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29 Juillet 2026 à 07:01:41
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes mi-longs » Premier chapitre de mon roman contemporain intitulé Trois Jours.

Auteur Sujet: Premier chapitre de mon roman contemporain intitulé Trois Jours.  (Lu 2401 fois)

Hors ligne Ange Fetochris

  • Plumelette
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Juste en face de moi, la mer démontée lançait de sombres déferlantes à l’assaut d’une large baie vitrée. J'entendais leur fracas assourdissant, en partie étouffé par l'épaisse protection du verre. Une explosion d'éclaboussures submergeait de toutes parts le double vitrage. A chaque déferlement, j’avais l’impression de voir un aquarium géant se remplir. Ensuite l’eau se retirait en torrents, dans un bruit de ressac, avant que le cycle ne recommence, encore et encore… 
Bien protégé, derrière l’épaisse courbure de verre en arc de cercle qui abritait ma solitude, le spectacle était envoûtant.  Au-dessus de ma tête, s’amoncelaient un toit de nuages menaçants, rougi par les derniers rayons de l'astre solaire. 

Il ne pleuvait pas encore, même si au loin, l’horizon était silencieusement haché d’éclairs violacés. Leurs zébrures pulsaient par intermittence, comme des veines qui irriguaient de leur sang les sombres cumulonimbus écarlates… 
Des profondeurs grondait une sourde menace qui, tel un écho lointain, faisait imperceptiblement trembler le sol sous mes pieds.  Le cœur du monde était bouillonnant de fureur. Il vomissait sa colère contre l'espèce humaine qu’il avait accueilli au sein de sa nature féconde, et qui en retour, l’avait pillée. 

La planète allait se venger. Je la sentais prête à libérer sa force terrestre primale. Elle allait farouchement détruire l’espèce qui n’avait pas hésité à piétiner les fragiles équilibres de son écosystème. Tout allait être emporté. Il ne resterait bientôt plus que ruines de cette orgueilleuse civilisation. 

Déchirant l’atmosphère, la foudre avait ponctué ma pensée, donnant naissance à une tornade de feu se dressant comme un geyser au-dessus de la mer déchaînée. Ses flammes, à l’allure irréelle et verdâtre, imprégnaient de leurs terrifiants contrastes l’averse venteuse qui venait de se mettre à balayer les flots. 

Les derniers rayons du soleil couchant avaient cessé de lécher les nuages, pour capituler face à un clair-obscur trempé et déchiqueté d’éclairs. La scène était devenue apocalyptique.

Devant moi se jouait la fin du monde. Tout allait disparaître ou presque... pourtant je n’avais pas peur. Je n’étais pas non plus excité ou attristé. Tout au plus, s’enfouissait au fond de mon cœur une faible appréhension, teintée d’une infime nostalgie, trop légère pour venir troubler mon étonnante sérénité. 

A l’intérieur de ma retraite au charme maternel, entièrement vêtu de blanc et entouré d’un mobilier à la clarté douillette, j’avais envie de rester là, éternellement, à me délecter du spectacle… 

Malheureusement, quelque chose provoqua mon réveil.

Hors ligne Aponiwa

  • Modo
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Re : Premier chapitre de mon roman contemporain intitulé Trois Jours.
« Réponse #1 le: 09 Juillet 2021 à 21:12:15 »
Il est bien écrit ton premier chapitre.
Tu assistes visiblement à l'apocalypse (dans un rêve?) et tu décris plutôt bien les choses.

Quelques remarques sur ton texte :
- "A chaque déferlement, j’avais l’impression de voir un aquarium géant se remplir" : ça casse un peu l'ambiance grandiose de la fin du monde, cette histoire d'aquarium. Un aquarium a beau être grand, c'est un espace limité. Le jour où la nature se déchainera, je pense qu'il n(y aura pas de comparaison possible avec l'aquarium! De plus tu utilises le mot "déferlement" après "déferlantes" quelques phrases plus tôt.

- "Il ne pleuvait pas encore" : comment sait-on que de la pluie est prévue?

- "Elle allait farouchement détruire l’espèce qui n’avait pas hésité à piétiner les fragiles équilibres de son écosystème" : j'aurais dit de "ses écosystèmes" (techniquement, ils y en a pas mal!)

- "entouré d’un mobilier à la clarté douillette" : j'avais compris que la terre tremblait, et tout devrait valdinguer dans ton salon! Mais bon, comme cette scène décrit un rêve, peut-être n'est-ce pas important!

Vala, vala, après ce sont des avis personnels après ma lecture.  :)
« Noone will know my name until it's on a stone » Eels, Lucky day in hell

Hors ligne Cendres

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Re : Premier chapitre de mon roman contemporain intitulé Trois Jours.
« Réponse #2 le: 10 Juillet 2021 à 09:16:51 »
Merci pour le partage de ton texte.

