
Incrédule est sa réaction, sans pour autant dépenser une fausse énergie à la surprise. Juste, une lente incrédulité face à ce qu'il ne soupçonne pas, ces âmes derrière les corps, la malédiction de Styyve, l'on ne me discernera que sous d'autres traits et Meurty approche une main du Sieur Jhones.
Peu après les vitres sont brisées, la coque fendue, les mâts fracturés, il ne reste plus grand chose de flottable. Je reste dans la cabine. Habitant le Sieur tandis que le jeune Meurty reprend son corps, douloureusement, effaré, tremblotant comme une feuille, complètement détruit par le destin inéluctable ; traumatisé de mourir.
Je me recentre, Jhones ne veut certainement pas de moi en lui. Il tape, résiste, cogne, hurle, nous nous partageons non sans rixe la possession et l'usage de son corps. Moi tout ce que je veux c'est dans sa mémoire. Dans sa tête. Un souvenir. Une information. Une intuition. Peut-être ce qui le menait sur cette route qui l'arrêtera. Je tente le calme, et la raison.
Je ferme ses yeux.
Il respire.
Tout s'effondre.
Au moment fatidique où définitivement nous prenons les flots, de gros morceaux de chair maritime nous tirent vers les profondeurs. Le bateau se plie, se couche, se morcelle, et les eaux pénètrent par gerbes lourdes des fenêtres explosées. En une demi-seconde tout est submergé, et le Sieur Jhones, coincé dans son corps, commence à se noyer.
Moi, je nage en lui, il est impuissant.
Et je m'approche désespérément du risque.
Si le Léviate n'a pas la conscience nécessaire ; s'il n'a pas suffisamment de constructions mentales pour me permettre d'évoluer en lui grâce à mon entendement... alors je serai dans les limbes à tout jamais, car il m'aura englouti l'âme au lieu de l'inverse. Ma survie est ici jouée à l'incertain, par un inéluctable pourtant imparable. Je touche un tentacule...
« Modifié: 22 Octobre 2021 à 19:55:16 par Dot Quote »
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& - pour un jamais
« Réponse #1 le: 27 Août 2021 à 22:42:50 »
pour un jamais
#suite #fantasy #nature #maudit
une nouvelle échappée de Perfide, maudit par Styyve à errer dans les vies du Plinfini...


Seul.
Cherche.
Humain.

