Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Celsius 232

Auteur Sujet: Celsius 232  (Lu 4765 fois)

Hors ligne Salamandre

  • Calliopéen
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  • Simon le démon
Celsius 232
« le: 28 Janvier 2007 à 12:47:47 »
un texte que j'ai écrit pour l'atelier des rivages (en fait il est pas du tout SF/Fantasy/Fantastique )
Mais bon, ici pas ce genre de contraintes, je vous le soumet...
Précision: je l'ai écrit en relisant Fahrenheit 451 (d'ou le titre) et en révisant mes cours d'histoire...

Le feu, le feu ! Si chaud, si rouge, si puissant ! Les flammes destructrices, si parfaites, si pures, si dangereuses, si mortelles… Le brasier tend ses langues brûlantes jusqu’aux sommets des arbres du boulevard, éblouissantes de clarté, illuminant la place toute entière. La place est bondée, débordante de citadins venus au spectacle. Ils sont venus voir l’incendie, et ce soir, ils ont éteint leur poste de radio pour allumer une grande lanterne.
Alors que le soleil se couche, à la veille de Noël 1937 et que la neige tombe sur Berlin, un grand incendie crépite, tel un immense feu de joie. Les enfants virevoltent et font la ronde autour de la fournaise, redevenus pour quelque temps des hommes de Cro-magnon, sous le regard inquiet de leurs nourrices.Les petits vieillards vacillants qui ont apporté leur chaise se frottent les mains dans la douce chaleur dégagée par le feu, comme jadis, devant leur cheminée. Les mères de familles serrent les petites mains de leurs rejetons, dont le regard brille d’étonnement et d’étincelles. Elles cherchent leurs époux, qui transportent du
combustible. Ils travaillent au bord du feu, la peau luisante de sueur, les muscles gonflés. Un peu en retrait, d’autres hommes attisent les braises. Leur poitrine en avant, soufflant comme une cheminée, le visage gris de cendre.
Le foyer grésille, s’épanouit. Les flammes grimpent, toujours plus belles, toujours plus chaudes, toujours plus pures. La fumée grise et âcre mêlée à l’haleine du public plonge la place dans un semi brouillard, tapissé de flocons cotonneux. Il y a aussi une longue file d’hommes alignés, qui forment comme un cordon vert et protecteur autour du feu. Ils se tiennent droit et fiers, en bons militaires, la mâchoire raide, les yeux perdus dans le feu.
Parmi eux, l’officier Müller, un gros homme brun moustachu, entre deux âges. Pourtant, ce soir, entouré de ses subordonnés et de
tous les habitants du quartier, il est comme un petit garçon, les yeux grand ouverts, la moustache roussie, le sourire aux lèvres. En son fort intérieur, Müller est comblé. Les flammes sont si simples ! Quelle que soit l’apparence de départ, avec elles, tout finit en
cendres. La brève morsure du feu réduit avec une facilité surprenante tous les problèmes à néant. L’officier surveille d’un œil professionnel l’autodafé. Cette nuit, on détruit Marx, Engels et tant d’autres, sous le regard émerveillé des Berlinois. Se rendent-il compte du combustible qui illumine leur soirée ? On ne dirait pas. La plupart d’entre eux paraissent trop heureux, voire même euphoriques, pour se soucier du massacre auquel ils assistent.

* * *

Alors que les rues sont comme mortes, vides et sombres, et qu’au loin le feu crépite, une ombre se profile sur les trottoirs. La silhouette élancée s’arrête devant un pavillon, et cogne contre la porte à trois reprises. Le battant s’entrouvre, un rai de lumière perce la nuit.
« -Te voilà ! Personne ne t’as suivi ? » demande une voix féminine venue de l’intérieur. Au garçon de répondre :
« -Non, ne t’inquiète pas. Il est là ? Donne-le moi.
-Tu n’entres pas ?
-Je n’ai pas le temps. Tous les autres étudiants sont déjà au ‘spectacle’. »
Un paquet rectangulaire enrobé de papier journal passe d’une main à l’autre. Un instant plus tard, une patrouille commence sa ronde dans la rue qui semble de nouveau déserte, bien qu’un garçon dissimulant un paquet sous sa veste soit tapi dans l’ombre.
Le danger écarté, celui-ci se redresse, tâtant avec précaution le trésor qui lui a été confié. La peur tient en étau son cœur, à l’idée de ce qu’il va accomplir.
"Dans toute la ville, d’autres jeunes gens font comme moi. Je ne dois pas avoir peur. Je me bats pour la liberté la plus importante de toutes : la liberté de penser !"
Ragaillardi, le garçon reprend sa progression en direction de l’autodafé. Parvenu à proximité de l’incendie, le jeune homme fait mine de suivre une bande de jeunes et se faufile avec eux aux cœur de la foule. Les Berlinois semblent fanatisés par les flammes, les représentants du Parti compris. Le garçon sort avec précaution son paquet de sa veste. Personne n’a l’air de se soucier de lui. Après un dernier regard aux alentours, il déballe lentement le papier journal qui recouvre son ‘trésor’ et en fait une boule. Le jeune homme la tend à une petite fille de passage, qui la lance joyeusement dans le brasier.
Jusque là, tout se déroule comme prévu. L’étudiant essuie ses mains moites et prend une grande inspiration.

