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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Situation de rue - Place de Clichy

Auteur Sujet: Situation de rue - Place de Clichy  (Lu 2613 fois)

Hors ligne Persona

  • Calliopéen
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Situation de rue - Place de Clichy
« le: 20 Avril 2021 à 11:28:20 »
Bonjour,

Pour présenter ce texte : je tente à l'occasion de retranscrire des "situations de rue" qui ont laissé leur empreinte, j'ai commencé une série plus personnelle là-dessus. Je ne sais pas si c'est intéressant pour quelqu'un d'autre ou juste personnel, c'est pour cette raison que je poste...
Merci d'avance de votre lecture et de votre avis !

**

Il n’y a pas beaucoup d’endroits aussi quelconques que la place de Clichy et pourtant, jusqu’à ce que la crise sanitaire se déclare, je finissais tous les jours par en piétiner l’asphalte, en me faisant la même réflexion, issue des bruits de moteur assourdissants, des gaz d’échappement et de l’absence de verdure : on étouffe. Ce n’était pas une question de chaleur, c’était le monde, le grouillement. Ils me donnaient une impression d’agressivité latente que je respirais comme un air chargé d’acide. Les néons des bars diffusaient leur lueur criarde rouge ou jaune sur le pavé le soir, une façon de sublimer le béton par l’artifice. Lorsqu’il était tard et que l’alcool s’était infiltré dans les veines, on se bousculait pas mal en terrasse et quelquefois des bagarres éclataient, à coup de bouteilles au besoin. Au moins, en sortant du Carolus, les deux ou trois pintes que nous y consommions atténuaient la laideur ambiante, comme si elles nous donnaient le matelas qu’il nous fallait pour ne pas nous la prendre en pleine face. Nous étions bien, entre amis quelquefois mais surtout en couple, il n’y avait pas de romance chiquée et je crois que c’est ce que nous aimions, la bière forte, l’odeur de tabac, les cris, le catch à deux heures du matin, en fin de semaine, pour chasser le stress dans une ambiance de pub cheap à neuf balles la pinte.

Nous remontions en marchant plus ou moins droit la rue Caulaincourt, avant d’emprunter le pont qui surmonte le cimetière de Montmartre et rentrer chez nous pour oublier au plus vite les radiations de l’enseigne blafarde du magasin de bricolage à l’angle du pont – chef d’œuvre de mocheté qui, dès que je le vois, me laisse sur la langue un arrière-goût...

J’exagère ? Peut-être.

Peut-être que j’en fais trop avec cette fichue place et que l’arrière-goût âcre que j'y ressens n’a rien à voir avec l’enseigne. La lumière jaune, en particulier en ce moment, quand le trottoir est vide, me renvoie à la scène de ce soir-là, je ne sais plus quand, en mai peut-être, il y a des années, peu importe.

Ce soir-là, l’enseigne éclairait un couple de petits vieux à qui il ne manquait plus que les chaussons, qu’on aurait mieux vu se lasser de zapper et éteindre la télé à minuit que s’éloigner des bars de la place de Clichy. Non, je ne veux pas faire de jeunisme et oui, l’habit ne fait pas le moine, n’empêche qu’ils détonnaient à cet endroit-là, à cette heure-là.

C’est d’abord la femme que j’ai remarquée, à cause de son long manteau carmin et du béret assorti qu’elle portait sur un carré noir court et net, très net, d’une netteté qui m’a marquée au point de me laisser un souvenir précis alors que je me rappelle à peine son visage ridé. Les deux vieux étaient un peu corpulents, voutés. L’homme n’avait rien de particulier. Un béret je crois, et des lunettes.

Nous marchions main dans la main, en couple, F. et moi. Quand nous sommes passés à côté d'eux, l’homme a eu un mouvement que je n’ai pas compris. Je n’ai pas réalisé mais, en même temps, j’ai tourné la tête, interloquée par son geste. Je ne sais pas ce que F. a saisi, j’ai continué à avancer, lui aussi.

Jusqu’à ce que la femme se mette à parler et que je sente mes entrailles geler.

« Tu m’as craché dessus. »

Et là, sous la lumière jaune, la scène m’a transpercée comme une pique. J’ai vu, avec retard, l’homme se tourner vers la femme en rouge et la femme porter sa main au visage, pour essuyer comme elle le pouvait le crachat qui recouvrait son œil et s’étalait jusqu’à son sourcil droit.