Il est travaille en description et en image. Le début me fait penser a une mère déchainé vu depuis le rivage ou un bateau.

Contrairement a Aponiwa, je n'ai pas compris la fin pareils. Pour moi le héros ne rêve pas, mais regarde fasciné le déchainement des éléments.
Pour moi "quelque chose provoqua mon réveil" voulait indiquer qu'il allait arrêter de regarde comme hypnotisé ce spectacle.
Mais je suis nulle en image, donc mon interprétation est a prendre avec de la distance.


Je voulais dire une mer(correcteur d'orthographe)
« Modifié: 11 Juillet 2021 à 08:56:52 par Cendres »
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne Delnatja

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Re : Premier chapitre de mon roman contemporain intitulé Trois Jours.
« Réponse #3 le: 10 Juillet 2021 à 11:36:56 »
Bonjour, j'aime bien ton texte.
Citer
un aquarium géant se remplir
Cela ne me gêne pas, après tout la terre n'est elle pas un terrarium géant, alors pourquoi pas un aquarium ?
J'ai hâte de connaître la suite.
Bonne journée.
Michèle

Hors ligne Ange Fetochris

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Re : Premier chapitre de mon roman contemporain intitulé Trois Jours.
« Réponse #4 le: 11 Juillet 2021 à 16:10:56 »
Merci à vous trois pour vos commentaires bienveillants  :)
Pour répondre à Aponiva :
1) je comprends ton idée en ce qui concerne l'aquarium, c'est justement une sorte d'inversement de situation, parce que l'aquarium d'une certaine façon c'est l'endroit où se trouve le spectateur de ce spectacle de fin du monde.
Quand au déferlement et déferlantes, cette redondance, pas totale non plus, ça reste 2 mots différents, même si très proches, me convient, parce qu'elle fait écho à la répétition des vagues qui arrivent inlassablement contre la baie vitrée. 
2) Logiquement le lecteur s'attend à la venue de la pluie à cause de la phrase précédente, je cite : Au-dessus de ma tête, s’amoncelaient un toit de nuages menaçants, rougi par les derniers rayons de l'astre solaire.
3) voici la définition d'écosystème sur www.cnrtl.fr : Ensemble formé par une communauté d'êtres vivants, animaux et végétaux, et par le milieu dans lequel ils vivent. Les composants d'un écosystème sont en interaction constante. Pour moi ça correspond bien à ce que je veux faire passer. Mais le pluriel ne m'aurait pas choqué.
4)La terre tremble, mais légèrement, un peu comme dans cette scène du premier film Jurassique Park, où la première fois qu'un T-rex arrive, le plan ciné commence sur un gros plan sur un verre rempli d'eau dont la surface est prise d'ondulations.

Cendres je te cite : "Contrairement a Aponiwa, je n'ai pas compris la fin pareils. Pour moi le héros ne rêve pas, mais regarde fasciné le déchainement des éléments.
Pour moi "quelque chose provoqua mon réveil" voulait indiquer qu'il allait arrêter de regarde comme hypnotisé ce spectacle.
Non, ce n'est pas ça, mais d'une certaine façon t'es quand même pas loin de la vérité, seulement je ne voudrais spoiler  :P

Delnatja, merci pour tes encouragements, je vais poster le chapitre suivant  :)   
« Modifié: 11 Juillet 2021 à 16:15:39 par Ange Fetochris »

Hors ligne Ange Fetochris

  • Plumelette
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Second chapitre de mon roman contemporain intitulé Trois Jours.
« Réponse #5 le: 11 Juillet 2021 à 16:34:11 »
2
Un ange passe

