Texte écrit en défi tic-tac spécial jeunesse, pour l'at en court sur le forum. J'aimerai en faire un album pour enfant (pas prévu pour l'AT celui-là)
Besoin de commentaires pour l'améliorer et corriger si des choses m'ont échappées. On m'a dit que ça pouvait s'alléger mais en fait... je n'y arrive pas, j'arrive pas à savoir ce qui est redondant ou ce qui n'est pas essentiel sur le début. J'ai l'impression de m'être complètement foiré dans les temps aussi.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
UNE FAIM DE LOUP
Mamie mange des loups. C'est comme ça. D'aussi loin que je me souvienne, elle a toujours mangé des loups.
Chaque fois que nous allons dîner chez elle nous mangeons ses plats. Terrine de loup, soupe à loup-gnon, confit louvain, pâtes bouloup-gnaise, loupatate (avec beaucoup de crème, sa spécialité), l’oumelette etc. Mamie dit que ce sont de très vieilles recettes qui se transmettent de mères en filles. Maman essaye d'apprendre en suivant les recettes des gros livres de mamie, mais ses loups ne sont pas aussi bons. Il faut dire qu’elle cuisine vraiment bien mamie.
Manger du loup en famille, ça a l’air important pour maman et mamie. Cependant moi, j'ai un secret : je n'aime pas le loup. Alors je mange en silence pour leur faire plaisir. Le loup de maman est vraiment difficile à mâcher.
Quand j'étais plus petite, j'avais peur d'aller chez mamie. Pas parce qu'elle est méchante, non. C'est la plus gentille des mamies puisque c'est la mienne. Mais parce qu'elle habite une petite maison éloignée du village. (Et aussi parce qu'elle a un gros poil sur la joue qui pique quand elle m'embrasse – et elle m'embrasse beaucoup. Et aussi parce qu'une fois j’ai vu ses dents tomber, ça l’a faite rire pendant dix minutes sans s’arrêter, mais c'est une autre histoire.)
Ce qui me faisait peur c’était la maison de mamie. Pour y aller il faut sortir du village puis s'enfoncer dans les bois par un petit chemin. Ça fait peur surtout l'hiver, dans le noir, l'été ça va parce que j’observe les écureuils. Mais maintenant je suis grande et je vais même chez elle toute seule.
La maison de mamie est petite comme une cabane. Il y a des plantes grimpantes un peu partout, des branches et des feuilles qu'elle fait sécher. Les étagères sont remplies de petits flacons aux liquides de toutes les couleurs. Elle m'apprend toujours plein de choses. Comme cueillir des orties sans se piquer et en faire des soupes, ou guérir les coupures en se frottant avec des plantes. J'adore l'odeur qui flotte chez elle et tous les petits objets étranges qui traînent partout.
Mamie vit seule et je crois qu'elle a toujours vécu seule. Une fois, à l'école, des garçons se sont moqués en disant que c'était la maison de la sorcière. Ça m'a fait de la peine. Lorsque j'ai demandé à mamie si elle était vraiment une sorcière, elle m'a répondu :
« Oui ma chérie, mais toi aussi tu peux être une sorcière si tu le souhaites. Être une sorcière, c'est faire ce qu'on veut. »
Même maman a rigolé. Mamie avait dit ça gentiment, avec une voix si douce que ça m'avait rassurée. Le lendemain à l'école, les grands garçons sont revenus me traiter de sorcière et je leur ai crié :
« Oui je suis une sorcière d'abord, alors vous ne devriez pas m'embêter ! »
Depuis, ils me laissent tranquille. Je me demande quand mamie m’apprendra à préparer des potions.
Depuis plusieurs semaines, mamie s'est mise en tête de m'apprendre à cuisiner le loup. Chaque dimanche elle m'explique des recettes. Les images de ses livres défilent et me donnent des haut-le-cœur. Elle en parle avec passion, avec des petits grognements et elle bave même tellement ça lui donne faim. Lorsque son ventre gargouille trop fort c'est l'heure du goûter.