Désert de Torr. Oasis intermède. J'ai pas pu me raccrocher. A rien. Le pauvre Merling s'est desséché lorsqu'il n'avait plus l'énergie de porter mon âme. Styyve a pensé à tout, il me laisse dans ces cas, comme prisonnier de la carcasse, et ce tant que matière structure. Je n'aime pas passer ces éternités aléatoires, alors je m'en passe le plus souvent. Là, le défi méritait le risque, et quoi qu'il advienne je tracerai une route, la mienne, lorsque la vie repointera le bout de son nez.
Un cadavre de cuir, au milieu des craquelures. Aride, infiniment plat, vide et répété outre-mesure de la raison d'un corps, gisant, là sur le passage des morts, que seuls quelques autochtones savent braver afin... D'entretenir le secret du trésor, celui au nom improspère qui ne se cite qu'en son propre langage, dont les clés détenues par les mythes, s'occupent de rendre aux âmes vivantes quelques raisons de croire en leur finitude. M'ont conduites des intuitions comme quoi, selon elles, se terminerait ma quête en l'horizon d'un dû métastatique. Styyve m'a collé une punition, et je la prêche plus que je ne la porte, car d'indices il ne me laisse que son silence, toujours plus froid dans mon âme, il me fait vibrer de chaleur, au gré des corps que j'emprunte, toujours dans cette mesure intime d'une cohabitation spirituelle. Et là la chaleur, est mortifère.
Dans ma cage je suis à nouveau. A nouveau je me heurterai aux parois, encore me constaterai-je consumé, évidé, enterré. Mon âme intranquile, en désir de mouvement, d'une vie privée, celle que je risquai, et qui par ma mégarde, s'envola, tout bonnement... Je la sens fracassée, démembrée carrément, cristal éclaté par delà le temps, et de fait, je me promets, de revenir comme avant, c'est-à-dire déjà crucifié, pendu et écartelé. Marqué au fer, rougit par l'enfer, ma route se pave de plus en plus d'entêtement, et je suis le naufrage, démesurément, de ce que je ne supporterai peut-être qu'à jamais, pour un toujours, toujours plus dément.
C'est alors qu'une herbe folle.
Un rouleau de filaments.
Une boule végétale.
La graine vit. Je l'aperçois au loin, et pourtant elle me surprend lorsqu'elle me tombe dessus. Merling n'est plus que le costume de lui-même, quelques rares traces sèches, et une ossature poussiéreuse. Le tout en forme d'aventurier du désert, comme d'un autre espace, car d'étrangeté était marquée sa débandade, celle qui le conduisit sur ma route alors qu'il s'en éloignait. Merling est une mâchoire déboîtée par langue pendante. On pourrait presque voir dans l'ocre ambient, quelques gouttes de sang étalées contre des gencives, après fractures des lèvres. J'ai souffert pour Merling, ou bien est-ce lui qui m'a permis de souffrir. J'en suis douloureusement décédé, paix à son âme, elle a disparu bien avant que l'herbe accoure. Je saute.
L'herbe n'est pas plus folle que moi.
Je rouleboule au gré oui, du vent qui me renverse, et en girouette de mon déplacement, je dévale quelque platitude... Je ne risque plus rien, enfermé dans ma graine. Là, ma touffe me protège, me contient, me déplace.
Et de suivre les pas de l'air, me vient en présage une eau bienheureuse. Qu'une des étranges pluies roses de la région n'advienne, je n'y crois pas encore, et presque me rêverait-il d'advenir en ces instants mirifiques, de pousser une nuit, au milieu de la foule, la multitude d'âmes enfoncées, ces poussées d'un jour, cette nuit, où nuages opiacés se transforment par courant, en déluges colorés, luminescents, et d'arroser se prend le ciel sur la terre. Oui, et les craquelures se gorgent, se remplissent, et là tout ce qui patient, attendait une goutte, tout ce qui sans s'évaporer, quémandait une vapeur, se voit ici servit du départ d'une vie, éphémère, scintillante... Les pluies roses voient fleurir toute l'osmose du désert de Torr, et ce à l'aube et à la terminaison d'un croisement stellaire. Lorsque ses conditions astrologiques sont favorables, alors il pleut.
C'est ce que me raconte l'herbe folle lorsque je tends l'oreille de l'âme.
Elle ne se gêne pas de ma présence, ni moi de la sienne, alors nous ne formons qu'un.
Rouler sous un vent sec nous fait du bien.
Elle aura bien le temps de me voir pousser.
Et je ne suis plus pressé.
Qu'importe le trésor, et aussi la langue sacrée. Maudire le sort, c'est parfois s'en déposséder, mais...
L'herbe me laisse un loisir nouveau. Sa quiétude rencontre la mienne, et je me laisse porter, avec elle, sans autre contrainte qu'un souffle d'air chaud. J'envisage la paix. Une paix. Et alors que l'oubli me menace, sans grande autre incidence qu'un éternel détour vers ma finitude, l'herbe me demande qui suis-je. Je lui réponds que c'est un personne, tant tout le monde qu'il en devient le problème de son être, mon âme, le coquillage, le sans-abris, sans corps pour mon âme, que celui d'autrui. Mais que conjurer ce sort, même le Roi ne peut peut-être rien pour moi, et même si... même si : qu'habiterai-je sinon un corps mortel, habité par mon âme, devenue stérile, rendue insipide pour tout ce qui relève de son effet mortifère, elle-même proie de ce que la mortalité m'avait promis de ne jamais rencontrer. Les viscères du temps, déroulées depuis moi, à cause de Styyve le fantôme, ne sauraient être préhendées par autre chose que le démoniaque, l'issu du métastase. Moi pauvre humain, n'aura été qu'au plus un sorcier, certes puissant, mais néanmoins trop peu pour supporter l'éternité de l'âme. Transvasé dans ces corps depuis si longtemps, je ne sais plus ce que j'habite, ni comment, avec quoi.
L'herbe est folle, elle rencontre les craquelures, et parfois, un cadavre aventureux. Elle parcourt un coup l'ouest, un coup le sud. Elle file, et je me berce de son passif mouvement.
Et puis viennent les falaises Mutiques.
La limite entre deux déserts.
Le Torr est un plateau en sous-bassement, duquel surgit le pallier qui s'élève centaines de mètres au dessus, par ces falaises lisses, dont nulle aspérité aucune, ne dénonce une irrégularité singulière. Le mur est sec ; droit. Et d'afflux météorologique alors, je viens me heurter contre celui-ci. L'herbe folle, ici par un coup du destin, et n'étant qu'un global qui la rassemble avec ses pairs, elle suit donc, le balais naturel qui au pied de l'abrupt, la condense auprès d'autres boulettes de filaments. Toutes ces graines soufflées, qui ont tant parcouru, ici s'arrêtent et s'agglutinent, le pied des falaises Mutiques, et se trace une ligne.
Je la parcours comme une guirlande se suit.
Remontant vers l'ouest, je saute d'une entité à l'autre, tant que contact poursuit la chaîne des corps. Je remarque que le processus n'est pas sans freins. Il me faut perdre du temps à prendre forme dans la nouvelle graine, avant de percevoir la touche suivante, de m'y projeter, de prendre forme à nouveau. Ma présence est celle qui irradie depuis les filaments, un peu verts et un peu rouges, mais majoritairement bruns, sans trop de vie humide.
Et puis la paix des herbes folles m'accompagne d'une clarté accrue, et je ne suis plus que la vague de mon déplacement d'être. Les falaises Mutiques s'étendent, je contourne le haut plateau.
L'altitude différentielle joue étrangement sur l'hygrométrie des deux zones. Les typologies de leur désertitude, n'ont rien de comparable. Je suis loin du trésor, dorénavant, mais lorsqu'un ascendant du soir sur le minerai chaud me fait escalader d'un souffle, le flan de la falaise, je sens que l'herbe folle inarticulée, peut aller plus haut et plus loin que certains mobiles animaux. Les hauteurs se grimpent, le vent jamais ne se refroidit, et ma graine de monter.
Une fois que le dénivelé est parcouru, non altéré par mon ascension, je surgis sur un nouvel horizon et immédiatement, d'une volute allégée, mon herbe en boule se fait aspirer par une dépression d'air.
Me voilà sur un sol meuble, humide oui, très, mais d'une teneur en acidité qui révulse les quelques déterminismes de la survie de mon hôte. Le marécage surélevé, se tait au dessus des craquelures. Et dans une jungle hostile, mon âme n'a plus qu'un embarras au choix du chemin. La végétation est dense, fournie, grasse et venimeuse. Lorsque j'ai quitté l'herbe folle, je sens la dureté de la vie d'ici, d'un différent qui m'agresse, et atténue ma tranquillité.
Je sautille d'un tronc à écailles, vers une liane épineuse. Et puis c'est une feuille géante, une fleur de poison. A un moment, je ne fais même pas exprès de m'incarner en ce papillon à aiguilles. Suivent alors d'autres insectes nauséabonds, des champignons étendus, de vastes rhizomes, des mousses phréatiques et des masses d'humus. Je grouille, je vermine.
Lorsqu'un mammifère me mange, je me permets de l'investir.
Il me résiste aux rayons du soleil. Je persiste.
Ma déperdition n'a de sens que l'indistinct de ma quête.
Réellement, plus rien ne me sauvera de Styyve.
Est-ce ainsi que se nourrissent les démons ?
Je me sens exsangue de substance, et pourtant terriblement là, éternellement, sans pouvoir me reposer, de cette vie, cet acharnement, il n'a pas coupé mon fil, non au contraire il en a fait un cordage sans fin, reconduit à jamais, là où tout s'accumule, les douleurs, les atteintes à la vie, à ces vies, multiples, que je consume sans espoir, sans fier à leurs sens, ce qui les arrêterait, les calmerait, d'une paix d'un repos, ils méritent leur mort, et moi sans promesse d'un caveau, j'erre, dans ces tortures d'autrui, que j'encaisse moi-même, d'un prix sans cesse remis, à la hausse, de l'infini.
Chaque nouvel éclatement, chaque nouvelle folie, je meurs sans vraiment que puisse s'accomplir, ce que d'aucuns demandent, ce début de répit, que jamais, je n'aurai, ou alors à quel souci, d'un mieux que je ne peux même plus envisager.
Les lézards me mordent l'impalpable.
Les serpents m'étouffent.
Les tortues m'abritent un instant, et puis je suis reparti.
Là je bats d'une aile, de jour comme de nuit.
Et puis je me pose, m'envole à nouveau par la cime spongieuse. Je fluctue sans humanité, dans ces déserts dont un aspect velouté vient délecter ma structure spirituelle de goût à l'organique, pur, simple et vrai.
Plus profondément encore, et je racle le fond des marécages, des tourbières et des mangroves. La moustache d'un poisson. Les iris d'un dragon. Je marche en crabe. Je pince des mandibules, des crocs, des griffes.
Et alors que je commençais à me diluer. Alors que je ne faisais par déraison, plus qu'un avec le désert... Celui-ci fut frappé d'humanité.
Un corps à peau lisse et à crinière, qui se tient sur membres inférieurs, le voilà dans une pirogue, et d'un coup de machette, se fraye un passage, en moi.
Ses veines seront noircies par mon âme.
Ses nerfs à vif, apeurés de ma présence.
Je tombe, encore, dans les affres de ma condition originelle.
Et les yeux de s'injecter par ma diffusion.
Impossible de sortir.
.

