Bonjour ! Ça fait longtemps que je suis pas venue sur le forum, et je n'avais toujours rien posté... jusqu'à aujourd'hui 
Alors, ce texte peut sûrement vous paraître un peu décourageant par sa longueur. J'ai écrit ça il y a 1 ou 2 ans déjà... j'avais un peu le blues au moment où je l'ai écrit, donc, c'est assez déprimant comme texte en fait (je sens que je vais faire fuir tout le monde... )
Enfin, si vous avez le courage d'aller jusqu'au bout, je serais contente de recevoir vos critiques, etc ! 
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"Rien".
Le seul mot qui me venait à l'esprit, lorsqu'une rare personne prononçait mon nom, où lorsque je me regardais dans le miroir, c'était "rien".
Dans n'importe quel lieu, avec n'importe qui, j'étais ce fameux mot : le "rien".
Mes parents m'avait appeler d'un nom bizarre, "Rain", la pluie en anglais. Mais même avec ce prénom singulier, je ne me détachais pas du lot. Mais pouvait-on vraiment dire que j'étais banale ? Mon physique, lui, ne l'était pas. Pas un visage de déesse greco-romaine, pas de regard à la Marilyn Monroe, pas de lèvres pulpeuses ni de cheveux soyeux : non, moi, j'étais affreusement moche. Mais d'une laideur inhabituelle, comme si tous les dieux s'étaient entendus pour créer une créature à l'effigie de la bizarrerie. En effet, mon visage était tout sauf commun : mes yeux étaient étrangement grands, d'une couleur caca d'oie assez dégoutante, mes cheveux étaient noirs d'ébène, totalement revêches. Mes traits, quant à eux, était disproportionnés. J'avais une sorte de gros visage, comme si on m'avait écrasé la face à ma naissance. Cela pouvait donner l'impression d'une petite bouille qui rend sympathique, le genre de visage qui fait penser à une petite fille rigolote, à celle qui ferait bien l'office de confidente ou d'amie proche. Ou, autrement, mon visage faisait penser à un masque d'Halloween, un farfadet ou un être déformé, tout droit sortit d'un conte pour enfant. En outre : j'étais ridicule et repoussante.
Malgré mon physique atypique, j'étais rarement le centre d'attention des gens, même si mon nom prêtait aussi à la curiosité. J'avais, bien sûr, reçu des insultes et des quolibets, mais quelle personne cataloguée de "moche", n'avait pas fait un jour ces frais-là ? Non, moi, j'avais des camarades, des gens qu'on pouvait appeler "amis". Cependant, personne ne me prêtait grande attention. Peut être que cela pouvait s'expliquer par ma discrétion naturelle : je ne voyais pas l'utilité de me faire remarquer, surtout n'ayant rien à dire ni à montrer, si ce n'est ma laideur repoussante. Je ne disais pas grand chose, alors les gens m'acceptaient facilement s'ils n'avaient pas trop d'aprioris sur le physique. Tant que je ne parlais pas, on me gardait aisément comme accompagnatrice, comme un décor, un vulgaire truc que l'on pouvait utiliser pour combler les trous.
Tout ce qu'on essayait de m'imposer, toutes les conventions de la société, je les acceptais bien volontiers, et je m'accommodais aisément aux normes. La politesse avec les adultes, l'humour avec les adolescents, la solidarité, la gentillesse... je m'adaptais aux circonstances sans broncher, je correspondais à ce qu'on voulait que je corresponde, sans jamais vouloir me rebeller, sans jamais vouloir penser autrement. Et puis, à quoi bon, me disais-je parfois, de toute façon, j'aurais été la seule à vouloir dépasser ces normes, et je n'avais pas la force de me poser comme une personne différente. Cela aurait été trop dur à supporter. M'accommoder selon les conventions, c'était tellement plus facile.
Devant mes "amis", je riais lorsqu'on attendait que je ris, j'étais sérieuse lorsqu'on me demandait de l'être, j'étais à l'écoute lorsqu'on sollicitait mon attention. Mes parents voyaient en moi, à travers mon physique peu avantageux, quelqu'un de sage, de sérieux, de convenable. Je n'avais aucun talent, aucun don particulier. Mes résultats étaient moyens, comme la normale, ce qu'on attendait : ni trop, ni moins. Je ne me plaignais pas, alors on ne me disait rien. Personne ne pouvait s'apercevoir du trou noir qui avalait tout autour de moi, il était trop bien caché sous les convenances.
En somme, ma vie était monotone et vide d'intérêt. L'amitié, l'amour, toutes ces choses qui nous font normalement vivre me paraissaient des notions bien abstraites, quasiment futiles, et tout espoir qu'elles puissent un jour m'être offert avait disparu depuis bien longtemps.
