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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » "Rien"

Auteur Sujet: "Rien"  (Lu 1884 fois)

Linelia

  • Invité
"Rien"
« le: 08 Janvier 2011 à 16:15:27 »
Bonjour ! Ça fait longtemps que je suis pas venue sur le forum, et je n'avais toujours rien posté... jusqu'à aujourd'hui  ^^
Alors, ce texte peut sûrement vous paraître un peu décourageant par sa longueur. J'ai écrit ça il y a 1 ou 2 ans déjà... j'avais un peu le blues au moment où je l'ai écrit, donc, c'est assez déprimant comme texte en fait (je sens que je vais faire fuir tout le monde... )

Enfin, si vous avez le courage d'aller jusqu'au bout, je serais contente de recevoir vos critiques, etc !  :mrgreen:


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"Rien".

Le seul mot qui me venait à l'esprit, lorsqu'une rare personne prononçait mon nom, où lorsque je me regardais dans le miroir, c'était "rien".
Dans n'importe quel lieu, avec n'importe qui, j'étais ce fameux mot : le "rien".

Mes parents m'avait appeler d'un nom bizarre, "Rain", la pluie en anglais. Mais même avec ce prénom singulier, je ne me détachais pas du lot. Mais pouvait-on vraiment dire que j'étais banale ? Mon physique, lui, ne l'était pas. Pas un visage de déesse greco-romaine, pas de regard à la Marilyn Monroe, pas de lèvres pulpeuses ni de cheveux soyeux : non, moi, j'étais affreusement moche. Mais d'une laideur inhabituelle, comme si tous les dieux s'étaient entendus pour créer une créature à l'effigie de la bizarrerie. En effet, mon visage était tout sauf commun : mes yeux étaient étrangement grands, d'une couleur caca d'oie assez dégoutante, mes cheveux étaient noirs d'ébène, totalement revêches. Mes traits, quant à eux, était disproportionnés. J'avais une sorte de gros visage, comme si on m'avait écrasé la face à ma naissance. Cela pouvait donner l'impression d'une petite bouille qui rend sympathique, le genre de visage qui fait penser à une petite fille rigolote, à celle qui ferait bien l'office de confidente ou d'amie proche. Ou, autrement, mon visage faisait penser à un masque d'Halloween, un farfadet ou un être déformé, tout droit sortit d'un conte pour enfant. En outre : j'étais ridicule et repoussante.

Malgré mon physique atypique, j'étais rarement le centre d'attention des gens, même si mon nom prêtait aussi à la curiosité. J'avais, bien sûr, reçu des insultes et des quolibets, mais quelle personne cataloguée de "moche", n'avait pas fait un jour ces frais-là ? Non, moi, j'avais des camarades, des gens qu'on pouvait appeler "amis". Cependant,  personne ne me prêtait grande attention. Peut être que cela pouvait s'expliquer par ma discrétion naturelle :  je ne voyais pas l'utilité de me faire remarquer, surtout n'ayant rien à dire ni à montrer, si ce n'est ma laideur repoussante. Je ne disais pas grand chose, alors les gens m'acceptaient facilement s'ils n'avaient pas trop d'aprioris sur le physique. Tant que je ne parlais pas, on me gardait aisément comme accompagnatrice, comme un décor, un vulgaire truc que l'on pouvait utiliser pour combler les trous.

Tout ce qu'on essayait de m'imposer, toutes les conventions de la société, je les acceptais bien volontiers, et je m'accommodais aisément aux normes. La politesse avec les adultes, l'humour avec les adolescents, la solidarité, la gentillesse... je m'adaptais aux circonstances sans broncher, je correspondais à ce qu'on voulait que je corresponde, sans jamais vouloir me rebeller, sans jamais vouloir penser autrement. Et puis, à quoi bon, me disais-je parfois, de toute façon, j'aurais été la seule à vouloir dépasser ces normes, et je n'avais pas la force de me poser comme une personne différente. Cela aurait été trop dur à supporter. M'accommoder selon les conventions, c'était tellement plus facile.

Devant mes "amis", je riais lorsqu'on attendait que je ris, j'étais sérieuse lorsqu'on me demandait de l'être, j'étais à l'écoute lorsqu'on sollicitait mon attention. Mes parents voyaient en moi, à travers mon physique peu avantageux, quelqu'un de sage, de sérieux, de convenable. Je n'avais aucun talent, aucun don particulier. Mes résultats étaient moyens, comme la normale, ce qu'on attendait : ni trop, ni moins. Je ne me plaignais pas, alors on ne me disait rien. Personne ne pouvait s'apercevoir du trou noir qui avalait tout autour de moi, il était trop bien caché sous les convenances.

En somme, ma vie était monotone et vide d'intérêt. L'amitié, l'amour, toutes ces choses qui nous font normalement vivre me paraissaient des notions bien abstraites, quasiment futiles, et tout espoir qu'elles puissent un jour m'être offert avait disparu depuis bien longtemps.