   Ouvrant difficilement un œil, le désordre de ma petite chambre m’apparut. La lumière blafarde qui traversait mes persiennes m’indiquait qu’il n’était pas bien tard. Sans doute aux alentours des huit heures du matin...
   Ce constat me fit refermer les yeux, mais ce faisant, j’eus le sentiment d’une présence. N’avais-je pas entraperçu quelque chose d’inhabituel ? Bloquant ma respiration pour sonder le silence, je n’y décelai rien et quelques instants plus tard, c’est plus détendu que j’ouvris les yeux pour vérifier.
   Un cri me resta coincé en travers de la gorge ! Une silhouette se tenait aux pieds de mon lit. Depuis quand ? Qui était-ce ?! Impossible ! Non, c'était sans doute un cauchemar. L’un de ceux qui me surprenait parfois au petit matin et qui me traumatisait tant… la panique commençait à me submerger lorsque j’entendis une voix :
—   Ne fais pas semblant, je sais que tu ne dors pas.
   L’inconnu m’avait adressé la parole. Son ton était gentiment espiègle ce qui me rassura un tout petit peu.
   Levant les yeux, je distinguai son visage dans la pénombre. Ses traits fins me parurent d’une perfection presque irréelle, tout droit sortis de la couverture d’un magazine de mode, plutôt rock’n’roll d’ailleurs : il portait une veste de costard anthracite, une chemise blanche débraillée, un pantalon en jean bleu troué qui tombait sur une paire de bottes blanches de motard, avec des ailettes en plumes sur les côtés. J’étais en plein délire. 
—   Qui êtes-vous ? osai-je finalement articuler d’une voix effarée.
—   D’après toi ?
—   Ben, je ne sais pas !? Un malade ? Mais un gentil malade, m’empressai-je d’ajouter, en priant pour qu’il ne cache pas derrière son dos une batte de baseball ou pire encore, une hache...
   Je vivais déjà des temps difficiles et l’arrivée d’un psychopathe dans ma chambre ne risquait pas de m’aider à remonter la pente. Je souris jaune avant de continuer :
—   En fait je dois être en train de dormir, c’est encore un de mes foutus cauchemars matinal, décrétai-je tout haut pour essayer de l’exorciser.
   Je pensais être la victime de ce que j’avais pris l’habitude de nommer "un rêve éveillé". Se manifestant généralement sur le matin, ces rêves avaient la fâcheuse particularité de se dérouler tout en me laissant conscient et lucide. Jusque là, rien de très gênant, mais le premier problème, c'était que malgré le fait que je n'ignorais pas être en train de rêver, je demeurais incapable de me réveiller. Et le second, c’était qu’au bout d'un moment, cette sorte de monde parallèle dérapait fatalement pour prendre des allures cauchemardesques.
   Dans le dernier de la sorte, j’avais vu le drap de mon lit s’animer pour venir me garrotter les membres. Il s’était même entortillé autour de mon cou, allant jusqu’à enserrer mon visage. Dans cette inconfortable position, l’étreinte de mon drap m’avait semblé si réaliste que j’avais vite eu le sentiment de suffoquer… d’habitude, arrivé là, j’essayais à tout prix de m'extraire du sommeil, en tentant de bouger mon corps. Je luttais alors de toute mes forces pour réussir à remuer ne serait-ce qu'un membre, à entrouvrir ne serait-ce qu’une paupière...
   Pourtant cette fois-ci, j'avais tenté autre chose : l'ignorer. Sur le moment, ça m'avait paru intelligent, vu que je savais que ce n'était qu'un cauchemar. Seulement, l’impression d’asphyxier était devenue si forte que je m'étais demandé si mon cœur, qui battait à tout rompre, n'allait pas finir par lâcher ?
—   Un cauchemar ? Ce n’est pas très gentil et encore moins flatteur, je mérite mieux que ça, protesta mon interlocuteur.
—   Bien sûr, continue ton numéro, je sais que je dors, surtout te gêne pas, rétorquai-je de mauvaise humeur.
   J’en avais marre de ces horribles rêves qui foutaient mes nuits en l'air. Je n’avais vraiment pas besoin de ça, alors que je galérais déjà toute la journée, tellement  ma vie perso se barrait en sucette.
—   C’est vrai ? Je peux faire comme bon me semble ? Cool ! Lança-t-il, avant de se diriger vers la porte de ma chambre et de l’ouvrir pour sortir.
      Il était parti ? C’était déjà la fin de mon rêve éveillé ? Non, la porte restée ouverte me laissait entendre ses bottes se déplacer sur le parquet de mon salon.
      Et voilà, il n’allait pas me foutre la paix et me laisser me rendormir ! Ca aurait été trop beau… et que faisait-il à présent ? Je l’entendais farfouiller dans la cuisine… non, il n’y avait personne dans ma cuisine, j’étais juste en train de rêver. Seulement ça paraissait tellement réel…
      Par exemple, je savais qu’on était vendredi et qu’en me levant, il me faudrait faire des courses si j'avais l'intention de manger quelque chose au petit-déj'. Et pourtant, j'étais en train de dormir, pire, de rêver : penser aux yaourts et à la supérette n’empêchait pas le songe de se dérouler, avec toutes ses sensations et ses émotions. Et l’ennui, c’est que si ça se passait comme d'habitude, il allait inévitablement se transformer en cauchemar...     