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& - royaume intérieur
« Réponse #2 le: 04 Septembre 2021 à 23:07:16 »
un peu parce que chalutier
des filets qui remontent sans arrêt
j'y voyais d'un mauvais oeil
jusqu'à now
royaume intérieur
#division de l'origine #jouskah #invasion de pensée #évasion de pinçant
il est intime ce soir le Perfide
du côté d'une source métastatique
et pour le secret mélodieux


"- Tiens tiens tiens, t'observé-je ausculter la ténèbre ! M'y vois-tu enfin, silencieusement te suivre ? Je suis là... Perfide ? Ne doute pas un instant que tout ceci aie ou pas un sens, tu glisses, n'est-il ? Alors laisse-moi juste te recueillir au fin fond du vase. Nous y sommes toi et moi, sereinement en confiance, auprès de l'océan de tes larmes. Parait-il un mythe, il ne te parviendrait jamais d'oreille incarnée alors là je te le rapporte, tu en es la chimère, toi et ton torrent infini, de tristesse subie, d'éternité comme tu sais... Perfide ? Où es-tu ? Te cacher c'est me trouver, car je suis au recoin de ta pensée. C'est moi qui souffle le méta dans tes corps, te rappelles-tu du tien ? Oh c'est bien lointain tout ceci, et encore une fois tu as souillé, une vie, une âme, tu es mort dans un corps frigorifié par tes envies de folie. Je crois qu'il aurait été possible à autre que toi, de ne pas quêter un retour, mais... Je ne t'ai pas choisi rassure-toi, tu n'es ni un concours en soi ni le trophée d'aucun. Tu es celui qui erre sans corps, celui à qui tout appartient, sous réserve d'un sort à toucher, à ne pas laisser fuire, Perfide, quand as-tu perdu la foi en la vie ? Pour que tu sèmes les éternités mortifères, tu te ploies sous un poids étrange, pourrais-tu me dire lequel ? Perfide, imagine-moi bien là comme tu le fais, car je ne suis que dans ton esprit, nul n'ose me voir, et tu le sais. Perfide. Toi et moi..."

Le temps s'est éclaté en ce qui se rappelle être moi. Une âme presque trop prisonnière pour être vagabonde, entre l'errance et la disparition. Ses raccords avec ce qui se fait de l'entendement n'estiment en vrai aucune réalité partagée. J'ai acquis la dextérité acerbe et criminelle afin d'habiter au mieux mes incarnations, mais la malédiction est telle : le prix de mes présences, leur condition morbide, est cette diffusion douloureuse d'un autrui en eux, ce moi qui ne fait aucunement preuve d'existence, sinon par cette présence intrusive qui les ronge avec moi, moi, l'intrus, éternel.

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& - Perfide exhale
« Réponse #3 le: 03 Septembre 2022 à 14:44:57 »
bin pareil que le dernier, je croyais avoir commencé un truc pis l'avoir lâché, mais à la relecture je crois j'ai juste encore pas voulu dérouler, pis tout est stable, donc bin sorti du congèl :
Perfide exhale
#fantasy #instant fictif #méta #médiéval
c'est comme approcher sans toucher
il lui arrive jamais rien à Perfide
j'ai pas encore déroulé le pourquoi
j'imagine...


Il est là, partout.
Styyve.
Le fantôme, à la solde du roi, n'aura de prise que sur le plus intime de mon âme. Il reste silencieux aux détours de sourires, ceux que je forge dans mes prisons successives, ces corps qui à jamais comme le mien, se consument, se vident par remplissage, d'une substance vaporeuse qu'on nomme la vie ; ce corps, qu'un rien ne survit, on le perd tous un jour ou l'autre. Styyve m'a enfermé, dans cette armure de vingt kilos, elle fait presque partie de ma peau, ou au-delà peut-être...
Le fantôme bichounet, pas tant biquet, mais tout-de-même un tantinet coussinet, gomina, lunettes carrées d'extra-t, celui qui d'un contour bleuté m'avait amener à déposséder. Il lui aura fallu une éternité avant que mon dernier atome ne soit ailleurs, toute desséchée ma carcasse, dans le labyrinthe sous la montagne, il est devenu l'une des innombrables poussières des couloirs. J'ai perdu la vie, je n'ai pas perdu l'existence ; un dam pour une éternité reconduite. Dans quelques atemporalités que je ne me figure même plus, je sais que mon nom résonnera toujours dans ce qui me tient de corps, ou d'esprit, ce moi que je traîne selon le maléfice, d'une vie à la suivante. Le toucher devient tactique car il est le vecteur matériel et bien physique de la malédiction : ne pas me laisser sortir de la vie par la porte du corps, non, m'y enfermer par transfert dès que tout quitte la barraque. Oui, mourir me laisse, presque pas du tout indifférent, à la douleur d'une retransmission, je me réveille d'une cabine à l'autre, tout comme je traîne l'armure de vingt kilos de mon dernier assassin, oui le plus facile pour mon âme, est de planifier un peu le transfert prochain, afin de ne pas me perdre dans l'aléatoire inéluctable d'une mort statistique. L'un des pics qui se retourne contre moi, car ainsi pour fuire la vie grasse de misère, pour fuir les corps abandonnés, je dois me préparer à souffrir, endurer la mort comme seuls ne peuvent témoigner les fantômes.
Ainsi Styyve se cache lorsque tout va bien, lorsque la cellule se doit de me faire digérer ma réclusion, car c'est bien de ce mal que je subis le temps, déroulé. Déroulé comme le contrat de mon enfermement, je le lis le découvre, nulle part encore m'ai-je lu signer, Perfide est mon nom.
L'armure cliquète, les dentelles de ferronnerie sont lustrées, polies, étincelantes. A l'intérieur, mon moi maudit ne sait plus trop à quoi il ressemble. C'est cet or et ce platine, qui murmurent des reflets de miroir, et ainsi je ne croise rien même à l'onde de l'eau, qu'un masque de métal, ma carapace ajoutée, ce pan de l'incarnation matérielle que je commence à confondre avec juste un corps, une vie, habillée sans cesse, du gringalet au seigneur, ici mon pion d'incarnation, le dessous frileux de ma semelle magique, tragique, Styyve me laisse le soin incontournable de porter grave atteinte aux singularités que j'infecte, ma transmission dans leur corps à jamais douloureuse, moi qui n'ai pas mon corps et eux que je viens déranger, pour ne pas me faire dissoudre, est-ce ça le plan de Styyve ? Me laisser me dissoudre ?
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& - royaume - héritage 🗝
« Réponse #4 le: 19 Mars 2023 à 16:01:42 »
"
royaume - héritage