Le temps que j’émerge, ils s’éloignaient déjà, trop loin pour qu’on les rattrape, et puis qu’est-ce qu’on aurait pu leur dire ? Je ne bougeais plus, je les regardais s’éloigner, je n’avais rien de mieux à faire que les regarder s’éloigner pendant que la voix de la femme résonnait toujours entre mes tempes, « tu m’as craché dessus. Tu m’as craché dessus. Tu m’as craché dessus. Tu m’as craché dessus. »
 
F. m’a sorti de ma tête. Il n’y a que lui pour faire ça, me sortir de ma tête quand il le faut.

« Viens. »

J’ai levé la tête, pour dire :

« Il lui a craché dessus.
— J’ai vu. Allez, on rentre. »

Et nous sommes rentrés. Je me sentais malade et lâche, j’avais peur de ce qui pouvait se passer, chez les vieux, derrière leur porte fermée. Si un homme peut cracher sur sa femme en pleine rue, alors que fait-il lorsque personne ne peut le voir ?

Depuis, le soir, sous la lueur jaune de l’enseigne, la toxicité de cette violence demeure et corrompt l’air déjà pollué de la place de Clichy. J’y suffoque souvent, quand j’y retourne et que j’y repense. Une odeur d’injustice imbibe le trottoir, ma lâcheté et mon impuissance me remontent dans la gorge et j’aimerais, j’aimerais tant que cette amertume se mue en force et en résolution pour en faire quelque chose de concret. Mais pour l’instant, le poison est là, sur le pavé, entre les murs. Il flotte.
« Modifié: 28 Mai 2021 à 23:00:29 par Persona »

Hors ligne Adamiya

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Re : Situation de rue - Place de Clichy
« Réponse #1 le: 20 Avril 2021 à 20:36:26 »
Bonsoir Persona,
Sur la forme, je n'ai rien à redire, je trouve ton récit bien structuré, avec la description des lieux, de l'ambiance... c'est très réaliste, j'imagine très bien les lieux.

Sur le fond... arf, que dire ? J'ai également écrit sur cette violence "de la rue ou dans la rue", mais c'est beaucoup moins abouti que ton texte. Oui je trouve que ton témoignage est intéressant. On prend conscience qu'on est plusieurs à se sentir "témoins impuissants et lâches".
En tout cas ton texte me parle !

Clef

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Re : Situation de rue - Place de Clichy
« Réponse #2 le: 20 Avril 2021 à 21:51:21 »
Salut Persona,
J’ai bien aimé ton texte. Je trouve cependant que l’élément du crachat est très « faible » pour donner une intensité au texte (ou alors les émotions du personnage peuvent être peut-être plus étoffées). Sinon j’ai bonne opinion de la place Clichy les quelques fois où je m’y suis rendu notamment sa librairie si elle existe encore.
A bientôt
Clé
« Modifié: 20 Avril 2021 à 21:59:23 par Clé »

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Re : Situation de rue - Place de Clichy
« Réponse #3 le: 20 Avril 2021 à 23:52:39 »
yoyo persona

me semble que c'est la première fois que je te lis plus ou moins sérieusement et j'ai apprécié la solidité de ta prose ; elle m'apparait de ce temps étrange que je ne situe pas, un peu passé ce qu'il faut, comme quand je lisais et que je me figurais des narrateurs internes à la pensée douce de plume, et un peu qmm trop passé, par rapport à ce que je me figure dorénavant des mots, mêmes écrits... j'avais donc l'impression de lire un truc du XXI ème, dans ce que je me figure d'anachronique en cette période étrange où je trouve que la littérature n'a pas encore tourné la page sur certains de ces effets ; c'est donc une impression à double tranchant, je me dis que tu respectes suffisamment les codes construits d'une littérature pré-web, mais me demande ce qu'ils valent en eux et pour autre chose que l'image qu'on lui entretient depuis l'autre époque, et notamment ou surtout, ici

pour le fond, j'ai suivi la pertinence de ton incipit : je suis le premier à en avoir marre du parisianisme, du cosmopolitisme, de la promiscuité citadine, de l'affligeante banalité que certains vivent, c'est déjà bien, que d'autres sont réduits à écrire, c'est moyen, d'autres encore seulement lire, c'qmm craignos... mais j'suis seul avec mon dèl hautement prétentieux de l'incarnation des métaphysiques

et puis pour rebondir sur les commentaires, effectivement le sentiment que tu décris me renvoie à "l'effet du passant", théorisé en tant que constat d'impuissance des témoins en situation de présence publique : oui, plus il y a de monde lors d'une agression ou un acte de violence publique, et moins il y en a pour réagir ; c'est sûrement du léviathan high level, et je trouve juste d'en avoir un propos, même si je trouve du coup, que ça fait un peu trop art et non directives de la pensée, pour un propos douloureux idéalement à solutionner, mais ça c'est moi et ma non-neutralité axiologique...

en vrai j'crois j'suis un peu froid dans ce com, mais c'était une découverte assez douce
merci :)
.