Un jour, au goûter justement, j'ai posé une question que je n'avais jamais osé formuler :
« Mamie... Où est-ce que tu trouves tous ces loups ?
– Oh, c’est simple. Avant je les chassais moi-même. Je pose encore quelques pièges dans la forêt, mais ça fait longtemps que je n'en ai pas attrapé. Il n'y en a plus beaucoup de nos jours. Heureusement d'ailleurs, parce que c'était terrifiant. Quand j'avais ton âge, on les entendait hurler la nuit et on n'avait pas le droit de sortir se promener la journée. Maintenant je vais simplement acheter du loup au marché, comme tout le monde. »
J'ai siroté ma grenadine en réfléchissant. Sur le chemin du retour, à table et jusque dans mon lit, j'ai gardé les sourcils froncés. Maman s'est étonnée que je ne reprenne pas de dessert tellement j'étais pensive.
Dans quel marché peut-on acheter des loups ? Je n'en avais jamais entendu parler. Mamie pose des pièges dans la forêt, étrange. Mais si d'autres animaux se prennent dedans ? Et s'il n'y a plus beaucoup de loups, c'est cruel de continuer à poser des pièges, non ? Pourquoi aime-t-elle autant en manger ? Alors qu’elle en avait peur avant et que c’est si difficile à trouver de nos jours en plus.
Cette nuit-là, mes rêves ont été agités de pièges, de forêts sombres, d'étals de bouchers et de hurlements de loups.
Le dimanche suivant, en allant chez mamie, j'ai fait une rencontre terrible. Un loup. Un vrai loup, tout noir et immense. Il était là, dans les bois, en plein milieu du chemin et il me regardait. J'ai eu très peur et mes jambes ne bougeaient plus. J'ai failli hurler lorsqu'il s'est approché de moi. Mais je ne l'ai pas fait pour une bonne raison : il n'avait pas l'air méchant. Il s'est avancé doucement, avec méfiance mais sans grogner. Lorsque j'ai tendu la main pour le toucher, il a reculé un peu avant de se laisser faire. Il a même apprécié les gratouilles.
Le vrai problème c’est qu’en reprenant mon chemin il m'a suivi. Panique. Si mamie apercevait ce loup, elle voudrait le manger. Seulement si je ne me dépêchais pas, je serais en retard et mamie sortirait. Alors elle verrait le loup à mes côtés. J'ai essayé de chasser le loup, mais il a pris ça pour un jeu. Arrivée devant la cabane, le loup toujours avec moi, j'ai poussé la porte de chez mamie pour y entrer très vite. Comme un coup de vent. Tout en repoussant de la main ce loup trop curieux. Heureusement mamie n'a rien vu.
Pour le moment en tout cas. Car plus tard, alors qu'elle m'expliquait le ragoût louvain, je vis le gentil loup par la fenêtre. Horrifiée, j'ai fait des gestes pour lui dire de partir.
« Que se passe-t-il ma chérie ? »
J'ai bondi devant la fenêtre pour que mamie ne le voit pas.
« Rien ! Rien du tout mamie. Je me disais que j'irais bien jouer dehors.
– Très bonne idée ! Je pourrais te montrer comment poser les pièges comme ça.
– Non ! Je veux dire, je voulais me balader un peu toute seule autour de la maison.
– Ah bon... Comme tu veux. Je vais quand même en profiter pour aller voir mes pièges alors, on prendra le goûter quand je reviens. Ne va pas trop loin.
– Comme d'habitude mamie, promis. »
À cet instant, c’était la grosse panique. Pendant que mamie mettait ses bottes en caoutchouc, je cherchais une solution.
« Tu viens ?