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- bonjour monsieur, je suis bab, enfant de bab, enfant de bab, à votre service ; que venez-vous faire sur la terre bab ?
- bonjour ; je cherche quelqu'un en particulier
- mais encore... ?
- rien de plus ; mais vous devez m'aider
- ... je vous écoute
- son nom à travers les âges résonne ; Perfide

- je suis maudit moi aussi, Styyve est ma limite, je t'ai entendu le connaître, dans ma tête ; tu étais parmi cet innumérable, Styye a creusé un tunnel pour moi, et chaque âme qui soit, surtout lorsqu'elle se sent seule, je l'entends dans mon esprit ; c'est une cacophonie insoutenable ; je vous entends tous, un peu comme je dirais que j'entends chaque goutte d'eau et sa teneur salée en ce bruit de fond d'une plage subissant les assauts de vagues à l'écume d'horizon ; j'ai cru que j'allais devenir fou, et puis ça a décanté un peu ; l'assourdissant fond de vagues à mesure de mon accoutumance, se faisait plus cotonneux, moins agressif ; et alors des pousses ont sorti leurs germes, des voix qui se distinguaient du brouhaha, je discernais alors quelque clarté qui me manquait dans ce chaos ; Perfide, je crois qque tu ne t'es pas entendu dans ma tête ; mais tu m'as raconté ; il me semble que nous n'avons pas le choix ; le plan de Styyve nous inclue pour je ne sais quelle raison ; qu'en dis-tu, bab ?

- bab était un ermite ; afin de l'incorporer, j'ai du user de ruse ; n'étant aucunement criminel, il respectait assez les corps, en mesure profonde de l'étrangeté de ce qu'il cherchait depuis le sien pour son âme, et celle des autres corps, pour que toucher un cadavre ne soit pas un problème pour lui ; certains m'avaient résisté depuis ces ans, uniquement par leur angoisse du contact cadavérique, je ne me transferts ainsi que plus facilement par l'organisation de mon propre meurtre, et lorsque ne tue point, alors je dois mourir sur sa route ; ce n'est pas toujours pratique ; et sans cette anticipation, c'est pire ; j'ai essayé, de me laisser vivre et mourir, et alors tout s'embrume, le navire de ma conscience dérive, et lorsque trop douloureux est-il ce sentiment de se noyer, de suffoquer, de perdre l'existence, je reprends toujours le flambeau, le seul qui me reste, oui, tenter de tirer bonheur, profit, intérêt de joie, satisfaction, bénéfice de foi, à ce sortilège maudit ; souvent je craque car je n'arrive pas à suivre, et je me contente d'habiter mon hôte ; sa voix se fait plus forte puisque c'est moi qui m'endors en nous, mais il finit toujours par mourir, après une vie que je ne peux remplir pleinement, personne ne sera jamais heureux avec moi, et donc moi aussi qui suis prisonnier sans corps ; ils hurleront sans cesse en moi, juste parce que je suis là en eux, ne résiste que la ténèbre ; même mourir triste sans perfidie, c'est forcément cloisonné hors de l'influence du métastase, hors des vies terrestres, hors de tout ce qui use de l'âme à bien ; ma malédiction est la profanation perpétuelle, imparable, alors pour ne pas me noyer oui, je dois sans cesse penser à ce qu'ils se tordent de douleur à penser : qui sera le prochain
bab, c'est depuis si peu de vies, de générations, une modalité de mon exploration des possibles, la malédiction mon aventure, bab, enfant de bab, enfant de bab, c'est je crois, de plus en plus moi qu'il ne sera que pourtant jamais ; bab, aux mères passagères ou exploratrices, bab aux pères pèlerins ou perdus, bab, il ou elle, qui écarte ses géniteurs pour demeurer ici, en terre de bab, cela fait des mille que le temps est pour moi sur cet espace
l'héritage de cette famille toujours seule, individuelle, c'est moi, depuis ces mille

- bab ; Perfide ; si je suis venu à toi c'est bien parce que je vais mourir un jour ; comprends-tu ?

- je Styyve, comprenez bien ; suis hors du temps ; vous deux commencez à percevoir cette bouteille de verre, c'est moi ; vous nagez dedans, minuscules je ne suis dans vos yeux que le reflet de la lumière venant d'ailleurs par transparence ; le plinfini très chers, n'est qu'une feuille parmi d'autres, et moi pour vous, ne suis que hors de votre capacité à percevoir ce qui n'existe pas chez vous : les limites du nord ou de toute boussole ; le toit du ciel ; le dessous de la terre ; je veux vous faire sortir de la bouteille, je Styyve, aucun je du vous, autant dans ce reflet de lumière que, lorsque vous le verrez, le liège du bouchon que je vais faire sauter afin de vous siroter ; préparez-vous, préparez-vous à couler ; c'est un cru de luxe pour la lunetterie métastatique...
il n'y a pas que ce choix, qui dépend de vous deux ; et quoi qu'il soit pour vous, les autres possibles existent également quelque part ; je Styyve depuis loin
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🗝 vers le fond - royaume
« Réponse #5 le: 13 Juillet 2023 à 21:04:21 »
un peu pour fuir le nano, mais aussi par le fait qu'il me maintient la conscience dans un truc qui cherche clavier ; une idée sortie du frigidaire, parce que mon Droseros trépigne sur le paillasson