Il n'y avait jamais rien eu avant, il n'y aura jamais rien après. Rien qu'un quotidien très normal, pas l'ombre de l'adrénaline d'un défi, pas d'horizon de bonheur véritable, rien qu'un voile d'ennui et d'accablement. Au mieux, j'aurais un bon métier, médecin ou avocat, un mari, un homme plus âgé, une belle maison, un chien, un chat, des enfants qui hériteront de ma vie fade, et qui à leur tour mettront au monde des malheureux inconscients de l'ennui atroce qui les attend.

Ma vie, passive et molle, ennuyante et monotone, ne fut qu'observations. Et mes observations me laissèrent vite de marbre, à mon enfance encore innocente, lorsque je compris que le monde était artificiel et chaotique. Alors, tel un bouclier contre la bêtise et la cruauté des autres, l'indifférence me protégea de tout. Des regards, des murmures, des ragots en tous genres, l'indifférence me protégea contre l'influence néfaste et la souillure du monde extérieur.

Adolescente, le constat resta le même. Les gens étaient tout aussi cruels, mes semblables adolescents étant une espèce particulièrement bête et immature. Leur vie idiote se résumait à quelques passe-temps toute aussi futiles que leurs idéaux. Convaincus de leur toute puissance, ils couraient constamment en quête de perfection. A côté d'eux, tous ceux qui ne les ressemblaient pas étaient qualifiés de déchet, et ces malheureux, inconscients de leur déficience physique, étaient l'objet de leur amusement et de leur cynisme, à leur  plus grand malheur.

J'avais été témoin, voire même victime, de cette cruauté et de cette abrutissement : combien de fois ai-je vu le dédain dans les yeux des autres ? Combien de fois ai-je vu le dégoût de ceux que l'on qualifie de "braves" ? Au final, ils étaient tous pareils : superficiels et méprisables. Je voulais atteindre un autre stade, me différencier complètement de ces bêtes qui vivaient béatement autour de mon univers, ou plutôt de mon propre vide.

Moi, je voulais être Rien, la toute-puissante.

Pour arriver totalement à ce statut de néant, il m'arrivait de penser à mourir. Je me sentais parfois tellement vide, que j'aurais aimé me laisser tomber dans ce trou sans fond, et ne jamais y ressortir.  Pourtant, je n'y arrivais pas. Même si tout me paraissait futile, artificiel, vain, je n'y arrivais pas. Je ne pouvais consentir à me tuer, comme si j'étais trop amorphe pour agir. Peut être parce que ma propre existence me paraissait trop futile qu'elle ne valait pas la peine que j'y misse un terme.

Je me ressassais ces idées noires en marchant dans la neige, plongée dans le silence nocturne qui survient tôt les soirs d'hiver. Rien ne m'atteignait, ni les bourrasques de vent glacées, les hululements des chouettes qui perçaient le ciel, où les quelques bruits qui circulaient ça et là... Comme d'habitude, je me laissais guider par des actions mécaniques et habituelles, la tête baissée pour rester encore un peu plus dans mon propre monde. Comme toujours, comme chaque jour, je rentrais chez moi sans un mot. Mais ce jour-là, le destin agit à ma place, et le vent, cette fois-ci, réussit à atteindre les faibles étincelles de vie qui me restaient.

Ce jour là, à 18h15, une voiture me heurta de plein fouet. Je n'ai même pas vu l'engin arriver, je n'ai rien ressenti. Mais cela ne m'étonnait pas, même dans la mort, je restais la même : insensible et passive. Ma vie ne défila même pas devant moi. Les fameuses rumeurs que l'on répétait sur la "vie après la mort" étaient donc fausses ? Peut être, que, simplement, ma vie n'avait pas d'histoire.

Cette dernière suggestion me paraissait plus probable. Dans tous les cas, morte, je vis les gens en dessous de moi, où plutôt la voiture qui m'avait frappée. Quatre personnes étaient sorties d'un gros 4x4 rouge pétant, et s'étaient prostrées autour de mon corps baignant de sang. C'était des jeunes de mon lycée, des idiots immatures, des fêtards et surtout des lâches. Alors cela ne m'étonna pas lorsque je les vis décamper à toute vitesse, paniqués.