—   Dis donc, il est vide ton frigo !
   Qu’est-ce que je disais...
—   M’en fous, laisse-moi dormir ! me rebellai-je.
—   Tu n’exagères pas un peu ? me demanda-t-il, en repassant soudainement la tête à travers l’entrée de ma chambre.
   J'eus un léger mouvement de recul, mais je me repris en grommelant :
—   J’exagère ? Parce que je n’ai rien dans mon frigo ? Putain, je fais des rêves éveillés granguignolesques maintenant ! Je crois que je préférais encore les cauchemars.
—   Ah oui ?! Tu en es sûr ? S'étonna-t-il avec un semblant de sourire carnassier qui virait à la grimace de psychopathe.
—   Peut-être pas en fait… avouai-je, en sentant monter la pétoche.
—   Blague à part, tu exagères de m’envoyer balader après tout le chemin que j’ai fait pour venir te voir ! D’autant que, dois-je te le rappeler, c’est toi qui m’as appelé.   
—   Quoi ?
—   Tu ne t’en souviens pas ?
—   Mais on se connaît ?
—   Ton chiffre préféré est le sept parce qu'il te fait penser à un dragon.
   Je restai bouche bée, il avait raison.
—   Tu vois ! Et honnêtement, tu crois que quelqu’un qui ne te connaîtrait pas, ferait irruption dans ta chambre pour taper la discute à sept du mat' ? D'autant que t'as rien à becqueter.
—   C’est pour ça que je penchais plutôt pour un rêve éveillé, lui indiquai-je.
   En y réfléchissant, c'était normal qu'il connaisse mon chiffre préféré, vu qu'il s'agissait de propre rêve. Pourtant, tout avait l'air si réel que c'en était flippant.
—   Oh putain, je dois être gagné par la fièvre, me plaignis-je en posant mes mains sur mon front, tout en fronçant les sourcils pour tenter de faire disparaître l'inconnu.
—   Rassure-toi, tu n’es pas si malade.
—   Parce que t’es médecin ?
   Il haussa les épaules.
—   Ok, si je ne délire pas, explique-moi comment t’es arrivé là ?
—   Tu n’arrêtes pas de te plaindre à longueur de journée... c’est fatigant.
   Le jeune homme me parlait avec la désinvolture d’un ado intelligent et sûr de lui. Je m’imaginais un jeune homme, parce que sous sa chemise ample, je ne discernais aucune poitrine apparente. Malgré ça, il aurait tout aussi bien pu s’agir d’une femme, tellement sa voix comme son visage, m’apparaissaient androgynes.
   Dans le fond, il avait raison, dernièrement j’avais tendance à m'apitoyer sur moi-même. Mais de façon intériorisée, parce que je ne voyais plus grand monde depuis quelque temps.
   J’avais vécu une longue passe difficile qui avait affecté mon moral, et comme bien souvent chez moi, cette fatigue de l’esprit s’était transformée en symptômes réels. Rien de grave, ça faisait juste trois semaines que je luttais contre un rhume accompagné de fièvre.
   Cet état lamentable reflétait ma tristesse : depuis l’automne, chaque jour s’était transformé en calvaire et chaque aube m’avait vu lutter pour ne pas succomber à la dépression...
—   Désolé si mes plaintes t’ont agacé, lui répondis-je avec sarcasme, toutefois je ne me rappelle pas t’avoir déjà rencontré et vu ton style, je m'en souviendrais.
—   Qu'est-ce tu reproches à mon style ?
—   Rien du tout, mais avoue qu’il est original. Alors je pense que je m'en serais rappelé. Et à ce propos, si au contraire toi tu pouvais m’oublier… allez, je ferme les yeux et tu disparais, l’incitai-je, en lui tournant le dos pour bien marquer ma volonté de ne plus avoir affaire à lui.
   Ma nouvelle posture ne me permettait pas de l’apercevoir, même en entrouvrant très légèrement les paupières. Et depuis quelques instants, je ne l’entendais plus du tout...
   Après une dizaine de secondes, je commençai à avoir peur qu’il se manifeste soudainement derrière moi, de manière effrayante. Quelle idée j'avais eu de lui tourner le dos ? Pourtant en dépit de cette crainte, je refusais de me retourner... je ne devais pas céder, et aussi, je devais penser à autre chose pour qu'il sorte de ma tête.
   Qu’avais-je à faire aujourd’hui ? Continuer de corriger mon bouquin et… rien d’autre malheureusement… ah si, les courses ! Je n’avais qu’à me concentrer là-dessus. En même temps, la liste n’était pas bien longue et une fois établie, ce sont les soucis de ces dernières semaines qui me revinrent à l’esprit.
   Une tristesse vénéneuse se distilla lentement dans mon esprit. Il était grand temps de me retourner. Je le fis d'un coup sans hésiter. Je restai pétrifié : l’étrange personnage s’était contenté de m’attendre. Appuyé contre le mur à côté de mon lit, il m’observait d’un air mystérieux.
   Il m'avait pris de court, néanmoins j'essayai de ne pas le montrer, en faisant un gros effort pour faire mine de l'ignorer. Seulement, même si je regardais ailleurs, je sentais ses yeux perçant me fixer en silence et ça me mettait mal à l’aise. Au bout d'un moment, malgré ma répugnance à entrer dans son jeu, je finis par craquer :