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Vers le fond - Royaume
#pièce #+1 #puzzle #médieval


tu vas voir c'est très étrange
ainsi le marcheur de fond, complice à ma surprise, m'a-t-il soumis son expérience depuis le fin fond de son corps nouvellement infesté, par moi et mon intrusion ; il me raconte qu'il doute, que selon lui il y aurait des feuilles de Plinfinis, comme dans un livre, et que nous petites lettres manuscrites, avons le pouvoir de sortir de la page pour aller voir celle d'avant, ou celle d'après, et qu'ainsi peut-être découvrirons-nous de quoi est fait ce livre de Plinfinis ; je ne lui évoque pas Styyve pour l'instant, mais il semble comme les rares qui se heurtent au Métastase ; comme marqué par la foudre, comme explosant de l'intérieur, comme pénétré par l'insondable... moi Perfide l'ancien sorcier aujourd'hui âme errante, âme maudite, je lui reconnais ce début de rencontre avec ce qui dépasse les mortels ; et lui, marcheur de fond, est en réalité moins surpris de mon invasion dans son corps, qu'il voit en fait plutôt comme un signe, le signe, qu'il attendait pour passer du soupçon à l'hypothèse, les lois cachées de l'univers il les poursuivait depuis si longtemps, et maintenant c'est moi sa solution mystique, l'explication qui le laisse sans autre élan qu'une inertie ; il me croit envoyé par son ange, ou par un dieu quelconque, ptetr un esprit, tjrs est-il que je suis la providence, la coïncidence heureuse de ses intuitions, la consécration spirituelle de ses enquêtes vers le fond ; alors il me raconte, cette enquête mystique jusqu'alors infructueuse, sa marche vers le fond
et il m'emmène, pendant qu'il me raconte
il m'emmène sur un volcan comme j'en ai creusé des milles ; si ce n'est que celui-ci dépasse en circonférence, largement ce qui même se fait d'observable : le cercle et l'horizon ne se confrontent pas, le vase est si large qu'il s'étend sur aussi loin que porte le regard ; et celui-ci est vite essoufflé, car une brume semble se contenir au fond du gouffre dont on ne voit aucun bord, et aucun fond ; il faut marcher sans empressement, me raconte-t-il, car les heures, les jours, les semaines, peuvent s'étirer pour chaque incursion en ce territoire vide ; les reclus que je cherche, souvent sont les rares à approcher d'un quelconque artefact métastatique, ou un lieu naturellement percé de magie, mon enquête éternelle pour tenter de retrouver Styyve ; le marcheur de fond, je l'ai lancé dès qu'il m'a suivi ; nous sommes partis pour sa dernière excursion vers le fond, et je ne sais comment je pourrais enfin ne pas revenir non plus
c'est très étrange car ce fluide n'est pas un liquide, tu vas voir, mais plus tu marches vers le fond, plus la pression est forte et te fait de plus en plus flotter vers le haut ; selon la pente que tu prends sur cette hauteur limite, variable au bon vouloir de la météo, tu peux le sentir à l'inclinaison de là où tu marches, que c'est de plus en plus difficile ne serait-ce que d'avancer ; de plus en plus léger, tu observes tes pas manquer de prise, jusqu'à ce que tu ne puisses plus en aligner un qui retomberait sur le sol ; tu n'as plus pieds, comme on se le dit dans de l'eau, ici c'est pareil, mais dans la brume, suffisamment claire cette brume pour que tu voies bien tes chaussures, et comment tu ne peux plus avancer sinon en nageant ; hélas dans ce gaz, cette atmosphère, tu ne peux pas nager, pas donc non plus vers le fond
il me raconte ses successives missions, sa vie d'ermite cherchant quoi ici où personne, il me raconte comment il s'est accroché au sol avec les mains, et comme il marche la tête à l'envers, il me raconte comment il se fixe des poids aux chaussures, aux jambières, autour du tronc, des poignets, comment il tire des cordes des grapins, mais toujours, finit par devoir abandonner avant d'avoir atteint le fond ; faute d'idées de nombreuses fois il est remonté, assez pour qu'une descente de plus nous tente à tous les deux
c'est une barrière du Plinfini ; un indice pour s'en échapper peut-être, il y a sûrement au fond de ce territoire envouté, un passage, ou une réponse, peut-être un trésor, mais quelque chose ; quelque chose qui serait à l'origine de cette faille de la réalité admissible ; là où lui y voyait une possible révélation pour profane, je voyais l'une des infinies énigmes du Plinfini, ces trappes sur ensorcellement, desquelles je ne trouve jamais Styyve ; pourquoi le cherché-je ici ? malgré mes pouvoirs de sorcier, je n'étais pas en mesure de saisir la vaste étendue de la création, et même aujourd'hui au déroulement millionnaire de ma malédiction, à peine entrevois-je sa petite insouciance de marcheur, sa béatitude encore teintée d'espoir, lui qui pourtant comme moi, peu et beaucoup en même temps, creusait l'un des mystères du monde ; combien ai-je achevé de ces curieux établis à proximité d'un lieu maudit ? des fontaines à bulles, des pics indéracinables, des gouffres vertigineux, des forêts sans troncs ou, des bords abyssaux, des temples hantés, des coffres sagement dissimulés, des couronnes et amulettes, des chimères voraces, même, d'habiles manipulateur du Métastase... alors lui vers le fond ? je marche et il me raconte, j'oublie et je m'endors, des gaz vaporeux, des volutes d'air, l'atmosphère lourde, et mes pas qui, oui, s'allègent...


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🗝 orange dragon - & royaume
« Réponse #6 le: 02 Août 2023 à 19:44:30 »
entre la nouvelle courte et le chapitre d'une histoire désassemblée : une nouvelle illustration du Plinfini, du Métastase, de Perfide et de son aventure avec Styyve...

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.




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Orange Dragon
& Royaume
#puzzle #+1 #fantasy #medieval