Hors ligne Persona

  • Calliopéen
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Re : Situation de rue - Place de Clichy
« Réponse #4 le: 21 Avril 2021 à 18:03:48 »
Bonjour et merci de votre lecture

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En ligne Luna Psylle

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Re : Situation de rue - Place de Clichy
« Réponse #5 le: 24 Avril 2021 à 15:44:24 »
Salut,

Pour la forme :

J'ai remarqué plusieurs petites répétitions qui offrent un style très oral au tout, et ma remarque à suivre n'est à prendre que pour cette phrase :

Citer
Ce soir-là, l’enseigne éclairait un petit couple de petits vieux à qui il ne manquait plus que les chaussons
Je trouve cette répétition de "petit(s)" en demi-ton à cause des chaussons : au petit couple de petits vieux ne manquait plus que les chaussons et non les petits chaussons.

Autrement, la lecture est fluide et agréable.

Sur le fond :

Je ne connais pas la place de Clichy en petite campagnarde que je suis. Je connais celle des chansons, mais je n'arrive pas à visualiser la place et les ressentis qu'elle suscite.

En te souhaitant une bonne journée.
If the day comes that we are reborn once again,
It'd be nice to play with you, so I'll wait for you 'til then.

Hors ligne Persona

  • Calliopéen
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Re : Situation de rue - Place de Clichy
« Réponse #6 le: 25 Avril 2021 à 20:26:33 »
Salut Luna,

Merci de ton passage !

Pour le style oral c'est vrai, c'est venu assez spontanément donc je n'avais pas envie de donner un ton trop lisse. Je retiens ta remarque sur "petits", je n'étais pas sûre de la phrase. Plutôt que d'en rajouter un j'en ai enlevé un.

Bonne fin de journée

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Situation de rue - Place de Clichy
« Réponse #7 le: 12 Mai 2021 à 13:13:30 »
Bonjour Persona,


Eh bien, tu m'as beaucoup commenté en m'apportant de nouvelles idées à mes textes, je me suis dit qu'il était juste que je commente en retour un de tes écrits. :)

Cependant il me sera difficile de t'apporter quelque conseil que ce soit à ce récit du genre autobiographique – il me semble – qui s'éloigne de mes habituelles lectures et de mes domaines de prédilection !


Ce que j'ai retenu de ce texte, c'est que tu avais voulu raconter un événement qui t'a marquée, mais avec une sorte de réflexion un peu large sur les vieux couples et les jeunes couples, ou quelque chose comme ça.

J'ai bien ressenti l'impression suivante : « Nous étions bien, entre amis quelquefois mais surtout en couple, il n’y avait pas de romance chiquée et je crois que c’est ce que nous aimions, la bière forte, l’odeur de tabac, les cris, le catch à deux heures du matin, en fin de semaine, pour chasser le stress dans une ambiance de pub cheap à neuf balles la pinte. »

Ça me fait penser à des gens qui se croisent et se côtoient sans jamais vraiment se connaître, proches malgré eux, cherchant quelque part de quoi faire passer l'ennui. Les relations houleuses semblent alors soudées entre elles par un ciment indécrottable, sans raison d'être vraiment parlante.


J'espère que mon commentaire est adapté à ton texte, je pense à des inspirations littéraires ou musicales dont je trouve l'écho dans ton texte ; mais comme je ne connais pas tous tes centres d'intérêt, il se pourrait que j'aie une lecture erronée de ce que tu as voulu transmettre à travers tes mots.

Je te fais part donc de mes impressions après découverte de ce court récit. ^^


Merci à toi pour ce texte spontané, en espérant t'avoir apporté un quelque chose dans tes inspirations quotidiennes. :)
« Modifié: 12 Mai 2021 à 16:23:30 par Alan Tréard »

Hors ligne Persona

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Re : Situation de rue - Place de Clichy
« Réponse #8 le: 15 Mai 2021 à 00:01:46 »
Bonsoir Alan,

Merci d'être passé par ici - et de t'être arrêté même si ce récit n'est pas le genre que tu affectionnes !