—   Tu n’as pas l’intention de me laisser en paix ! Tu ne crois pas que ma vie est suffisamment compliquée comme ça ?   
—   Compliquée ? Triste surtout, regarde-toi !
—   Merci, en plus t’es un mec sympa.
—   Je suis une femme, me reprit-elle sur un ton de reproche.
—   Ah ? Désolé. Mais si tu ne veux pas qu’on se trompe, t’as qu’à être moins ambiguë dans ta façon de t’habiller et de te coiffer.
—   Ah ouais ? Tu aurais voulu que je me pointe les cheveux permanentés, en mini-jupe ras la touffe ou en petite robe à fleurs genre Heidi ? Tu deviens macho ?
—   N’importe quoi, je ne deviens pas machiste, ce n'est vraiment pas mon genre, et sache que je préfère la mini-jupe à la robe de fermière. Cependant, tu avoueras que tes vêtements ne mettent pas vraiment en valeur tes courbes féminines. Après, peut-être que tu n’as pas grand chose à mettre en avant, conclus-je de façon provocatrice.   
—   J’ai d’adorables petits seins et des fesses rebondies, par contre c’est vrai que je n’ai pas trop de hanches, m’annonça-t-elle, en tirant sur le tissu de sa chemise pour le plaquer contre sa poitrine dont le galbe m’apparut soudain. En même temps, je suis encore jeune et je croyais que t’aimais bien les petits seins, ajouta-t-elle d'un air de défi.
   Alors c’était une femme… cette nouvelle avait tendance à me rassurer.
—   T’as raison, j’aime bien les petits seins, mais t’as quel âge ?
—   Vingt.
—   D’accord, maintenant explique-moi ce qu’une fille de vingt ans dont je n’ai aucun souvenir vient faire dans ma chambre ? C’est n’importe quoi ce rêve. Allez, sois gentille et laisse-moi me réveiller, s'il te plaît... 
—   Arrête deux secondes et réfléchis : quand on discute, tu n’as plus tous tes soucis en tête, non ? me glissa-t-elle avec un petit sourire malicieux.
—   Mon dieu, je deviens taré.
   Je ne saisissais pas bien ce qui m’arrivait : étais-je en train de perdre la boule ? En tout cas, ça y ressemblait... pourtant, ma réflexion ne me paraissait pas confuse et je me sentais à peu près calme. En plus, elle n’avait pas tort, notre discussion faisait diversion à ma détresse. Mais si j’acceptais de continuer, cela ne revenait-il pas à faire un pas supplémentaire en direction de quelque chose qui s'approchait de la folie ? Cette perspective me terrifiait.
—   Je ne comprends pas. Qu’est-ce que tu attends de moi ? demandai-je d’une petite voix.
—   Tu crois en Dieu ?
—   Pardon ?
—   Tu crois en Dieu ?
—   Pourquoi ? T’es venu m’évangéliser ?
—   Ca t’ennuierait ? Réponds à ma question.
   La dernière fois où des témoins de Jéhovah étaient passés me voir pour prêcher la bonne parole me revint en mémoire  : deux grandes blondes accompagnées d’un black avaient sonné à ma porte, tous les trois affublés de vêtements et d’un sourire impeccables. Pas aussi fashion que mon interlocutrice, mais beaux gosses. En y repensant, j’avais regretté de ne pas les avoir invité à entrer. Les filles étaient séduisantes... à la réflexion, ma visiteuse du matin l'était aussi si on appréciait le style androgyne, et elle avait l'avantage d'être déjà chez moi...   
—   Ok, je te répondrai si on couche ensemble. C’est un bon deal, non ? avançai-je, avec une expression assumée de proxénète.
   Mon interlocutrice me dévisagea de ses yeux magnifiques avant d’afficher un large et étonnant sourire. Je n’en revenais pas... j’allais peut-être faire mon premier rêve éveillé de cul ! D’un coup, je me sentais beaucoup moins anxieux !
—   Tu sais en fait, je t’ai un peu menti, me répondit-elle.
—   Ah ? A quel sujet ? Tu ne veux plus m’évangéliser ?
   C’était trop beau, je sentais arriver le hic…
—   Je croyais que ça n’avait pas d’importance, c’est pour ça que je ne suis pas entrée dans les détails.
—   Quels détails ? De quoi tu parles ?
—   Je suis hermaphrodite. 
—   Hein !? Non... ok, oublie ma proposition, dis-je ne grimaçant malgré moi.
—   Toujours aussi drôle ! Tu n’as pas tellement changé en fait.
—   Comment ça ?
—   Je te l’ai dit, on se connaît, même si tu t’en souviens plus.
—   Ah oui, c’est vrai, j’avais zappé...
—   Ah, ah, et donc tu ne veux pas me répondre ?
—   Quoi ?
—   Tu crois en Dieu ?
—   Ah ça, non je n’y crois pas, même s’il est toujours très décevant, comme à chaque fois. 
—   Tu sais que le paradoxe te va comme un gant. C’est donc Dieu qui te chagrine autant ?
—   Ouais, si on veut… et accessoirement une femme qui s’appelle Hilda. A travers elle, Dieu et tout le genre humain m’exaspèrent !
   Elle, il, les deux… je préférai garder elle en fait. Bref, son regard magnifique et interrogateur m’incita à continuer.
—   Ça faisait neuf mois qu’on était ensemble… avouai-je la voix hésitante, tandis qu’à cette évocation les larmes me montaient aux yeux, mais que veux-tu que je te raconte ?
—   Commence par le début : comment vos chemins se sont-ils croisés ?   
—   Nos chemins ? C’est une bonne question et surtout une drôle de coïncidence...