1
La scène se termine derrière le rideau.
Devant, les enfants ont ce quelque chose dans les yeux, qui fait perdurer de la lumière après la tombée de la nuit. Leurs sourires, éclairés par les torches, vacillent sans déséquilibre. Et des ombres étranges se dessinent contre les lueurs du fond de leur âme, quelque chose qui scintille dans l'obscurité. Des parents pour l'heure affairés, viendront cueillir à la fin du spectacle, ces âmes que la troupe itinérante promet d'émerveiller, le temps de la représentation de ce soir ; et dans le chapeau ils remercieront la qualité du divertissement, à la mesure approximative de l'émerveillement qui perdurera au moins jusqu'à l'heure du coucher, enchantant ces petits cœurs innocents.
C'est un soir un peu particulier pour ces petits, un soir qui va s'étirer grâce à la troupe de théâtre, au-delà des obligations du coucher. Même si le soleil reparaîtra demain de son éternelle promesse, le chant matinal des oiseaux de ferme, pourra être ignoré un peu plus longtemps. Le travail des champs, de la forge, du maréchal, le travail du boulanger et le marché, se passeront quelques heures de la présence de la jeune génération. Chacun d'elle, se réveillera les yeux cotonneux, pleins de rêve ; ce soir on se permet de les coucher tard parce que les troubadours sont de passage ; et afin de leur donner un peu de répit dans la dur vie de campagne, un peu d'espoir en l'existence laborieuse qui leur est tracée au village. Le puits, l'abreuvoir, le lavoir, la rivière ne cesseront de couler de source ; les étoiles de briller ; le temps de passer. Pourtant ici et maintenant, le temps n'existe plus au fond des yeux de ces enfants.
Les masques, les parures, les costumes, toute la mise en scène leur décroche ce qui rebondit dans le cœur des parents, une évasion bienheureuse, depuis le quotidien rural d'une petite population de bourgade. Les habitants adultes profitent quant à eux, de cette garde assurée, pour se retrouver, qui à la taverne, qui chez le voisin, qui ailleurs où je ne les surveillerai pas.
Et sur la place publique, ce n'est pas non plus ces enfants enchantés que je surveille. En réalité je ne surveille rien. Juste me suis-je installé dans ce coin de ruelle, et d'un esprit nostalgique, je m'abreuve de la légèreté de l'ambiance ; dissimulé, à l'écart, loin de leur conscience, je médite un confort tranquille.
Je me dis, un peu facilement, que nous sommes tous de passage ; l'absolu de la réflexion me laisse sur une note d'humeur pensive. Et là, assis dans l'ombre, je scrute sans regarder, je vois sans percevoir, les flammes des torches qui dansent sans scrupules au gré de la représentation. Je suis loin, les paroles jouées des comédiens me sont indistinctes, et sans que je puisse suivre la fabuleuse histoire qu'elles racontent, je me rassure d'elles. Aucun danger, aucune menace, pas le moindre risque. Les malandrins, les forbans, les brigands et autres mauvais hères, n'existent pas ce soir ; les pièges et embuscades, les guet-apens, ici ne sauraient venir accomplir leurs méfaits. Un moment de calme pour moi ; je suis de passage dans l'instant, le moment s'étire et dure. J'oublie avec les fables des poètes, la rigueur qui me rattrapera bien assez tôt. Alors comme ces enfants aux yeux éberlués, je m'évade.
2
Lorsque je me réveille, je m’aperçois que je m’étais endormi.
Les enfants ont été récupérés, ramenés dans leurs foyers, et glissent dorénavant dans de probables rêves de contes imaginaires, peuplés de mystères bien plus mystérieux que ceux du monde réel. C’est le bruit étouffé des troubadours, pliant d’une prudence de velours un instant perdue, leur attirail de scène : je m’extrais du sommeil. Une poutre est tombée malencontreusement à côté de la remorque. Ou sont-ce des accessoires tintant dans les roulottes ? Je ne sais. Quelques murmures me parviennent.
Comment ai-je pu m’assoupir ? Probablement l’une de mes capacités opportunistes, à sombrer quand le risque est moindre. La même qui me maintient éveillé en mission dangereuse. Merci au Métastase de m’accompagner lorsque mon éveil se prend un congé.
Et pourtant, il ne m’était pas prévu de sommeiller ainsi et maintenant. Alors j’interroge le miroir, par souci de vérification. Je ne voudrais pas rater une fluctuation qui me menacerait. Tiré de ma poche intérieure, le petit éclat poli à la gaine de cuir, je l’empoigne dans le dos et scrute sa surface lisse. Il ne me renvoie qu’un fond obscur, et alors mon inquiétude monte d’un cran. À peine sorti des limbes de cette sieste inopinée, mon esprit se passe des étirements confortables afin de mieux réagir : si une onde traverse l’univers, moi sorcier, serai le premier à en subir le risque. C’est pourquoi je cherche où les vents cosmiques soufflent. Par évidence, je me relève de contre le mur qui a accueilli mon dos, et cherche un peu plus que la lumière de ma cachette masquait. Mais rien, rien dans l’éclat. Sa forme irrégulière et écharpée reste unie de noir, et ce même orientée pour refléter les étoiles du ciel, et ce même en rebond vers les torches des rangeurs d’artifices ; ils sont occupés à plier le théâtre, elles sont immortelles tout en haut. Et je ne vois rien. D’un instinct dont je ne saurais situer l’origine, je secoue l’objet, comme si j’allais le réveiller à son tour ; après tout c’est un artefact, son âme pourrait en plus de la volonté du Métastase, posséder des attributs similaires aux créatures matérielles. Hélas rien n’y fait, le miroir reste endormi.
Au moment où, cherchant suite, je me déplace de quelques pas, il m’alpague le regard, d’une étincelle que je sais uniquement en lui, derrière son voile, le reflet étincelant de ce qui n’a pas luis de mon côté bien réel. Une fugace lumière, qui a aussitôt disparue. Je grommelle un son tiré de mon alerte intérieure qui s’affermit. Et je ne comprends pas tout de suite que c’est cette alarme sonore qui anime le bris de glace. Dans ma main, la teinte noire sans fond s’irise en réponse à ma voix, d’un bleu rivalisant de pureté avec celui du ciel du jour ; lumineux, uni, il évolue par vibration, dessinant quelques volutes trop acérées pour évoquer de la fumée, mais tourbillonnant bel et bien telles que, pourtant, j’ai l’impression de scruter des éclairs.
Et puis un visage se dessine.
Comme celui d’un esprit qui se serait voulu d’apparence humaine, mais bien maladroit à se représenter ainsi. Ses traits oscillent entre un visage de petit garçon, et celui d’une femme plutôt noble. La seule couleur bleutée du reflet se stabilise entre clarté et ombre. Devant ses yeux, des carrés semblent se porter sur la partie supérieure de son nez, et derrière ses oreilles par des branches droites, linéaires mais pas ligneuses.
Sa bouche, dégagée de ses mâchoires imberbes, entrouvre de fines lèvres pincées et commence à dire quelque chose que je n’entends pas. J’approche le miroir de mon oreille.
- Quand ils partiront… ssssuis-les…