* * *

Après le lancer de la fillette, les Berlinois commencent à vider leurs poches et à en jeter le contenu dans les flammes. L’officier Müller reporte son attention sur le feu. Certains de ses subordonnés, exaltés par l’incendie, imitent la population. Müller, lui, est au-delà. Il ne regarde que les flammes, n’arrive pas à en décrocher son regard. Comme aimanté, il suit des yeux chaque étincelle,
chaque brandon, chaque flammèche. Comme hors de l’espace-temps, l’officier est entraîné dans la danse séductrice des flammes.

* * *

Le jeune homme s’approche. C’est le moment. Il se trouve désormais au bord du foyer. Jetant aux militaires un dernier regard, le garçon se sent rassuré : L’officier à le regard perdu dans les flammes, alors que bon nombre de ses subordonnés lancent fébrilement tout et n’importe quoi dans les braises. L’étudiant prend une grande inspiration. Maintenant, il y a plusieurs options :  Soit le livre brûle en un instant, et la mission échoue, soit le livre tombe lentement sur les cendres chaudes et s’embrase petit à petit. Dans ce cas, mission accomplie, à une condition encore. Il faut que plusieurs Berlinois, et plusieurs militaires aient le temps de lire le titre. Bien sûr, la mission est risquée. Une fois l’ouvrage dans les flammes, il n’y a plus rien à faire d’autre que croiser les doigts et d’implorer la chance.
Implorer la chance que l’officier devienne fou, que l’incendie soit éteinte, que la place soit évacuée… Le livre tombe au cœur du bûcher et s’embrase avec lenteur.

* * *

Le bruit diminue. Müller ne voit pas. Ses yeux sont au plus profond du feu. Pourtant, son regard accroche au livre qui vient de tomber. Mein Kampf. L’officier détache son regard de l’incendie.
Au loin, une silhouette élancée gambade joyeusement vers la zone résidentielle.
Mission accomplie.
« Modifié: 01 Février 2009 à 20:30:13 par Salamandre »
Le langage n'est pas la vérité. Il est notre manière d'exister au monde.

Hors ligne Dragon-rouge

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    • Ortie's art(
mon boulot artistique)
Re : Celsius 232
« Réponse #1 le: 28 Janvier 2007 à 22:33:47 »
Je ne me lasse pas de le lire!
"L'art de peindre n'est que l'art d'exprimer l'invisible par le visible".
Eugène FROMENTIN

Hors ligne Loup

  • Clochard céleste
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    • le monde de
 l'écriture
Re : Celsius 232
« Réponse #2 le: 07 Février 2007 à 17:41:34 »
moi non plus !!

Il est super

!
Un mot est un oiseau au milieu d'une page. C'est l'infini.

Hors ligne Bini

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Re : Celsius 232
« Réponse #3 le: 09 Février 2007 à 14:22:13 »
Oh, j'adore ! ^^

Hors ligne Marygold

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  • marmotte aphilosophique
Re : Celsius 232
« Réponse #4 le: 09 Février 2007 à 14:28:48 »
Moi de même ! Je ne me lasse pas non plus de

le lire, c'est un de ces textes sympathiques que l'on garde

en mémoire. J'aime beaucoup le sujet aussi, le feu a quelque chose

de mystérieux qui engendre des millions de visions et

d'interprétations...
Oh yeah ! 8)

Hors ligne Milora

  • Trou Noir d'Encre
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Re : Celsius 232
« Réponse #5 le: 27 Août 2008 à 15:57:49 »
J'aime bien ! Dommage qu'il y ait pas mal de fautes d'orthographe, ça oblige à sortior de l'ambiance qui est bien plantée On est pris dedans, c'est bien écrit, on ressent bien la fascination du feu, et la chute est chouette. Bravo !