Citer
Ce que j'ai retenu de ce texte, c'est que tu avais voulu raconter un événement qui t'a marquée,
Exactement, mais ça ne va pas plus loin. Juste l'ambiance, les sensations d'un moment et le choc d'un mouvement violent auquel n'importe qui peut être confronté.

Citer
Ça me fait penser à des gens qui se croisent et se côtoient sans jamais vraiment se connaître, proches malgré eux, cherchant quelque part de quoi faire passer l'ennui.
Oui il y a un peu de ça, ce sentiment de flottement, accompagné de l'agitation vaine de la ville. Sans que ce soit franchement désagréable non plus.

Citer
je pense à des inspirations littéraires ou musicales dont je trouve l'écho dans ton texte
Si tu as des références, je suis super curieuse ^.^

Un grand merci pour tes impressions de lecture. Je ne pense pas que tu puisses avoir une lecture erronée, tu réagis à ce texte comme il est c'est tout !

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Re : Situation de rue - Place de Clichy
« Réponse #9 le: 15 Mai 2021 à 23:10:39 »
Bonjour Persona,


Je suis heureux si mon commentaire est à la hauteur, il arrive que certaines impressions laissent un goût amer alors qu'elles sont pourtant le reflet d'agréables sentiments : c'est parfois difficile de se comprendre sur le sens d'un texte ou d'une démarche, plus encore lorsque ce n'est pas ma tasse de thé.


Citer
je pense à des inspirations littéraires ou musicales dont je trouve l'écho dans ton texte
Si tu as des références, je suis super curieuse ^.^

Pour les références, ça me fait largement penser au style américain : la spontanéité, un quotidien à la fois douloureux et festif, parsemé d'imprévus, de petits tracas, voire de scènes stupéfiantes.

Tu peux retrouver ce genre de fulgurance dans la littérature de Kerouac (je pense évidemment à son roman Sur la route), mais aussi un genre très présent dans le punk rock à l'état pur (punk new-yorkais ou punk californien) où la violence du quotidien est racontée dans sa spontanéité la plus crue : les injures, les souffrances, les overdoses, les conflits entre proches, les sentiments douloureux, les humeurs.


Avec ce genre de point de vue, ton texte ne serait plus un simple état d'âme et prendrait une dimension artistique plus prononcée ; cependant c'est un genre artistique ou littéraire qui n'est pas toujours simple à assumer pour quelqu'un qui parle de soi, et qui demande une forme d'aisance à l'écrit. C'est aussi la raison pour laquelle je ne sais pas si mes mots sont adaptés à ce que tu avais l'intention de transmettre dans ton texte...

Voici pour ce que j'y trouve aujourd'hui. En espérant que cela t'offrira quelques points de repères sur l'étendu de ce que j'ai ressenti à la lecture. Merci à toi pour cette lecture. ^^
« Modifié: 15 Mai 2021 à 23:12:14 par Alan Tréard »

Hors ligne Persona

  • Calliopéen
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  • Poisson du Léthé
Re : Re : Re : Situation de rue - Place de Clichy
« Réponse #10 le: 17 Mai 2021 à 00:43:55 »
Bonsoir Alan

Citer
c'est parfois difficile de se comprendre sur le sens d'un texte ou d'une démarche, plus encore lorsque ce n'est pas ma tasse de thé.
Ah mais je suis tout à fait d'accord avec ça, et c'est souvent difficile de maîtriser l'impression qu'un texte va causer. Je crois que même si on veut le contrôler au plus, une partie de cette impression va forcément nous échapper à un moment ;)

Citer
Pour les références, ça me fait largement penser au style américain : la spontanéité, un quotidien à la fois douloureux et festif, parsemé d'imprévus, de petits tracas, voire de scènes stupéfiantes.
J'ai lu des auteurs américains dernièrement alors possible que ça se sente un peu sans être voulu (pas Kerouac mais Hemingway, Salinger pour ces derniers mois). En tout cas lire ces romans donne de sacrées leçons de spontanéité/véracité...