Interloqué, je ramène le miroir à vue. Le bleu a disparu et avec lui le visage. Le reflet quant à lui est revenu, normalement réfléchissant les contours de la nuit. Je cherche une ultime trace du fluide Métastase ; approche un dernier coup l’artefact près de mon oreille, dans le silence.
3
La petite caravane a mis les bouts avant le lever du soleil. Les enfants du village ne lui ont pas dit au revoir, même pas ne se sont-ils posés la question de ce qui lui adviendrait. Cela fait partie de l’enchantement. À leur réveil, tout aura disparu et, derrière leurs souvenirs flous de la soirée avancée, à peine réaliseront-ils qu’à ce moment-là ils n’étaient plus dans le vrai monde. La magie du spectacle est ainsi, gravée jusqu’à leur sommeil, et de ce si cotonneux sentiment d’avoir été là sans l’être, d’avoir vraiment vécu un doute existentiel, d’avoir rencontré une expérience qui dépasse la conscience et le souvenir ; ils se réveilleront béats, déboussolés, encore accrochés à la représentation, et pourtant alertes au retour de la réalité soudain bien réelle.
Je la suis à courte distance, cette ligne des quelques roulottes de forains qui trace sa route. Pas besoin de la pister trop loin derrière, je m’assure de ma discrétion mais n’ajoute pas davantage d’effort inutile. Supposant qu’ils ne se méfient pas de moi, je soupçonne qu’ils ne se doutent même pas de mon existence. Ma monture au pas, je sonde un peu le Métastase à la recherche d’indices à propos de la volonté du visage bleu.
Le miroir a repris son activité magique. Parfois lorsque je scrute de l’autre côté du reflet, il me montre le dessous des choses, l’envers du décors physique, qu’habite le divin et son essence. Un esprit caché derrière un écureuil le fait scintiller dans le bris. Un fluide magique y fait respirer la sève de cet étrange arbre. Un nuage de plus, dans le ciel qui en compte sans cet invisible-là. Comme si souvent je trouve, le mystère est partout, là derrière, dissimulé pour qui n’est pas sorcier ou créature magique. Des couleurs, inexistantes ailleurs que dans l’image découpée par le verre, me confirment mon pouvoir. Le commun des mortels croit sans confiance lorsque nous autres sorciers, leur parlons de l’au-delà. Et pourtant notre solitude demeure, à leur incapacité à percevoir ce à quoi nous avons accès. Et de maudire le sort, ou de le louer, tout à tour nous oscillons. Le droit tiré du Métastase, nous l’inoculons dans la réalité, qui pourtant à notre grand dam, reste hermétique et imperméable à notre pouvoir. Quelle injustice que nos aptitudes ; quelle douloureuse condition que notre élite silencieuse, nous qui hurlons ce que nul autre ne peut entendre. L’on raconte à travers les âges, que ce droit se perd, ce pouvoir, et que la magie s’essouffle ; le peu des fervents adeptes de notre activité, aujourd’hui se font encore plus rares, car la méfiance concrète assoit ses certitudes, et malgré les multiples preuves que le mysticisme n’est pas une question, la majorité des populations se rassure à ne plus guetter les lieux et créatures envoûtées, ne plus chercher les artefacts, ne plus tenter l’invocation de ce qui dégouline pourtant, comme depuis mon miroir. À terme, je crains que le Métastase ne se taise. Je crains que la magie meure par l’abandon des créatures pensantes à croire en elle…
Pour ne pas me perdre en soliloque introspectif sur ma condition de sorcier, je focalise mon attention silencieuse sur les pas du cheval. La selle me rappelle la vigilance que je dois conserver à la tension de mon dos droit, pour ne pas me ratatiner le fessier.
Et puis je garde la distance avec la caravane.
Les traces de roues dans les quelques boues en flaques, m’assurent du chemin à chaque intersection. Des noms de lieu-dits s’inscrivent sur des panneaux de bois, parfois se tient sur le bord, une chaumière, un gîte, une auberge, une ferme. Le plus souvent il n’y a que la marque du sol piétiné jusqu’à la trace de son usure en tant que son existence. Et la majeure partie du temps, s’étend ce sentier qui tente de ne pas se retrouver sauvage ; je lui imprime ma petite contribution par les fers de mon destrier.
Et puis deux pistes se séparent. Le trait des roues de caravane poursuit la route, alors que quelques traces de bottes bifurquent sur la droite. Mon regard se porte à l’horizon que remplit une montagne. Intuitivement, je suppose que c’est cet embranchement que je dois suivre, lui qui est le plus suspect des deux. Je préfère m’en assurer auprès du miroir que je sors de ma poche.
C’est alors que je perçois leur présence : des sorciers faisaient partie de la troupe. Bien que rien ne m’ait averti de leur pouvoir, je le sens à présent, comme si leur charme de dissimulation s’était tari. Il n’est pas effrayant de puissance, non, je crois me rassurer à ce qu’ils demeurent peut-être néophytes, ou simplement amateurs. Ma méfiance pourtant, reste sur le qui-vive car ils sont plusieurs, ce qui est inhabituel chez les sorciers. Trois paires de bottes distinctes ; trois esprits enrôlés autour du Métastase. Ils se dirigent vers la montagne en coupant à travers bois. Loin est partie ma certitude d’être en situation de camouflage ; sûrement me sentent-ils également.
Le miroir s’affole un petit peu, renvoyant des pulsations de lumière, presque sur tout ce qui s’y reflète. Je tends ma troisième oreille, écoute leurs âmes, pendant que mon troisième œil prend de la hauteur et survole la piste.
4
Lorsque la nuit tombe, les trois sorciers ont établi un campement au bord d’un lac. Celui-ci est au pied de la montagne, et par-delà ses rives, j’aperçois l’affluent qui le nourrit depuis l’écoulement d’une eau tirant sur l’émeraude. Une eau plate et calme, dont la beauté m’apaise, végétale. Au centre, une île. Le Métastase me souffle une intuition, comme tant d’incertitudes voyagent dans mon esprit de sorcier. Y serait-il enterré un trésor... J’inspire une bouffée priée magique. Et alors l’haleine d’une créature légendaire m’envahit les sens extras.
Afin de rester dissimulé, assez proche de la lumière rougeoyante de leur foyer, je consomme crus les quelques vivres que la lente poursuite de la caravane m’a permis de récupérer sans pour autant me perdre. C’est fortuné de ce temps calme, que j’ai pu faire le plein de ce qui en d’autres jours plus pressés, me servira pour me nourrir. Quelques gibiers faciles ; quelques fruits de saison ; quelques graines à cuire ; quelque eau de rivière dans mes outres, que je ne toucherai que pour les renouveler par l’eau du lac. Installé dans un renfoncement de talus, je garde une concentration distante sur la lumière crépitante, en contrebas. Si les sorciers m’ont senti, s’ils me reniflent depuis leurs assises, ils n’ont ni l’air hostile, ni l’air paniqué. Dans tous les cas le doute me laisse à l’incertitude, et je m’enivre de cette tension de l’esprit. Qu’ils m’envisagent sans réaction, sans me chercher ni me fuir, me pose dans une ambiance sourde, où le danger n’est qu’hypothétique, et le risque contingent. Alors je prie. Le Métastase je lui en ai besoin pour me confier. Il m’écoute je le sais et c’est de ce savoir que je tire mon pouvoir. Mais tout sorcier que je suis, il ne s’adresse à moi que par moi, ce qui le rend à son éternelle condition d’hors de toute expérience, inéluctablement invisible. Impossible de le toucher est-il ce divin, et c’est de ce constat que naît toute croyance en lui. Je suis sûr de partager cette conception qui unit les sorciers, avec les trois qui semblent étirer leur veille le long de la soirée. Celle-ci avance, l’ondine calme du lac animant les étoiles de son reflet liquide. L’émeraude a disparue, mais je sais qu’elle demeure. Un noir d’encre l’a remplacée, et c’est dans cet abysse que le ciel vibre. Je l’hallucine tourner, et me prend de légèreté d’esprit à croire en l’impossible.