– Je dois aller aux toilettes d'abord ! »
J'ai attendu que mamie parte pour faire rentrer le loup par la fenêtre. Il a sauté d'un bond à l'intérieur, hop ! Sa queue a failli balayer tout ce qu'il y avait sur la table de la cuisine. Je lui ai fait signe de ne pas bouger jusqu'à ce que je revienne, croisant les doigts pour qu'il ne fasse pas de bêtise.
Dehors je voulais rester à côté de la maison pour surveiller le retour de mamie. C'était long et très ennuyeux. Alors je suis partie faire un tour. Pas longtemps, juste pour cueillir un bouquet de feuilles.
À mon retour, mamie était déjà devant la cabane et rentrait dedans ! Alors j'ai couru aussi vite que possible et arrivée à l'intérieur j'ai crié fort, le plus fort que je pouvais :
« Mamie ! Mamie crache le loup ! Crache le loup mamie ! »
Mamie était en train de manger le loup. Tout cru. La queue du loup dépassait tout juste de sa bouche. À force de crier, mamie a finalement recraché le loup. Il tomba sur le sol tout mouillé. En s'ébrouant, il nus a éclaboussé et ça sentait le chien mouillé. Le loup baissait les oreilles, tout penaud devant mamie. Il avait peur d'elle.
Mamie s'est affalée dans son fauteuil. Elle m'a regardée, puis a regardé le loup qui venait me voir en me léchant la main, puis m'a regardée à nouveau avant d'éclater en sanglot.
« Je suis désolée ma chérie... Je ne voulais pas que tu vois ça, je... Je ne sais pas ce qui m'a pris. Chaque fois que je fois un loup, que je sens un loup, ça me fait saliver. Je n'y peux rien, ça me fait mal au ventre tellement j'ai envie de le manger. C’est une habitude depuis toute petite. Tous les gens qui ont un jour mangé du loup sont comme moi. Nous y pensons tout le temps. Au début nous avions peur d’eux, nous n’avions pas le choix de les chasser, tu comprends ? Et petit à petit tout a changé. Pardonne-moi ma chérie. »
Comme elle pleurait beaucoup moi aussi j'ai commencé à pleurer. Je suis allée vers elle et me suis assise sur ses genoux, comme quand j'étais petite. J'ai écarté ses mains qui cachaient son visage. On devait toutes les deux se voir floues avec toutes ces larmes. Je lui ai fait un câlin et je lui ai dit :
« C'est pas grave mamie. Tu sais ce qu'il y a de bien à être une sorcière, c'est qu'on peut faire ce qu'on veut. »
Une fois nos larmes séchées, nous avons décidé que boire du thé et manger des gâteaux nous ferait du bien. Le loup, lui, est resté sage. Il semblait déjà avoir pardonné mamie.
Après mamie a appelé maman pour qu'elle vienne me chercher. Nous avons discuté toutes les trois jusque tard. J’ai avoué n’avoir jamais aimé le loup. Ça leur a fait bizarre. Elles se sont posé plein de questions, mais elles ont accepté car le plus important est je me sente bien. Maman a dit qu'on ne pourrait pas garder le loup chez nous. Il est trop gros pour notre appartement. Mamie s’est engagée à lui donner à manger de temps en temps. Ici il pourrait courir librement dans la forêt. Je me suis d'abord méfiée, mais mamie a posé la main, prudemment, sur la tête du loup et ça l'a faite sourire comme une enfant. Elle a promis d'enlever tous les pièges de la forêt. En fait elle ne savait pas que tous les loups n'étaient pas méchants. Maman a ajouté qu'il fallait quand même faire attention, car ça reste un animal sauvage. Sur ces derniers mots, nous nous sommes fait un câlin collectif avant de rentrer à la maison.
Depuis, je vais courir tous les dimanches après-midi dans la forêt avec le loup noir. Je l'ai appelé Loulou. Mamie, elle, a décidé d'écrire un livre de recettes avec des spécialités sans loup. Elle m'apprend et je goûte tout pour l’aider à améliorer les plats. J'hésite toujours entre : fabuleux, délicieux, incroyable ou vraiment trop bon.