Même morte, je restais abandonnée. Seule, la dépouille écrasée et abandonnée au milieu de la route, le sang souillant progressivement la neige immaculée. Dans la mort, je restais avec le visage bizarrement paisible, comme si j'avais déjà accepté mon destin.
« Modifié: 12 Janvier 2011 à 14:09:34 par Linelia »

Hors ligne ernya

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Re : "Rien"
« Réponse #1 le: 09 Janvier 2011 à 21:32:26 »
Citer
Mes parents m'avait appeler d'un nom bizarre, "Rain", la pluie en anglais.
appelé
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n'avait pas fait un jour ces frais là
frais-là


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Non, moi, j'avais des camarades, des gens qu'on pouvait appelé "amis".
appeler

Citer
Peut être que cela pouvait s'expliquer par ma discrétion naturelle : en effet, je ne voyais pas l'utilité de me faire remarquer, surtout n'ayant rien à dire ni à montrer, si ce n'est ma laideur repoussante.
peut-être
sinon il faut choisir entre les deux points et le "en effet". Et le "en effet" ça fait très dissert quand même.


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un vulgaire truc que l'ont pouvait utilisé pour combler les trous.
l'on pouvait utiliser

Citer
et je m'accommodais aisément aux normes.
on s'accommode de quelque chose

Citer
L'amitié, l'amour, toutes ces choses qui nous font normalement vivre me paraissaient des notions bien abstraites, quasiment futiles, et tout espoir qu'ils puissent un jour m'être offert avait disparu depuis bien longtemps.
tu passes "des choses" à "ils" : problème.

Citer
Au mieux, j'aurais un bon métier, médecin ou avocat, un mari, un homme plus âgé, une belle maison, un chien, un chat, des enfants qui hériteront de ma vie fade, et qui à leur tour mettront au monde des malheureux inconscients de l'ennui atroce qui les attend.
pour quelqu'un de fade et de "je fais ce qu'on me dit de faire", ce type d'avenir demande un poil d'ambition quand même


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Et mes observations me laissa vite de marbre,
laissèrent

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Rien ne m'atteignait : ni les bourrasques de vent glacées, les hululements des chouettes qui perçaient le ciel, où les quelques bruits qui circulaient ça et là...
tu sais, tu n'es pas obligée de mettre des deux points partout, tu peux mettre une virgule aussi.


Citer
Quatre personnes étaient sorties d'un gros 4x4 rouge pétant, et s'étaient prostrés autour de mon corps baignant de sang.
prostrées

 J'ai pas trop accroché. En fait, je n'ai pas trouvé ça déprimant, non, parce que je n'y crois pas. Elle le répète trop pour que ce soit crédible et la description de sa laideur ne m'a pas convaincue. Enfin, je sais pas, moi, j'ai trouvé ça un peu trop conventionnel en fait. Des textes sur "je suis rien, super moche et inutile" y'en a pléthore et faut vraiment apporter des touches originales si l'on veut que ça fasse un texte bien.  En fait c'est surtout la fin que j'ai pas du tout aimée, trop pathos, trop déjà-vu aussi. La vision se fait un peu trop caricaturale quand même. Ok, la narration se fait sous son point de vue mais on dirait que tu le partages tout du long. Or, je sais pas, la vision des autres ado, je la trouve caricaturale, on peut être cons et méchants, renverser quelqu'un, ça doit secouer un poil quand même. Alors bon certes c'est de la non-assistance ou tout ce que tu voudras mais mets-toi aussi à leur place : la panique peut nous pousser à faire des choses absurdes. Bref, tout ça pour te dire que ça manque de distanciation, de nuances, que y'a trop de pathos pour qu'on y croit vraiment, je trouve. Il faudrait que tu essayes de nuancer un peu les choses, ou d'apporter ta touche perso (par la mise en page, la syntaxe, le rythme...)
Mais ne te décourage pas pour autant !

En espérant te voir plus sur le fofo !
« Modifié: 09 Janvier 2011 à 21:42:48 par ernya »
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Hors ligne Kathya

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Re : "Rien"
« Réponse #2 le: 20 Avril 2011 à 18:07:13 »
J'aimais bien l'entrée en matière, le personnage qui s'apparente au néant et vit sa vie en hypocrite conformé. x')

Par contre, la fin est un peu facile et manque de relief. D'accord y a des accidents tous les jours, etc, mais là ça tombe vraiment comme un cheveu sur la soupe.  ::)
"Je suis la serveuse du bar Chez Régis ! Ou un leprechaun maléfique barrant l'entrée d'un escalier imaginaire..."

Et puis la Nuit seule.
Et rien d'autre, et plus rien de plus.

Avant l'hiver, Léa Silhol

Hors ligne Bouli

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Re : "Rien"
« Réponse #3 le: 25 Avril 2011 à 13:58:40 »
J'ai absolument détesté la description physique : absolument trop pour être rien ! Ce n'est pas cohérent, en fait... La suite, sur les convenances sociales, est convaincante, on sent que ce personnage est Rien. Mais le début la rend exceptionnelle et grotesque ! La suite et nuancée, pas cette partie.  Surtout que le récit se fait à la première personne, c'est dommage... Et les images du début sont trop banales, grosses et plates pour être percutantes.
Du coup, alors que le reste n'est pas si mal, je n'ai pas réussi à entrer.

 


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