Citer
mais aussi un genre très présent dans le punk rock à l'état pur (punk new-yorkais ou punk californien) où la violence du quotidien est racontée dans sa spontanéité la plus crue : les injures, les souffrances, les overdoses, les conflits entre proches, les sentiments douloureux, les humeurs.
C'est une association intéressante, merci. Je n'avais pas tellement pensé à la bande son qui pourrait traduire les mêmes émotions.

Citer
Avec ce genre de point de vue, ton texte ne serait plus un simple état d'âme et prendrait une dimension artistique plus prononcée ; cependant c'est un genre artistique ou littéraire qui n'est pas toujours simple à assumer pour quelqu'un qui parle de soi, et qui demande une forme d'aisance à l'écrit. C'est aussi la raison pour laquelle je ne sais pas si mes mots sont adaptés à ce que tu avais l'intention de transmettre dans ton texte...
Ton commentaire me donne une perspective à développer dans ces récits là. Reste que comme tu le dis c'est très difficile à faire à la fois d'un point de vue personnel et puis, c'est tout un état d'esprit, une mentalité à recréer.

Merci donc de tes réponses qui me donnent des pistes à explorer pour aller plus loin dans l'écriture de ces situations.
Au plaisir de te lire !

Hors ligne Samarcande

  • Chaton Messager
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Re : Situation de rue - Place de Clichy
« Réponse #11 le: 20 Mai 2021 à 22:45:04 »
Salut Persona,

j'avais lu ton texte, mais pas eu le temps d'y laisser un petit mot.
J'aime bien ce genre de photographie de l'instant : en quelques mots une atmosphère, une ambiance, un petit évènement comme volé sur l'instant.
Tu as vraiment réussi à croquer la place : on s'y croirait.

au fil du texte, deux trois reflexions sans prétention:

Citer
Il n’y a pas beaucoup d’endroits aussi quelconques que la place de Clichy
J'adore ce choix de première phrase.

Citer
Au moins, en sortant du Carolus, les deux ou trois pintes que nous y consommions atténuaient la laideur ambiante, comme si elles nous donnaient le matelas qu’il nous fallait pour ne pas nous la prendre en pleine face.
cette phrase :coeur:

 
Citer
n’empêche qu’ils dénotaient à cet endroit-là, à cette heure-là
Pas convaincue par le choix du verbe "dénoter" - Détonner plutôt?


Citer
que je sente mes entrailles geler.
Un poil excessif par rapport à ce qui suit, non?

Citer
« Tu m’as craché dessus. »
J'adore le contraste entre la description du couple de petits vieux. Tout laissait à penser qu'ils étaient la note charmante et tendre dans "un monde de brutes". La chute est violente.

Citer
Et là, sous la lumière jaune, la scène m’a transpercée comme une pique. J’ai vu, avec retard, l’homme se tourner vers la femme en rouge et la femme porter sa main au visage, pour essuyer comme elle le pouvait le crachat qui recouvrait son œil et s’étalait jusqu’à son sourcil droit.
Super glauque !


Citer
Depuis, le soir, sous la lueur jaune de l’enseigne, la toxicité de cette violence demeure et corrompt l’air déjà pollué de la place de Clichy. J’y suffoque souvent, quand j’y retourne et que j’y repense. Une odeur d’injustice imbibe le trottoir, ma lâcheté et mon impuissance me remontent dans la gorge et j’aimerais, j’aimerais tant que cette amertume se mue en force et en résolution pour en faire quelque chose de concret. Mais pour l’instant, le poison est là, sur le pavé, entre les murs. Il flotte.

ça me laisse une impression de mauvais gout en bouche, comme si tout se corrompait sur la place de Clichy.

Un texte vraiment bien réussi. Je l'ai beaucoup apprécié.
« Modifié: 20 Mai 2021 à 22:46:36 par Samarcande »
«Trees are full of songs and we are not shy to seeing them.» (Elif Shafak - The island of missing trees)

Hors ligne Persona

  • Calliopéen
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  • Poisson du Léthé
Re : Situation de rue - Place de Clichy
« Réponse #12 le: 28 Mai 2021 à 22:59:58 »
Hello Sam,

Une éternité plus tard... merci pour ton passage et tes remarques  :coeur:
Dénoter : tu as tout à fait raison, c'est modifié
Citer
Un poil excessif par rapport à ce qui suit, non?
Tu as sans doute raison, je l'ai vraiment ressenti comme ça et atténuer les choses trahirait le ressenti, qui peut paraître excessif. J'ai donc du mal à revoir ce passage...

A bientôt !

 


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