Hors ligne Delnatja

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Re : Premier chapitre de mon roman contemporain intitulé Trois Jours.
« Réponse #6 le: 12 Juillet 2021 à 10:17:24 »
Bonjour, je suis de plus en plus intriguée même si je me doute de qui il s'agit, mais peut être me trompais je.
Citer
—   Tu crois en Dieu ?
—   Pardon ?
—   Tu crois en Dieu ?
Pour le deuxième, je pense que "crois tu en Dieu", serait plus judicieux car la redite m'a gêné.
Bonne journée.
Michèle

Hors ligne Ange Fetochris

  • Plumelette
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Re : Premier chapitre de mon roman contemporain intitulé Trois Jours.
« Réponse #7 le: 13 Juillet 2021 à 16:30:31 »
Merci du conseil Michèle, en effet ce sera sans doute plus agréable à la lecture :)

Hors ligne Ange Fetochris

  • Plumelette
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3ème chapitre de mon roman contemporain intitulé Trois Jours.
« Réponse #8 le: 13 Juillet 2021 à 16:49:01 »
               
3

   En cette fin d’après-midi ensoleillée, l’atmosphère distillait un parfum de renouveau printanier, tout en étalant son bleu azuréen au-dessus de ma tête.
   Accompagné d’une copine, je venais de sortir du musée d’Orsay. Humant le vent léger, je me sentais ailleurs. C’était agréable et j’étais envahi par l’envie que cette sensation perdure. Malheureusement, mon amie devait m’abandonner pour s’en retourner à ses études. Alors, après avoir salué son courage, je la laissai s’enfuir vers une bouche de métro.
   Quant à moi, motivé par la température clémente de cette fin avril, je m’étais décidé à prolonger ma balade le long des quais, pour m’en aller flâner en direction du quartier Saint Germain. Par ce temps, profiter encore un peu du charme des rues parisiennes était un vrai plaisir.

   M’éloignant d’un pas nonchalant, j’observais les derniers touristes qui désertaient les lieux. J’aimais considérer les gens, capter d’infimes détails, m’imaginer leur vie. En longeant les rues passantes qui me laissaient tranquillement dériver vers le coeur du sixième arrondissement, je jouais à m’inventer des histoires autour de leur allure ou de leur attitude.
   C’est plongé dans cet état contemplatif que m'apparut pour la première fois Hilda. Son visage attira instantanément mon regard. Une tristesse désemparée s’y lisait qui cadrait mal avec son allure de working girl à vélo. Le contraste était si flagrant que je m’en aperçus de loin. Le mystère de cette singularité me fit même m’arrêter au coin d’un trottoir pour prendre le temps de mieux la détailler. En scrutant la cycliste, je remarquai qu’elle était si absorbée par ses soucis qu’elle semblait en oublier la route.
   Cette évidence m’inspira la crainte qu’elle ne perçoive pas le prochain feu, situé à mon niveau. D'autant plus qu'une automobile qui remontait une rue adjacente à vive allure, n’allait pas tarder à déboucher sur le croisement.