Il n'y avait jamais rien eu avant, il n'y aura jamais rien après. Rien qu'un quotidien très normal, pas l'ombre de l'adrénaline d'un défi, pas d'horizon de bonheur véritable, rien qu'un voile d'ennui et d'accablement. Au mieux, j'aurais un bon métier, médecin ou avocat, un mari, un homme plus âgé, une belle maison, un chien, un chat, des enfants qui hériteront de ma vie fade, et qui à leur tour mettront au monde des malheureux inconscients de l'ennui atroce qui les attend.
Ma vie, passive et molle, ennuyante et monotone, ne fut qu'observations. Et mes observations me laissèrent vite de marbre, à mon enfance encore innocente, lorsque je compris que le monde était artificiel et chaotique. Alors, tel un bouclier contre la bêtise et la cruauté des autres, l'indifférence me protégea de tout. Des regards, des murmures, des ragots en tous genres, l'indifférence me protégea contre l'influence néfaste et la souillure du monde extérieur.
Adolescente, le constat resta le même. Les gens étaient tout aussi cruels, mes semblables adolescents étant une espèce particulièrement bête et immature. Leur vie idiote se résumait à quelques passe-temps toute aussi futiles que leurs idéaux. Convaincus de leur toute puissance, ils couraient constamment en quête de perfection. A côté d'eux, tous ceux qui ne les ressemblaient pas étaient qualifiés de déchet, et ces malheureux, inconscients de leur déficience physique, étaient l'objet de leur amusement et de leur cynisme, à leur plus grand malheur.
J'avais été témoin, voire même victime, de cette cruauté et de cette abrutissement : combien de fois ai-je vu le dédain dans les yeux des autres ? Combien de fois ai-je vu le dégoût de ceux que l'on qualifie de "braves" ? Au final, ils étaient tous pareils : superficiels et méprisables. Je voulais atteindre un autre stade, me différencier complètement de ces bêtes qui vivaient béatement autour de mon univers, ou plutôt de mon propre vide.
Moi, je voulais être Rien, la toute-puissante.
Pour arriver totalement à ce statut de néant, il m'arrivait de penser à mourir. Je me sentais parfois tellement vide, que j'aurais aimé me laisser tomber dans ce trou sans fond, et ne jamais y ressortir. Pourtant, je n'y arrivais pas. Même si tout me paraissait futile, artificiel, vain, je n'y arrivais pas. Je ne pouvais consentir à me tuer, comme si j'étais trop amorphe pour agir. Peut être parce que ma propre existence me paraissait trop futile qu'elle ne valait pas la peine que j'y misse un terme.
Je me ressassais ces idées noires en marchant dans la neige, plongée dans le silence nocturne qui survient tôt les soirs d'hiver. Rien ne m'atteignait, ni les bourrasques de vent glacées, les hululements des chouettes qui perçaient le ciel, où les quelques bruits qui circulaient ça et là... Comme d'habitude, je me laissais guider par des actions mécaniques et habituelles, la tête baissée pour rester encore un peu plus dans mon propre monde. Comme toujours, comme chaque jour, je rentrais chez moi sans un mot. Mais ce jour-là, le destin agit à ma place, et le vent, cette fois-ci, réussit à atteindre les faibles étincelles de vie qui me restaient.
Ce jour là, à 18h15, une voiture me heurta de plein fouet. Je n'ai même pas vu l'engin arriver, je n'ai rien ressenti. Mais cela ne m'étonnait pas, même dans la mort, je restais la même : insensible et passive. Ma vie ne défila même pas devant moi. Les fameuses rumeurs que l'on répétait sur la "vie après la mort" étaient donc fausses ? Peut être, que, simplement, ma vie n'avait pas d'histoire.
Cette dernière suggestion me paraissait plus probable. Dans tous les cas, morte, je vis les gens en dessous de moi, où plutôt la voiture qui m'avait frappée. Quatre personnes étaient sorties d'un gros 4x4 rouge pétant, et s'étaient prostrées autour de mon corps baignant de sang. C'était des jeunes de mon lycée, des idiots immatures, des fêtards et surtout des lâches. Alors cela ne m'étonna pas lorsque je les vis décamper à toute vitesse, paniqués.
Même morte, je restais abandonnée. Seule, la dépouille écrasée et abandonnée au milieu de la route, le sang souillant progressivement la neige immaculée. Dans la mort, je restais avec le visage bizarrement paisible, comme si j'avais déjà accepté mon destin.