Citer
Quelque soit l’apparence de départ
quelle que soit

Citer
voir même euphoriques
voire

Citer
à trois reprise
s en fuite

Citer
ne t’inquiètes pas
voilà où était passé le s, mais c'est pas sa place ! ^^

Citer
Un paquet rectangulaire enrobé de papier journal passa d’une main à l’autre.

Le reste étant au présent, le passé-simple fait bizarre...


Citer
La peur tiens en étau son cœur
tient

Citer
aux coeur
au


Citer
Müller, lui, est au delà.
au-delà

Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne Leia Tortoise

  • Calame Supersonique
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    • Mon blog
Re : Celsius 232
« Réponse #6 le: 27 Août 2008 à 16:08:21 »
Ah, ce texte-là, j'adore!! L'ambiance est très bien plantée, et il y a ce petit frisson de suspense, la peur de se faire prendre ou que tout ne fonctionne pas comme prévu... Et pis le retournement de situation, la "bêtise humaine" de la foule...
C'est un bon texte, ça oui  :P  ^^
Of course it is happening inside your head, but why on earth should that mean that it is not real ?
- Dumbledore -
*
Books ! Best weapons in the world.
- Doctor Who -

Hors ligne Salamandre

  • Calliopéen
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  • Simon le démon
Re : Celsius 232
« Réponse #7 le: 28 Août 2008 à 12:24:51 »
 :o :o :o
J'aurais jamais imaginé qu'il y en ai tant !! Je vais corriger !
ça fait toujours plaisir de savoir que des textes ont étés appréciés...

Le feu est une grande source d'inspiration pour moi, suffit de regarder mes textes sur le forum ;D
Le langage n'est pas la vérité. Il est notre manière d'exister au monde.

Verasoie

  • Invité
Re : Celsius 232
« Réponse #8 le: 06 Décembre 2008 à 12:13:42 »
Ai profité du déterrage pour lire :D
J'aime beaucoup aussi ^^ surtout la fin. Mais je trouve les quelques répétitions dommages :
Citer
Après le lancer de la fillette, les Berlinois commencent à vider leurs poches et à en jeter le contenu dans les flammes. L’officier Müller reporte son attention sur le feu. Certains de ses subordonnés, exaltés par l’incendie, imitent la population. Müller, lui, est au-delà. Il ne regarde que les flammes, n’arrive pas à en décrocher son regard. Comme aimanté, il suit des yeux chaque étincelle,
chaque brandon, chaque flammèche. Comme hors de l’espace-temps, l’officier est entraîné dans la danse séductrice des flammes.
En plus, je trouve que ce passage décrit bien la fascination qu'on peut avoir dans le feu (on peut regarder des heures sans s'ennuyer...). Donc dommage pour les répétitions ^^
Citer
Maintenant, il y a plusieurs options :
Je trouve que le parler fait un peu anachronique, ou trop oral, enfin je sais pas si l'avis est partagé... pareil pour "hommes de Cro Magnon" au début, enfin c'est "cromagnon" qui me dérange mais c'est personnel ^^
Voilà :)

Hors ligne Milora

  • Trou Noir d'Encre
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Re : Celsius 232
« Réponse #9 le: 06 Décembre 2008 à 16:41:20 »
Quelques petites fautes résiduelles :
Citer
L’officier à le regard perdu
--> a
Et après les ":", il ne faut pas de majuscule.

Ceci mis à part, toujorus aussi prenant à relire ! L'ayant déjà lu, le début m'a encore plus captivée, parce qu'on voit que toutes les expressions de la description renvoient au feu, et tout et tou.
Bref, j'aime toujours ! :)

Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne Gros Lo

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Re : Celsius 232
« Réponse #10 le: 01 Février 2009 à 19:47:53 »

Et moi aussi, j'aime toujours, beau texte.

Peut-être que le dernier paragraphe pourrait être un peu remanié ?
Citer
(spoilers)L’autodafé est à présent le bûcher des idées hitlériennes.
cette phrase-là en particulier est de trop, j'trouve, genre : "bon donc si vous avez pas en tête tout ce que cet acte signifie, petit bilan..."


Voilà. Mais sinon, bien trouvé. Et de belles phrases.
dont be fooled by the gros that I got ~ Im still Im still lolo from the block (j Lo)

Hors ligne Salamandre

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  • Simon le démon
Re : Celsius 232
« Réponse #11 le: 01 Février 2009 à 20:29:29 »
Tu as raison Lo. En plus, en l'enlevant ça reste très cohérent...
Et merci, pour les jolies phrases...
Le langage n'est pas la vérité. Il est notre manière d'exister au monde.

 


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