   Mon réflexe fut de crier en faisant de grands gestes ! Peine perdue, la fille à vélo n’eut aucune réaction et elle grilla le feu sans s'en apercevoir.
   Ne sachant plus quoi faire, je ne trouvai rien de mieux que de me jeter devant la voiture. Effaré, le conducteur pila dans un crissement de pneu. La BMW me télescopa. J'avais anticipé l’impact et réalisé un bond pour sauver mes jambes. Je percutai le pare-brise sur le côté, main et épaule en avant.
   Je recouvris mes esprits derrière la voiture à l’arrêt, à quatre pattes sur le bitume. Mes mains et mes genoux étaient égratignés. J'avais l'épaule et la hanche endolories, mais rien d'alarmant. Ça avait dû être une sacrée cascade ! Pourtant je n’en gardais pas vraiment de souvenir.
   Une roue de vélo gisait devant la BMW. N’en distinguant pas d’avantage, j’essayai de me relever hâtivement, mais mes jambes flageolèrent et je dû y renoncer. Sûrement le contrecoup de l’adrénaline.

   C’est à ce moment que la portière de l’automobile s’ouvrit pour céder la place à un grand type en costard. La colère se lisait sur son visage cramoisi. Il s’avança vers moi en vociférant, sans même prendre le temps de constater si la cycliste allait bien.
   Honnêtement, je comprenais tout à fait que je lui avais fichu la frousse, mais de là à ne pas se rendre compte que c’était pour l'empêcher d’écraser quelqu’un, ça ne présageait rien de bon. Et au vu de son attitude agressive, c’était couru d’avance qu’il allait être compliqué de lui expliquer calmement ma version des faits.
   Parvenant enfin à me redresser, j’optai pour la solution de l’esquive. J’étais avant tout soucieux de connaître l’état de celle pour qui j’avais risqué mes os.
   Passant à l’avant de la voiture après avoir rapidement contourné l'énergumène, je la découvris assise sur la chaussée à quelques centimètres du pare-chocs.