Alors qu’un peu de mouvement près du feu attire ma curiosité, je consulte le miroir nyctalope. Les formes qu’il dessine respectent bien celles de la réalité plongée dans l’obscurité, mais d’une étrange répartition de la couleur des objets dans la nuit. La chaleur du feu semble lui rendre un éclat, et je la retrouve diffusée autour des trois corps, ainsi que du bout du tison tout juste retiré du feu, et en infime rayonnement des végétaux alentours.
Le mouvement qui a retenu mon attention, est par les trois silhouettes, centré autour de ce que je n’avais alors pas encore aperçu. Sans comprendre immédiatement, je les observe confectionner quelque chose avant d’y déposer une bûche tirée depuis l’âtre. Le miroir alors se fait plus clair, et me montre de ses lumières mystiques, ce qui prend l’apparence d’une minuscule embarcation au centre de laquelle ils y ont allumé une deuxième source de flammes. Peu de temps s’écoule avant qu’ils ne mouillent la petite barque voilée où brûle ce nouveau feu. Je réalise que la construction de bois est ainsi faite pour qu’une toile tendue en diagonale de la verticale, oriente le vent ascendant depuis la flamme, pour qu’il souffle vers la plage d’herbes et de sable. Ainsi une fois libre de voguer sur les flots, s’éloigne le petit bateau du rivage. Je suis des yeux l’évolution plus ou moins hasardeuse de son cap. Envoient-ils un sort depuis la berge ? Visent-ils l’île au centre du lac ? Pour l’instant je ne sais. Je range le miroir pour regarder de vrai, la danse orange de la flamme sur l’esquif.
Je respire une surprise lorsque s’allume dans les profondeurs, une lueur de couleur identique à la combustion embarquée. Sous l’eau, deux yeux se sont ouverts, et ils émettent une lumière feu.
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Ils ont sorti leurs baguettes, ce qui me confirme leur modeste pouvoir. L’artifice de tels artefacts est presque incontournable pour canaliser le Métastase, tant que celui-ci reste à la mesure de ses propres paradoxes. Je leur espère un jour de s’en émanciper par consolidation du pouvoir de leur esprit. Mais pour l’instant, je tente de jauger de la difficulté qu’ils ont choisi d’affronter.
Les yeux brûlant sous l’eau semblent appartenir à ce qui est résolument bien plus imposant qu’eux. Ce n’est pas surprenant, car les créatures légendaires dépassent souvent en taille, notre petite condition humaine. Leurs corps s’étirent, supportant leur propre masse par le pouvoir de l’au-delà, celui qui dégouline et que certains mages ancestraux rendent responsable de la puissance du poids de chacun de ces corps. Quel que soit ce serpent aquatique qui sommeillait, il est maintenant réveillé, et sûrement s’est-il aperçu qu’on venait le déranger.
Les sorciers alignés sur le clapotement infime du bord, je suis trop loin pour les discerner se préparer à une attaque. Mais il est plus que probable qu’ainsi ils s’organisent, car rares sont les débutants cherchant autre chose qu’un trophée à supprimer. Sans doute ont-ils eu vent de cette légende, et décidé de relever la mission. Est-ce ainsi par chasse des immortels, que s’amenuise la magie de ce monde ? La réflexion me prend alors que ce n’est pas le bon moment ; je la relègue dans le tiroir de ma conservation d’intérêt, afin de me concentrer sur la scène et avec l’espoir qu’elle me reviendra à l’esprit.
À l’esprit encore, me revient le visage dans le miroir, et ce, sans que j’en sache plus loin la raison, au-delà de ce que j’aurais à faire de sorcier ici. À nouveau interrompu dans ma réflexion, c’est cette fois, parce que les yeux se sont déplacés sous l’eau. Soulevant une immense vague, se découvre hors de la surface, un corps reptile à l’envergure démesurée. Le dragon se hisse sur ses anneaux, et entre ses écailles oranges, luit la même lumière que le feu de l’âtre, celle de la barque renversée puis noyée, et celle des yeux incandescents de la bête.
Alors que des mâchoires incisives s’ouvrent sur une langue fourchue et des dents menaçantes, la voix tonitruante du monstre résonne.
- Humains soyez avertis : je ne meurs que jamais. Que voulez-vous à la perturbation de ma tranquillité ?
De petits sons hurlés me parviennent d’en-dessous. Je ne les comprends pas. La réponse des sorciers, pourtant, fait sourire ce qui peut s’identifier de sourire sur la gueule du dragon d’eau. Puis, c’est son rire qui résonne.
- Vous n’êtes que pacotille à peine vivante, et en tant que telle vous périrez par mon indifférence ; vous ne valez aucune peine à mon essence. Je ne vous dévorerai pas même par appétit, et vos cadavres resteront cendre. Paix soit de vos âmes.
En une fraction de seconde, j’ai dégainé la lame à ma ceinture. D’un pouvoir épongé là depuis le dragon, je me surprends à parcourir la distance jusqu’aux trois sorciers d’un claquement d’instant qui me déboussole. À peine ai-je le temps de conscientiser mon déplacement instantané auprès d’eux, que je me retrouve entre l’assaut du dragon et la mort certaine des trois humains. Je brandis ma dague que je sens affûtée bien plus loin que sa taille limitée, et le Métastase s’occupe de trancher avec, l’énorme cou du dragon orange dont la tête ôtée m’engloutit en tombant, manquant alors ses cibles.
J’entends ses dernières paroles, soufflées dans sa trachée au dernier de son vent.
- Voilà qui est plus intéressant…
Alors une ombre décuple la nuit. Pas une absence de lumière, bien que je sois cerné de chairs. Non ; une ombre maléfique. Une magie qui explose par la mort du légendaire. Je sens quelque chose s’inoculer en moi. Quelque chose comme quelqu’un. Et alors qu’à l’extérieur les trois sorciers s’adressent à moi, je ne peux les écouter signifier leur hébétude. Car au fond de moi, c’est une autre voix qui me parle.
- Sorcier tu es, et plus jamais ne seras-tu seul. Appelle-moi Perfide ; je sens en toi la trace de ma malédiction ; comment se porte Styyve ?
Je découvre une arrière-scène derrière un rideau. Et alors que je m’y trouve là, c’est sur le devant que je contemple, spectateur, un étrange théâtre commencer la représentation de l’intrusion qui brillera à jamais, dans mes yeux d’enfant révulsé par le sort.


dq
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