   Elle essayait de se relever en grimaçant, sans parvenir à s’appuyer sur sa cheville gauche. Avec son tailleur en vrac et son collant déchiré au genou et au mollet, elle ressemblait à un oisillon tombé du nid.
—   Ça va mademoiselle ? Votre cheville vous fait mal ?
—   La voiture m’a heurté la jambe, me répondit-elle, l’air choqué, en s’aidant de la main que je lui tendis pour se redresser.
Laissez-moi voir, lui demandai-je, à présent qu’elle s’était remise debout.
Je m’accroupis pour examiner le haut de sa chaussure, et sans solliciter de permission, je n'hésitai pas à élargir le trou de son collant noir pour mieux observer sa cheville. Celle-ci m'apparut bleue, égratignée et enflée. 
—   Vous arrivez à bouger votre pied ?
—   Un peu, mais ça me fait mal.
—   Essayez de le poser par terre, en douceur, dis-je en lâchant à contre cœur le joli mollet que j’avais tenu avec délicatesse. 
Ce fut le moment que choisit le conducteur de l’automobile pour réapparaître dans mon dos en hurlant :
—   Vous êtes cinglé ! Faut vous faire enfermer, espèce de sale petit con !
—   Calmez-vous, j’ai fait ça pour vous éviter de percuter cette cycliste, affirmai-je en me relevant.
—   Si vous voulez vous suicider, faites-le chez vous ! continua-t-il de brailler, sans avoir prêté l’oreille à mes explications.
   Qu’il ne se soit rendu compte de rien au cœur de l’action, était une chose, ç’en était une autre qu'il ne m'écoute pas, à présent que je m’efforçais d’éclaircir la situation. Ce genre de comportement avait le don de m’irriter.
—   Ecoutez, parce que je ne vais pas me répéter dix fois, si je ne m’étais pas jeté sur votre voiture, vous l’auriez percutée de plein fouet ! Oui, cette jeune femme, vous comprenez !?
   Mes mots parurent enfin atteindre son cerveau et il s’arrêta de me crier dessus pour afficher à la place un air décontenancé. Son étonnement ne fut pas le seul. Ma protégée m’interrogea en écarquillant les yeux :
—   Vous vous êtes fait renverser à ma place ?
Délaissant l’excité du regard, je lui répondis avec un sourire malin :
—   Je n'ai rien trouvé de mieux pour attirer votre attention… enfin, j’ai d’abord essayé de vous interpeller, seulement vous ne m’avez pas remarqué. Vous étiez perdue dans vos pensées.
—   Vous avez risqué votre vie à cause de moi !? Oh, mon Dieu, je suis désolée… mon Dieu, excusez-moi, j’ai tellement honte…
—   Personne n’est à l’abri d’un moment d’inattention, la rassurai-je, pendant qu’un concert de klaxons venait de se déclencher à l’adresse de la BMW qui bloquait la rue.
   Sautant sur cette occasion, son conducteur nous abandonna sans prononcer la moindre excuse ou remerciement à mon intention.
   Préférant ignorer son comportement minable, je m’occupai plutôt d'aider la jeune femme à relever son vélo pour l'emmener sur le trottoir :
—   Appuyez-vous sur moi.
—   Et vous, ça va ? me demanda-t-elle d’une voix inquiète.
—   Tout va bien. Ni ma tête, ni mes jambes n’ont heurté la voiture.
—   Vous êtes sûr que vous n’avez mal nulle part ?
—   J’ai un peu mal au coude et à l’épaule. Là où j’ai heurté le pare-brise. Mais ce n’est rien. Et vous ? Votre cheville ?
—   Je ne pense pas que ce soit trop grave, je suis solide, m’affirma-t-elle courageusement, comme un bon petit soldat.
—   Je l’espère, pour autant il vaudrait peut-être mieux que quelqu’un vous ramène chez vous en voiture…
—   Ça va être difficile, regardez, il s’en va, dit-elle, en pointant du doigt la BM qui disparaissait au coin de la rue. 
—   Je pensais plutôt à un taxi.
—   Il refuserait de prendre mon vélo et j’en ai besoin. Mais ça ira, je n’habite pas loin. Ne vous inquiétez pas.
—   Vous êtes sûr ? Si vous voulez, je peux vous raccompagner, vous et votre vélo.
   Je n’avais pas envie de la laisser partir. Cette rencontre accidentelle me donnait le sentiment que le sort était en train de me tendre les bras.
—   Je vous ai déjà causé suffisamment de soucis comme ça et vous avez sans doute mieux à faire. J’arriverai à rentrer chez moi toute seule, tout va bien. Par contre j’aimerais vous remercier, votre geste était... chevaleresque.
—   Dommage qu’il me manquait l’armure, rebondis-je avec un sourire, en me frottant l’épaule pour faire un peu d'humour. 
—   Vous voyez que vous vous êtes fait mal !
—   Non, c’était pour plaisanter, je vous assure, ça va.
—   Hum, je sais que je suis naïve, pourtant je me doute qu'on ne peut pas se sortir totalement indemne d'un accident pareil.
—   Pas d'inquiétude, franchement : ce soir, une bonne tisane et au lit, et demain je serai en pleine forme !
   Ma bonne humeur fit naître des fossettes aux coins de ses lèvres. Elle avait perdu son air grave et le sourire qui illuminait son visage la rendait encore plus belle.   
—   J’aimerais vous inviter au restaurant, continua-t-elle, en comparaison du risque que vous avez pris pour moi, c'est vraiment le minimum que je puisse faire pour vous remercier, alors je vous en prie, dîtes oui, insista-t-elle avec sincérité.
—   C’est très gentil, mais il ne faut pas vous sentir obligée, ma cascade me fera des trucs à raconter. Dommage que je n’ai pas la vidéo, je l’aurais envoyée à Luc Besson, lui répondis-je d'un air dégagé, pour masquer mon envie de sauter sur l'occasion de lui dire « oui » tout de suite.
   A cette évocation, elle fit la grimace :
—   Tant mieux si vous l'avez vécu comme une scène d’action, parce qu'en ce qui me concerne, ça m’a vraiment fait peur.
—   Je suis agent secret à la DGSE. Vous avez de la chance, c’est moi le James Bond français, lançai-je avec un clin d’œil en lui tendant la main.
—   Sérieusement ?
—   Oh, là, là ! C’est vrai que vous êtes crédule !
—   Ce n’est pas gentil de vous moquer. Ca ne paraissait pas si effarant : la majorité des gens se briserait les os en heurtant une voiture.
—   Je fais du roller, ça apprend à chuter et à amortir les chocs.
—   Vous ne m’ôterez pas de l’idée que ce que vous avez fait était tout de même très risqué.
—   Je n’ai pas trop réfléchi, pas le temps. N’importe qui en aurait fait autant vous savez. Enfin, peut-être pas un vieillard ou le type à la BM, mais beaucoup d’autres gens.
—   Vous croyez ? Moi, je pense que peu de personnes auraient pris un risque pareil pour une inconnue. Qui se soucie de son voisin à Paris ? Si vous n’aviez pas été là, je ne sais pas dans quel état je serais à présent. Laissez-moi vous inviter au restaurant, je me sentirais un tout petit peu moins honteuse.
—   Je serais fou de refuser, acceptai-je avec un large sourire.
   J’étais en train de tomber sous le charme de ses grands yeux sombres et de son apparente fragilité, derrière laquelle se cachait, je le sentais, une vraie force de caractère. 

 


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